C’est tout le système qui est coupable !
Alors que les ressources viennent à manquer, que les massacres tel qu’à Gaza se poursuivent dans l’inaction du gouvernement et que des mouvements sociaux dénoncent les 1% qui s’enrichissent, le système capitaliste, qui repose notamment sur le patriarcat, s’acharne à polluer notre air et nos luttes. En face, unifions-nous dans une offensive féministe anticapitaliste et socialiste pour lutter contre l’austérité et la répression d’Etat !
Par Laura (Paris)
« Victoire ! » on s’écrie depuis le trocadéro ce lundi 4 mars. Les sourires et les accolades fusent alors que l’IVG est inscrite dans la Constitution de la Vème République. Merci à nous féministes ! Le chef du gouvernement salue dans la foulée une “fierté française” et un “message universel”. Pause. Retour en arrière. « Réarmement démographique » : voilà l’expression employée par Macron le 16 janvier dernier. Comment expliquer la coexistence de ces politiques d’apparence opposées ?
Le combat ne s’arrête pas
Emmanuel Macron n’a pas été frappé d’un éveil féministe un soir à Versailles après avoir lu Annie Ernaux. Le vote de l’IVG est une tentative de récupération politique de la lutte féministe auto-organisée, ici pour le compte de l’Etat. Un Etat qui a d’ailleurs empêché au Parlement européen en décembre dernier l’inclusion du non-consentement dans la définition du viol. Un Etat qui encourage le contrôle et la stérilisation des corps à Mayotte. On célèbre le vote de l’IVG dans la constitution, nous avons cruellement besoin de fêter toute victoire. Mais on garde aussi en tête le contenu et le contexte stratégique de cette procédure, à 4 mois des élections européennes.
C’est bien la liberté et non le droit d’avorter qui est inscrite dans la loi. Garantir le droit à l’IVG aurait tenu l’Etat juridiquement responsable de l’effectivité et de l’accessibilité de l’avortement dans toute la France. En choisissant le terme « liberté », la macronie s’offre une image progressiste tout en limitant les efforts réels et la protection du droit d’avorter en cas de vote d’une restriction à son accès.
D’ailleurs, le sexisme perdure et ses manifestations les plus violentes s’aggravent comme le montre entre autres le rapport de 2023 du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. La conclusion de ces travaux est claire : il faut agir en urgence aux racines du problème. Les violences racistes, sexistes, et queerphobes historiquement ancrées en France augmentent aujourd’hui du fait de l’agenda conservateur et réactionnaire de la macronie.
La droitisation du « sans étiquette »
Macron joue sur tous les plans depuis ses débuts avec son fameux positionnement opportuniste du « ni trop à gauche, ni trop à droite ». Si c’est cet anti-conformisme apparent qui l’a amené au pouvoir, il n’en ressort pas moins dans les faits un bilan de 7 ans (déjà…!) de politiques néolibérales, répressives et réactionnaires à la recherche de boucs émissaires. La stratégie : faire copain-copain avec la droite tradi LR, récolter les votes du RN quand il le faut et se distinguer de ces derniers quand il le faut pour rester au pouvoir. La constitutionnalisation de la liberté de recourir à une IVG pour les femmes n’éclipse pas la baisse des budgets dans l’Hôpital public, la baisse du nombre de centres de santé pratiquant l’IVG, le manque de praticien.nes, les disparités d’accès, l’exclusion des personnes non binaires et hommes trans du texte, ou encore la violence du lobbying anti-IVG (désinformation, harcèlement et saccages de locaux).
Précarisation généralisée
Les attaques envers les acquis des luttes ouvrières ne se comptent plus : report de l’âge de la retraite, encouragement des contrats courts (intérim, CDD, indépendant) et des stages longs, durcissement de l’accès au RSA avec France Travail, dépendance aux lobbies industriels, etc. Les politiques antisociales se succèdent pendant que des milliards partent dans la préparation des Jeux Olympiques de la honte et que l’argent coule à flot vers la classe dirigeante. Pourquoi s’étonner ? 50% des ministres du gouvernement de Macron sont millionnaires!
Les profits se font notamment sur le dos du travail non payé des femmes dans les foyers et sur les lieux de travail, notamment dans les secteurs des soins et du lien, de l’éducation et de la vente, ainsi que dans les service publics – des femmes qui ont en même temps à charge l’éducation et le soin des enfants, ainsi que les tâches ménagères en écrasante majorité. Le sous-financement des services publics (secteur où travaillent majoritairement des femmes) augmente considérablement la double journée de travail des femmes.
Autant de points qui illustrent l’exacerbation de logiques néolibérales entamées depuis les années 1980 dont Macron est l’héritier et le fervent défenseur (un ancien banquier d’affaires chez Rothschild & Cie).
Par ailleurs, le capitalisme n’a aucun intérêt à concéder des droits aux femmes travailleuses, et ne l’a fait que sous pression, parce que ces dernières se sont mobilisées dans la rue. Le capitalisme a tout intérêt à nous faire miroiter de petites avancées quand, dans les faits, le plus gros du problème ne bouge pas.
Répression à tout va
La récente diffusion de discours réactionnaires décomplexés, de la part du gouvernement de Macron et de partis alliés à droite et de l’extrême droite, sont à analyser comme le retour de bâton d’élites qui sentent leur système menacé et qui cherchent à semer la haine et la peur.
Avec l’abaya interdite en septembre 2023, ce sont les femmes musulmanes qui ont été visées, dans un souci de division par le gouvernement, qui ne cesse d’accroître son islamophobie. Ainsi que son sexisme, par exemple en interdisant l’écriture inclusive dans les textes de loi ou encore notamment avec la récente décision de correctionnaliser le viol, qui relègue le viol à un crime “de 2ème division”, un “sous-crime” qui sera jugé de manière encore plus expéditive, avec moins de temps d’écoute des victimes. Aussi, quand le scandale Depardieu éclate enfin, Macron prend la défense de cet agresseur dans un discours banalisant les VSS et crache ainsi au visage de toutes les femmes victimes de violences patriarcales. Voilà pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, soit-disant “grande cause nationale” de la macronie … Le féminisme est ainsi utilisé par les décideurs comme une variable d’ajustement.
Macron condamne ces “radicaux” que nous sommes – tantôt éco-terroristes, wokistes, hystériques – et assure la résolution par la réforme en condamnant les discours révolutionnaires pour justifier la répression des mouvements qui critique son monde.
Le contre-backlash féministe
La rapidité et la puissance avec laquelle les militant.es féministes répliquent aux discours et actions réactionnaires est inédite. Aujourd’hui le discours féministe joue des coudes et se fait sa place dans les médias traditionnels pour dire que non, ça ne va pas “bien se passer”, non, pas alors que des centaines de femmes meurent frappées par des hommes en France chez années.
Le scandale Depardieu Plus récemment la prise de parole de Judith Godrèche contre l’homme réalisateur qui l’a agressée sexuellement et entraînée dans une relation d’emprise alors qu’elle était mineure et Un #metoo dans le cinéma français. Quand Cnews diffuse des chiffres mensongers et assimile l’avortement à un meurtre, c’est des journalistes comme Salomé Saquée sur Instagram, et même Laurence Ferrari, qui travaille au sein de la chaîne, qui respectivement alertent et déplorent ces actes ultra-conservateurs qui visent à contrôler nos corps.
Fort potentiel de lutte
Il devient de plus en plus difficile pour les décideur.euses politiques de convaincre que l’organisation actuelle des sociétés est le meilleur (ou du moins le “moins pire”) que l’on puisse faire collectivement. Les inégalités de revenus, l’instabilité des prix et la précarité accrue des minorités de genre et racisé.es suivent des logiques capitalistes que de multiples réformes ont échoué à endiguer. La critique radicale, en profondeur, à la racine économique des oppressions est majoritairement défendue au sein des mouvements militants féministes. C’est un constat de crise et de lutte que l’on peut faire à l’échelle du monde, à l’heure où éclatent des mouvements de révolte un peu partout sur la planète.
La convergence des luttes
Le féminisme socialiste considère les violences basées sur le sexe, la sexualité, et l’expression de genre dans le cadre de l’oppression et l’exploitation systémique de la classe travailleuse. Misogynie, racisme, LGBTQIA+phobie : toutes ces formes de violence sont perpétuées par le système capitaliste dans un même but : diviser pour mieux régner. C’était Bell Hooks, éminente militante féministe antiraciste qui dénoncait : “le patriarcat capitaliste impérialiste suprémaciste blanc”, un système qui ne peut être compris et combattu qu’avec une analyse de classe comme point de départ. En promouvant la convergence de nos luttes féministes, antiracistes, anti-validistes, anti-LGBTQIA+phobie, écologistes autour de la puissance de changement que représente l’entrée en action de la classe travailleuse, on argumente qu’un changement radical de tout ce système mortifère est nécessaire et urgent.
Nous rejettons la transphobie et les discours de haine émis par le cis-tème contre le “wokisme” et la “théorie du genre”, des concepts employés pour caricaturer et affaiblir le combat contre les discriminations. Ces discours réactionnaires prouvent que les droits inaliénables à l’autodétermination de soi et de son corps sont en péril constant sous le système capitaliste actuel, oppressif par nature. Ils renforcent la confiance des forces de droite dans leur capacité à aller toujours un pas plus loin et à de l’agression verbale à l’agression physique.
Non aux politiques instrumentalisant la lutte contre l’antisémitisme pour justifier leur islamophobie, leur racisme, leur violence de guerre et leur soutien à l’Etat impérialiste israélien ! Rejetons la récupération de nos luttes par les opportunistes de droite et d’extrême droite ! On le voit depuis plusieurs années dans les manifestations contre la précarisation et le sexisme, contre la réforme des retraites, contre le meurtre policier de Nahel, et contre les destructions écologiques : nos droits d’expression et de protestation sont de plus en plus réprimés par le gouvernement et sa police. Notre seul recours est de réaliser nos situations et aspirations communes pour agir collectivement entre travailleurs et travailleuses, en nous organisant dans les syndicats, et en intervenant avec une approche anticapitaliste et révolutionnaire dans les manifs contre l’impérialisme et en soutien aux populations opprimées!
Il est crucial que les organisations de la classe ouvrière refusent le jeu de la droite réactionnaire. Notre unité est notre force et nous devons dénoncer toute tentative de la part du système actuel de stigmatiser et de prendre à part certain.es catégories de populations et individus. Notre positionnement radical anticapitaliste, anticolonial/antiraciste, anti-transphobe et anti-sexiste vise à unir toutes les personnes victimes d’oppression dans la lutte.
Nous devons cultiver une unité dans la lutte contre les oppressions et les exploitations, en veillant à ne jamais laisser personne derrière. En repérant, analysant et dénonçant les graines de la discorde plantées par les réactionnaires pour nous désunir; nous prévenons la division de notre classe. De l’histoire des luttes sociales, on peut tirer ici deux conclusions : 1) la grève féministe est un levier d’action au potentiel révolutionnaire qui demande la participation de toustes dans tous les secteurs pour faire basculer le rapport de force, 2) les syndicats des travailleur.euses doivent impérativement assumer un rôle non pas de modération mais de motivation des luttes 3) la solidarité internationale des féministes, travailleur.euses et personnes opprimées du monde entier doit être davantage renforcée et coordonnée pour faire face aux crises capitalistes qui détruisent notre planète. La coordination féministe de la manifestation du 8 mars 2024 est une illustration de ces convictions, résultat du travail commun de centaines d’organisations féministes.
Pour un féminisme anticapitaliste et socialiste
- Retour de la retraite à 60 ans et pension minimale de 1400€ net. Pour un salaire minimum à 2000€ net, l’augmentation immédiate de tous les salaires de 10% et le retour de l’échelle mobile des salaires. Plaçons les secteurs à bas salaires sous contrôle public pour assurer un véritable statut au personnel, avec un bon salaire et de bonnes conditions de travail.
- Un emploi garanti et du temps pour vivre : pour une réduction collective du temps de travail, sans diminution des salaires, avec embauches compensatoires et diminution des cadences. Pour l’indépendance économique des femmes et la fin des emplois précaires.
- 2 milliards d’euros par an pour lutter contre les violences faites aux femmes et toutes les formes de LGBTQIA+phobie, y compris la transphobie ; pour des campagnes de prévention et la construction de centres de refuges et places d’accueil, accessibles à tou.te.s. Chacun.e doit avoir accès à un logement digne (contre la loi sur le logement Kasbarian-Bergé qui criminalise les locataires et occupantes précaires mises dans l’illégalité en accélérant les mises à la rue) et à pouvoir se déplacer en transport public gratuit, en toute sécurité.
- Pour un plan d’investissements publics massifs dans les secteurs du soin et du lien, dans l’éducation, les logements sociaux, les transports publics durables, ainsi que dans les mesures de protection du climat. Les services publics doivent répondre aux besoins ; ils doivent être de qualité, accessibles à tou.te.s, à moins de 30 minutes de son lieu d’habitation.
- Contre la double journée de travail des femmes : pour la socialisation des tâches domestiques, notamment via des cantines publiques de qualité, des blanchisseries publiques et un système de garde d’enfants gratuit.
- Les femmes ne sont pas des objets. Stop à la marchandisation du corps.
- Pour des droits sexuels et reproductifs complets – des ressources suffisantes pour l’éducation sexuelle, la contraception et l’accès à des avortements gratuits et sûrs (avec le maintien et la réouverture de maternités et hôpitaux de proximité), ainsi que la possibilité d’élever des enfants sans vivre dans la pauvreté !
- Pour un féminisme socialiste internationaliste et antiraciste ! Il n’existe pas de capitalisme sans sexisme, racisme, homophobie, transphobie, etc. Pour l’unité de chaque personne, travailleuse.eur.s et jeunes, d’origine française ou étrangère, … contre ce système qui ne sert que les intérêts d’une minorité de super-riches. Pour la régularisation des personnes sans papiers et leur accession à un logement décent, un emploi.
- Pour la fin des inégalités sociales – ce n’est que si nous possédons l’économie que nous pourrons arrêter l’exploitation. Pour la nationalisation des secteurs de l’énergie et des banques sous le contrôle et la gestion démocratique de la classe ouvrière.
- Nous avons besoin d’une économie publique et écologiquement planifiée avec un véritable contrôle démocratique par les travailleuse.eur.s et la société dans son ensemble pour créer des millions d’emplois bien payés et durables et construire une nouvelle économie verte. Pour une société socialiste démocratique basée sur les besoins de la classe travailleuse, des jeunes, des opprimé.e.s et de notre planète.