17/09/2021 En juin dernier, 150.000 personnes, dont 70.000 à Paris, manifestaient en France contre le racisme et les idées d’extrême droite. Un an plus tôt, le meurtre raciste de George Floyd avait poussé des millions de jeunes et de travailleurs dans les rues des Etats Unis, par-delà la couleur de peau. Cette révolte a redynamisé le mouvement #BlackLivesMatter (les vies des noirs comptent) pour en faire la plus grande mobilisation sociale de l’histoire du pays.
Des manifestations de solidarité ont éclaté dans le monde entier, avec notamment plusieurs dizaines de milliers de personnes à Paris à l’initiative du comité « La vérité pour Adama » en dépit du confinement et de la menace d’une répression policière brutale. C’est en France que l’impact du mouvement contre le racisme et la répression policière venu des Etats-Unis fut la plus forte. La jeunesse noire – et en particulier les jeunes filles noires – a joué un rôle exceptionnel en sortant dans les rues et en organisant des manifestations. Ainsi, à Anger, 11 jeunes filles noires âgées de 16 à 22 ans ont organisé deux manifestations les 8 et 9 juin 2020. Elles ne visaient pas seulement à se montrer solidaires, elles entendaient également ramener le combat en France, où sévit également le racisme systémique et les violences policières.
Quelques mois plus tard, des centaines de milliers de personnes ont manifesté à plusieurs reprises contre la loi « sécurité globale » et les tentatives d’intimider les protestations et de protéger la police. Le samedi 28 novembre pas moins de 500.000 personnes occupaient les rues du pays. Quelques jours après que des centaines de migrants aient été brutalement chassés par la police de la place de la République à Paris à coups de matraques et de gaz lacrymogène. Les images du passage à tabac par la police de Michel Zecler, un homme noir, avaient également choqué l’opinion.
Ce n’est pas un hasard si #BlackLivesMatter a autant résonné en France. Si le nom d’Adama Traoré est très connu grâce à l’activité militante de sa sœur, Assa Traoré, on pense également à Lamine Dieng (mort dans un fourgon de police à Paris), à Amadou Koumé (mort dans un commissariat à Paris),… Il n’est pas rare que de jeunes hommes de couleur meurent suite à une intervention policière dans des circonstances suspectes et que leurs proches doivent lancer des comités et mener de longs combats pour que justice soit faite.
En juillet 2020, le média indépendant en ligne Basta ! révélait qu’en 43 ans, sur 213 interventions létales ayant impliqué les forces de l’ordre, seuls dix officiers ont été condamnés à un emprisonnement ferme pour homicide. La dernière condamnation remonte à 1999. Une analyse de StreetPress montre qu’entre 2007 et 2017, 47 hommes désarmés sont morts à la suite d’interventions des forces de l’ordre. Aucun des policiers ou gendarmes impliqués n’a fini en prison. Plus d’un tiers des procédures ont abouti à un classement sans-suite, un non-lieu ou un acquittement des fonctionnaires. La majorité des affaires sont encore en cours.
Selon le rapport d’enquête du Défenseur des droits publié en juin 2020, « en moins de dix ans, les discriminations fondées sur l’origine et la couleur de peau ont presque doublé entre 2008 et 2016, passant de 6 % à 11 % sur la période. » En plus de cela, en janvier 2017, un rapport du Défenseur des droits avait conclu qu’un « jeune homme perçu comme Noir ou Arabe […] a une probabilité 20 fois plus élevée » d’être contrôlé que l’ensemble du reste de la population. Mais il est important de noter que le manque de structures et de financement pour amener du soutien réel aux victimes d’abus racistes physiques ou verbaux signifie que la majorité ne se sent ni soutenu, ni cru pour rapporter leurs expériences au système judiciaire français. Les chiffres recensés ne représentent qu’une partie seulement du problème. Bien que les lois françaises interdisant le recensement et le sondage de données ethniques peuvent s’inspirer de bonnes intentions pour lutter contre la ciblages discriminatoire de certaines communautés, ces lois rendent aussi les études sur le racisme dans la société difficile.
Cela dit, dans les dernières années, de nombreux jeunes ont témoigné de façon poignante de leurs expériences, nous donnant une idée concrète de la réalité pour la majorité. « Quand tu te fais traiter de nègre “pour rigoler”, c’est tout sauf drôle. On est nées en France, on est Françaises. », « Depuis l’âge de 9 ans, on m’a expliqué que j’étais noir et que j’étais inferieur (…) Lorsque vous êtes une personne de couleur noire, vous pouvez vous faire cracher dessus, même à la télévision », « Récemment quelqu’un m’a appelée en me disant ‘pourquoi on vous a embauchée ? J’ai peur, on ne sait jamais, vous pourriez poser une bombe à côté du chantier.’ Même si cela ne se voit pas sur moi, j’ai un prénom à consonance maghrébine (…) Parfois j’oublie de mettre mon téléphone en silencieux et l’appel à la prière retentit. L’autre jour je me suis fait cracher dessus, donc ça commence à faire très mal », « c’est toujours un peu de manière insidieuse, vicieuse je dirais, c’est indirect en fait, c’est pas quelque chose de palpable, c’est quelque chose qu’on ressent, et c’est pour ça que c’est pas forcément facile à comprendre pour quelqu’un de blanc parce qu’il faut vraiment le vivre au quotidien pour le sentir (…) ne serait-ce que par le regard, quelqu’un qui va resserrer son sac quand on arrive – souvent dans les situations du quotidien (…) et des accumulation comme ça. Après y en a d’autres, ça a été beaucoup plus parlant (…) notamment avec les violences policières où ça a été beaucoup plus violent, beaucoup plus direct. En tout cas, pour ma part, ça a toujours été dans des petits évènements comme ça du quotidien où tu le ressens, on veut pas s’asseoir à côté de toi (…) Je verrai plus des groupes de noires ou peut-être d’arabes se faire contrôler (…) c’est vraiment ce que je vois dans les transports (…) Cette prise de conscience est un premier pas. »
Le dangereux pari de Macron
Confronté aux mobilisations de masse de l’été 2020, Macron avait promis de ne faire aucun compromis face au racisme. Sans surprise, cela s’est révélé hypocrite, comme l’ont illustré la loi « sécurité globale » et le « plan contre le séparatisme ».
Le débat sur le « séparatisme » était ouvertement teinté d’islamophobie, la campagne contre « l’islamo-gauchisme » atteignant des proportions ridicules. La droite et l’extrême droite ont monopolisé le temps de parole dans les médias. On se souvient du débat nauséabond entre Marine Le Pen et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin (qui n’a pas hésité à dire que Marine Le Pen faiblissait sur la question de l’Islam), mais les médias sont quotidiennement abreuvés de propos de ce type. Pendant ce temps, le chroniqueur d’extrême droite Eric Zemmour déversersait toute sa haine plusieurs fois par semaine sur la chaine TV CNEWS en participant à la normalisation du discours raciste, sexiste et LGBTQI+phobe.
Cet entretien d’un climat aussi ouvertement dégueulasse n’est pas dû au hasard ou au « racisme du Français moyen ». Macron n’a jamais fait mystère de sa stratégie pour être réélu : profiter du discrédit total du monde politique pour grimper au second tour aux côtés de Marine Le Pen et ainsi être élu au nom du « front républicain » contre l’extrême droite. C’est un jeu dangereux à la suite d’un quinquennat marqué par la répression brutale et sanglante des mouvements sociaux et l’accroissement des inégalités. Il n’est pas le premier à chercher à compenser son manque de soutien de cette manière. Sarkozy s’en était fait un champion notamment avec son ministère de l’identité nationale.
Quel rôle peut jouer la France Insoumise ?
La seule réelle riposte contre la politique de « diviser pour mieux régner » est un programme qui réunit les exploités et les opprimés autour d’un programme de revendications sociales. Le PS, qui a d’ailleurs cherché lui aussi à instrumentaliser le Front National dans les années ’80 et a ainsi participé à lui ouvrir la voie, a résolument tourné le dos à cette approche. L’absence d’une telle alternative permettrait au Rassemblement National d’instrumentaliser la colère contre les décideurs politiques traditionnels.
Fin octobre 2020, l’indicateur de protestation électorale Fondapol-«Le Figaro» indiquait que 79% des électeurs envisagent un vote antisystème en 2022. Saisir ce potentiel exige de rassembler la colère autour du mouvement ouvrier en défendant un programme qui combat l’austérité et le racisme par la solidarité.
Entre 2009 et 2020, le patrimoine des milliardaires français a augmenté de… 439 % ! La France est ainsi le deuxième pays où cet essor a été le plus important, juste après la Chine et loin devant d’autres Etats comme les Etats-Unis (170 %) ou le Royaume-Uni (168 %). Si le SMIC (salaire minimum) avait augmenté aussi vite, il serait à 4.805 euros net aujourd’hui.
Sans surprise, 9 Français sur 10 sont favorables à l’augmentation du SMIC. 8 sur 10 sont favorables au rétablissement de l’impôt sur la fortune supprimé par Macron, à une taxe sur les profiteurs de crise, à un grand plan d’investissement dans les services publics (en particulier la santé), à la gratuité des premières quantités d’eau, à la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. 7 Français sur 10 sont favorables à la retraite à 60 ans. 6 Français sur 10 sont favorables à la semaine de 4 jours. Ces mesures sont défendues par l’Avenir en commun, le programme de la France Insoumise.
Ce programme soulève des points clés pour défier le racisme. En particulier, les livrets « quartiers populaires, quartiers solidaires » et « des médias au service du peuple » soulignent le besoin urgent d’investissement en masse dans une éducation, des logements, des transports et des emplois publics stables, accessibles, et abordables pour tous, ainsi que la fin de concentration des médias dans les mains d’une minorité au pouvoir.
On se souvient également de la minute de silence pour les réfugiés disparus dans la méditerranée organisée par Mélenchon à Marseille le 9 avril 2017 lors de sa campagne aux élections présidentielles. Le soutien de beaucoup de Français autour du programme solidaire et radical de la France Insoumise a été clairement démontré lors du premier tour de ces élections présidentielles, où Mélenchon a reçu 19,58% des voix. Sa proposition d’alternative réelle aux problèmes auxquels la majorité de la classe ouvrière fait face, ainsi que son appel à l’activisme et à l’organisation dans les rues, dans les communautés et dans les lieux de travail n’étaient pas des points faibles. Au contraire, la force de changement réside au sein de la classe ouvrière, et l’appel à l’action a joué un rôle considérable dans la création d’un élan autour de son programme à l’époque.
Ce n’est pas impossible ici non plus, même si le bashing médiatique intense anti-Mélenchon atteint des sommets, que Mélenchon lui-même a perdu du crédit parmi une partie de son électorat, notamment à cause de certaines mauvaises prises de position et que la France Insoumise est beaucoup plus considérée comme un groupe parlementaire que comme un véritable parti de lutte démocratique, après avoir pourtant mené un travail dynamique de stimulation de la lutte syndicale et sociale en début de mandat de Macron.
L’approche de la France Insoumise serait indéniablement renforcée en abandonnant sa rhétorique républicaine et universaliste qui explique les faiblesses de Mélenchon concernant l’armée française et son manque de condamnation de l’impérialisme français. Cela empêche également la France Insoumise de se connecter avec les réalités et les expériences des jeunesses noires, musulmanes ou issue de l’immigration.
Lutter en faveur d’un programme qui s’attire les couches sociales qui ont joué un rôle dans les manifestations BLM, contre les violences policières, en soutien aux Gilets jaunes ou contre les coupes budgétaires et le problème de sous-effectif dans les hôpitaux est crucial pour parvenir à construire un réel front de gauche actif et solidaire contre le Rassemblement National et tout autre parti traditionnel capitaliste.
Le programme de la France Insoumise comporte plusieurs limites, notamment la volonté de rester dans le cadre d’un système capitaliste réformé grâce à la 6e République. Il représente toutefois un bon socle sur base duquel discuter de ce qui est nécessaire pour les travailleurs et leurs familles. Mais pour contrer l’abstention et mobiliser autour d’un projet de changement social, la France Insoumise devra absolument se lier aux mouvements sociaux, et s’y impliquer activement en tant qu’organisation. Selon nous, les élections de 2022 et les luttes qui à n’en pas douter jalonneront la prochaine période devraient être considérées comme un tremplin vers la constitution d’un parti large des travailleurs et des mobilisations sociales qui pourra s’impliquer de manière continue dans l’organisation de la lutte contre la classe capitaliste.
Racisme et capitalisme – « Il ne peut y avoir de capitalisme sans racisme »
Pourquoi l’establishment français est-il si impliqué dans ces injustices ? La réponse est que le capitalisme a besoin du racisme pour diviser et que la classe capitaliste française a un intérêt indéniable à maintenir ce système.
Les récentes manifestations BLM ont correctement tourné leur attention vers l’héritage de l’esclavagisme et du colonialisme, et donc du racisme qui fut créé par le système capitaliste pour faire du profit sur le dos de travail non payé et au détriment des vies africaines. Notre organisation en Afrique du Sud explique que: “Avant le capitalisme, la discrimination contre tout un peuple basée sur des préjugés permanents d’ascendance prétendument inférieure, de couleur de peau ou d’autres caractéristiques physiques et mentales n’existait pas. Historiquement, le racisme est apparu pour justifier la traite des esclaves de l’Atlantique, une énorme source de profits pour la classe capitaliste naissante. Une fois apparu, le racisme a été modelé et adapté pour justifier les intérêts économiques changeants de la classe capitaliste dans ses conquêtes coloniales et comme partie de l’arsenal idéologique du capitalisme contre la classe ouvrière révolutionnaire.”
Le colonialisme et l’esclavage ont été essentiels au développement du capitalisme et leurs héritages racistes restent fortement ancrés dans la société qu’ils ont construite: dans le capitalisme, une minorité possède et contrôle les ressources et technologies mondiales et les moyens de production, dans lesquels ils investissent seulement dans un but lucratif.
Par exemple, Jeff Bezos, l’un des hommes les plus riches du monde et propriétaire de la compagnie Amazon sera bientôt le premier mille milliardaire au monde – une somme d’argent qu’il s’est acharné à dépenser dans une course pour voyager sur la lune, au lieu d’investir dans des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail pour ses employés qui souffrent de conditions extrêmement précaires – un fait qui affecte tous les travailleurs, mais en particulier les personnes de couleur aux Etats Unis (noirs, Latinos, Asiatiques, etc).
Bien que nous ne soyons pas fan du personnage, ceci n’est pas un produit de la nature humaine de Bezos, mais du système de compétition dans lequel on vit qui pousse n’importe quel capitaliste à la cupidité comme seul moyen de maintenir sa compagnie sur le marché libre. L’utilisation de ‘diviser pour mieux régner’ (dont le racisme) comme moyen de justifier la surexploitation de communautés défavorisées et vulnérables est un moyen d’arriver à ses fins plus facilement.
Mais l’utilisation du racisme pour exploiter n’est pas unique aux Etats Unis. Après la seconde guerre mondiale, la colonisation de l’Afrique du Nord a joué un rôle clé pour le développement du capitaliste en France. Pour bénéficier d’une force de travail peu chère et surexploitée, les capitalistes ont ramené des travailleurs principalement d’Algérie, de Tunisie et du Maroc – une tactique non seulement profitable mais qui divise, puisqu’elle est constamment utilisée par les patronats pour diviser la classe ouvrière. La normalisation du racisme dans l’idéologie capitaliste a comme but de reprocher aux immigrants de ‘voler le travail des français autochtones’ au lieu de mettre la responsabilité sur la classe dirigeante qui surexploite des immigrants pour ne pas avoir à payer une force ouvrière française plus chère.
L’utilisation du sexisme et du racisme pour profiter de main d’oeuvre bon marché a été brutalement exposée par la crise sanitaire où, internationalement, les femmes, et plus encore celles issues de l’immigration ont fait les frais de cette crise; non seulement en représentant une couche importante de nos travailleurs essentiels dans les hôpitaux, les supermarchés et restaurants mais en représentant une partie importante de nos travailleurs qui subissent les salaires les plus bas et conditions les plus précaires. Cela vient du fait que la normalisation du racisme, du sexisme et toute forme d’oppression diminue les chances de trouver un travail ou un logement. Ce sentiment de ‘chance’ pousse donc les victimes du racisme et du sexisme à garder la tête basse lorsque leur salaire baisse ou leur loyer augmente par peur de perdre les seuls contrats qu’ils ont réussi à décrocher.
Créer cette division et ces préjudices pour exploiter une force ouvrière vulnérable est donc un moyen de maintenir le règne de la classe capitaliste. Et il est clair, dans nos exemples précédents, que l’Etat a un intérêt direct et particulier à défendre cette classe dirigeante.
« On ne combat pas le racisme avec le racisme – on le combat avec la solidarité » – Fred Hampton
Malheureusement pour le capitalisme, mais bien heureusement pour nous: il y a une limite à tout. Le système dans lequel on vit finit toujours par se heurter au phénomène de solidarité créé par les conditions communes dans lesquelles il pousse la grande majorité de classe travailleuse.
Par exemple, cela ne nous est pas venu comme une surprise que le secteur de la santé soit un secteur où le monde entier a connu de nombreuses révoltes – et une solidarité au sein de la classe des travailleurs. En effet, ce secteur était déjà très touché par l’austérité et les inégalités avant l’arrivée du Covid 19, et de nombreux infermier(ères) étaient présents dans le mouvement des gilets jaunes et dans le mouvement de manifestations et de grèves de décembre 2019 à février 2020, le plus grand mouvement de grève depuis 1968. Bien que la classe capitaliste préférerait nous voir nous pointer les uns les autres du doigt pour les problèmes infligés par le système, la frustration réelle envers les coupes budgétaires dans l’éducation, la santé et autres services publics et l’augmentation constante du chômage et du prix du pétrole sont des questions qui affectent la majorité de la classe des travailleurs et surtout de sa jeunesse (de toutes origines, de tous genres, etc.). L’approfondissement de cette crise capitaliste pousse alors la majorité à réaliser que leurs problèmes ne viennent pas de ‘l’autre’ mais bien d’un système qui exploite à tout prix, et au détriment premier de la classe travailleuse et de la planète.
Cette solidarité cruciale entre tous les membres de la classe ouvrière s’est reflétée dans de nombreux combats en France et au niveau international. Comme indiqué plus tôt, BLM a été le plus grand mouvement social et multiculturel aux Etats Unis, un pays où le racisme est ancré dans tous les aspects de la société mais a été défié par un refus d’être divisé par une classe dirigeante qui exploite tous les travailleurs, blancs ou noirs, et utilise le racisme pour nous diviser et surexploiter nos semblables.
La grève de Janvier 2020 en France a aussi été un modèle exemplaire de solidarité et de force sociale. Non seulement ces grèves ont rassemblé les mouvements féministes, antiracistes, anti-LGBTQIA+phobie, contre le changement climatique et contre toutes les inégalités économiques (chômages, austérité, taxes, etc), mais elles ont aussi aidé à re-populariser l’outil le plus efficace pour lutter contre le capitalisme: la grève. Covid a démontré comment les patrons ne peuvent pas survivre, produire ou s’enrichir sans travailleurs. La tactique de retirer sa force de travail a donc un impact imbattable sur l’économie et peut forcer les patronats à céder aux demandes des travailleurs. Mais ce procès de grève peut aussi consolider la solidarité, un outil essentiel pour vaincre toutes les attaques que la classe travailleuse subit, mais surtout pour organiser un réel mouvement de masse uni capable de détrôner le capitalisme une bonne fois pour toute.
« La prochaine fois qu’on descend, ce sera un appel plus organisé » – Assa Traoré, juin 2020
Le besoin de solidarité a été reconnu par le Comité Adama qui a rejoint le combat des Gilets jaunes, un mouvement explosif contre l’austérité imposée par le gouvernement Macron en 2018 et 2019 et qui a reçu une réponse physique violente et brutale de l’Etat et de la police et fut principalement démonisé dans les médias.
Le Comité Adama en a tiré des leçons correctes: bien que la jeunesse issue de l’immigration ait des expériences uniques et souvent plus violentes voire meurtrières, les brutalités policières ne touchent pas seulement les communautés défavorisées, mais toute la classe travailleuse qui tente de s’opposer aux logiques du système. Ceci est un phénomène exposé très clairement dans « Comme des Lions », un documentaire de 2016 qui retrace les luttes de 2011 et 2013 de travailleurs Peugeot qui tentent de s’organiser contre la fermeture d’une usine et la perte de leur emploi et se retrouvent nez à nez avec une police violente et répressive, face à laquelle les travailleurs chantent: ‘on est pas des casseurs, on est des ouvriers!’.
S’unir dans un combat solidaire est donc le meilleur moyen non seulement de défier les mensonges racistes et les divisions sociales, mais aussi d’exposer le rôle de l’Etat et de la police qui protège le statut quo et les intérêts des patronats à tout prix: à continuer la diabolisation des plus défavorisés et couper à travers la solidarité, en normalisant la répression violente des mouvements sociaux, la répression violente des communautés noires et musulmanes et l’exploitation de tous les travailleurs – qui affecte de manière disproportionnée les migrants, les personnes de couleur, les femmes et autres communautés défavorisées.
En effet, d’après un rapport de 2020, Adama Traoré et 11 gilets jaunes font partie des 676 personnes décédées suite à l’intervention des forces de l’ordre en 43 ans en France.
Mais alors, autour de quel type de programme devons-nous lutter pour construire un mouvement des travailleurs et des jeunes solidaire qui peut mettre fin aux discriminations et abus racistes en France, qui peut gagner des réformes concrètes pour tenir responsable les policiers meurtriers & pour assurer des services sociaux, des emplois et une vie abordable à tous, mais qui peut surtout rompre avec le système capitaliste comme seul moyen d’assurer que ce qui est arrivé à Adama n’arrive plus jamais et comme seule moyen d’assurer la fin de toutes les inégalités économiques et sociales?
Pour nous, ce programme, est un programme révolutionnaire, qui demande:
- Un service public qui profite à tous ! L’utilisation démocratique des ressources et richesses qui existent en France pour investir massivement dans: la rénovation et la construction de logements sociaux accessibles à tous et abordables partout; dans des accès à de bons emplois stables avec de bons salaires et de bonnes conditions de travail, la réduction collective du temps de travail sans perte de salaire, et dans un enseignement et un système de soins santé gratuits et de qualité.
- Une police sous contrôle démocratique! La démilitarisation de la police avec le démantèlement de la Brigade Anti-Criminalité (BAC), ainsi que le contrôle démocratique de la police par les communautés ouvrières et quartiers défavorisés, les secteurs de travail clés et syndicats pour en finir avec les brutalités policières ; des investissements dans la protection des plus vulnérables (formations, infrastructures, emplois, etc.) et enfin que justice soit rendue aux familles des victimes de violences policières racistes: Adama Traoré, Amine Bentounsi, Ali Ziri, Wissam El-Yamni, Zineb Redouane Zyed Benna, Bouna Traoré, Babacar Gueye, Gaye Camara, Shaoyo Liu, Mahamadou Marega, Selom et Matisse, Ibrahima Bah, et tous les autres.
- La lutte solidaire pour imposer nos revendications! Il nous faut construire un mouvement de masse des travailleurs et de la jeunesse qui s’oppose à l’affaiblissement de la force de notre nombre par la division, raciste ou autre, afin d’affronter efficacement l’extrême droite et le système capitaliste lui-même, qui nous opprime et exploite tous dans l’intérêt de profits à court terme.
- Le socialisme, pas la barbarie ! Ce sont les travailleurs qui font tourner le monde, ils doivent le prendre en main ! Finissons-en avec l’exploitation capitaliste des deux sources de toutes richesses, les travailleurs et la nature, en nationalisant sous contrôle et gestion démocratiques les secteurs clés de l’économie. De cette manière, il serait possible d’avoir une économie démocratiquement planifiée qui poserait les bases de l’anéantissement de toute oppression, exploitation, violence, inégalité et injustice. C’est ce que nous appelons le socialisme.