Des célébrations ont lieu en Syrie, mais que se passera-t-il ensuite ?

Article traduit d’une publication de notre projet international revolutionarymarxism.com le 9 décembre 2024

La dictature brutale d’Assad, qui dure depuis plus d’un demi-siècle, est tombée en Syrie. Des milliers et des milliers de prisonnier.e.s politiques ont pu retrouver leur famille, souvent après des années pendant lesquelles on les croyait mort.e.s. Des millions d’autres personnes déplacées à l’intérieur du pays se réjouissent de retrouver leur famille. La perte de l’emprise de la peur sur les gens a été visible dans les rues de Syrie et dans la diaspora.

Alors que l’euphorie retombe, beaucoup s’inquiètent de ce que l’avenir leur réserve, espérant prudemment que la tragédie de l’écrasement de la révolution syrienne est désormais terminée. Bien que beaucoup de choses ne soient pas encore claires, l’histoire montre que cela nécessitera une reconstruction décisive d’organisations de travailleur.euse.s authentiques et politiques en tant que force de masse, armée des leçons de 2011, et capable de présenter une véritable alternative au Hayat Tahrir al-Sham (HTS), à toutes les forces réactionnaires et aux puissances impérialistes : la construction d’une société véritablement libre, démocratique et juste nécessite l’unité des masses ouvrières et pauvres de Syrie pour lutter contre toutes les formes de sectarisme et d’oppression, et porter la révolution au niveau du renversement de la dictature économique du capitalisme et de ses divers représentants impérialistes.

Le régime détesté du dictateur Bachar al-Assad s’est effondré de manière spectaculaire lorsque les forces militaires de la coalition dirigée par le HTS ont balayé les villes d’Alep, de Hama, de Homs avant d’entrer dans Damas, au cours d’une offensive éclair qui n’a duré que onze jours. En chemin, les forces militaires du régime ont semblé se volatiliser. À Damas, les foules ont scandé « Assad est parti, Homs est libre ». Toutefois, malgré le soulagement et la jubilation, certains secteurs de la population syrienne ont des craintes et des inquiétudes quant à la suite des événements. Les zones autonomes du Kurdistan syrien sont déjà frappées par des attaques soutenues par les Turcs, et l’approche des nouveaux dirigeants à l’égard des droits des Kurdes et des femmes sera révélatrice de ce qui les attend.

Dans de nombreux endroits, les forces d’opposition armées semblent avoir été accueillies par des partisan.e.s enthousiastes et n’ont rencontré que peu ou pas de résistance civile ou militaire. Une fois entrées à Damas, elles ont libéré les prisonnier.e.s détenu.e.s dans la tristement célèbre prison militaire de Sednaya, théâtre d’horribles tortures infligées aux partisans de l’opposition par les hommes de main d’Assad. L’ambassade d’Iran, considérée comme un soutien essentiel du régime, a été saccagée, tandis que les combattant.e.s du HTS sont entré.e.s dans le palais présidentiel, se photographiant assis derrière le bureau d’Assad.

Certain.e.s des millions de Syrien.ne.s qui avaient été contraint.e.s de fuir à l’étranger pour échapper au régime brutal seraient déjà de retour. Dans le même temps, les forces de droite et d’extrême droite profitent cyniquement de l’occasion pour faire avancer leur programme raciste. L’Allemagne, l’Autriche, la Grèce et Chypre ont déjà suspendu les demandes d’asile en provenance de Syrie et des menaces d’expulsion de réfugié.e.s se trouvent déjà en Allemagne. Les Syrien.ne.s et tous.tes les réfugié.e.s doivent se voir garantir le droit volontaire de retourner ou de rester dans leur nouveau lieu de résidence avec tous les droits et sans discrimination.

Les ambassades syriennes à Istanbul, Athènes et même Moscou arborent le drapeau de l’opposition. Les pays voisins renforcent leurs frontières. L’armée libanaise a envoyé des unités militaires pour « protéger » ses frontières nord et est, tandis que les forces de « défense » israéliennes ont envoyé des troupes et des chars au-delà de la « zone tampon » du plateau du Golan occupé, marquant la première entrée d’Israël en territoire syrien officiel depuis 1973. Selon le journal israélien « Maariv », les FDI ont tiré sur le village de Barika, dans la zone tampon, afin d’éloigner les militant.e.s de la frontière.

M. Assad a quitté Damas à bord d’un avion russe Iliouchine qui a ensuite été vu en train de voler à très basse altitude avant de disparaître des radars, une manœuvre visant apparemment à dissimuler sa fuite. Des sources du régime russe confirment aujourd’hui qu’Assad et sa famille se trouvent à Moscou et ont obtenu l’asile politique.

Le pouvoir, selon la déclaration du commandant du HTS al-Julani, a été remis temporairement au Premier ministre en exercice al-Jalali, qui supervisera toutes les institutions de l’État jusqu’à la passation officielle des pouvoirs. Dans les premières émissions diffusées à la télévision syrienne, l’opposition a annoncé avec joie que « nous avons gagné le pari et renversé le régime criminel d’Assad ». Pourtant, malgré toute sa rhétorique sur la libération du pays du régime d’Assad, il semble que le HTS soit déjà prêt à collaborer avec un Premier ministre nommé par Assad afin d’assurer une transition « ordonnée » au sommet de l’État. Cela devrait être un avertissement que le HTS préférerait ne pas permettre au peuple syrien de façonner son propre avenir.

Al-Julani s’efforce manifestement de projeter l’image d’un homme d’État civil et acceptable pour l’Occident – en d’autres termes, il signale qu’il peut offrir une paire de mains fiables pour établir un nouvel ordre dans le cadre des tensions inter-impérialistes. Ses prêches de tolérance pour tous les groupes ethniques et religieux et de « non-revanche » représenteraient, s’ils étaient mis en pratique, un répit bienvenu. Mais certaines des contradictions inhérentes aux manœuvres et aux accommodements entre les puissances impérialistes et régionales sont déjà visibles dans les attaques turques contre les zones autonomes du Kurdistan syrien. Et le bilan du HTS au pouvoir dans la province d’Idlib laisse entrevoir le risque d’un régime oppressif, de droite et fondamentaliste, à moins que les travailleur.euse.s et les pauvres ne s’organisent pour s’assurer que cela ne se produise pas.

Qui était Assad ?

Le parti Baas (le parti Baas arabe « socialiste ») est arrivé au pouvoir pour la première fois à la suite de la révolution du 8 mars 1963, qui s’apparentait davantage à un coup d’État militaire, même si elle bénéficiait d’un soutien populaire. À cette époque, les masses de nombreux pays du monde, dont les économies avaient été exploitées par des décennies de domination impérialiste, s’efforçaient de parvenir à une révolution. En l’absence de forces révolutionnaires de masse véritablement à gauche, des couches de l’armée, s’appuyant sur le soutien de l’URSS, se sont emparées du pouvoir. Le régime policier à parti unique qui en a résulté a utilisé les méthodes autoritaires de la bureaucratie soviétique pour garder le contrôle, mais a acquis une certaine autorité grâce à la nationalisation de l’économie et à l’amélioration du niveau de vie.

Le père de Bachar al-Assad, Hafez al-Assad, qui avait participé activement au coup d’État de 1963, a été en 1966 l’un des principaux instigateurs d’un nouveau coup d’État au sein de l’élite dirigeante, puis d’un troisième en 1970, qui l’a laissé à la présidence. Toujours adossé à l’URSS, il s’est montré plus « pragmatique » dans sa relation avec la propriété privée, en sapant les avantages de la planification étatique et en introduisant une division sectaire selon des lignes religieuses dans la structure de l’État. Après sa mort en 2000, son fils Bashar lui a succédé.

L’effondrement de l’URSS en 1991 a vu Hafez ouvrir la Syrie au capitalisme mondial, un processus qui s’est intensifié sous Bashar. La privatisation des biens de l’État, l’austérité, le chômage de masse et les terribles inégalités, combinés à une accumulation rapide de richesses entre les mains de la famille régnante et d’un cercle étroit d’élites liées au régime, ont alimenté un mécontentement de masse qui a contribué à la révolte en Syrie en 2011, dans le cadre de la vague de soulèvements révolutionnaires qui s’est propagée à travers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Bien que Bashar ne jouisse pas du même degré d’autorité personnelle que son père, en 2011, il a conservé la loyauté des principales institutions du régime, qui ont joué un rôle déterminant dans l’orchestration d’une répression brutale du soulèvement. Cette répression a pris une tournure de plus en plus sectaire, avec l’utilisation de forces dominées par les alaouites contre les zones d’opposition majoritairement sunnites.

La révolution de 2011 n’a pas manqué d’engagement héroïque ni de soutien de masse, même si, en raison de l’exploitation de longue date par le régime des divisions sectaires à travers la peur et les réseaux de patronage, ce soutien n’a pas été uniforme dans les différentes communautés. Mais la conclure victorieusement aurait nécessité le renversement du régime Assad, le démantèlement de toutes ses institutions répressives, l’expulsion de toutes les forces impérialistes de Syrie et le remplacement de l’exploitation capitaliste par une planification socialiste, gérée par des structures démocratiquement élues réunissant la classe ouvrière et les pauvres de tous les groupes ethniques, de tous les sexes et genres, et de toutes les confessions.

Mais aucune force politique, même à petite échelle, n’a articulé un tel programme. Les syndicats, pour leur part, n’ont pas joué un rôle significatif dans l’opposition, car ils ont été soit écrasés, soit absorbés dans l’appareil d’État au fil des décennies. La Fédération générale des syndicats syriens (SGFTU), le principal organe « syndical » du pays, a fonctionné comme un bras armé du régime, étouffant la possibilité pour le mouvement ouvrier de jouer un rôle indépendant dans le soulèvement.

Au lieu de cela, le pouvoir est resté entre les mains de l’élite corrompue d’Assad. Le pays a sombré dans la guerre civile, avec l’intervention de différentes forces impérialistes (turques, américaines, russes, iraniennes et autres) et religieuses qui ont vu le régime recourir à une violence brutale contre les masses, y compris l’utilisation d’armes chimiques. La guerre a fait plus d’un demi-million de morts et a entraîné la plus grande crise de déplacement de l’histoire, avec plus de 13 millions de Syrien.ne.s – plus de la moitié de la population d’avant-guerre – qui ont été déplacé.e.s de force, à l’intérieur du pays ou à l’étranger.

Au départ, l’« Armée syrienne libre » (ASL) a été formée par une section d’officiers de l’armée ayant fait défection et sympathisant avec l’opposition. Dès le départ, elle ne disposait pas d’une structure de commandement unifiée et s’apparentait davantage à un ensemble hétéroclite de divers groupes armés qu’à une armée centralisée. Elle appelait au renversement d’Assad et à la transition vers un régime démocratique pluraliste. Cependant, sa stratégie n’avait rien en commun avec une véritable révolution sociale. Au lieu de cela, il tentait d’utiliser des tactiques de guérilla pour saper le régime, en s’appuyant sur l’aide des puissances occidentales et régionales pour mener ses campagnes. L’Occident avait cependant ses propres intérêts.

L’intervention de l’Iran, qui utilise ses militants pour soutenir le régime, ainsi que le soutien financier et militaire apporté aux groupes armés islamistes par des régimes sunnites tels que l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que par la Turquie, ont accentué les divisions confessionnelles au sein du pays, tandis que l’Armée syrienne libre voyait sa position s’affaiblir. La guerre civile a de plus en plus dégénéré en un conflit multisectoriel entre différentes milices soutenant les intérêts de puissances impérialistes concurrentes et/ou contrôlées par des fondamentalistes religieux.

L’intervention militaire de la Russie à partir de septembre 2015 visait ostensiblement à aider à combattre l’« État islamique » (Daesh), mais elle était principalement dirigée contre les forces de l’ASF soutenues par l’impérialisme américain et a joué le rôle fondamental de soutien au régime d’Assad. Sans le soutien de la Russie et de l’Iran, le régime baasiste se serait effondré depuis longtemps.

Selon une analyse de la publication « Syria direct », l’économie est en chute libre depuis 2011. La livre syrienne a perdu 99,64 % de sa valeur par rapport au dollar et l’effondrement s’est accentué ces dernières années. L’impression d’un billet de banque coûte désormais plus cher que sa valeur réelle. Jusqu’à 90 % de la population vit dans la pauvreté, dépendant généralement des envois de fonds de leurs proches travaillant à l’étranger pour survivre. Les politiques inhumaines des gouvernements occidentaux à l’égard des réfugiés syriens n’ont rien fait pour aider la population, tandis que les sanctions occidentales n’ont réussi qu’à aider Assad à construire un réseau serré de copains corrompus autour de son cercle intérieur.

Comment expliquer la victoire rapide du HTS ?

La victoire rapide de HTS ne peut s’expliquer par des facteurs purement nationaux. Alors que le monde a les yeux rivés sur Gaza et l’Ukraine, l’effet de ces conflits, qui a conduit à l’affaiblissement spectaculaire de la position d’Assad, est passé presque inaperçu.

Le Hezbollah, agissant en partie dans son propre intérêt, mais aussi au nom du régime iranien, a joué un rôle déterminant dans le soutien apporté au régime d’Assad, en particulier dans son conflit avec les forces de Daesh. Maintenant que le Hezbollah a reçu de sérieux coups militaires de la part des FDI, décapitant ses dirigeants et perdant une grande partie de son équipement, il n’a pas été en mesure d’intervenir pour soutenir Assad comme il l’a fait dans le passé.

Dans le même temps, le Kremlin a retiré ses forces de Syrie et les a détournées vers l’Est de l’Ukraine et Koursk, où il rencontrait des difficultés. Assad s’est donc retrouvé privé du soutien de deux éléments clés de sa puissance militaire, sans lesquels il aurait été déposé il y a quelques années. Les frappes aériennes répétées d’Israël sur les installations iraniennes en Syrie ont contribué à diminuer la capacité de l’Iran à soutenir les forces d’Assad.

Alors que les États-Unis semblent avoir été pris au dépourvu par ce succès rapide, le régime turc a saisi l’occasion offerte par les faiblesses du Hezbollah et de la Russie pour pousser le HTS à poursuivre son avancée. Il l’a fait en partie dans le but d’affaiblir le régime syrien et de faire pression sur lui après l’échec de leurs pourparlers de normalisation, de procéder au rapatriement forcé de millions de réfugié.e.s syrien.ne.s en Syrie et, ce qui est probablement le plus important, de lui permettre de prendre de nouvelles mesures contre les régions autonomes du Kurdistan syrien dans le nord du pays.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, de violents combats entre l’ANS (Armée nationale syrienne, elle-même composée de plusieurs factions différentes dont certaines sont très proches du régime turc et qui ont combattu pour les intérêts militaires turcs également « en dehors de la Syrie, notamment en Azerbaïdjan, en Libye et au Niger ») soutenue par la Turquie et les milices kurdes locales sont signalés à Manbij. Selon le réseau de communication indépendant « Bianet », l’ANS a été soutenue par « un bombardement terrestre intensif des forces armées turques ». La vulnérabilité renouvelée et déchirante des Kurdes, suivie avec anxiété par des millions de personnes qui craignent que Kobané ne soit la prochaine cible, souligne une fois de plus le cadeau empoisonné que représente le fait de compter sur les manœuvres entre des puissances impérialistes concurrentes.

Par ailleurs, le régime d’Assad s’est avéré n’être qu’une coquille vide. De nombreux rapports indiquent que son armée a simplement déposé les armes face à l’avancée du HTS, et lorsqu’il est arrivé à Damas, la hiérarchie de l’armée n’a même pas essayé de résister. L’armée syrienne a simplement abandonné son équipement – les combattants du HTS ont pris des photos assis dans les cockpits des avions de chasse laissés sur place. Ailleurs, des soldats sont montrés marchant sur la route en vêtements civils, leurs uniformes militaires étant simplement laissés en tas sur le sol.

Assad a trouvé si peu de soutien parmi la population, alliés et opposants confondus, qu’il s’est retrouvé isolé ces derniers jours. Il a demandé de l’aide aux Russes, qui ont répondu qu’ils n’avaient pas les moyens de le faire. Malgré les promesses publiques de soutien au régime d’Assad par le régime iranien, ce dernier a commencé dès vendredi à évacuer ses forces militaires sur le terrain, y compris les hauts commandants de la Force Qods, abandonnant de fait Assad à son sort. Il a apparemment demandé indirectement de l’aide à Trump, qui lui a tourné le dos. Il a proposé de négocier avec les HTS, mais ceux-ci n’en ont pas vu l’utilité. Même dans la ville alaouite de Qardaha, ville d’origine de la famille al-Assad, la foule a détruit les statues de son père.

Qui est Hayat Tahrir al-Sham ?

Hayat Tahrir al-Sham – Organisation pour la libération du Levant – est plutôt un regroupement de milices armées. Son chef, Abu Mohammed al-Julani, était un partisan de Daesh après 2011, chargé de mettre sur pied Jabhat al-Nusra pour lutter en faveur de l’instauration d’un État islamique en Syrie. Selon Al-Jazeera, al Julani s’est ensuite séparé de Daesh, a prêté allégeance à Al-Qaïda, puis a rejeté Al-Qaïda en 2017 pour former HTS. Cette décision s’est accompagnée d’un changement d’objectifs, passant de la lutte pour l’établissement d’un califat à la « libération » de la Syrie du régime d’Assad et à la mise en place d’une république islamique nationale.

Le HTS est devenu une force sérieuse, parmi les milices les plus puissantes combattant en Syrie, après la reprise d’Alep en 2016 par les forces d’Assad soutenues par la puissance aérienne russe. De nombreux combattants de l’opposition fuyant Alep se sont retrouvés à Idlib, qui, en 2017, était effectivement sous le contrôle de HTS, qui compterait 30 000 combattants. Ce contrôle a fourni une base économique au HTS, car une grande partie du pétrole du pays traverse la région jusqu’au principal port de Lattaquié et l’un des principaux postes-frontières avec la Turquie est sous le contrôle du HTS.

Il a dirigé le gouvernement (le « gouvernement syrien du salut »), fournissant des services tels que des écoles et des soins de santé, ainsi que la distribution de l’aide, alors que le régime Assad poursuivait son horrible campagne de bombardements. Des centaines de milliers de Syrien.ne.s ont fui vers la région dans une tentative désespérée de rejoindre la Turquie, mais la frontière est restée fermée. Ils vivent dans des camps de réfugié.e.s, la plupart du temps sans électricité, dans des conditions désespérées. Un habitant ironise : « Ici, les gens sont égaux – tout le monde partage la pauvreté, le manque de nourriture et le manque de travail ».

Cependant, le HTS dirige la région comme un État islamique autoritaire. Les journalistes de l’opposition sont arrêtés et la pratique des « personnes disparues » est très répandue. Les femmes doivent porter le hijab, elles ne sont pas autorisées à suivre des cours importants à l’université et les écoles sont séparées en fonction du sexe. Mais la mémoire du soulèvement de 2011 reste forte, ce qui conduit à la résistance ; comme l’a expliqué une femme, « la révolution syrienne a brisé les tabous ». Depuis septembre, les femmes d’Idlib organisent des manifestations contre les politiques de sécurité et la répression du HTS, et demandent la destitution de son chef al-Julani.

Les vautours impérialistes planent

Soudain, bien qu’ils aient été pris au dépourvu par l’avancée rapide de HTS, qui a été décrite comme une « organisation terroriste » par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’UE, la Russie, la Turquie et d’autres, les gouvernements réévaluent leur approche de la Syrie – non pas pour aider les masses à améliorer leur situation, mais pour s’emparer de ce qu’ils peuvent. Hypocritement, des gouvernements comme celui de la Grande-Bretagne s’empressent d’annuler l’étiquette « terroriste ».

L’Iran a perdu un partenaire stratégique clé. Une grande partie de son aide au Hezbollah passait par la Syrie, élément clé de l’« axe de la résistance » de l’Iran qui, espérait-il, s’opposerait à l’impérialisme occidental dans la région. La Russie a perdu un allié clé au Moyen-Orient, un gouvernement qu’elle avait essentiellement protégé de l’effondrement au cours des années précédentes. Tardis, dans le nord de la Syrie, est la principale base navale russe à l’étranger, utilisée non seulement pour soutenir les attaques aériennes d’Assad contre son opposition, mais aussi pour contester l’influence de l’OTAN en Méditerranée. Sa base aérienne de Hmeymin a également joué un rôle essentiel en tant que centre de transport pour soutenir les opérations des forces russes (y compris Wagner) au Sahel et ailleurs en Afrique. Depuis plusieurs jours, le Kremlin retire ses navires et ses avions et, même s’il parvient à conclure un accord avec le nouveau gouvernement, il a subi une atteinte considérable à son prestige.

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la prise de Damas, les États-Unis calculent comment exploiter ce que M. Biden a qualifié de « moment de risque » et d’« opportunité historique ». Ils ont profité du week-end pour envoyer une flotte de bombardiers attaquer 75 cibles de Daesh. Mais alors que M. Trump a rapidement tweeté en lettres capitales que « ce n’est pas notre combat. Laissons-le se dérouler. Ne pas s’impliquer », il est clair que les Etats-Unis se trouvent dans l’obligation de réévaluer fortement leur stratégie. Selon l’Atlantic Council, « l’approche américaine de la Syrie au cours de la dernière décennie – tolérer Assad et ses protecteurs iraniens, se concentrer sur l’État islamique, fournir une assistance humanitaire mais cesser l’aide politique et militaire à l’opposition, apporter un soutien illimité au YPG/PKK – s’est effondrée. Washington, et Jérusalem, devront proposer une approche cohérente et constructive à la nouvelle direction de Damas ».

Naturellement, Israël, qui a revendiqué la responsabilité d’aider à la chute d’Assad en détruisant la capacité du Hezbollah, a déjà profité de l’occasion pour étendre sa présence en Syrie. Netanyahou a ordonné à Tsahal d’avancer plus loin dans les hauteurs du Golan occupé et les médias israéliens ont rapporté le bombardement de dépôts d’armes dans le nord de la Syrie et même à Damas, qui, selon le ministre israélien de la Défense, Katz, sera intensifié pour « détruire les armes stratégiques lourdes dans toute la Syrie ».

Que le régime israélien tente de tirer parti de la situation actuelle en Syrie n’est pas une surprise. Mais soutenir, comme le font certains à gauche, que la chute d’Assad, en affaiblissant le soi-disant « axe de la résistance », porte un coup à la lutte de libération des Palestinien.ne.s, c’est ignorer totalement le fait que la dictature d’Assad ne s’est jamais souciée le moins du monde des Palestinien.ne.s. Comme beaucoup d’autres États de la région, elle a au contraire cyniquement instrumentalisé leur cause pour renforcer son propre régime despotique. Tout en se posant en défenseur anti-impérialiste des droits des Palestinien.ne.s, le régime a réprimé les organisations politiques palestiniennes, assiégé et bombardé le camp de réfugiés de Yarmouk pendant la guerre, et est resté inactif face au génocide en cours à Gaza. Sa trêve de facto avec Israël, qui dure depuis des décennies, pour garantir le calme sur le plateau du Golan occupé, a même valu une fois les louanges de Netanyahou lui-même, qui a déclaré en 2018 : « Nous n’avons pas eu de problème avec le régime d’Assad depuis 40 ans ».

Quant à la Turquie, elle a renforcé sa main même en s’opposant aux intérêts des États-Unis et de ses partenaires de l’OTAN. Il est clair que, bien qu’elle ait qualifié le HTS d’organisation terroriste, elle l’a aidé à se procurer des armes et aurait encouragé sa progression. Elle en profite aujourd’hui pour étendre sa présence dans le Nord.

Il s’agit bien là d’un avertissement. Le HTS et les milices qui lui sont désormais alliées ont peut-être vaincu Assad et pris Damas, mais ils n’exercent pas un contrôle inconditionnel sur l’ensemble de la Syrie. À ce stade, il semble que HTS ne cherche pas activement à attaquer les Unités de défense du peuple (YPG) et les Unités de protection de la femme (YPJ), composées principalement de militants kurdes. Il tente de se rendre « respectable » auprès des gouvernements internationaux, y compris occidentaux.

Cependant, l’armée nationale syrienne est plus étroitement alignée sur l’agenda de la Turquie, ce qui pourrait conduire à une « division du travail » entre les deux groupes armés, ou potentiellement déclencher des conflits entre eux sur leurs stratégies respectives. Bien que HTS dise que c’est aujourd’hui une victoire “pour tous.tes les Syrien.ne.s”, l’opposition totale de la Turquie à l’autonomie kurde crée un réel danger, d’une nouvelle phase de guerre avec la Turquie dans le nord-est pour affronter les YPG/YPJ, qui ont été soutenus par les États-Unis comme leur principal atout dans la lutte contre Daesh.

Dans cette situation dangereuse, le seul allié fiable du peuple kurde dans la défense de ses gains durement acquis en matière d’autonomie et de droits démocratiques, féministes et laïques, ce sont les masses ouvrières et pauvres de toute la Syrie et de la région. Un appel à une véritable révolution socialiste pour s’opposer à toutes les élites gouvernant par les armes, en tant que marionnettes ou occupants impérialistes, y compris les agressions racistes et génocidaires de l’État d’Israël, a le potentiel de déclencher des soulèvements de la classe ouvrière.

Y a-t-il une voie à suivre ?

Au-delà des célébrations du renversement du dictateur, la réalité du nouveau régime va commencer à s’imposer. Toute tentative d’instaurer un État islamique autoritaire, comme l’a fait le HTS à Idlib, avec des restrictions importantes sur les droits des femmes et des minorités sexuelles, est susceptible de se heurter à la résistance d’un peuple qui a maintenant soif d’un nouvel avenir après 54 ans de dictature d’Assad.

Parallèlement, le coup dur que représente la chute d’Assad pour les intérêts et le prestige du régime iranien, tout en enhardissant ses adversaires impérialistes dans une certaine mesure, pourrait également raviver la confiance des travailleur.euse.s et des personnes opprimé.e.s à l’intérieur même de l’Iran. La récente recrudescence des manifestations d’enseignant.e.s, d’étudiant.e.s et de retraité.e.s dans tout le pays au cours du week-end pourrait être le signe d’un changement dans cette direction.

En outre, le renversement de la dictature brutale, qui semblait inimaginable pour beaucoup il y a seulement dix jours, pourrait raviver les aspirations révolutionnaires des masses laborieuses et opprimées contre leurs propres dirigeants autoritaires dans d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord et renforcer encore l’esprit de résistance contre le colonialisme et l’impérialisme exprimé dans le puissant mouvement de solidarité avec la Palestine dans la région.

Comme le souligne Oraib al Rantani, directeur du Centre d’études politiques Al-Quds, basé à Amman, dans un article de Bloomberg: « Le deuxième printemps arabe arrive, sans aucun doute, tous les moteurs sont toujours là : la pauvreté, la corruption, le chômage, le blocage politique et la tyrannie ».

Dans le même temps, la nature militarisée du renversement d’Assad – par le biais d’un groupe armé dépourvu de contrôle démocratique à la base, plutôt que par la lutte massive et active de la classe ouvrière et des personnes opprimées – pourrait également contribuer à un climat de peur et d’intimidation, et signifie que tout mouvement d’en bas pourrait devoir rapidement faire face à la puissance militaire de ce groupe, et à sa volonté de la déployer. Le HTS, qui est lui-même une coalition de différentes forces, devra faire face à de futurs conflits à mesure que des intérêts divergents apparaîtront, que d’autres factions armées réactionnaires se disputeront le contrôle et l’influence, et que le nouveau régime tentera probablement de vaincre d’autres forces telles que les Kurdes. À ce mélange déjà explosif s’ajoute l’intervention avide des forces impérialistes qui poussent toutes leurs propres intérêts contre ceux des Syriens ordinaires.

Une nouvelle approche est nécessaire pour construire une société véritablement démocratique, une approche basée sur l’organisation de la classe ouvrière, la seule force capable d’unir la population au-delà des frontières nationales et ethniques, capable de lutter contre l’autoritarisme, l’oppression, les attaques contre les droits nationaux et les droits des femmes et des personnes LGBTQ+. Une telle force s’attaquerait également à l’horrible situation économique de la Syrie en faisant passer les ressources naturelles du pays en propriété publique. Cela nécessiterait également de chasser toutes les puissances impérialistes du pays et de s’opposer à leur contrôle et à leurs intérêts, tels que le contrôle américain sur une grande partie des champs pétroliers. Les richesses du pays étant détenues et contrôlées démocratiquement par l’État, il serait possible de mettre en place une économie planifiée contrôlée démocratiquement et de tendre vers une fédération socialiste démocratique du Moyen-Orient. Si cela peut sembler lointain, la chute d’Assad, il y a quelques semaines, l’est tout autant. Un premier pas pourrait consister à poursuivre les manifestations de masse dans les rues et sur les places et à les transformer en manifestations permanentes pour la reconstruction d’une Syrie libérée de toute oppression.

LE RACISME TUE

Crédit photo : Serge D’Ignazio

LUTTONS CONTRE UNE EXTREME DROITE ENHARDIE

Le 24 octobre 2024, l’Agence des droits fondamentaux de l’Union Européenne a publié un rapport dénonçant une forte augmentation du racisme anti-musulman. De 2016 à 2023 le nombre de personnes musulmanes interrogées dans 13 pays européens qui ont rapporté avoir été victimes de discriminations racistes a presque doublé, passant de 25 à 47%.

Notre seule faute est d’être né.e.s avec la peau noire

Ces chiffres, qui ne sont qu’une représentation minime de la réalité de ce que vivent les personnes racisées tous les jours (de par leur religion et / ou couleur de peau), ne sont pas une surprise face à l’hyper-normalisation du racisme, de la transphobie, ou de la misogynie dans notre société.

Dans le contexte d’un système capitaliste incapable d’empêcher l’augmentation du coût de la vie, la destruction environnementale et les crises impérialistes qui engendrent l’oppression coloniale et les génocides, la classe dominante, ainsi que les États et leurs institutions qui les protègent, peinent à gouverner de manière stable. De ce fait, ils nécessitent l’oppression pour maintenir l’ordre social en détournant l’attention de leurs responsabilités. Les conséquences de tout cela : des idées racistes dans toutes les couches de la société qui peuvent mener à des violences meurtrières – une réalité qui ne fait ni chaud, ni froid à une classe dominante prête à tout pour protéger ses intérêts.

Le meurtre de sang froid d’Amar, un sans-abri Algérien, par un policier hors service le 29 juin dernier, en est un exemple concret. Par l’attitude de Macron suite au meurtre de Nahel, un an seulement avant celui d’Amar, l’impunité policière n’a fait que se renforcer.

Les libéraux ont ouvert la porte aux monstres d’extrême droite

Ce n’est pas un hasard : Macron avait besoin de déshumaniser tout soutien à la révolte qui a suivi le meurtre de Nahel. Pour écraser et diviser la lutte contre la réforme des retraites qui le menaçait, la répression étatique et médiatique brutale des révoltes anti-racistes de juin 2023 n’a été que le premier outil de sa démarche. Celle-ci a continué avec l’implémentation de lois racistes (contre l’abaya, contre l’immigration) et les attaques islamophobes envers tout soutien à la lutte pro-Palestinienne. Toute personne adhérant à des idées racistes s’est vu confortée dans l’idée de pouvoir les mettre en œuvre sans conséquence, ce qui a mené à une augmentation du racisme en France de 37% sur la seule année 2023. La voie béante qui s’est ouverte pour l’extrême droite n’est donc pas une surprise.

Les politiques racistes, corporatistes et génocidaires engendrent des monstres d’extrême droite dans le monde entier. Aux États-Unis, où les Démocrates ont refusé de stopper l’armement de la machine de guerre israélienne, de protéger les droits à l’avortement dans plusieurs états, ou d’implémenter leurs promesses de politiques sociales, l’électorat s’est vu divisé entre un soutien renforcé pour Trump d’un côté, et un détachement des Démocrates sans réelle alternative de l’autre. Avec un appel à la déportation en masse, l’élection de Trump représente une menace extrême pour des millions de personnes racisées et migrantes aux Etats Unis et à l’international. Par ailleurs, là où les droits à l’avortement n’ont pas été protégés, la mortalité maternelle – déjà disproportionellement haute chez les femmes noires – ne fera qu’empirer. Actuellement, 50% des étudiants en médecine croient toujours que les personnes noires ressentent moins la douleur que les personnes non racisées, des mythes enhardis par la normalisation du racisme par les politiques de la classe dominante. En France, 91% des personnes noires disent être victimes de discrimination raciale dans leur vie de tous les jours. Il est clair que les violences oppressives et étatiques vont main dans la main. La poussée derrière l’extrême droite est un danger non seulement pour nos droits et nos libertés, mais pour nos vies. Face à une telle menace, une seule réponse est possible : la lutte, sans compromis.

“Jamais personne ne vous apportera l’éducation dont vous avez besoin pour les renverser” – Assata Shakur

Si les crises internationales impactent la classe ouvrière dans son ensemble, la jeunesse racisée est disproportionnellement impactée par la difficulté d’accès au travail, au logement, à la santé, à l’éducation ; par la répression policière et d’Etat ; et par l’impact de la destruction environnementale, de l’impérialisme et des guerres, du coût de la vie, et de la réaction de droite – des phénomènes qui eux-aussi touchent disproportionnellement les communautés opprimées – sur la santé mentale.

Il n’est donc pas surprenant que leur réponse, de Black Lives Matter, au mouvement en solidarité avec la Palestine, en passant par Justice pour Nahel, soient des inspirations pour nous tous.tes. Inspirons-nous de la jeunesse racisée à l’avant-garde de ces révoltes anti-racistes et de ces soulèvements de colère contre un système qui nous déshumanise! Organisons-nous pour revendiquer la fin immédiate des violences racistes dans la rue, dans nos écoles, communautés et lieux de travail, et de la part de l’État.

Inspirons nous aussi de la jeunesse, qui, en tant qu’individu.e.s mais aussi au sein de collectifs et autres groupes militants, se sont emparé.e.s de la campagne pour lutter contre l’extrême droite et la menace fasciste en juin dernier, se sont organisé.e.s pour manifester devant les bureaux de la gauche, demander l’organisation d’un Nouveau Front Populaire, et ont formulé des revendications explicites contre les politiques racistes, coloniales, impérialistes, misogynes et transphobes.

La liberté, c’est ne plus avoir peur.

La colère est partout, coordonnons-la, mais cette fois-ci pour gagner!

Publié le 29 novembre par notre section soeur en Belgique

150.000 emplois menacés, pouvoir d’achat épuisé, austérité brutale annoncée …

Ce que nous préparent Barnier et Macron s’annonce très brutal. Ils essaient de faire passer un budget austéritaire, alors que les services publics sont déjà bien vides voire inexistants, et que la vie chère impacte de larges couches de la société. Au même moment s’enchaînent les annonces de milliers de licenciements, derrière les mastodontes Auchan et Michelin : la perspective de se retrouver sans emplois touchera plus de 150.000 personnes selon la CGT – « Nous sommes au début d’une violente saignée industrielle », disait sa secrétaire générale Sophie Binet.

Depuis mi-novembre la colère pousse de nombreux secteurs de travail à se mettre en grève, avec aussi un appel de la CGT pour une grève le 12 décembre contre cette vague de plans de licenciements. Le potentiel existe pour un puissant mouvement social contre l’austérité et la vie chère, et contre les oppressions raciste, sexiste et queerphobe systémiques. L’échec du mouvement contre la réforme des retraites ne doit pas nous décourager ; au contraire, inspirons-nous de son atmosphère combative pour en dépasser les faiblesses. Coordonner la colère et la résistance pourrait se faire via l’implication des couches larges à la base, via le lancement de comités de lutte sur les lieux de travail, dans les écoles et dans les quartiers.

Macron et Barnier veulent nous imposer une nouvelle cure d’austérité

Un lourd plan de coupes budgétaires, c’est ce que veut imposer le gouvernement Barnier, avec bien sûr le plein accord de Macron. Mais le débat sur le budget 2025 n’en finit plus de battre son plein à l’Assemblée Nationale. Ni les macronistes, ni Les Républicains ne veulent être vus comme ceux qui auront été le plus loin dans la casse sociale. En octobre et novembre, les tensions étaient vives entre les partenaires de majorité, si bien que plusieurs ministres ont menacé de démissionner au cas où leur ministère allaient devoir faire des coupes budgétaires trop importantes. 

Un projet de texte a finalement été établi, mais les partenaires de coalition se heurtent à leur absence de majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Avant d’arriver en séance plénière à l’AN, le texte initial a ainsi subi de très lourdes modifications en commission, sous l’impulsion de la France Insoumise et des autres partis dans la coalition Nouveau Front Populaire (NFP), imposant notamment un impôt universel sur les multinationales, une taxe sur les super-dividendes et les GAFAM et un impôt sur le patrimoine des milliardaires. Les partis de gouvernements (et le RN !) ont donc décidé de voter contre le texte (ce qui constitue un fait historique) et de renvoyer sa version initiale vers le Sénat, où la gauche ne pourra pas amender le texte dans ce sens, puisqu’elle y est quasi inexistante. 

Les débats et les votes vont encore durer jusqu’à mi-décembre, mais il semble très peu probable que Macron/Barnier arrivent en définitive à imposer leur projet de budget sur base d’un vote – ce sera donc très probablement via le très impopulaire 49.3. Suite à cette activation, un vote de censure par toutes les oppositions serait fatal au gouvernement Barnier, qui pourrait ainsi tomber dans le courant du mois de décembre.

Michelin, fonction publique, SNCF : les mobilisations montrent la voie

Monde agricole, rail, fonction publique, collectivités territoriales, grande distribution, automobile, VTC, hôpitaux publics, biologistes médicaux, chimie… : contre les plans de licenciements, contre la vie chère, pour les salaires et de meilleures conditions de travail, contre les plans d’austérité budgétaire, les actions et grèves se succèdent depuis la mi-novembre.

Michelin – Fermeture des usines de Vannes et Cholet, 1.250 emplois directs, et des milliers d’autres qui en dépendent : l’annonce de Michelin a provoqué un séisme, auquel s’ajoute d’autres emplois menacés dans le secteur automobile, dans le contexte de crise profonde de l’industrie dans le monde. Le secteur est en crise, mais pas le compte en banque des décideurs de Michelin, qui viennent de procéder à des versements de dividendes records, et qui n’ont pour programme que la logique de profit pour eux-mêmes, avec le soutien des gouvernements pro-capitalistes.

Le personnel de Michelin s’est directement mobilisé dès le 5 novembre. En lançant une grève reconductible, il a répondu de manière résolue par l’action, dans les usines visées, mais aussi sur les autres sites du groupe.

Fonction publique – L’un des symboles de ces coupes budgétaires drastiques que veulent imposer Macron/Barnier, c’est le macroniste Guillaume Kasbarian, Ministre de la fonction publique, de la simplification et de la transformation de l’action publique. Le 13 novembre, il partageait le post d’Elon Musk qui célébrait sa nomination par Trump au « département de l’Efficacité gouvernementale » (DOGE), s’apprêtant à faire des coupes drastiques dans les budgets de la fonction publique aux USA. Après avoir félicité Musk, Kasbarian ajoutait : « J’ai hâte de partager les meilleures pratiques pour lutter contre la bureaucratie excessive, réduire la paperasserie et repenser les organisations publiques afin d’améliorer l’efficacité des fonctionnaires. »

Sous le terme de « débureaucratisation », le Kasbarian entend saigner la fonction publique « à tous les étages ». Les fonctionnaires qui tombent malades sont aussi dans le viseur : allongement du délai de carence à 3 jours et limitation du remboursement des arrêts maladie à 90%, « pour faire baisser l’absentéisme ». Les syndicats ont eu raison de se mobiliser dès mi-novembre, et ont appelé à une journée de grève le 5 décembre.

SNCF – À côté de la première journée de grève le 21 novembre, les syndicats du personnel de la SNCF ont annoncé le dépôt d’un préavis de grève illimitée à partir du 11 décembre, pour protester contre le démantèlement de Fret SNCF et l’ouverture de son capital. Au 1er janvier 2025, il est prévu que Fret SNCF sera transformée en deux sociétés : Hexafret pour le transport et Technis pour la maintenance du matériel, une mesure imposée par la Commission européenne. Et ceci dans le contexte d’ouverture à la concurrence des lignes régionales.

Et… campagne anti-grève – Les médias dominants parlent d’un « orage social » auquel doit faire face Barnier. Cette avalanche de grèves a aussi relancé la campagne anti-grève dans ces médias, la droite s’insurgeant contre la paralysie du pays, surtout à l’approche de la période des fêtes. Le personnel de la SNCF est en première ligne, avec le retour du désormais traditionnel « vous allez gâcher le Noël des français ». Le député allié du Rassemblement National Eric Ciotti a même proposé l’interdiction des grèves pendant les vacances.

Le monde agricole à nouveau dans les rues

La rhétorique de la classe dominante contre le risque de paralysie du pays n’est généralement pas appliquée à la colère du monde agricole. Non pas parce que la classe capitaliste et ses relais politiques et médiatiques se soucient du sort des agriculteurices. Mais parce que l’agro-business est fortement majoritaire dans la représentation professionnelle du secteur, avec à sa tête la direction de la FNSEA et des JA. Les grandes entreprises agroalimentaires donnent le ton, avec pour principale préoccupation la diminution des règles administratives et des normes environnementales, c’est-à-dire polluer davantage pour accroître davantage encore leurs profits. Pendant que la majorité des professionnel.les, sur des petites exploitations, veulent surtout une rémunération juste pour leur travail – ce que l’agro-business et la grande distribution leur empêche d’atteindre.

Les accords de libre échange entre l’UE et le Mercosur sont très justement l’occasion du monde agricole pour se re-mobiliser. Les petit.es exploitant.es n’en veulent pas et iels ont raison : la concurrence déloyale va encore plus miner leurs possibilités de rémunération juste, avec la réduction drastique des droits de douanes entre les deux blocs de marché-libre. Avec ces mobilisations, la direction de la FNSEA et l’agro-business ont un autre agenda : ne pas perdre le contrôle et se positionner en vue des prochaines élections professionnelles en janvier…

Face au potentiel de convergence des luttes : « diviser-pour-régner »

Barnier et Macron vont avoir du mal à apaiser la colère qui re-commence à se généraliser. Avec aussi des appels au retour de la lutte des Gilets Jaunes, qui ont déjà mobilisés durant le mois de novembre, 6 ans après le début du mouvement historique.

Toutes ces mobilisations se font pour des raisons diverses, mais qui témoignent de la généralisation de la colère, orientée contre l’approche socio-économique de Barnier et Macron, et le monde qu’ils représentent. Leur monde est ultra-majoritairement représenté sur la scène médiatique, et il ne faut souvent même pas aller chercher sur les chaînes de l’empire Bolloré : « Est-ce que vous craignez (sic) une convergence des luttes, une mobilisation qui pourrait bloquer la France ? », demandait un.e journaliste d’Arte Radio (Le Club ’28, 15/11) à un.e autre journaliste…

Le camp d’en face est très conscient du risque de convergence et coordination des différentes colères et luttes. C’est pourquoi la rhétorique anti-grèves est de retour, et il faut s’attendre à de nombreuses autres tentatives de diviser par n’importe quel moyen, surtout si ça permet de continuer à opprimer les mêmes personnes qui subissent déjà.

Une nouvelle « loi immigration » est en projet depuis septembre, et pourrait être lancée au tout début 2025. Encore une fois, il s’agira de cibler les personnes migrantes, et par-delà toutes les personnes issues de l’immigration, particulièrement nord-africaine et subsaharienne – et surtout avec une rhétorique islamophobe. Encore une fois, cela favorisera la confiance qu’ont les groupes et individus violents d’extrême droite pour harceler, intimider et violenter les personnes qui subissent déjà un racisme systémique, mais aussi à l’encontre d’autres, particulièrement les personnes LGBTQIA+.

Impliquons dans la lutte toutes les personnes qui subissent !

Les inégalités mènent à la lutte. Faire converger et coordonner la colère s’avèrera crucial si on veut gagner. Mais cela ne suffira pas. L’absence de victoire du mouvement contre la réforme des retraites pèse sur les mobilisations actuelles. Inspirons-nous des points forts de ce mouvement, et notamment son atmosphère combative et tenace, autour d’une lutte commune. Mais ajoutons-y une large implication active par en bas, quelque chose qui pourrait être fait par la mise sur pied de comités de lutte. 

Certaines mobilisations récentes ont vu le lancement de tels comités, pour soutenir des grèves par exemple. Cela pourrait être lancé partout – même là où la mobilisation n’est pas (encore) existante, sur les lieux de travail, dans les écoles et facs, dans les quartiers et les villages. De tels comités pourraient essayer d’organiser l’action, mais aussi la solidarité envers d’autres mobilisations. Ils pourraient servir à assurer une lutte constante contre chaque oppression vécue par l’un.e d’entre nous, et à mener la bataille politique contre les forces d’extrême droite qui tentent d’exploiter les inégalités sociales et la crainte en l’avenir. Des appels à la solidarité avec les luttes des populations en Martinique et Kanaky pourraient aussi être plus facilement tenus, ainsi qu’avec les luttes nécessaires par exemple en Allemagne, où d’ailleurs Michelin a déjà annoncé vouloir fermer des usines en 2025.

C’est par une implication réellement plus large et par en bas qu’un futur appel à la grève générale pourrait être sérieusement suivi, ce qui serait une véritable défiance pour Macron et ses gouvernements pro-capitalistes.

Halte au génocide à Gaza et à la spirale sanglante au Moyen-Orient

Depuis plus d’un an, le monde assiste avec horreur et en temps réel à l’une des campagnes de bombardement les plus destructrices et les plus impitoyables de l’histoire – un assaut incessant aux proportions génocidaires – sur la bande de Gaza. La machine de mort et de destruction maniée par l’État israélien tourne et elle plonge dans de nouvelles profondeurs indicibles, tout en élargissant son champ d’action régional. Le Moyen-Orient est aujourd’hui au bord de ce qui pourrait être la plus grande conflagration régionale depuis des décennies.

Par Serge Jordan le 28 octobre 2024

Une horreur sans fin

Selon le bilan officiel publié par le ministère de la santé de Gaza, le génocide israélien à Gaza a tué plus de 43.000 Palestiniens en 12 mois. Ce chiffre représente toutefois plus que probablement une importante sous-estimation. Plusieurs milliers de personnes sont toujours portées disparues et ne sont pas prises en compte dans les statistiques officielles. L’anéantissement des établissements de santé, des réseaux de communication et des infrastructures routières a gravement entravé la tenue de registres précis. Ce chiffre ne tient pas non plus compte du nombre important – et croissant – de victimes dues à des causes indirectes telles que la maladie, la malnutrition et la famine. Plusieurs organisations, dont l’Organisation mondiale de la santé, des groupes de défense des droits humains et des professionnel.le.s de la santé qui ont travaillé à Gaza, affirment que le nombre réel de victimes est beaucoup plus élevé que ce qui est indiqué. Une étude récente du “Costs of War Project” de l’université Brown (Etats-Unis) estime ce nombre à environ 114.000, ce qui représente environ 5 % de la population de Gaza, et le qualifie de nombre minimum ferme et prudent de morts, tandis que les estimations de la revue scientifique britannique The Lancet faisait déjà état de plus de 180.000 personnes décédées de causes indirectes il y a plusieurs mois.

Entre-temps, la Cisjordanie occupée a également connu une recrudescence des attaques meurtrières de l’armée israélienne et des colons au cours de l’année écoulée, ce qui a entraîné la détention de près de 12.000 Palestinien.ne.s et la mort de centaines de personnes, dont 36 enfants tués lors de frappes aériennes et en raison de tirs à balles réelles 129, la plupart touchés à la tête ou à la partie supérieure du corps.

Aussi horrible que cela puisse paraître, le nombre de mort.e.s ne représente qu’une partie de la barbarie dont est victime le peuple palestinien. Un nouveau rapport de l’Agence des Nations unies pour le développement sur l’impact socio-économique de la guerre révèle que les indicateurs de développement humain dans la bande de Gaza se sont effondrés à des niveaux jamais atteints depuis les années 1950, et qu’il faudrait 350 ans (!) pour que l’économie de Gaza retrouve les niveaux d’avant le 7 octobre 2023. La quasi-totalité de la population de Gaza souffre d’une forte insécurité alimentaire, un demi-million de personnes sont menacées de famine. Des dizaines de milliers de personnes ont subi des blessures qui ont changé leur vie ; Gaza abrite désormais le plus grand nombre d’enfants amputés de l’histoire moderne, avec 10 enfants en moyenne qui perdent une jambe ou les deux chaque jour.

Dans ce qui a marqué un nouveau degré d’horreur et d’intensification de cette guerre brutale d’extermination – que l’envoyé palestinien auprès des Nations unies a qualifié de « génocide dans le génocide » -, le nord de Gaza a été soumis à un siège d’une cruauté stupéfiante au cours des trois dernières semaines (alors que les zones dites « sûres » ou « humanitaires » dans les parties méridionales de la bande continuent d’être régulièrement bombardées elles aussi). Depuis le 1er octobre, les forces israéliennes ont empêché l’entrée de nourriture ou d’aide de quelque nature que ce soit dans le nord de Gaza et ont soumis la région à des frappes aériennes et à des tirs d’artillerie incessants. L’armée israélienne a intensifié son offensive terrestre – la troisième en douze mois – encerclant le camp de réfugiés de Jabalia, tuant des centaines de civils et forçant des dizaines de milliers de personnes à fuir. Les familles déplacées qui s’abritaient dans des bâtiments publics sont chassées sous la menace des armes, avant que ces bâtiments ne soient rasés ou brûlés par les soldat.e.s israélien.ne.s. Les Palestinien.ne.s qui ont fui ont fait des récits effrayants de cette campagne permanente de meurtres, de famine planifiée et de déplacements forcés : des dizaines de corps éparpillés dans les rues, des preuves d’exécutions sommaires, des blessés laissés sur place alors que les ambulances et les secours sont délibérément bloqués, voire directement attaqués. L’armée israélienne prend également pour cible ce qui reste des réserves et des canalisations d’eau, poussant la population restante plus près du bord de la famine et de la soif. Joyce Msuya, responsable des affaires humanitaires de l’ONU, a averti samedi que « l’ensemble de la population du nord de Gaza risque de mourir sous le siège israélien », au lendemain d’un raid israélien de grande envergure sur Kamal Adwan, le dernier hôpital opérationnel de la région.

Le directeur de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orien (UNRWA), Philippe Lazzarini, a récemment déclaré : “L’odeur de la mort est omniprésente, les corps gisant sur les routes ou sous les décombres. Les missions de déblaiement des corps ou d’assistance humanitaire sont refusées. Dans le nord de Gaza, les gens attendent simplement de mourir. Ils se sentent abandonnés, désespérés et seuls. Ils vivent d’une heure à l’autre, craignant la mort à chaque seconde.” Malgré ces conditions insupportables et la menace imminente d’anéantissement, de nombreux.ses Palestinien.ne.s ne peuvent tout simplement pas partir – ou refusent de le faire en sachant qu’une fois parti.e.s, il ne sera pas possible de revenir – une expérience gravée dans leur histoire.

Cette stratégie militaire israélienne semble s’inspirer des principes fondamentaux de ce que l’on appelle le « plan des généraux », un projet publié en septembre par une association d’officiers retraités et de réservistes israéliens, que le Premier ministre Netanyahou a qualifié de « logique ». Les principaux objectifs de ce plan sont l’encerclement militaire du nord de Gaza, l’interruption de l’aide humanitaire et l’utilisation de la famine comme moyen de pression pour forcer l’évacuation totale de la zone. Chaque Palestinien.ne qui resterait sur place serait qualifié.e d’agent du Hamas et traité.e comme une cible légitime à abattre. Connu également sous le nom de « plan d’Eiland », il porte le nom de Giora Eiland, général de division à la retraite et ancien chef du Conseil national de sécurité d’Israël, qui en a conçu le cadre et a résumé son raisonnement brutal il y a déjà un an dans une interview, en déclarant : « Gaza doit être complètement détruite : chaos terrible, crise humanitaire grave, cris au ciel… ». Cette déclaration s’accompagne des projets du mouvement des colons et de l’extrême droite israélienne de réinstaller Gaza, ouvertement discutés lors d’une conférence le 21 octobre à laquelle ont participé des membres de la Knesset (le Parlement) et plusieurs membres du Likoud (le parti de Nétanyahou) ainsi que des ministres du gouvernement, et qui ont été protégés par l’armée et la police.

Cependant, la faisabilité pratique d’un plan visant à soumettre environ 400.000 personnes à l’horrible ultimatum « partir ou mourir » est une toute autre question. Outre l’attachement indéfectible des Palestinien.ne.s à leur terre, on peut se demander combien de temps les forces d’occupation israéliennes pourront maintenir leur emprise sur le nord de Gaza sans subir des pertes croissantes de la part du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens qui continuent d’opérer dans la région. L’armée israélienne est également confrontée à des contraintes militaires, logistiques et humaines de plus en plus importantes pour soutenir les opérations dans la bande de Gaza, compte tenu des exigences simultanées de l’intensification de la guerre avec le Liban – qui nécessite d’importants déploiements de troupes – ainsi que de la possibilité d’une escalade de la guerre à l’extérieur.

L’assaut s’étend au Liban

Malgré les affirmations publiques du contraire, plus d’un an après le début de la guerre, le gouvernement de Netanyahou n’a toujours pas atteint les objectifs qu’il s’était fixés à Gaza. Par exemple, moins de 7 % des otages israéliens libérés ont été récupérés par la force militaire. Les célébrations triomphalistes de l’establishment israélien à l’occasion de l’assassinat des dirigeants du Hamas, Ismail Haniyeh et plus récemment Yahya Sinwar, ne peuvent occulter la réalité : le Hamas, bien qu’ayant subi des pertes militaires significatives en hommes et en matériel, est loin d’être « éliminé ». L’affirmation du ministre israélien de la défense, Yoav Gallant, selon laquelle le Hamas est effectivement démantelé en tant que force de combat à Gaza – reprise la semaine dernière par le secrétaire d’État américain Antony Blinken – ne correspond pas aux faits. Outre le fait que ce récit contredit clairement la propagande de l’État israélien, qui continue d’imputer au Hamas la responsabilité de la quasi-totalité pertes civiles palestiniennes massacrées par les bombes de Tsahal, le groupe conserve objectivement une capacité et une volonté de se battre. Dans un contexte pratiquement dépourvu de forces de résistance de gauche, la spirale d’atrocités du régime israélien devrait également aider le Hamas à reconstituer ses rangs au sein d’une nouvelle génération de Palestinien.nes. Sur le plan politique, les résultats du dernier sondage effectué par le Centre palestinien de recherche sur les politiques et les sondages au début du mois de septembre montrent que si le soutien au Hamas a légèrement baissé, il reste le plus élevé par rapport à toutes les autres factions palestiniennes, tant à Gaza qu’en Cisjordanie occupée.

Confronté à une impasse stratégique, Nétanyahou s’est retrouvé sous la pression des factions les plus extrémistes et ultranationalistes de son propre cabinet, qui l’ont incité à poursuivre l’escalade de la guerre. Il cherchait aussi désespérément à détourner l’attention de ses propres vulnérabilités politiques et des critiques intérieures croissantes concernant sa conduite de la guerre. Ces critiques ont culminé, début septembre, avec des manifestations historiques dans tout Israël et une grève générale de courte durée déclenchée par la fédération syndicale Histadrut, qui a cédé à la pression massive de la base – à laquelle ont participé des travailleurs d’origine juive, arabe et autre, exigeant un « accord immédiat ».

Encouragé par les facteurs susmentionnés et sentant une opportunité dans la faiblesse évidente de l’actuelle administration Biden, Nétanyahou a opté pour une fuite en avant imprudente, appuyant sur l’accélérateur de la guerre au Liban. L’explosion meurtrière de bipeurs et d’appareils de communication piégés dans une opération de terrorisme d’Etat à travers le Liban à la mi-septembre a simplement servi de prélude aux « Flèches du Nord », une offensive militaire israélienne aérienne et terrestre brutale de plus grande envergure sur le Liban. Les affirmations du régime israélien selon lesquelles ce nouvel assaut ne vise que le Hezbollah sont manifestement fausses. Il a attaqué sans discrimination des hôpitaux, des zones résidentielles, des postes frontières, des équipes de la Croix-Rouge et de la protection civile, des agriculteurs, des bergers, des journalistes et même des forces de « maintien de la paix » de l’ONU. Les infrastructures essentielles – eau, électricité, communications – ont été délibérément prises pour cible, de même que les bâtiments gouvernementaux, les monuments culturels et les sites historiques. L’offensive a tué plus de 2.600 personnes à ce jour et en a déplacé environ 1,2 million, forçant plus d’un.e habitant.e du Liban sur cinq à quitter son foyer.

L’offensive de l’armée israélienne au Liban semble en partie reposer sur l’idée de terroriser et de saper la base sociale du Hezbollah. Attiser les flammes sectaires au sein de la population libanaise pourrait bien être un élément intentionnel de cette stratégie, alors que les Libanais.es majoritairement chiites sont contraints de fuir le sud vers des régions majoritairement sunnites, druzes et chrétiennes. Ainsi, à la mi-octobre, l’armée israélienne a frappé le petit village septentrional d’Aito, dans le cœur chrétien du pays, loin des principales zones d’influence du Hezbollah dans le sud et l’est du Liban, mais où étaient accueillies les personnes déplacées à l’intérieur du pays en provenance des régions à majorité chiite. Vingt-deux personnes ont été tuées dans l’attentat.

L’assassinat de Hassan Nasrallah, leader historique et très en vue du Hezbollah, à la fin du mois de septembre, ainsi que l’élimination de la plupart des hauts commandants militaires de l’organisation, ont incontestablement porté un coup au Hezbollah. Ces actions, ainsi que les attaques de bipeurs et de talkies-walkies ont également mis en évidence de graves failles de sécurité au sein de la structure du groupe. Sur le plan politique, elles ont permis à Nétanyahou de rehausser temporairement son prestige sur le plan intérieur. Son parti, le Likoud, est remonté d’un niveau historiquement bas pour prendre la tête des sondages d’opinion nationaux.

Toutefois, les limites de cette tendance sont déjà visibles. Des sondages récents montrent également qu’une majorité de la population israélienne souhaite une élection anticipée et la coalition de Nétanyahou serait incapable de former un gouvernement lors d’élections hypothétiques, l’un des deux partenaires de la coalition d’extrême droite risquant de perdre tous ses sièges au parlement. Sur le champ de bataille, le Hezbollah reste un adversaire redoutable. Par rapport à sa guerre de 2006 contre Israël, l’organisation a considérablement renforcé ses capacités de combat, en grande partie grâce à des années d’expérience aux côtés des forces du régime réactionnaire d’Assad en Syrie. Le Hezbollah dispose d’un vaste arsenal de missiles et de roquettes guidés avec précision ; bien que certaines parties de cet arsenal aient été dégradées lors des récentes frappes aériennes israéliennes, il est toujours capable d’atteindre presque n’importe quelle cible en Israël – comme l’a récemment souligné une frappe de drone visant la luxueuse villa privée de Netanyahou dans la ville côtière de Césarée. En outre, le groupe peut compter sur des dizaines de milliers de combattants aguerris, endurcis par une guerre de longue haleine. Bien que les médias ne s’accordent pas sur le nombre exact de victimes militaires israéliennes au Liban, il est largement admis que les pertes de ces derniers jours ont été les plus lourdes jamais infligées par le Hezbollah, qui mène un combat acharné sur le terrain – tout en faisant pleuvoir des tirs de roquettes de l’autre côté de la frontière, dont certains ont fait des victimes civiles. L’idée initiale et déclarée de l’armée israélienne d’une « opération ciblée et limitée » au Liban pourrait facilement se transformer en son contraire.

Croire qu’Israël a ouvert ce nouveau front – aux dépens du peuple libanais – pour assurer une « sécurité » et une « paix » durables à sa propre population est une illusion cruelle qui s’effondrera bientôt sous le poids de la réalité. Sans parler du fardeau que la guerre et la spirale des dépenses militaires font peser sur l’économie israélienne, ce qui, comme l’a noté « The Hindu », « oblige à faire des choix difficiles entre les programmes sociaux et l’armée ». Cela exacerbera les tensions sociales et approfondira les contradictions au sein de la société israélienne.

L’armée israélienne bombarde l’Iran

Tragiquement, le potentiel destructeur de ce conflit pourrait encore se déployer, car la dynamique engagée risque de l’entraîner dans quelque chose de bien plus grave. Ce que le régime israélien cherchait à obtenir, sans y parvenir, par le biais des accords d’Abraham – à savoir un changement à long terme de l’équilibre régional des forces en sa faveur vis-à-vis de l’Iran et des groupes soutenus par l’Iran, ainsi que la mise à l’écart de la question palestinienne et la normalisation et le renforcement de son régime d’occupation – il tente à présent de l’obtenir par une campagne de mort et de destruction. Cette logique conduit le gouvernement de Nétanyahou sur la voie d’une confrontation avec Téhéran.

Alors que le gouvernement génocidaire de Tel-Aviv multiplie les provocations – il a bombardé, le Yémen, la Syrie, le Liban et Gaza en l’espace de 24 heures en septembre – le régime iranien cherche à maintenir une stratégie d’escalade « contrôlée » et « calculée », marchant sur un fil entre le fait de se poser comme une ligne de front clé dans « l’axe de la résistance » contre le régime israélien tout en évitant consciemment des actions qui pourraient déclencher une guerre à grande échelle. Cette prudence ne découle pas d’une position de force, mais de la crainte des retombées politiques, sociales, économiques et militaires qu’un tel scénario entraînerait, d’autant plus que le pays a été confronté à des éruptions périodiques de mécontentement interne massif au cours des dernières années. Pourtant, le lancement par l’Iran de 200 missiles balistiques en direction d’Israël à la suite de l’assassinat de Nasrallah, qui a tué un civil (un Palestinien dans la ville de Jéricho, en Cisjordanie), a été immédiatement exploité par les responsables israéliens comme prétexte pour menacer de représailles punitives. Dans la foulée, le Pentagone a envoyé en Israël son système de défense antimissile le plus avancé, accompagné d’une centaine de personnes chargées de le faire fonctionner. Il s’agissait du premier déploiement officiel de troupes américaines sur le terrain depuis le début du génocide à Gaza, et d’un « exemple opérationnel du soutien sans faille des États-Unis à la défense d’Israël », selon le secrétaire américain à la défense, Lloyd J. Austin.

Présentée comme une mesure défensive, l’attaque israélienne, orchestrée en tandem avec Washington, est intervenue le 26 octobre et a pratiquement représenté une offensive. Elle visait les sites de fabrication de missiles et de drones iraniens, ainsi que les défenses aériennes. Bien que les installations nucléaires et pétrolières – cibles auxquelles l’administration Biden s’est publiquement opposée – ont été épargnées, il n’est pas certain que d’autres frappes suivront. Même isolée, cette première attaque militaire israélienne ouvertement reconnue contre l’Iran comporte le risque de déclencher une réaction en chaîne plus large.

La danse hypocrite de l’impérialisme

Les timides tentatives de la Maison Blanche de mettre le pied à l’étrier pour éviter un conflit total avec l’Iran en plaidant pour des frappes aériennes relativement “limitées”, combinées à son insistance renouvelée sur la nécessité d’un cessez-le-feu à la suite de l’assassinat de Yahya Sinwar, dissimulent mal le rôle instrumental que l’impérialisme américain a joué tout au long de l’année écoulée dans la préparation de cette situation explosive et dans la facilitation matérielle, politique et diplomatique du génocide à Gaza. De nouvelles données de l’agence de surveillance d’Al Jazeera, Sanad, révèlent l’ampleur stupéfiante de l’implication américaine et britannique dans les opérations militaires d’Israël entre octobre 2023 et octobre 2024. Ces données font état de pas moins de 6.000 vols militaires au-dessus de la région, soit une moyenne de 16 par jour, dont 1 200 vols de fret livrant des armes à Israël, ainsi que des missions de reconnaissance, du ravitaillement en vol et d’autres formes de soutien.

Néanmoins, les prétendues « contraintes » de l’administration Biden concernant l’attaque d’Israël contre l’Iran, sa capitalisation sur la mort de Sinwar pour plaider à nouveau en faveur d’un cessez-le-feu – bien que le Premier ministre israélien ait ostensiblement fait savoir qu’il ne voyait pas les choses de cette manière – ainsi que ses menaces – largement inconséquentes – de geler l’aide militaire si le régime israélien ne levait pas les restrictions sur l’aide humanitaire à Gaza dans les 30 jours, trahissent toutes de réelles inquiétudes dans les cercles dirigeants américains. Ces efforts timides pour freiner les manœuvres de guerre les plus extrêmes de Nétanyahou ne sont pas motivés par des considérations morales, mais par l’indignation publique massive et la réaction brutale contre les actions du régime israélien, par des calculs électoraux cyniques (un récent sondage a montré que les Américains d’origine arabe préfèrent légèrement Trump à Harris) et par le spectre d’une déstabilisation beaucoup plus importante de la région. Washington hésite certainement à s’engager dans une guerre à grande échelle avec l’Iran, sachant que cela pourrait exacerber le sentiment anti-américain et causer des ravages sur les marchés pétroliers et l’économie mondiale dans son ensemble. Préoccupé par l’intensification de sa rivalité stratégique avec la Chine, l’establishment politique américain – démocrates et républicains confondus – préférerait réduire son empreinte au Moyen-Orient plutôt que de l’aggraver. Toutefois, paradoxalement, si un tel conflit devait éclater, l’impérialisme américain passerait probablement en mode réactif, contraint de renforcer son soutien au régime israélien de peur que toute manifestation de faiblesse n’enhardisse ses rivaux régionaux et mondiaux. Dans le contexte de la « nouvelle guerre froide » (c’est-à-dire la bataille pour l’hégémonie mondiale entre les deux principales superpuissances que sont les États-Unis et la Chine), le président qui occupera la Maison Blanche favorisera objectivement l’affaiblissement de l’Iran et des puissances impérialistes qui lui sont associées, à savoir la Chine et la Russie.

Quoi qu’il en soit, les gestes actuels de l’administration américaine ne signalent aucun changement significatif dans la politique des États-Unis. Le soutien de Washington à Israël reste profondément ancré dans des impératifs géostratégiques, qui ne peuvent être modifiés par la seule rhétorique. Seuls des mouvements d’envergure venant d’en bas, y compris des développements majeurs de la lutte des classes, pourraient exercer la pression de masse nécessaire pour perturber cette alliance bien ancrée.

Dans l’état actuel des choses, alors que Biden peut occasionnellement déclarer qu’il y a trop de victimes civiles, il continue d’armer Israël jusqu’aux dents. De même, le Premier ministre britannique Keir Starmer affirme que « le monde ne tolérera plus d’excuses de la part d’Israël » – ce même Starmer qui a déjà justifié le droit d’Israël à couper l’eau et l’électricité à Gaza. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau fustige le régime indien de Narendra Modi pour ses exécutions extrajudiciaires en territoire étranger, mais garde un silence complice lorsqu’Israël commet des actes similaires à Gaza, au Liban ou en Iran. Modi, quant à lui, parle de « diplomatie de la paix » tout en soutenant le gouvernement de Nétanyahou par le biais de contrats d’armement impliquant des entreprises indiennes, en facilitant l’envoi de travailleurs indiens en Israël et en s’abstenant sur les résolutions de l’ONU appelant à un cessez-le-feu ou condamnant l’occupation et les crimes de guerre d’Israël. Le président turc Erdoğan a beau s’insurger contre les bombardements d’Israël, il ordonne la même semaine plus de 40 frappes aériennes sur le nord et l’est de la Syrie, tuant des dizaines de civils. Quant à Macron, un ancien fonctionnaire français cité par Politico décrit son approche hésitante : « Lorsqu’il parle aux pays émergents, il est pro-palestinien ; et lorsqu’il parle à Netanyahou, il ne pense qu’à la sécurité d’Israël. » Son récent revirement vers une rhétorique plus ferme à l’encontre de certaines politiques de Nétanyahou semble coïncider avec l’invasion israélienne du Liban, un pays que l’impérialisme français continue de considérer comme faisant partie de son arrière-cour.

Cette hypocrisie éhontée met à nu la faillite morale des dirigeants capitalistes mondiaux de tous bords. Leur indignation sélective révèle que les condamnations de la violence ne sont rien d’autre que des outils de commodité pendant que le massacre se poursuit. La fin de ce massacre ne viendra pas des hautes sphères du pouvoir, mais d’une résistance généralisée et organisée à l’échelle internationale, forçant une rupture dans le système qui permet et facilite ces crimes.

Arrêter le génocide, arrêter la machine de mort de l’État israélien – Combattre l’ensemble du système par une action de masse

Le peuple palestinien, ainsi que tous les travailleurs et opprimés vivant au Liban et dans la région, ont besoin de notre solidarité inébranlable. Nous devons appeler à l’arrêt immédiat du déchaînement sanglant du régime israélien dans la région et au retrait total de ses forces d’occupation du Liban, de Gaza et de la Cisjordanie occupée. Les États-Unis et la plupart des dirigeants occidentaux plaident en faveur d’un cessez-le-feu centré sur la libération des otages israéliens toujours détenus à Gaza. Pourtant, non seulement ils restent indifférents au sort des milliers de prisonniers palestiniens qui croupissent dans les prisons israéliennes, mais ils ont également apporté leur soutien au cabinet de guerre de Nétanyahou, qui a méthodiquement saboté toutes les possibilités de cessez-le-feu, tout en exploitant sans ménagement le sort des otages pour accélérer son agenda sanglant. Le chahut récent de Nétanyahou par les familles endeuillées des otages lors de son discours au cours d’un rassemblement de commémoration des victimes du 7 octobre à Jérusalem est un signe certain de l’indignation croissante de l’opinion publique face à ces manœuvres cyniques.

Il est évident qu’aucun cessez-le-feu véritable et durable ne peut avoir lieu dans des conditions de siège et d’occupation militaire. En l’état actuel des choses, nous défendons le droit inaliénable des masses au Liban et dans les territoires palestiniens occupés de résister à l’agression militaire permanente d’Israël, y compris par les armes. Une résistance armée reposant sur des bases de masse et liée au contrôle démocratique de la population, cherchant à unir les travailleurs et les opprimés à travers les diverses confessions et communautés nationales, et intégrant les revendications de libération nationale avec les revendications de transformation économique et sociale radicale, serait le meilleur moyen d’y parvenir.

La résistance contre ce génocide doit s’attaquer à ses racines fondamentales. Cela signifie mener une lutte politique sans compromis non seulement contre le colonialisme et le racisme de l’État israélien, mais aussi contre le système capitaliste et impérialiste qui les soutient. Cette lutte doit aller de pair avec la construction d’organisations socialistes indépendantes capables d’organiser la classe ouvrière et tous les opprimés autour d’un tel programme. Elle doit s’éloigner des capitulations des partis pro-capitalistes corrompus comme le Fatah, mais aussi des forces islamistes de droite comme le Hamas et le Hezbollah. Même si, dans les conditions actuelles, ces forces bénéficient d’un soutien important, les socialistes révolutionnaires doivent s’attaquer aux causes profondes de l’oppression nationale sans succomber à des méthodes politiques réactionnaires qui, en fin de compte, servent à consolider les relations de pouvoir existantes. Il ne peut y avoir de libération pour certains sans libération pour tous : pour réussir, la lutte doit être anti-sectaire, internationaliste, féministe, anti-impérialiste, anticapitaliste et donner la priorité à la participation démocratique de masse – autant de qualités dont ces organisations sont malheureusement dépourvues. De plus, leurs attaques aveugles contre les civils israéliens et leur collaboration avec le régime despotique iranien – celui-là même qui a brutalement écrasé le mouvement « Femme, Vie, Liberté » – contribuent à renforcer la propagande sanguinaire de Nétanyahou et de la bande de bouchers qui font pleuvoir la terreur sur Gaza et le Liban.

Notre lutte doit viser non seulement l’assaut militaire de l’État israélien, mais aussi tous ceux qui le soutiennent, toutes les puissances impérialistes dont les intérêts particuliers font partie intégrante du bain de sang qui engloutit actuellement le Moyen-Orient, et tous les régimes autoritaires et oppressifs de la région – y compris l’Iran et la Turquie – qui se soucient davantage de leur propre richesse et de leur survie politique que du sort des masses palestiniennes.

Ensemble, la complicité effective des régimes arabes dans l’autorisation des actions barbares d’Israël à Gaza et leur perpétuation de la violence d’État et de la misère chez eux, pourraient alimenter un mélange puissant susceptible de déclencher de nouveaux soulèvements dans toute la région. En octobre, le régime égyptien d’al-Sissi a augmenté les prix des carburants pour la troisième fois cette année dans le cadre de « réformes structurelles » plus larges imposées à la demande du FMI après avoir réduit les subventions pour le pain en juin. Ces politiques ne font qu’accentuer la colère d’une population qui souffre déjà de graves difficultés économiques, tout en voyant leur gouvernement agir comme un facilitateur de facto de l’étranglement du peuple palestinien. « Le deuxième printemps arabe se prépare, sans aucun doute, mais tous les moteurs sont toujours là : la pauvreté, la corruption, le chômage, le blocage politique et la tyrannie », a déclaré Oraib Al Rantawi, directeur du Centre d’études politiques d’Al-Qods, basé à Amman. Bien que les rues du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord semblent actuellement dominées par des sentiments de démoralisation et d’impuissance, les événements horribles qui se déroulent à Gaza et au Liban continuent d’agir comme un catalyseur pour une accumulation moléculaire mais constante de rage de masse et de radicalisation – qui pourrait éclater de la manière la plus explosive et, si elle est organisée efficacement, devenir un puissant levier pour arrêter la spirale de la machine de mort du régime israélien et de ses soutiens impérialistes.

Pendant ce temps, à travers le monde, bien qu’avec des fluctuations et des degrés d’intensité variables, des millions de personnes se sont levées par défi, en manifestant, en boycottant, en faisant grève, en occupant. Des actions menées par des étudiants et des travailleurs universitaires – parfois soutenus par des syndicats, y compris par des grèves comme celle des United Automobile Workers (UAW) aux États-Unis – ont appelé les universités à rompre tous leurs liens avec l’État d’Israël. Ces actions ont permis de démasquer les mensonges de la classe dirigeante – qui a généralement répondu par une violente répression policière contre les campements – et de populariser la question du contrôle démocratique par les étudiants et les travailleurs de la gestion et de l’utilisation des fonds de leurs universités.

Rien qu’à Londres, 300.000 personnes ont envahi les rues à la suite de l’invasion du Liban. Fin septembre, une grève générale de 24 heures « contre le génocide et l’occupation en Palestine » a été organisée dans l’État espagnol à l’appel de plus de 200 syndicats et ONG, accompagnée de manifestations de masse dans tout le pays. C’est la voie à suivre : pour obtenir les résultats les plus tangibles, nous devons frapper au cœur des profiteurs de guerre et des États impérialistes, en ciblant leurs fonctions et leurs profits, et donner un nouveau souffle à l’appel initial des syndicats palestiniens au mouvement ouvrier mondial, appelant à la solidarité contre le génocide à Gaza – et maintenant l’assaut sur le Liban et la poursuite de l’escalade de la guerre dans la région.

Les dockers grecs ont récemment bloqué les livraisons d’armes à Israël, les travailleurs de Google et de Microsoft se sont révoltés contre le partenariat de leur entreprise avec le gouvernement et l’armée israéliens, les travailleurs des hôpitaux parisiens ont manifesté en solidarité avec leurs homologues soumis à un blocus à Gaza, et la campagne « Arrêtez d’armer Israël » s’est poursuivie, aux militants français de « Stop Arming Israel » qui ont distribué des tracts dans plusieurs usines d’armement françaises qui soutiennent le génocide israélien afin de nouer des liens avec les travailleurs de l’industrie, aux appels publics des syndicats français CGT STMicroelectronics et CGT Thales pour que leurs entreprises respectives cessent de faire des affaires avec Israël… ces innombrables actes de solidarité de la classe ouvrière doivent être amplifiés partout où cela est possible, en particulier dans les secteurs stratégiques qui sont au cœur du fonctionnement de la machine de guerre israélienne. Aussi stimulantes que soient ces actions, les syndicats et les organisations de travailleurs du monde entier pourraient et devraient faire beaucoup plus pour mobiliser activement leurs membres, dénoncer la complicité de leurs gouvernements dans les atrocités en cours et libérer toute la puissance de la classe ouvrière par une action de masse audacieuse et coordonnée.

Cette lutte doit également s’étendre aux travailleurs et aux jeunes de l’État d’Israël, en les exhortant à utiliser leur pouvoir et à tirer parti de leur travail pour bloquer la machine de guerre et affronter ce qui est objectivement – même si ce n’est pas encore consciemment reconnu – un ennemi commun. Nous saluons et sommes pleinement solidaires de tous ceux qui, à l’intérieur de la ligne verte, prennent des mesures audacieuses pour s’opposer au régime de Nétanyahou et à l’ensemble des forces politiques qui soutiennent cette guerre d’extermination contre les Palestiniens.

Incontestablement, des contradictions majeures compliquent ce processus. Par exemple, la courte grève générale du 2 septembre s’est produite non pas à cause mais en dépit de la direction de la Histadrout, dont le président nationaliste de droite Bar-David, en décembre 2023, a signé de manière dégoûtante un obus destiné à être utilisé pour bombarder la bande de Gaza, avec l’inscription suivante : Le peuple d’Israël vit. Salutations de la Histadrout et des travailleurs d’Israël. La grève a également été soutenue par une partie de la classe capitaliste israélienne, pour ses propres intérêts. Quant au mouvement « Deal now », il a reflété une conscience profondément conflictuelle et contradictoire, et son soutien a été considérablement affaibli par l’attaque contre le Liban. Malgré ces difficultés, la grève et les manifestations « Deal now » ont laissé entrevoir le rôle que les travailleurs israéliens pourraient jouer à l’intérieur de la ligne verte pour soutenir la lutte contre le génocide à Gaza, la guerre au Liban, la violence des colons et des militaires en Cisjordanie occupée, ainsi que la politique du régime israélien en général. Les socialistes révolutionnaires ont pour tâche essentielle d’encourager activement ce processus et de démasquer la rhétorique trompeuse de la sécurité et de l’autodéfense que la classe dirigeante israélienne exploite pour déguiser un agenda qui ne conduit qu’à plus d’insécurité, d’austérité et d’effusion de sang pour toutes les parties impliquées.

En fin de compte, la lutte pour la libération de la Palestine est inséparable de la lutte globale contre le capitalisme, un système axé sur le profit privé qui engendre des guerres, la dévastation de l’environnement et d’obscures inégalités. Dans ce système, les technologies les plus avancées de l’humanité sont exploitées non pas pour améliorer la vie mais pour l’anéantir à une échelle génocidaire, tandis que les appareils les plus perfectionnés permettent de diffuser en direct les actes de violence les plus primitifs et les plus déshumanisants à des millions de personnes. L’urgence d’une transformation révolutionnaire n’a jamais été aussi claire. Il est essentiel de renverser ce système destructeur pour récupérer les immenses richesses et ressources de la société, y compris celles qui sont actuellement canalisées vers le massacre de masse et la ruine de Gaza. Ce n’est que par le biais d’un programme socialiste visant la propriété et le contrôle collectifs des moyens de production et défendant les droits de toutes les communautés nationales et religieuses à la pleine égalité et à l’autodétermination que nous pourrons jeter les bases d’un avenir où la paix, la sécurité et la prospérité seront garanties à tous les peuples.

Solidarité et justice pour Gisèle

Pas un.e de plus ! De l’Argentine à la France – Solidarité avec et justice pour tous.tes les victimes de violences sexistes et sexuelle

Fin à la culture du viol

Fin à la violence masculine

Fin au sexisme et au racisme systémiques et à toutes les formes d’oppression

Tout le système est coupable ! Fin au système capitaliste qui normalise et nourrit la misogynie au détriment de millions de nos vies

Le 19 octobre et le 23 novembre (manifestation pour la journée internationale contre les violences de genre), assurons-nous que la bravoure de Gisèle n’ait pas été vaine

⚠️Mise en garde : contenu extrêmement difficile, comprenant des descriptions de violences de genre et de viols

Solidarité avec Gisèle Pélicot qui a non seulement été confrontée à des violences de genre  horribles, cruelles et abjectes, mais qui a aussi bravement renoncé à son droit à l’anonymat et s’est courageusement battue pour rendre le procès de 51 hommes qui l’on violée , confrontantle monde entier à la réalité brutale de la culture du viol et de la violence masculine. Solidarité également avec les trois enfants de Gisèle, en particulier sa fille Caroline, qui soupçonne son père de l’avoir également droguée.

Il est difficile d’imaginer l’horreur que Gisèle a vécu au cours des dernières semaines, alors qu’elle a dû non seulement affronter ses agresseurs mais aussi faire face à un victim blaming à en retourner l’estomac, l’obligeant à revivre les abus et les violences qui lui ont été infligés. Une réalité d’autant plus épouvantable lorsque l’on sait que Gisèle  s’est battue pour que ‘la honte change de camp’, ainsi que pour obtenir justice — pour elle, et  pour toutes les victimes de violences misogynes et de genre. 

Si ce n’est plus un secret pour beaucoup que le système judiciaire est par nature hostile aux survivant.e.s de violences sexistes et sexuelles (VSS), il n’y a tout simplement pas de mots pour qualifier la violence des attaques lancées contre Gisèle la semaine dernière. Les avocats de la défense ont tenté, de la manière la plus répugnante qui soit, de défendre l’idée que, bien que les auteurs aient été parfaitement conscients du fait que Gisèle était droguée lorsqu’ils l’ont violée, ils ne pouvaient pas savoir qu’elle n’était pas consentante.

Dans leur tentative scandaleuse de présenter Gisèle comme complice et d’inverser le rôle des auteurs et de la victime, les avocats de la défense utilisent à plein fouet la culture du viol comme outil central, la reproduisant et la renforçant sans aucun scrupule ou considération de l’impact que cela a sur la vie de Gisèle et celles de millions d’entre nous soumis.es aux attaques misogynes meurtrières et grandissantes dans la société. Cela met à nu avec une brutalité indicible la misogynie structurelle et le sexisme du système judiciaire. 

L’affaire en cours a également mis en évidence le sexisme structurel du secteur médical, où les médecins ne reçoivent toujours pas de formation adéquate pour détecter la soumission chimique, bien que l’utilisation de drogues dans les cas d’agression sexuelle soit en hausse depuis vingt ans. 

Tandis que l’extrême droite essaie d’exploiter cyniquement la violence fondée sur le genre pour promouvoir son programme raciste envers leur fémonationalisme, l’affaire contre leur mensonges racistes. La réalité est que 91% des femmes victimes de violence de genre connaissent leur agresseur. Les violences n’ont rien à voir avec les origines ou la couleur de peau de l’agresseur et tout à voir avec la misogynie rampante nécessaire au système capitaliste. D’ailleurs, 75% des agressions islamophobes visent les femmes.

Nous avons besoin d’une surveillance et d’un contrôle démocratiques de la police et du système judiciaire, du secteur médical et du secteur de l’éducation, et de bien d’autres choses encore. Ce contrôle devrait inclure la participation centrale du mouvement féministe et anti-raciste à tous les niveaux. 

La culture du viol, le sexisme, le racisme, la queerphobie et toutes les formes d’oppression sont totalement ancrées dans le tissu du système capitaliste. 

  • 9 femmes sur 10 ont subi des pressions pour avoir des relations sexuelles (chiffres de #NousToutes)
  • Un viol ou une tentative de viol a lieu toutes les 2,5 minutes (cas déclarés en 2021 en France)
  • 96% des auteurs de violences sexuelles sont des hommes (chiffres issus d’une étude en France)
  • 9 femmes sur 10 connaissent l’auteur des violences, dans 45% des cas il s’agit du partenaire ou de l’ex-partenaire.
  • 85% des personnes transgenres sont agressées au cours de leur vie (chiffres fournis par #NousToutes)
  • 80 % des femmes handicapées ont été victimes de violences (chiffres fournis par #NousToutes)
  • 104 femmes ont été tuées dans des féminicides rien que cette année (23/09, chiffres de #NousToutes)
  • 75% des attaques islamophobes touchent les femmes musulmanes
  • 91 % des personnes noires en métropole se disent victimes de discrimination

Les violences sexistes et sexuelles, les viols et les féminicides sont commis par des hommes normaux, tous les jours, partout dans le monde. Il est totalement erroné de considérer la violence fondée sur le genre, le sexisme et la misogynie à travers le prisme d’un problème de « monstres en marge de la société ». 

Comme l’a dit Elena Cecchettin, la sœur de Giulia Cecchettin, assassinée par son ancien partenaire en Italie l’automne dernier : 

“Un monstre est une exception, une personne en marge de la société, une personne pour laquelle la société n’a pas à assumer de responsabilité. Et pourtant, il y a une responsabilité. Les « monstres » ne sont pas malades, ce sont des enfants sains du patriarcat, de la culture du viol.

Nous souhaitons également exprimer notre plus profonde solidarité avec la femme argentinienne qui s’est courageusement soulevée contre deux joueurs professionnels de rugby français Hugo Auradou et Oscar Jegou accusés d’agression sexuelle aggravée et de viol, et qui continue à lutter pour la justice « pour ceux qui ont peur de parler ». Lorsqu’il est devenu évident que les tribunaux bourgeois ne la croyaient pas, elle a tenté de se suicider à plusieurs reprises, ce qui montre les dommages et les traumatismes à long terme que le viol, la violence fondée sur le genre et l’absence de justice peuvent avoir sur quelqu’un. Les deux joueurs qui ne correspondent pas au stéréotype du « monstre » ont été libérés et ont pu rentrer en France auprès de leurs familles. Cette décision a été accueillie « avec satisfaction » par la Fédération française de rugby, Hugo Auradou a repris l’entraînement avec son équipe et les médias se sont surtout concentrés sur « l’horrible expérience qu’ils ont vécu ces dernières semaines ». Les hommes « respectés » et puissants, comme le sont la plupart des sportifs professionnels, sont libres et protégés au détriment des femmes bien trop souvent.

Les plus de 10.000 personnes qui sont descendues dans les rues de France le 14 septembre pour manifester leur solidarité avec Gisèle et les milliers de messages de soutien qu’elle a reçus du monde entier, témoignent du fait que l’immense colère contre la violence de genre est répandue nationalement et internationalement et enhardie, si ce n’est encouragée par la culture prédominante dans notre société – nous ne pouvons pas l’accepter, nous ne l’accepterons pas, et nous sortirons ensemble dans la rue en solidarité pour dire : plus jamais ça ! »

Construisons et renforçons la lutte féministe socialiste – explicitement queer et antiraciste!

Nous devons construire un front uni de la classe ouvrière, de la jeunesse et des personnes opprimées, enraciné dans tous les quartiers populaires, les banlieues, les écoles, les universités et les lieux de travail, dans l’Hexagone et les colonies ! Inspirons-nous des luttes anticoloniales et contre la vie chère en Kanaky et en Martinique, du mouvement de solidarité avec la Palestine où les jeunes ont vaillamment occupé leurs universités malgré la répression policière brutale, et des luttes des travailleur.euse.s sans-papiers qui ont remporté, grâce à leurs grèves courageuses, la régularisation de leurs papiers – l’année dernière sur les chantiers des Jeux Olympiques et en juillet après une longue lutte à Emmaüs. 

Similairement, il est urgent de mettre pression sur la gauche et les syndicats pour qu’ils renforcent leur programme de lutte contre l’oppression — par exemple, en se mobilisant en grand nombre les 19 octobre et 23 novembre en solidarité avec Gisèle Pélicot et contre les violences de genre, en s’inspirant des revendications pour un nouveau front populaire antiraciste mises en avant par des groupes féministes et antiracistes, en soutenant la demande de 3 milliards d’euros pour la lutte contre la VSS et en la liant aux demandes d’investissements massifs dans les services publics et contre l’austérité en général. Cela doit être lié à des demandes d’augmentation des impôts sur les super-riches et les entreprises, ainsi qu’à une surveillance et un contrôle démocratiques des services publics avec l’implication centrale du mouvement féministe et anti-raciste à tous les niveaux. Nous devons également exiger la nationalisation sans compensation des secteurs clés de l’économie sous le contrôle démocratique des travailleur.euse.s et de la société pour enfin mettre nos vies et celles de la planète avant les profits. 

La lutte contre l’oppression est un pilier dans le développement de la lutte des classes et doit être activement incluse à tous les niveaux. En Inde, à la suite du viol et du féminicide horrifiques du Dr Moumita Debnath, les personnes pratiquant la médecine – ainsi que la classe ouvrière plus largement – ont montré la voie, en menant des actions de grève et en construisant un mouvement de masse contre les féminicides, la culture du viol et les violences de genre. C’est également grâce à une mobilisation de masse que les étudiant.es et les travailleur.ses du Bangladesh, avec les femmes et les jeunes à la tête de la lutte, ont mis fin au gouvernement de Sheikh Hasina cet été.

Il est clair que pour imposer le changement, nous devons nous organiser: les 19 octobre et 23 novembre, construisons de puissants tremplins pour un mouvement de lutte contre les violences de genre, le racisme, toutes les formes d’oppression, d’exploitation et le système capitaliste qui les perpétue.

Campagne terroriste de l’Etat d’Israël au Liban : stop à ce déchaînement meurtrier

L’État israélien ne fait rien par hasard ; toutes ses actions sont le fruit d’un dessein cruel et meurtrier. Ce n’est qu’en comprenant cela que nous pouvons comprendre l’horreur infligée au Liban avec cet acte de terrorisme de haute technologie, hautement calculé, qui a massacré 558 Libanais, dont 50 enfants. Tragiquement, ces chiffres ne feront qu’augmenter dans les jours à venir, le régime israélien promettant d’« accélérer » ses assauts.

Article initialement publié le 24 septembre en anglais sur le site du Socialist Party en Irlande (organisation soeur de ‘Pour une lutte antiraciste féministe socialiste révolutionnaire’ en France).

Les événements d’hier se sont produits une semaine après que le Mossad, le service de renseignement israélien, a placé des bombes dans tout le Liban via des téléavertisseurs et des talkies-walkies utilisés par les membres du Hezbollah, bombes qui ont explosé sans discrimination et sans avertissement, tuant 32 personnes et en blessant des milliers d’autres. L’objectif est de terroriser la population libanaise pour qu’elle se soumette, par le biais d’attaques de choc et de guerre psychologique. Ces derniers jours, les bombardements ont contraint des centaines de milliers d’habitants du Sud-Liban à fuir leur domicile. Ils sont plus de 100.000 à avoir dû fuir depuis le mois d’octobre de l’année dernière.

La rhétorique génocidaire

Pour justifier ces attaques brutales, nous avons entendu de la part des ministres israéliens la même rhétorique effrayante et génocidaire qu’avant le début du génocide à Gaza l’année dernière. Le ministre de l’éducation, Yoav Kisch, a déclaré dans une interview : « Il n’y a pas de différence entre le Hezbollah et le Liban. Au train où vont les choses, le Liban sera anéanti ». Ces propos font écho à ceux du ministre israélien de la défense, Yoav Gallant, qui a déclaré que le Liban serait renvoyé « à l’âge de pierre »

L’horreur au Liban pourrait encore s’intensifier. Il reste à voir comment l’État libanais et le Hezbollah réagiront, certains bombardements de cibles militaires en Israël ayant déjà été effectués. La menace d’une invasion israélienne et d’une guerre régionale plus large au Moyen-Orient est bien réelle. Alors que les représentants de l’impérialisme américain lancent des appels creux à la retenue, ils continuent de financer, d’armer et de soutenir politiquement de manière inconditionnelle le régime israélien, son principal allié dans cette région.

L’État israélien et le Liban

L’État israélien a derrière lui une longue et sanglante histoire de guerres et d’occupations du Liban. En juin 1982, l’invasion israélienne du pays a entraîné la mort d’environ 15 à 20 000 civils libanais.es et palestinien.ne.s (on estime à 300 000 le nombre de réfugié.e.s palestinien.ne.s vivant dans l’État libanais, victimes de la Nakba de 1947-1948 et leur descendance). Cette situation a culminé avec l’horreur de Sabra et Chatila lorsque, en septembre de cette année-là, environ 3 500 réfugié.e.s palestinien.ne.s ont été massacré.e.s par les milices chrétiennes fascisantes des Phalanges libanaises, en collusion avec leurs alliés de l’armée israélienne.

L’État israélien a occupé le Sud-Liban pendant 18 ans, jusqu’à ce qu’il soit contraint de se retirer en 2000. Pendant cette période, des milliers de personnes ont été torturées dans la prison israélienne de Khaim, exemple brutal de sa domination coloniale. Le massacre de 109 réfugié.e.s palestinien.ne.s à Cana en 1996 en est un autre exemple. Six ans après son retrait, l’État israélien a lancé une nouvelle invasion en juillet 2006, causant cette fois la mort de 1 300 Libanais.es.

Le Hezbollah, la milice chiite du Liban, est un allié clé de l’État iranien et fait partie de ce que l’on appelle « l’axe de la résistance ». Il est depuis longtemps une épine dans le pied de l’État israélien, qu’il a vaincu en 2000 et 2006 lors de victoires sans précédent pour des forces armées arabes. Ces victoires ont sapé le prestige d’Israël et sa « capacité de dissuasion », c’est-à-dire l’idée que le peuple palestinien et ses autres adversaires dans la région doivent être constamment intimidés par ses prouesses militaires.

Comment vaincre le régime israélien ?

Le peuple de l’État libanais a parfaitement le droit de résister à l’agression du régime israélien, y compris en s’engageant dans la résistance armée. Une défaite militaire de l’État israélien serait clairement un développement positif et saperait la guerre génocidaire à Gaza. Le meilleur moyen d’y parvenir serait d’organiser une résistance armée sous contrôle démocratique, fondée sur l’unité de la classe travailleuse et des pauvres du Liban, de différentes communautés religieuses et nationalités, pour résister au terrorisme et à une invasion israélienne.

En 2006, le Hezbollah a partiellement joué un rôle dans l’unité des groupes religieux du Liban dans l’opposition à l’invasion israélienne. Toutefois, cela n’a été que temporaire en raison de sa politique sectaire et des actions qui en ont découlé. Depuis lors, le Hezbollah a également considérablement affaibli sa position en soutenant le régime autocratique d’Assad dans la sanglante guerre civile syrienne, un régime responsable de nombreuses atrocités à l’encontre de la population sunnite de Syrie.

Les méthodes du Hezbollah, qui consiste à tirer aveuglément des roquettes sur la « ligne verte », les frontières officiellement reconnues de l’État d’Israël, ne sont pas seulement inefficaces sur le plan militaire, elles aident également la classe dirigeante israélienne à renforcer le soutien en faveur de ses attaques contre le Liban. Cela se produit à un moment où de véritables fissures apparaissent au sein de la société israélienne, comme l’a montré la récente grève générale pour exiger un accord sur les otages et un cessez-le-feu à Gaza.

Mettre fin au règne du capitalisme génocidaire

La question de la résistance armée des masses devrait être liée à la lutte pour un gouvernement de la classe travailleuse et des pauvres au Liban, qui rompe avec la domination sectaire et le capitalisme. Un Liban démocratique et socialiste verrait ses vastes richesses et ressources confisquées aux super-riches et à l’élite des entreprises. Aujourd’hui, le 1% le plus riche du Liban possède 25% de la richesse du pays, et le niveau de vie de la majorité a été massivement sapé après cinq années de crise économique.

Une lutte révolutionnaire de ce type pourrait atteindre la classe ouvrière, les pauvres et les opprimés de toute la région, notamment le peuple palestinien opprimé. Elle pourrait chercher à exploiter les divisions croissantes au sein de la société israélienne et souligner que ses dirigeants n’offrent à la classe travailleuse qu’un avenir d’insécurité en continuant d’opprimer les peuples de Palestine et du Liban. Lutter pour une transformation socialiste de la société signifie lutter pour renverser l’État sioniste et tous les autres régimes capitalistes pourris du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, ainsi que leurs soutiens impérialistes. Dans un Moyen-Orient socialiste, les droits nationaux et religieux de tous les peuples pourraient être garantis, faisant de la menace de guerre, d’insécurité et de génocide une chose du passé.

Michel Barnier, l’homme du consensus entre la droite et l’extrême droite

La crise politique profonde pour la classe dominante française est maintenant incarnée par Michel Barnier, nommé Premier Ministre par Macron le 5 septembre. Barnier va maintenant former un gouvernement, qui sera très minoritaire à l’Assemblée Nationale, étant basé sur le groupe de son parti Les Républicains (47) et sur les 3 groupes macronistes (166), et éventuellement aussi le soutien de la vingtaine de député.es de centre-droit LIOT : 210 à 235 député.es sur 577, Barnier n’aura pas une majorité absolue (289). Une coalition qui pourrait tomber en quelques jours, si l’opposition vote la censure, mais ce ne sera pas le cas, car le Rassemblement National (RN) va soutenir ce  gouvernement de l’extérieur. La coalition de gauche NFP va directement censurer, mais le RN pas – en tout cas pas tout de suite.

Par Stéphane Delcros

Le profil de Barnier pour un RN rassuré

Le RN a dit ne pas vouloir directement censurer le futur gouvernement, et attendre notamment le discours de politique générale du nouveau Premier Ministre. 3 lignes rouges ont été annoncées pour ne pas censurer un gouvernement : le Premier Ministre ne doit pas être une personne « ayant eu des propos désobligeant envers le RN » ; le gouvernement devra introduire la proportionnelle aux élections ; le programme de gouvernement devra avoir 3 priorités : plus de pouvoir d’achat ; moins d’immigration ; plus de sécurité.

Michel Barnier est présenté comme « un homme de consensus », et c’est vrai : Barnier est l’homme du consensus entre la droite et l’extrême droite. Il a par le passé donné beaucoup de garanties pour être acceptable par le RN. 

Lorsqu’il était candidat à la primaire des Républicains en vue de l’élection présidentielle de 2022, Barnier portrait un programme très à droite, ultra-libéral et raciste. « Je veux mettre un coup d’arrêt à l’immigration: fin des régularisations, limitation du regroupement familial, suppression de l’aide médicale de l’État (AME), zéro immigration sociale. Un bouclier constitutionnel nous protégera contre des jurisprudences toujours trop favorables aux étrangers. » (21/11/2021)

Ancien commissaire européen, Barnier est loué par les médias dominants pour son « engagement pour l’intégration européenne ». Il est en effet un ardent défenseur des injonctions venant de l’UE – mais seulement quand ça va dans son sens, c’est-à-dire particulièrement pour respecter les règles budgétaires, pour limiter les dépenses de l’Etat, et harmoniser notamment les règles antisociales ; Barnier est ainsi pour augmenter l’âge du départ à la retraite vers 65 ans, et veut faire la chasse à « l’assistanat ». Mais il s’oppose aux injections de l’UE lorsqu’elles concernent des mesures écologiques et l’immigration. Il est pour que la France rompe avec les règles européennes : « en matière d’immigration, si on ne change rien, il y aura d’autres Brexit ».

Barnier s’est illustré par le passé pour son caractère LGBTQIA+phobe et sexiste : en 1981, comme beaucoup de figures de droite, il s’était opposé à la dépénalisation de l’homosexualité pour les mineurs de plus de 15 ans ; en 1982, il votait contre la loi Roudy qui instaurait le remboursement de l’IVG par la sécurité sociale.

Continuer à montrer du doigt et attaquer les populations déjà opprimées ; continuer la politique de diviser-pour-régner et ainsi tenter d’éviter une colère unifiée pour appliquer un programme pour les riches : c’est une promesse du futur gouvernement Barnier. 

Les promesses du gouvernement Barnier

Le jour de sa nomination, Barnier a mis en avant ses priorités : l’éducation, la sécurité, l’accès aux services publics, la maîtrise de l’immigration, le niveau de vie des français, et la maîtrise de la dette. On sait déjà dans quel sens ira sa priorité concernant « l’éducation », « les services publics » et « le niveau de vie » : pas dans l’intérêt de l’immense majorité de la population, qui a besoin d’investissements massifs dans ces domaines. Et au contraire, « la maîtrise de l’immigration » et « la sécurité » seront martelés, pour encadrer son fil rouge : « la maîtrise de la dette ». La politique du gouvernement Barnier sera faite de davantage d’austérité, pour répondre « oui » aux demandes de l’UE. Sont attendues des économies budgétaires jusqu’à 110 milliards d’ici 2027, après que la France ait été placée en « procédure pour déficit excessif » par la Commission européenne en juin. Le temps presse pour la classe dominante, qui veut faire passer un budget d’austérité à l’Assemblée Nationale le 1er octobre.

« Une page qui j’espère sera utile aux français » a dit Barnier le 5 septembre – mais il ne parle d’utilité que pour la poignée d’ultra-riches qui vont à nouveau profiter des politiques gouvernementales.

Au contraire des « cohabitations » précédentes, celle-ci en est à peine une. D’abord parce qu’il est complètement compatible avec Macron, et aussi parce que son gouvernement aura la même base à l’Assemblée Nationale que le gouvernement Attal, ajouté des 47 député.es Les Républicains – pour donner encore plus corps au coup de rein à droite et à la main tendue à l’extrême droite par Macron.

Croissance pour l’extrême droite ? Mais aussi croissance de la volonté de lutte contre l’extrême droite !

Avec cette nomination, à nouveau Macron joue le marche-pieds pour l’extrême droite. Mais il va avoir à faire à un gouvernement extrêmement fragile, confronté en permanence à la menace de tomber. A tout moment, le RN pourrait décider de rejoindre le NFP dans la censure du gouvernement. Et en tout cas, de nouvelles élections en juin-juillet 2025 sont plus que probables, avec cette fois la possibilité plus importante encore que l’extrême droite arrive au pouvoir.

La volonté de lutte contre l’austérité et contre l’extrême droite est grande ; le mois de juin en a été témoin : un énorme élan à la base de la société qui a poussé à formation d’une coalitions à gauche, puis à empêcher l’arrivée du RN au pouvoir, qui lui était pourtant promise. Dans cette mobilisation, l’activisme des couches les plus opprimées et la jeunesse étaient remarquablement au premier plan de la lutte.

La non-nomination d’un.e Premier.e Ministre et d’un gouvernement jusqu’ici ont mis l’attention sur les « discussions » politiques institutionnelles, et ont mis la nécessaire contestation sociale à l’arrière-plan ; il faut maintenant coordonner une lutte d’ampleur contre ce qui se prépare.

Les mobilisations des prochaines semaines seront très importantes, comme les nombreuses manifestations prévues le 7 septembre pour défendre un gouvernement basé sur un programme de gauche, et la journée de grèves et manifestations appelée par les syndicats CGT et Solidaires principalement pour le retrait de la réforme des retraites.

Après le soulagement: Utiliser le répit pour construire un front des luttes sociales contre l’extrême droite, la casse sociale et toute compromission à gauche

Article de Nicolas Croes écrit pour l’édition de septembre de Lutte Socialiste

Les médias dominants nous avaient présenté la victoire du Rassemblement national à la suite de la dissolution surprise de l’Assemblée nationale comme une fatalité et guère plus qu’une simple alternance. C’est à peine si l’augmentation inquiétante des incidents et violences d’extrême droite avaient été relayées et commentées. Dans le prolongement de l’élan de la rue qui avait déjà imposé l’unité des forces généralement considérées comme étant de gauche, le Nouveau Front populaire (NFP) (1) a déjoué les sondages et a fini en tête de la course avec 193 députés, sans toutefois disposer d’une majorité absolue (qui nécessite 289 sièges).

Le RN a été repoussé loin d’une majorité absolue. Mais avec pas moins de dix millions de voix, l’extrême droite n’a jamais été aussi proche du pouvoir depuis la Seconde Guerre mondiale. Le danger reste bien réel, ce n’est qu’un répit qui a été gagné.

Manœuvres au sommet

Après le désaveu des urnes aux européennes et ensuite aux législatives anticipées qu’il avait lui-même convoquées, Macron tente de retomber sur ses pattes. Après avoir joué avec le feu et la stratégie “C’est moi ou le chaos”, il a invoqué une “trêve politique” pendant les Jeux Olympiques et repoussé la nomination du Premier ministre afin de gagner du temps pour trouver des accords à droite et chercher à atomiser le NFP pour s’attirer son aile droite dans une coalition “contre les extrêmes”, en prenant bien soin d’écarter la France Insoumise.

Il compte beaucoup sur le PS, qui a regagné quelques plumes à l’Assemblée nationale, et qui est avant tout aujourd’hui un parti de gouvernement et de gestion du système capitaliste qui a, depuis 1981, fourni deux Présidents et neuf Premiers ministres. L’ardeur tempérée du PS pour marcher dans une telle combine ne tient pas à de sérieuses convictions de gauche, mais surtout au douloureux et toujours brûlant souvenir d’être passé à deux doigts de l’annihilation totale après la désastreuse présidence de François Hollande en 2012-2017. Le cœur de sa démarche, et il n’en va pas autrement pour la plupart des forces du NFP, c’est le souci de dégager des compromis en prenant bien soin de ne pas heurter trop frontalement le patronat français. Cette recette conduit droit dans le mur tout en laissant à l’extrême droite le loisir de détourner les frustrations sociales vers la haine de l’autre.

Après des discussions houleuses, le Nouveau Front Populaire a présenté Lucie Castets comme candidate Première ministre. Celle-ci s’est déclarée ouverte aux “compromis avec les autres groupes, à l’exception du Rassemblement national” en laissant entendre qu’avec un peu de bons sens, tout irait bien.

Ainsi, dans une “Lettre aux Françaises et Français” fin août, elle expliquait :“Nous sommes convaincus que nous pourrons améliorer concrètement et rapidement la vie des Françaises et des Français, et que l’absence de majorité absolue ne nous en empêchera pas. Qui refusera l’augmentation du pouvoir d’achat que nous proposons avec la revalorisation des salaires et de la rémunération des fonctionnaires? Qui acceptera de voir perdurer la situation catastrophique de l’hôpital public avec les services d’urgence fermés en plein été ? Qui se résoudra à une nouvelle rentrée où tant de professeurs manqueront face à nos enfants dans les écoles, les collèges et les lycées ? Sur toutes ces questions clefs, les parlementaires rendront compte de leurs votes et les citoyennes et citoyens en seront témoins.”

Si c’était réellement si simple, tout cela existerait déjà. Au lieu de ça, et depuis 2020 à peine, les 4 milliardaires français les plus riches ont vu leur fortune augmenter de 87% ! Dans le même temps, la richesse cumulée de 90% des Français a baissé. Sur la même période, les 42 milliardaires français ont gagné 230 milliards d’euros, soit l’équivalent d’un chèque de 3.400 euros par personne en France. Onze des plus grandes entreprises françaises ont réalisé 101 milliards de dollars de bénéfices entre juin 2022 et juin 2023, soit une augmentation de 57% par rapport à la période 2018-2021.

Organiser la colère à la base

Le point fondamental, c’est que nous sommes dans une société divisée en classes sociales aux intérêts opposés et que la lutte des classes existe toujours bel et bien. Les choses sont même perçues comme telles à la base de la société. Un sondage Ifop commandé par le journal L’Humanité en 2023 dévoilait que 83% des Français.e.s estiment ainsi que “la lutte des classes est toujours une réalité aujourd’hui”. 80 % des sondé.e.s estimaient par ailleurs que “des secteurs comme la santé, l’éducation ou le logement ne devraient pas être soumis à la concurrence et à la compétition économique”, 72 % que “les salariés, les travailleurs devraient pouvoir décider des choix de leur entreprise” et 64 % qu’il est possible “de construire une société basée sur la coopération et le partage des richesses et des pouvoirs”.

Cela épouse les proportions de l’opposition à la réforme profondément antisociale des retraites imposée par Macron au moment du sondage : les ¾ de la population y étaient opposés. La bataille des retraites a eu lieu, et a toujours, un puissant impact sur les esprits. C’est cette force potentielle qui doit être organisée et mobilisée.

Macron et la droite vont tout faire pour dissocier les partis de la “gauche de gouvernement” du mouvement social qui trouve une expression dans la France Insoumise. Celle-ci et Mélenchon ne devront pas se contenter de viser la présidentielle de 2027 en dénonçant d’avoir été mis de côté. L’expérience de Syriza en Grèce, de Podemos dans l’État espagnol et de multiples autres gouvernements de gauche en Amérique latine et ailleurs, récents ou non, pointe dans la même direction. Il est crucial de construire un mouvement de masse pour résister à la pression des marchés et des institutions du capital autour d’un programme qui intègre dès le départ une riposte sérieuse au sabotage économique de la classe capitaliste et à la fuite de capitaux. À la suite du second tour des législatives, le quotidien économique L’Écho avait ainsi révélé que “de nombreux Français fortunés se renseignent sur une possible expatriation en Belgique” pour échapper à la politique fiscale beaucoup plus dure envers les super-riches au cas où la gauche arriverait au pouvoir.

Un autre écueil à éviter, du côté de la gauche révolutionnaire, est de limiter son approche à la critique acerbe de l’impasse du réformisme pour se contenter de recruter et de gonfler ses rangs. La couche d’activistes radicaux, très importante en France sur base de la riche histoire sociale du pays et de l’expérience concrète des luttes de masse de la période passée, doit être orientée vers la masse des personnes encore marquée par la confusion dans son opposition à l’ordre actuel des choses. La meilleure manière de percer à jour les illusions, c’est d’être impliqué dans le processus d’expérience qui les met à nu.

L’auto-organisation de la révolte

Lénine soulignait toute l’importance pour les révolutionnaires de combiner une extrême patience à un profond sens de l’urgence. À l’époque de la bataille des retraites de 2023, l’écrasante majorité des grévistes et manifestant.e.s s’accrochait de toutes ses forces à l’unité des sommets syndicaux au sein de l’intersyndicale, c’est d’ailleurs cette pression qui permet de comprendre pourquoi elle a tenu. Parallèlement, ces sommets syndicaux étaient unis dans leur refus d’organiser une véritable grève générale reconductible et de dépasser les journées nationales de grève et de manifestation détachées les unes des autres.

Nous avions, à l’époque, proposé de construire des comités de grève anti-Macron partout, dans les entreprises bien entendu ; mais aussi dans les quartiers, où il est d’ailleurs parfois plus facile dans un premier temps de s’organiser sans subir la férocité de la répression patronale pour des travailleur.euses précaires ; dans les écoles ; dans les facultés ; … et d’inviter, par exemple, un.e gréviste de l’énergie à venir partager son expérience dans un jeune comité réunissant des personnes qui n’avaient encore participé qu’à des manifestations. L’idée était de proposer une manière d’assister la construction de la lutte hors des bastions syndicaux traditionnels, mais aussi de poser des pas en avant dans la structuration de la base. Il aurait été possible de cette façon de soutenir la naissance d’une direction alternative à celle des directions syndicales traditionnelles horrifiées par l’escalade du combat.

Imaginons où nous en serions aujourd’hui si de tels comités avaient été lancés ! Ils auraient pu continuer leur activité même après la bataille des retraites et jouer un rôle dans le combat contre les oppressions racistes, la répression policière, jusqu’aux récentes élections anticipées où, tout en soutenant l’appel à un vote de gauche, ils auraient pu donner le ton sur la composition des listes et le programme. Si Adrien Quatennens (France Insoumise), condamné pour violences conjugales, a renoncé à sa candidature après avoir été investi candidat, c’était suite à la pression du mouvement féministe. Cela donne une idée de ce qui serait possible à la base d’exercer comme pression constante sur les élu.es si elle était structurée et démocratiquement organisée.

Il est urgent que ce type d’initiative prenne corps. Des comités démocratiques anti-austérité et antifascistes non seulement pour travailler à l’unité des luttes sans en laisser de côté, qu’il s’agisse du combat contre la transphobie ou de la solidarité avec les masses palestiniennes et kanakes, mais aussi pour réagir contre chaque agression raciste, sexiste, queerphobe par une mobilisation large, ainsi que contre les licenciements de délégué.e.s combatif.ves, etc. Des comités démocratiques seraient également les endroits idéaux pour discuter de la manière de repousser les préjugés racistes et tout particulièrement islamophobes déversés quotidiennement par les médias dominants, mais aussi du type de programme dont nous avons besoin pour ne laisser personne de côté. De tels comités d’action pourraient jouer un rôle de vigilance envers les partis et élu.es de gauche, pour leur imposer de défendre un programme de gauche réellement en rupture avec les politiques pro-capitalistes. Nous ne devons pas laisser les revendications de nationalisation de secteurs clés de l’économie sous gestion et contrôle de la collectivité à demain, mais les populariser dès aujourd’hui afin de concrétiser ce qu’une alternative anticapitaliste et socialiste peut constituer.

  1. Coalition qui rassemble principalement Les Écologistes, La France insoumise, le Parti communiste français et le Parti socialiste, ainsi que Place publique, Génération·s, la Gauche républicaine et socialiste, le Nouveau Parti anticapitaliste et la Gauche écosocialiste.

Les tâches inachevées de la révolte du Bangladesh

La lave de l’éruption populaire qui a renversé l’autocrate Sheikh Hasina au Bangladesh le 5 août est encore brûlante. Point d’orgue d’une révolte héroïque et intrépide menée par des étudiant.e.s, le départ d’Hasina a libéré les énergies révolutionnaires et suscité d’immenses aspirations au changement. Mais diverses forces conspirent pour les étouffer et les contenir au sein du système qui a nourri Hasina et le régime détesté de la Ligue Awami (littéralement la «ligue du Peuple du Bangladesh»).

Par Serge Jordan (Inde)

De nombreux commentateur.trice.s se sont empressé.e.s de raconter que le régime d’Hasina était devenu profondément antidémocratique, mais qu’il avait toutefois supervisé une grande réussite économique. Comme si la révolte de masse qui venait de se produire n’était pas née du chômage endémique et de la corruption extrême ! Comme si la police n’avait pas, il y a de cela moins d’un an, tiré et arrêté en masse des ouvrier.e.s du textile qui protestaient contre leurs salaires de misère ! Comme si près de 30 % de la population ne souffrait pas d’une grave insécurité alimentaire !

Le nouveau gouvernement provisoire de 17 membres, dirigé par l’ancien prix Nobel de la paix Muhammad Yunus, a été constitué à la demande des dirigeant.e.s des « Étudiant.e.s contre la discrimination », la plateforme qui a mené les manifestations étudiantes.

L’empressement de l’armée et de la bureaucratie à accepter comme nouvelle figure de proue du pays une personne choisie par les représentant.e.s du soulèvement, reflète l’énorme impact sociétal et la pression exercée par ce mouvement. Les dirigeant.e.s militaires ont jugé trop risqué de s’emparer directement du pouvoir. Les masses n’étaient pas disposées à laisser leur lutte être détournée par une prise de pouvoir militaire – un sentiment façonné par l’histoire du Bangladesh, faite de régime militaire et de coups d’Etat – et les généraux ont compris qu’une telle décision aurait facilement pu raviver les flammes du mouvement de masse.

D’un autre côté, cette concession découle également du fait qu’en tant que multimillionnaire néolibéral proche du FMI, Yunus est une valeur sûre pour le capitalisme, avec l’avantage supplémentaire qu’il attire la sympathie de la jeunesse protestataire en raison de sa victimisation par le régime d’Hasina. Il se présente comme étant au-dessus de la mêlée de la « politique partisane ». Cette position correspond à la méfiance généralisée à l’égard de tous les partis politiques établis, y compris les principaux groupes d’opposition, le BNP (Parti nationaliste du Bangladesh) de droite et le Jamaat-e-Islami.

Les dirigeant.e.s étudiant.e.s ont opté pour une stratégie d’engagement positif avec la nouvelle administration intérimaire. Cependant, bien qu’il émette quelques critiques du régime autoritaire précédent, ce gouvernement a été orchestré sous supervision militaire et ne montre aucune propension à défier les intérêts des grandes entreprises de quelque manière que ce soit. Il n’a aucun lien organique avec les forces sociales qui se sont battues et ont versé leur sang pour renverser l’ancien régime.

Dans ces conditions, la nomination de deux jeunes universitaires comme ministres n’est qu’un geste symbolique, car ils seront réduits au rang de pions dans une équipe dirigeante déterminée à dompter le mouvement de masse et à maintenir l’état actuel capitaliste sous prétexte de restaurer la « confiance des investisseurs ».

Arracher les anciennes structures jusqu’à la racine

Bien qu’une attitude attentiste prévale à l’égard de Yunus, avec l’espoir qu’il tienne ses promesses, les mobilisations n’ont pas faibli, bien qu’elles soient actuellement moins intenses. Les étudiant.e.s et les travailleur.euse.s restent déterminé.e.s à démanteler les vestiges de l’ancien régime. En plus d’exiger que les assassins des manifestant.e.s soient jugés, des rassemblements ont exigé de purger les divers secteurs de l’appareil d’Etat, de l’administration publique et des institutions privées des fidèles de la Ligue Awami pour en expulser les personnes impliquées dans la répression sanglante du soulèvement et dans la corruption.

Après que la foule ait encerclé la Cour suprême, le pouvoir judiciaire a été débarrassé du président de la Cour suprême et de six juges de la Cour d’appel complices de l’ancien régime. Le gouverneur de la banque centrale du Bangladesh a démissionné quelques jours après que le siège de la banque ait été pris d’assaut par les masses et les employé.e.s de plusieurs banques privées ont exigé la révocation des directeurs liés au gouvernement de la Ligue Awami. Au moins 18 vice-chanceliers d’universités publiques ont été contraints de démissionner depuis l’éviction de l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, en raison des mobilisations étudiantes en cours. Le président de l’Office national des recettes, ainsi que le directeur général de la « Shilpakala Academy » (centre culturel national public du Bangladesh) ont également été contraints de démissionner. L’inspecteur général de la police a été démis de ses fonctions et des efforts ont été déployés pour redorer le blason des forces de police, puisque même des policier.e.s de rang inférieur ont manifesté pour demander que les hauts fonctionnaires qui avaient ordonné de tirer sur les manifestant.e.s soient traduit.e.s en justice.

Cette lutte permanente pour se débarrasser des complices de l’ancien régime et des fonctionnaires corrompus doit aller plus loin. Le problème ne peut être résolu en éliminant simplement quelques pommes pourries, aussi important que cela puisse être. Les structures profondément enracinées qui ont soutenu un système d’exploitation et d’oppression doivent être démolies et remplacées par des structures au service de la majorité. Des comités de travailleur.euse.s et d’étudiant.e.s démocratiquement élu.e.s, dont les représentant.e.s sont pleinement responsables et peuvent être révoqué.e.s par celle, ceux et celleux qui les ont élu.e.s, doivent être habilité.e.s à prendre la tête de cette transformation.

Ceci est également important pour éviter que de nouveaux fonctionnaires soient parachuté.e.s par le nouveau gouvernement non élu, plutôt que d’être issus d’un mandat populaire. Par exemple, le lundi 19, le gouvernement a nommé arbitrairement des administrateur.trice.s pour 61 conseils de district à travers le pays, puisque les président.e.s et maires initiaux.ales des conseils de district et des municipalités sont entré.e.s dans la clandestinité à la suite de la destitution de Hasina. Le mouvement devrait plutôt plaider pour que les habitant.e.s se rassemblent et élisent leurs propres conseils locaux, composés de représentant.e.s qui vivent, travaillent et luttent au sein de leurs communautés. Ces conseils pourraient servir de forums démocratiques ouverts où les habitant.e.s pourraient délibérer et choisir des représentant.e.s qui reflètent réellement leurs intérêts et leurs préoccupations.

Un vaste réseau de comités et de conseils, reliés à l’échelle nationale, pourrait constituer l’épine dorsale d’un gouvernement issu du milieu du soulèvement, en finissant par s’emparer du pouvoir politique pour le placer aux mains du peuple révolutionnaire afin de briser l’Etat capitaliste. Cela peut sembler une proposition intimidante, mais la multitude d’initiatives populaires entreprises dans le sillage du mouvement de masse – y compris le maintien de l’ordre dans la ville de Dhaka des jours durant en raison de l’absence de la police – démontre le potentiel indéniable de la jeunesse et des travailleur.euse.s du Bangladesh à gérer efficacement les affaires publiques.

La révolution est synonyme de rupture et non de continuité

Le moment est venu pour toutes les sections de la classe ouvrière et des opprimé.e.s d’affirmer leurs revendications et leurs aspirations.

Les femmes, qui ont été à l’avant-garde du mouvement et qui constituent également l’épine dorsale du secteur stratégique du textile au Bangladesh, ont leurs propres attentes spécifiques. Leurs voix, comme celles de toutes les sections opprimées de la société, seront essentielles pour définir l’orientation du mouvement.

Vendredi dernier, des milliers de personnes ont défilé sous la bannière « Awaaz Tolo Nari » (Élevez votre voix, femmes) à l’université de Dhaka, en solidarité avec les manifestations en cours à la suite du viol et du meurtre d’une femme médecin stagiaire à Kolkata, en Inde, et avec les victimes de viol dans le monde entier.

Les étudiant.e.s ont observé un programme « Occupy the Night » (Occupez la nuit) exigeant une enquête équitable et une justice pour chaque cas de viol au Bangladesh à la suite du soulèvement de masse. Cet acte inspirant de solidarité par-delà les frontières ne souligne pas seulement les luttes communes et les oppressions interconnectées auxquelles sont confrontés les peuples des deux pays ; il encourage également les femmes bangladaises à lutter pour la sécurité et l’égalité, et à affronter la violence de genre, le sexisme et le patriarcat à l’intérieur de leur propre pays.

Les masses insurgées, dans toutes leurs diversités, doivent façonner leur avenir par leur propre action collective ; elles doivent s’efforcer de construire une direction révolutionnaire de l’intérieur et ne pas placer leurs espoirs dans des politiciens non élus qui, bien qu’ils prétendent parler en leur nom, n’ont joué aucun rôle actif dans le soulèvement.

Yunus a beau parler d’une « deuxième révolution », cette rhétorique sonne creux lorsqu’on la rapproche de ses promesses de continuité dans l’industrie de textile. « Nous ne tolérerons aucune tentative visant à perturber la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’habillement, dans laquelle nous sommes un acteur clé », a-t-il déclaré. Cela revient en fait à s’engager à maintenir le système même qui a soumis les travailleur.euse.s à une exploitation implacable, en veillant à ce que la souffrance de la main-d’œuvre ne soit pas remise en question et que les profits des marques multinationales ne soient pas affectés.

Cet engagement est en contradiction flagrante avec les besoins des travailleur.euse.s de l’habillement, qui exigent du gouvernement de transition le doublement du salaire minimum, des services de garde pour les enfants des travailleur.euse.s, l’extension du congé de maternité payé à six mois, des comités de plainte pour le harcèlement sexuel dans les usines, le droit d’organiser des syndicats et la justice pour les personnes tuées ou blessées au cours des manifestations.

Même si, sous la pression et par crainte d’une réaction générale, l’administration intérimaire peut prendre des mesures limitées pour créer l’illusion d’un changement, ce gouvernement se retrouvera inévitablement sur une trajectoire de collision avec la classe ouvrière. On ne peut pas à la fois satisfaire la soif de transformation des travailleur.euse.s et préserver les profits des propriétaires d’ateliers clandestins et des grandes entreprises.

De même, il est impossible de résoudre la myriade de problèmes sociaux du pays tout en adhérant aux diktats d’austérité du FMI – que Yunus n’a montré aucun signe de remise en question. Comme l’a noté Farid Erkizia Bakht, auteur et analyste politique bangladais, « la gestion économique, soumise aux restrictions strictes du FMI en matière d’austérité, l’enfermera ».

Les masses doivent tracer leur propre voie par la lutte, l’initiative révolutionnaire et l’organisation politique indépendante. Les événements récents ont montré que chaque concession ou recul de la classe dirigeante s’est produit lorsqu’elle a senti le souffle chaud de la révolution sur sa nuque.

Ce n’est pas la droiture du général Waker-Uz-Zaman qui a poussé Hasina hors du pouvoir, mais le défi des jeunes officier.e.s et soldat.e.s qui ont refusé d’être les exécutant.e.s de son régime en ruine. La dissolution du Parlement n’était pas un cadeau du président, mais le résultat direct de l’inondation des rues par la population qui l’exigeait.

Ce ne sont pas les appels à l’harmonie et à l’unité de Yunus qui ont permis d’endiguer les attaques sectaires entre communautés, mais les initiatives prises à la base par des étudiant.e.s et destravailleur.euse.s et personnes opprimées en Bangladesh, en formant des groupes de surveillance nocturne des quartiers pour protéger les minorités religieuses et en postant des volontaires devant les maisons, les magasins et les temples hindous.

Le gouvernement intérimaire, malgré ses promesses, ne peut et ne veut pas apporter les changements profonds nécessaires pour s’attaquer aux causes profondes du soulèvement. C’est le pouvoir collectif des masses, organisé dans des structures démocratiques et transparentes/où tout.e élu.e et membre peut être tenu responsable de ses actions, qui doit faire avancer ce changement révolutionnaire. Mais pour garantir véritablement l’avenir pour lequel le peuple du Bangladesh se bat, il faudra doter cette lutte d’un programme clair qui rompt de manière décisive avec le capitalisme, le système qui engendre des crises multiples et de plus en plus graves et qui alimente des rébellions sociales similaires dans diverses parties du monde.

Le capitalisme est également le principal moteur du changement climatique, qui entraîne des événements météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents et intenses. Le Bangladesh est l’un des pays les plus vulnérables à ce phénomène. Les inondations en cours dans le sud-est du pays, qui ont bloqué 3 millions de personnes et privé d’électricité des centaines de milliers d’autres, ne sont que les dernières d’une série d’inondations dévastatrices qui ont touché le pays cette année. Cette situation ne fera qu’empirer tant que ce système axé sur le profit restera debout.

Les revendications présentées ci-dessous, sur lesquelles nous aimerions recevoir des commentaires, sont, à notre avis, des étapes essentielles vers la transformation socialiste révolutionnaire nécessaire pour accomplir les tâches inachevées du soulèvement du Bangladesh :

Justice immédiate pour les meurtres de manifestant.e.s, indemnisation à hauteur du crime pour les familles des martyrs et assistance médicale gratuite pour toutes les personnes blessées.

Abolition et dissolution du bataillon d’action rapide (RAB) ainsi que de tous les ligues et groupes paramilitaires liés à l’ancien parti au pouvoir.

Exigeons de l’Inde qu’elle livre Sheikh Hasina et les autres fugitif.ve.s de la Ligue Awami pour qu’iels soient jugé.e.s au Bangladesh.

N’accordons aucune confiance au gouvernement intérimaire et à tout gouvernement basé sur le capitalisme, ni à aucune entreprise politique qui ne soit pas soumise au contrôle démocratique des masses.

Election d’une assemblée constituante par le biais d’un processus libre et démocratique avec une représentation de tous les secteurs de la société, à l’exclusion de ceux.celles qui sont impliqué.e.s dans la répression et l’exploitation du peuple bangladais.

Mise en œuvre des mesures de contrôle des prix au niveau local pour réguler les prix des produits de base ; plaider en faveur d’un salaire de subsistance dans tous les secteurs et ajuster tous les salaires en fonction du coût de la vie.

Création d’emplois pour les chômeurs en réduisant la semaine de travail sans diminuer les salaires.

Fin des investissements dans les mégaprojets dont les bénéfices pour les personnes pauvres sont discutables ; réorientation des ressources vers les besoins fondamentaux de la population, les services publics essentiels tels que la santé et l’éducation, et les projets d’infrastructure qui sont socialement utiles et respectueux de l’environnement.

Confiscation de tous les biens de la famille de Sheikh Hasina et des complices de la Ligue Awami.

Ouverture de la comptabilité de toutes les institutions publiques et privées pour permettre l’inspection des travailleur.euse.s et des étudiant.e.s, afin de révéler et d’éliminer les profits et la corruption.

Adoption de mesures fermes pour mettre fin à la fuite des capitaux et au blanchiment d’argent et récupérer les vastes richesses blanchies à l’étranger par les oligarques liés à l’ancien régime.

Formation de comités du soulèvement sur tous les lieux de travail, dans les écoles, les collèges, les universités et les quartiers. Ces comités doivent être interconnectés, créant ainsi un réseau qui servira de base à un futur gouvernement révolutionnaire, fidèle aux aspirations du soulèvement.

Placement de l’industrie de l’habillement, les banques, l’énergie, les télécommunications et d’autres secteurs clés de l’économie sous la propriété publique et le contrôle démocratique des travailleur.euse.s, en vue de réorganiser l’économie sur la base d’une planification démocratique.

Rejet des divisions communautaires, des persécutions et des attaques contre les minorités religieuses et ethniques ; défense de l’égalité des droits pour toutes et tous, y compris pour les hindous bengalis et les réfugiés rohingyas.

Résistance contre l’ingérence de toutes les puissances étrangères ; refus du payement exorbitant de la dette extérieure et rejet des accords d’austérité néfastes conclus avec le FMI.

Solidarité avec tou.te.s les travailleur.euse.s et les opprimé.e.s en lutte ; soutien au soulèvement du Bangladesh et à la révolte actuelle des médecins, des femmes et des jeunes en Inde contre la violence fondée sur le genre.

Pour une lutte mondiale contre le capitalisme et l’impérialisme, pour un Bangladesh socialiste et un monde socialiste.

Résultat des législatives en France : un soulagement, mais surtout un répit à ne pas gâcher

Manifestations contre le RN à Reims le 15 juin 2024. Photo : Wikipedia.

Construisons un large front de la lutte sociale via des comités antifascistes et anti-austérité démocratiques

C’est une victoire, et un grand soulagement. En particulier pour les personnes déjà opprimées, et pour les mouvements sociaux, syndicaux, les activistes de gauche – pour toutes les personnes qui ont l’espoir d’un changement fondamental de politique. Le RN a été repoussé, non seulement loin d’ une majorité absolue, mais aussi seulement à la 3ème place en termes de blocs à l’Assemblée Nationale. Nous savons toutefois que cette victoire pourrait n’être que temporaire : l’extrême droite n’a jamais été aussi proche du pouvoir depuis la seconde guerre mondiale. 

La volonté de barrer la route au RN a été extrêmement forte. C’est le reflet du potentiel pour un puissant mouvement antifasciste qui réagirait à chaque agression ou acte d’intimidation, en ligne ou dans la vie réelle, par une mobilisation dans la rue. Le développement de comités de lutte antifascistes et anti-austérité démocratiques s’impose pour organiser cette riposte. 

Depuis le soir du 9 juin, un enthousiasme s’est éveillé dans de larges couches de la société pour appliquer un programme qui rompt avec la politique des riches et cherche à enrayer la machine à profits. De tels comités d’action pourraient également jouer un rôle de vigilance envers les partis et élu.es de gauche, pour leur imposer de défendre un programme de gauche réellement en rupture avec les politiques pro-capitalistes. Si Adrien Quatennens, condamné pour violences conjugales, a renoncé à sa candidature après avoir été investi candidat, c’est suite à la pression du mouvement féministe. Cela donne une idée de ce qui serait possible à la base d’exercer comme pression constante sur les élu.es si elle était structurée et démocratiquement organisée.

Par Stéphane Delcros

C’est la rue qui a bloqué l’extrême droite 

Depuis des années, les médias dominants – et pas uniquement ceux détenus par Bolloré – ont dressé le portrait d’une France qui colle étroitement à la vision politique de l’extrême droite. Et quand les sondages laissaient entendre que le Rassemblement national était aux portes du pouvoir, la plupart des éditorialistes ont prétendu qu’il ne s’agissait somme toute que d’une alternance comme une autre. C’est à peine si l’augmentation des violences et incidents racistes et LGBTQIA+phobes durant la campagne a été commentée.

Quant à Emmanuel Macron, il a pointé « des choses ubuesques » dans le programme du Nouveau front populaire en citant ce qu’il qualifie de « changement de sexe en mairie ». Au même moment, le président du RN Jordan Bardella a été vu chez l’ancien conseiller politique de Macron Thierry Solère quelques jours après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, selon le journal Libération. Le journal a révélé que plusieurs rencontres ont dernièrement eu lieu entre Marine Le Pen, Jordan Bardella et des personnalités de la macronie aussi illustres que l’ancien Premier ministre Edouard Philippe ou encore le ministre de la Défense Sébastien Lecornu.

Très clairement, ce n’est pas grâce à la classe politique et médiatique dominante que le RN a été empêché d’accéder au pouvoir. C’est par en bas qu’une pression s’est construite dans la société et qu’une mobilisation de grande ampleur est née pour faire déjouer tous les pronostics, en commençant par des rassemblements spontanés devant les sièges des partis de gauche appelant à l’unité. 

Le soir des élections européennes, le 9 juin, et celui du premier tour, le 30 juin, de nombreuses personnes sont descendues dans les rues pour protester contre la montée de l’extrême droite et pour défendre des politiques en faveur de la classe travailleuse, de la jeunesse et des personnes opprimées. Si les manifestations étaient moins « étoffées » que celles de 2002, quand Jean Marie Le Pen était arrivé au second tour face à Jacques Chirac, la mobilisation de la rue était bien réelle, non seulement contre le RN, mais aussi contre la macronie et son régime antisocial et autoritaire qui lui a ouvert la voie. 

« La jeunesse emmerde le Front National »

La jeunesse surtout s’est fortement mobilisée, illustrant par-là même sa volonté de combattre les attaques de droite et d’extrême droite contre les personnes qui subissent l’oppression. Les 15 et 16 juin, 650.000 personnes se sont mobilisées dans près de 200 villes à l’appel des syndicats, des associations et des partis de gauche. Le week-end suivant, des organisations féministes et syndicales ont à nouveau mobilisé. De nombreux blocages de facs, d’assemblées et de grèves ont aussi pris place depuis le 9 juin.

Cette atmosphère a imposé que les partis de gauche fassent alliance en vue des législatives anticipées. C’est aussi elle qui a assuré de finalement faire barrage au RN tout en faisant du Nouveau front populaire le premier groupe à l’Assemblée, en dépit d’une intense campagne médiatique contre la gauche et tout particulièrement contre la France Insoumise. « Entre Bardella et Mélenchon, qui, en conscience, voudra mettre un signe d’égalité ? Le programme du RN est certes à bien des égards inquiétant, mais en face : antisémitisme, islamo-gauchisme, haine de classe, hystérie fiscale… », a ainsi écrit Alexis Brézet dans un éditorial du Figaro. Mais le soir du 7 juillet, c’est la joie et le soulagement qui dominaient dans les multiples rassemblements, dans les métros et dans les rues.

En dépit de l’intense campagne anti-LFI et anti-Mélenchon, la consigne du désistement dans les circonscriptions où le RN était en tête et où un.e candidat.e de gauche était troisième a été scrupuleusement respectée par Mélenchon et LFI, même dans la 6ème circonscription du Calvados, où un candidat LFI s’est retiré à l’avantage de l’ancienne Première ministre macroniste Élisabeth Borne. « Pas une seule voix, pas une voix de plus pour le RN », a déclaré Mélenchon, alors qu’à droite et dans la macronie, la consigné était beaucoup plus floue, tout particulièrement s’agissant d’un désistement à la faveur  d’une candidature FI.

Cette démonstration d’un « front républicain à géométrie variable » a très clairement placé la droite et la macronie dans des difficultés. Mais cela a aussi laissé à Marine Le Pen l’opportunité de dire : « C’est le grand rêve d’Emmanuel Macron: le parti unique qui va de LFI aux LR ». Alors que le RN avait été mis en difficulté sur la question des retraites, comme il apparaissait que son modèle était sous certains aspects pire que celui imposé l’an dernier par le gouvernement macroniste d’Elisabeth Borne à l’aide de l’article 49.3 e la Constitution, celui-ci a ironisé sur le fait que Mélenchon préférait faire alliance avec « Madame 49.3 ».

Se désister à son bénéfice ou encore à celui de l’ancien ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, cela signifie d’entretenir une proximité avec celles et ceux qui ont ouvert la voie au RN et ont banalisé son racisme et son autoritarisme. Darmanin avait accusé Marine Le Pen d’être « molle » au sujet du radicalisme islamique. C’est aussi l’architecte de la « Loi immigration », considérée à juste titre comme une victoire idéologique par Marine Le Pen.

Aujourd’hui, le soulagement domine. Mais ce n’est qu’un répit à ne pas gâcher. L’extrême droite est passée de 5 millions de voix à 10 millions en peu de temps. Et elle peut encore progresser.

Et hélas, pour les personnes dégoûtées par la politique de Macron, cette attitude de se désister en faveur de macronistes, cela jette encore plus de discrédit sur les formations de gauche. Penser qu’un barrage contre l’extrême droite peut se faire avec celleux qui ont pavé la route pour l’extrême droite, c’est considérablement sous-estimer la violence des politiques macronistes ces dernières années, particulièrement pour les couches dans la population qui subissent des oppressions systémiques. Même si beaucoup de personnes ayant voté à gauche sont allées voter pour les macronistes au 2e tour « pour faire barrage au RN », de nombreuses autres ne l’ont certainement pas fait. Beaucoup se sont abstenues et certaines ont probablement même voté RN par dégoût de la politique menée ces 7 dernières années.

Une telle approche de la part de la gauche ouvre encore davantage la voie au RN dans les prochaines années, puisqu’il peut ainsi se présenter comme seule « alternative », face à l’entente de tous les autres. Cela permet à l’extrême droite de souligner que la gauche trahit (à nouveau) et ne représente pas une réelle alternative.

Les instruments politiques de la classe capitaliste s’enfoncent dans leur crise historique

Le résultat électoral a consacré la continuation de la désintégration du « centre » politique. Macron avait bâti sa victoire de 2017 sur les cendres des 2 partis piliers de la 5ème République (LR/UMP/RPR et PS), ce qui avait permis à la classe dominante de continuer sa politique, même sous un nouveau visage – et en fait avec même davantage de brutalité. Non seulement les macronistes recueillent le plus faible score depuis l’arrivée au pouvoir de Macron, mais si on l’ajoute aux résultats du PS et Les Républicains, c’est un score historiquement faible pour les partis institutionnels qui concentrent tout le vote de l’idéologie dominante.

La 5ème République, qui avait été construite pour éviter que « les extrêmes » ne puissent pas bloquer la politique en faveur des capitalistes, montre aujourd’hui son impuissance, après que les 3 grandes tendances qui l’ont gouverné aient miné leurs positions pendant 65 ans avec leurs politiques antisociales.

Les macronistes sauvent leurs meubles et veulent rester au pouvoir 

En arrivant par surprise finalement 2ème bloc (et non 3ème) à l’AN, Macron a sauvé ses meubles grâce aux désistements des candidatures de gauche dans les circonscriptions où elles sont arrivées derrière celles du RN et des macronistes. Dans ces circonscriptions, 72% de l’électorat NFP a voté macroniste pour faire barrage au RN. Au contraire, dans de nombreuses circonscriptions, les macronistes ont maintenu leur candidature face à la gauche, particulièrement en face de candidatures FI mieux placées pour battre le RN. Et moins de 50% de personnes ayant voté macroniste ont reporté leur voix sur le NFP. Les statistiques montrent que si les candidatures et l’électorat NFP avaient eu le même comportement que celui des macronistes, le RN serait aujourd’hui le 1er groupe à l’AN.

Avec ce sauvetage de leurs meubles, les macronistes et Les Républicains se sentent pousser des ailes pour tenter de barrer la route à un éventuel gouvernement de gauche, et réclamer un gouvernement excluant la FI et dont le centre de gravité seraient davantage vers le « centre gauche » voire le « centre », c’est-à-dire bien à droite.

Victoire pour le NFP – mais sans majorité absolue, et avec un rapport de forces interne modifié

Le NFP a obtenu une victoire, mais il s’agit aussi d’une victoire en trompe l’œil, sans majorité absolue et alors que les divergences ne sont pas minces entre ses différentes composantes. En réalité la FI est seule au monde à l’Assemblée Nationale, avec un programme de transformation sociale qui comporte des faiblesses, mais qui est de loin plus prometteur pour faire face aux enjeux actuels que ceux du PS, des Ecologistes ou du PCF.

La FI est parvenue à se maintenir avec un nombre équivalent de député.es en ayant laissé une centaines de circonscriptions essentiellement au PS dans l’accord de constitution du NFP. Par ailleurs, des candidat.es du PS opposés au NFP avaient également déposé des candidatures contre la FI, à côté aussi de candidatures dissidentes de la FI ou encore du nombre de macronistes qui ont refusé de se désister au bénéfice d’un candidat.e de la FI. Mais à l’heure du premier bilan, il est clair que le rapport de forces interne à l’union de la gauche a été modifié et que le PS est en meilleure posture.

En dissolvant l’Assemblée nationale, Macron misait sur une gauche éclatée et sur l’avantage de se présenter à nouveau comme le seul rempart face à l’extrême droite, dans le contexte où de toute façon de probables élections anticipées allaient avoir lieu fin d’année, sur base d’une probable motion de censure déposée par Les Républicains (LR). Mais la classe dominante visait aussi un autre objectif : profiter du succès de la liste PS-Place Publique de Raphaël Glucksmann aux élections européennes, arrivé devant la FI (qui par ailleurs augmentait fortement son résultat précédent, dans des élections qui mobilisent peu l’électorat « traditionnel » de la FI). 

Appeler à des élections anticipées, tout de suite, et pour dans seulement 20 jours (le minimum légal), c’était miser sur une gauche désunie, mais aussi sur un affaiblissement potentiel de la gauche plus contestataire (FI) et un rééquilibrage en faveur de la « gauche » traditionnelle, pro-libérale. Et de fait, ces élections législatives replacent maintenant le PS et ses alliés un peu plus à l’avant-plan, comme le disait justement Glucksmann 3 jours avant le 2ème tour : « C’est la fin de l’hégémonie de Mélenchon sur la gauche française. »

Avec un camp macroniste extrêmement affaibli et Les Républicains en crise complète, les couches majoritaires de la classe dominante (celles qui n’ont pas – encore – suffisamment confiance dans le RN) accueillent à bras ouverts le retour d’une « gauche institutionnelle » qui se veut « responsable » pour continuer à défendre leurs intérêts, avec peut-être davantage de vernis social que ces dernières années. 

Avant même d’être ou d’avoir été, le gouvernement de gauche est déjà censuré

Arrivé 1er bloc à l’Assemblée Nationale (AN) mais sans majorité absolue, le Nouveau Front Populaire s’est vu refuser de former un gouvernement. Macron traine pour nommer un premier ministre issu du NFP. Dans une lettre publiée le 10 juillet, Macron a plaidé pour « un large rassemblement des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines », c’est-à-dire (selon lui) sans le Rassemblement National (RN) ni la France Insoumise (FI). « Personne ne l’a emporté », dit-il.

C’est la continuation de la tentative de diviser la gauche, Macron misant sur le temps pour que les partis alliés à la FI décident finalement de l’exclure du projet et de former une coalition « d’union nationale ». Le RN, LR et une partie des macronistes ont déjà annoncé qu’ils voteraient une motion de censure en cas de gouvernement NFP.

Un gouvernement de gauche n’est pas à exclure, mais plus on s’éloigne du soir du 7 juillet consacrant la victoire (relative) du NFP, plus on s’éloigne d’un tel scénario, et plus on se rapproche d’une trahison (hélas attendue) de la « gauche » hors FI, ou de la mise sur pied d’un gouvernement de droite très dure.

Vers un gouvernement « d’union nationale », rassemblant (ou du moins soutenu par) tous les partis hors RN et FI ?

Macron veut un gouvernement basé sur ses propres troupes, incluant LR et/ou le PS, soit un « gros bloc centriste », qui mènerait une politique de droite. C’est la recette pour un dégoût encore plus grand de ces 3 nuances de politiques pro-capitalistes, et un rejet encore plus grand pour ces 3 courants aux prochaines élections.

LR est divisé sur l’idée d’entrer ou soutenir un tel gouvernement « centriste », tant le dégoût pour les macronistes est grand et il serait impopulaire de s’y accoler. Le PS est obligé (au moins pour temps) de montrer qu’il veut marcher côte-à-côte avec les autres à gauche, sans quoi il serait très vite décrédibilisé, lui qui tente depuis 2022 de se défaire de l’image de la politique antisociale de François Hollande qui lui est très justement collée.

Mais si la classe capitaliste veut qu’un tel gouvernement soit mis sur pied, comme seule garantie d’une continuation de la politique dans son intérêt : tant LR que le PS montreront leur responsabilité, y compris en en payant les conséquences. Soit en soutenant de l’extérieur une nouveau gouvernement macroniste ; soit en formant un gouvernement de grande ampleur, incluant ces 3 forces politiques et éventuellement d’autres (Ecologistes ? PCF ?), ou alors dans une alliance gouvernementale entre 2 des forces (macronistes et PS ; ou macronistes et LR), soutenue de l’extérieur par la 3ème. Il est aussi possible que maconistes et LR s’entendent pour former un gouvernement minoritaire, et obtiennent l’accord du RN pour ne pas être censurés, du moins pour une certaine période.

Depuis le 9 juin, les macronistes sont en crise, et se déchirent en interne. Une majorité d’ex-député.es et de l’électorat macroniste en veulent à Macron, jugé responsable de la crise actuelle – non pas à cause de la politique qu’il a mené, mais à cause de la dissolution… 

Selon le journal Le Monde, le premier ministre Attal serait aujourd’hui en conflit avec Macron. Le député Sacha Houlié (qui était contre la réforme de l’assurance chômage et la loi immigration – mais bien pour la réforme des retraites) songe à créer un nouveau groupe « social-démocrate » à l’AN, avec la soit-disant « aile gauche » de la macronie. Il n’est pas impossible que se forme à un moment une alliance incluant les éléments « les moins à droite » de la macronie et la « gauche » hors la FI, avec un soutien du reste du camp Macron (voire des LR), de l’extérieur.

La classe capitaliste met la pression pour que le prochain gouvernement mène une politique antisociale

Mais tout nouveau gouvernement devra faire face aux exigences de la classe capitaliste. Tous les organismes économiques ont sorti leurs meilleurs chiffres et rhétoriques ces dernières semaines pour installer cette petite musique : une politique de gauche est inconcevable.

L’UE qui remet ses règles d’équilibre budgétaire à l’ordre du jour ; Les marchés financiers qui mettent la pression sur le pays ; la Banque de France qui révise à la baisse ses prévisions pour 2025 et 2026 ; la Banque centrale européenne (BCE) qui avertit qu’elle n’interviendrait pas au secours de la France… En quelques jours on a eu droit à un florilège de déclarations économiques anxiogènes – du moins en cas de gouvernement de gauche. 

Le Premier Président de la Cour des comptes Pierre Moscovici y est aussi allé de ses alertes le 15 juillet : « Le prochain gouvernement devra réduire notre endettement » ; « Réduire la dette publique n’est pas une politique de gauche, ni de droite, c’est un impératif » ; et « Qu’on soit de gauche ou de droite, on doit savoir qu’un État endetté est un État paralysé » – spoiler alert : l’ancien Ministre de l’Économie et des Finances sous Hollande n’est pas à placer dans la 1ère de ces catégories.

L’actuel Ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a lui annoncé que le pays doit économiser 25 milliards d’euros en 2024, soit 5 milliards de plus que prévu. Une annonce faite le 11 juillet, au moment où Macron mettait clairement la pression sur le reste de « la gauche » pour exclure la FI d’un éventuel prochain gouvernement.

Un gouvernement NFP pourrait améliorer le quotidien de dizaines de milliers de personnes… et faire bondir la classe capitaliste

Ce n’est pas étonnant que la classe capitaliste fasse tout pour empêcher la mise sur pied d’un gouvernement NFP incluant donc la FI. Et ce n’est pas étonnant que la FI ait été tellement diabolisée depuis des années, mais particulièrement ces derniers mois et semaines – diabolisée tant par la droite et l’extrême droite, que par ses « alliés » « à gauche ».

C’est le poids des idées et de l’orientation de la FI dans la gauche et parmi des couches larges dans la société qui oblige ses « alliés » à faire des concessions, et d’accepter des revendications plus marquées à gauche qu’ils ne le veulent réellement. 

L’espoir pour un changement de politique, vers la gauche, qui existe dans de larges couches, c’est aussi la raison pour laquelle PS, Ecologistes et PCF ne peuvent pas se permettre de trop vite se débarrasser de la FI et d’aller vers un gouvernement avec les macronistes.

Le programme du NFP est loin d’être parfait, et va moins dans le sens des besoins que celui de la NUPES en 2022, et que celui de la FI. Mais s’il est appliqué, il pourrait tout de même représenter un progrès réel pour de très nombreuses personnes, surtout les plus fragilisées, et donc aller contre l’intérêt de la classe dominante.

Blocage des prix, augmentation du SMIC à 1600€, rétablissement d’un Impôt de solidarité sur la fortune (ISF),… et, surtout, l’abrogation de la dernière réforme des retraites, et possiblement un retour même à l’âge du départ à la retraite à 60 ans : tout ceci est très mauvais voire inacceptable pour la classe capitaliste française, et même pour toute la classe dominante européenne, qui pourrait craindre des mouvements sociaux qui exigerait des mesures similaires dans d’autres pays.

Après le 1er tour, le lobby patronal MEDEF et ses amis ont sorti une liste de 10 conditions pour en réalité attaquer le programme du NFP (sans un mot à l’encontre du RN), mais en réalité surtout les points socio-économiques que la FI a réussi à imposer à la coalition de gauche.

Le quotidien économique belge francophone L’Echo a par ailleurs révélé que « de nombreux Français fortunés se renseignent sur une possible expatriation en Belgique », pour échapper à la politique fiscale beaucoup plus dure envers les super-riches au cas où la gauche arriverait au pouvoir.

Pour Patrick Martin, le patron du MEDEF, « Le programme du Nouveau Front populaire serait fatal pour l’économie française. » Voyons un peu ce dont on parle. Selon Oxfam, depuis 2020, les 4 milliardaires français les plus riches (Bernard Arnault et sa famille, Françoise Bettencourt Meyers et sa famille ainsi que Gérard Wertheimer et Alain Wertheimer) ont vu leur fortune augmenter de 87% ! Dans le même temps, la richesse cumulée de 90% des Français a baissé. Sur la même période, les 42 milliardaires français ont gagné 230 milliards d’euros, soit l’équivalent d’un chèque de 3.400 euros par personne en France. 11 des plus grandes entreprises françaises ont réalisé 101 milliards de dollars de bénéfices entre juin 2022 et juin 2023, soit une augmentation de 57% par rapport à la période 2018-2021. Alors, de l’argent, il y en a. Assez pour répondre à toutes les pénuries sociales. Assez pour assurer que plus personne ne soit laissé sur le bord du chemin et puisse se tromper de colère. Mais cet argent, il va falloir aller le chercher avec les dents.

Il nous faut un front uni des luttes sociales contre l’extrême droite, la casse sociale et toutes les oppressions

Il faut construire un mouvement dans l’esprit de la lutte contre la réforme des retraites, qui combine la force considérable du mouvement ouvrier organisé, grâce à l’arme de la grève reconductible, avec la volonté courageuse et inspirante de lutter en faveur d’un changement fondamental à l’avantage des jeunes et des opprimé⸱es, ce qui peut stimuler la lutte des classes dans son ensemble.

Le personnel des entreprises en grève pour des augmentations de salaires montrent la voie à suivre. Les grévistes sans-papiers victorieux.ses sur les chantiers des Jeux Olympiques montrent la voie. Les appels au personnel pour se mettre en grève dans les aéroports de Paris concernant les JO montrent la voie. Et l’appel de la CGT Cheminots à la mobilisation le 18 juillet pour un Premier ministre du Nouveau Front populaire montre aussi la voie, offrant une opportunité à des couches plus larges pour lutter.

Les jeunes et les travailleur.euses qui se sont mobilisées ces dernières semaines contre l’extrême droite et pour une politique de gauche ne se basent pas sur rien. Nous pouvons nous inspirer de toutes ces luttes, et du puissant mouvement sur les retraites, dont il faut tirer collectivement les leçons, car une victoire aurait placé notre classe sociale dans une bien meilleure situation aujourd’hui.

La lutte est nécessaire et elle doit s’organiser. Des comités démocratiques de résistance antifasciste et anti-austérité pourraient être créés dans tous les quartiers populaires, les banlieues, les écoles, les universités et les lieux de travail : des comités locaux contre l’extrême droite, la casse sociale et toutes les oppressions.

Des comités qui se battent contre chaque agression de la part de groupes ou d’individus réactionnaires, qui se sont multiplié ces dernières semaines, et qui s’attendent à l’arrivée au pouvoir du RN d’ici 2027, décuplant encore leur confiance pour attaquer principalement les personnes qui subissent déjà le racisme, les personnes LGBTQIA+, et les activistes de gauche, des mouvements sociaux et syndicaux.

Et aussi : de tels comités devraient aussi jouer un rôle de contrôle, de surveillance sur les partis de gauche : des comités de vigilance qui, par l’organisation de la lutte en bas, imposent aux élu.es de gauche d’agir effectivement comme des combattant.es de notre camp.

Le programme du NFP comportait des éléments importants, même si moins que ceux de la NUPES, et bien sûr de la FI. Ce type de programme peut servir de point de départ pour la lutte. Mais il est aussi nécessaire de porter des revendications de nationalisation de secteurs-clés de l’économie sous la gestion et le contrôle de la collectivité, à commencer par les secteurs financier et énergétique, pour être capable d’avoir un réel contrôle sur les prix et en même temps financer la planification écologique. Seul un changement de système, vers une société socialiste démocratique permettrait de mener une politique en notre faveur.

Où va la France? Il nous faut un front uni des luttes sociales contre l’extrême droite et toutes les oppressions

Construisons partout des comités locaux antifascistes et anti-macronie !

L’extrême droite a transformé l’essai. Après leur énorme succès aux élections européennes, le 1er tour des élections législatives anticipées a livré un résultat effroyable, avec le Rassemblement National (RN) de Le Pen et Bardella largement en tête des votes dans une majorité des 577 circonscriptions. L’extrême droite va très probablement devenir la plus grande force politique à l’Assemblée nationale le soir du 2ème tour, le 7 juillet – un approfondissement de la crise historique des instruments politiques des capitalistes. 

Avant même que le 2ème tour ait eu lieu, la confiance est boostée pour des groupes et individus qui se permettent un racisme et une LGBTQIA+-phobie beaucoup plus assumé. Les rassemblements spontanés, les appels à manifester et à la grève montrent la voie dans la lutte contre l’extrême droite, toutes les formes des oppressions et les politiques pro-capitalistes !

Par Stéphane Delcros

« Le RN ce n’est pas Amazon Prime, tu ne peux pas essayer puis arrêter après 1 mois »

C’est ce que soulignait une électrice de gauche en entendant une énième fois la petite musique venue de nombreux néo-électeur.trices pour l’extrême droite : « Le RN on n’a pas encore essayé« .

Un gouvernement RN serait désastreux pour la classe travailleuse, mais particulièrement pour les personnes déjà discriminées. Le RN n’est pas (encore) au pouvoir, mais la perspective d’un tel scénario crée déjà un climat de confiance pour les individus et groupes qui s’en prennent plus ouvertement aux personnes qui subissent les oppressions. L’extrême droite au pouvoir, c’est une accentuation exponentielle des attaques contre les conditions des femmes, des LGBTQIA+ et des personnes qui subissent le racisme systémique, en particulier les personnes noires, arabes et musulmanes. C’est ce qui est vécu dans les Etats où l’extrême droite est au pouvoir ou associée au pouvoir – par les politiques mises en oeuvre, mais aussi par le déchaînement de violences policières, et par le boost que ça implique pour les groupes et individus violents : la chasse aux personnes opprimées, ainsi qu’aux militant.es pour les droits sociaux, syndicaux et pour l’écologie.

L’éventuel avenir qui se dessine donne envie de vomir: droits syndicaux laminés; subsides publics rabotés pour les centres de plannings familiaux, les organisations socioculturelles et les organisations écologiques; atteintes à la liberté de la presse et privatisation de l’audiovisuel public; autoritarisme accru et avalanche de nominations pro-extrême droite dans l’administration et la magistrature… Tout cela aura de lourdes conséquences, possiblement pour très longtemps, même en cas de perte du pouvoir. 

Le 7 juillet, le RN ne va probablement pas obtenir une majorité absolue, mais ce n’est pas impossible, y compris de gouverner avec une majorité relative mais suffisamment forte, en comptant de temps à autres sur l’abstention d’autres député.es. 

Mais selon la plupart des projections, tout en devenant la plus grande force (et de loin) à l’Assemblée Nationale (AN), il manquerait un nombre important de député.es au RN et alliés pour avoir une majorité suffisante : 190 et 240 sièges (sur 577) ; tandis que l’alliance de gauche Nouveau Front Populaire (NFP) récolterait entre 160 et 200 sièges ; et les macronistes (« Ensemble ») entre 95 et 155.

Si les premiers sondages juste après le 1er tour donnaient souvent au RN une majorité absolue, l’annonce de désistements quasi systématiques ont atténué le potentiel d’élue.es pour l’extrême droite : Face au RN, la majorité des candidatures perdantes de gauche et des macronistes se sont désistées les unes pour les autres.

“Front démocratique”, “front républicain” : s’entendre avec celleux qui ont construit la victoire de l’extrême droite, une lourde erreur dont nous payerons le prix fort

Face au raz-de-marée RN du 1er tour, la gauche a tout de suite appelé ses candidat.es à se désister au cas où iels seraient en 3ème position et que le RN serait dans les 2 premières places. Certain.es macronistes leur ont emboîté le pas, même si une série a tout de même décidé de se maintenir, surtout lorsque la candidature de gauche est FI. Vu l’urgence de bloquer la route du RN, cette attitude est largement compréhensible. Mais faire alliance, ou du moins « s’entendre » avec celleux qui ont construit la victoire de l’extrême droite, c’est une faute majeure.

Se désister et appeler à voter pour l’ex-Première ministre Elisabeth Borne, la figure de la réforme des retraites imposée par 49.3 ? Pour Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur qui impose sa politique policière raciste dans les banlieues populaires et dans les vestiges coloniaux de « l’Outre-Mer » ? L’architecte de la Loi immigration considérée, à juste titre, par Marine Le Pen comme une “victoire idéologique du RN” ? C’est ouvrir la voie à celleux qui banalisent la violence, l’autoritarisme et le racisme de l’extrême droite. 

Pour les personnes dégoûtées par la politique de Macron, cela jette hélas encore plus de discrédit sur les formations de gauche. Penser qu’un barrage contre l’extrême droite peut se faire avec celleux qui ont pavé la route pour l’extrême droite, c’est considérablement sous-estimer la violence des politiques macronistes ces dernières années, particulièrement pour les couches dans la population qui subissent des oppressions systémiques. Même si beaucoup de personnes ayant voté à gauche vont aller voter pour les macronistes « pour faire barrage au RN« , de nombreuses autres ne vont certainement pas aller voter macroniste au 2ème tour. Beaucoup vont s’abstenir, et certaines vont probablement même voter RN, par dégoût de la politique menée ces 7 dernières années.

Une telle approche de la gauche ouvre encore davantage la voie au RN dans les prochaines années, puisqu’il peut se montrer comme seule « alternative », face à l’entente de tous les autres. Cela permet à l’extrême droite de souligner que la gauche trahit et n’est pas une réelle alternative. Bardella a d’ailleurs parlé de ces désistements comme étant « un front de Macron à Mélenchon« , pour essayer d’associer la FI aux politiques macronistes. 

D’ailleurs, beaucoup de personnes ayant voté macroniste au 1er tour vont se reporter sur une candidature de gauche, mais beaucoup ne vont pas le faire, et probablement même décider de voter RN. Le discours « FI=RN » alimenté par le camp macroniste, la lutte contre « les extrêmes » mais en s’attaquant beaucoup moins à l’extrême droite, la diabolisation de la FI, la dédiabolisation du RN, la politique menée qui empiète sur le projet du RN… 

Même si le premier ministre Gabriel Attal a appelé à se désister y compris en faveur de la FI, une candidate du MoDem (allié à Macron) qui est arrivée 3ème derrière le NFP (FI) et le RN a bien résumé l’état d’esprit des macronistes : « Il y a seulement des LFI qui incitent à la haine, fracturent la société et vont dans les manifestations avec le drapeau palestinien ».

Tous les médias dominants ont soigneusement mis une attention quotidienne sur l’entreprise de cassage de la FI, depuis des années mais particulièrement ces derniers mois. Et depuis 3 semaines, c’est un focus sur des candidatures FI jugées « problématiques » selon la droite et l’extrême droite (mais aussi parmi « la gauche »), surtout sous forme de chasse aux activistes antiracistes, anticoloniaux et pro-palestiniens.

Le cas du militant antifasciste lyonnais Raphaël Arnault, candidat investit par la FI dans le Vaucluse, est particulièrement édifiant : fiché S par les services de renseignement de l’Etat qui le considèrent dangereux pour son activisme, il a été attaqué par toute la droite et par les forces alliées à la FI, y compris le Parti Communiste Français (PCF) qui a même demandé le retrait de sa candidature. Raphaël Arnault est arrivé en 2ème position (25%) derrière la candidate RN (35%). Ces partis porteront une grande responsabilité en cas de défaite au second tour…

Le keffieh ? Un symbole très dangereux. / Une casquette nazie ? Ça passe.

La même attention n’était évidemment pas de mise concernant les candidatures des autres partis. Aucun reproche n’a été fait aux nombreuses candidatures pro-gouvernement israélien (y compris chez certains « à gauche »), certaines soutenant ouvertement le génocide à Gaza. Rien non plus contre les nombreuses candidatures plus ou moins ouvertement islamophobes et arabophobes. Quant aux candidatures « problématiques » du RN, elles ont été abordées durant seulement 2-3 jours, en fin de campagne : dans le passé (voire le présent) de certaines candidatures, on peut trouver apologie du nazisme, du racisme, et de l’antisémistisme, et même prise d’otage…

Pendant ce temps, sur les médias des services publics : « Dès les résultats annoncés, Jean-Luc Mélenchon s’est affiché avec l’eurodéputée Rima Hassan qui portait un keffieh. Vous comprenez que ça puisse choquer ? » Cette question posée par un journaliste de FranceInfo à la députée FI Clémentine Autain résume le climat de haine et de rejet des oppressions qui règne dans le pays, fortement imprimé par toutes les rédactions des médias dominants, y compris le service public. Une intimidation massive et une véritable chasse aux personnes opprimées et aux activistes de gauche. Hélas encouragée par de nombreux cadres des formations Parti Socialiste (PS, et son allié Place Publique), Écologistes et PCF, ainsi que des élu.es et candidat.es dissident.es FI.

Objectif de tous les autres : tenter de briser la gauche dite de rupture

En dissolvant l’AN, Macron misait sur une gauche éclatée et sur l’avantage de se présenter à nouveau comme le seul rempart face à l’extrême droite, dans le contexte où de toute façon de probables élections anticipées allaient avoir lieu fin d’année, sur base d’une probable motion de censure déposée par Les Républicains (LR). Mais un autre objectif était aussi présent parmi la classe dominante : profiter du succès de la liste PS-Place Publique de Raphaël Glucksmann aux élections européennes, arrivé devant la FI (qui par ailleurs augmentait fortement son résultat précédent, dans des élections qui mobilisent peu l’électorat « traditionnel » de la FI). 

Appeler à des élections anticipées, tout de suite, et pour dans seulement 20 jours (le minimum légal), c’était miser sur une gauche désunie, mais aussi sur un affaiblissement potentiel de la gauche plus contestataire (FI) et un rééquilibrage en faveur de la « gauche » traditionnelle, pro-libérale. Et de fait, ces élections législatives replacent maintenant le PS et ses alliés un peu plus à l’avant-plan, comme le disait justement Glucksmann 3 jours avant le 2ème tour : « C’est la fin de l’hégémonie de Mélenchon sur la gauche française« . 

Avec un camp macroniste extrêmement affaibli et Les Républicains en crise complète, les couches majoritaires de la classe dominante (celles qui n’ont pas – encore – suffisamment confiance dans le RN) accueillent à bras ouverts le retour d’une « gauche institutionnelle » qui se veut « responsable » pour continuer à défendre leurs intérêts – avec peut-être davantage de vernis social que ces dernières années. 

Vers un gouvernement « d’union nationale » avec tous les partis sauf le RN et la FI ?

Face au scénario probable d’un RN sans majorité absolue (et sans majorité relative confortable), et au fait que le NFP ne sera probablement pas capable non plus de former un gouvernement, de nombreuses voix s’élèvent maintenant pour former un gouvernement « de toutes les forces démocratiques » – c’est-à-dire de tous les partis sauf le RN et la FI (les Insoumis ayant d’ailleurs tout de suite refusé de s’associer avec des forces à droite du NFP).

« Gouvernement de sursaut national », « Assemblée plurielle », « Gouvernement provisoire » (jusqu’à une éventuelle nouvelle dissolution dans 1 an), « Coalition d’union nationale », … : de nombreux cadres macronistes (derrière Attal) et LR appellent à une large coalition, dans le but de  continuer à mener une politique pas trop éloignée de la précédente.

Et la gauche « responsable » précitée de leur emboîter le pas : « Oui, on doit se montrer prêts à gouverner » leur répondait Marine Tondelier (Les Ecologistes), appuyée bien sûr par nombre de cadres du PS et de PP. 

Le PS et Les Écologistes ont été éduqués à la cogestion du système et en sont profondément infectés. Il est hélas peu probable que ces derniers, dans une situation de crise, soient préparés à prendre les mesures qui s’imposent en choisissant sans la moindre équivoque le camp des travailleuses et travailleurs sur celui des patrons et du marché – les partisans du capitalisme sauront à qui parler. 

Avant même le 2ème tour, la « gauche institutionnelle » montre déjà toute l’étendue de sa non compréhension de pourquoi le RN obtient des scores historiquement élevés. De telles annonces de participation à un futur gouvernement avec la droite, ça aussi, ça pousse des couches d’électeur.trices potentielles de la gauche à quand même ne pas aller voter, « puisqu’il y aura une alliance avec les macronistes« … Et si une telle alliance gouvernementale se réalise, ça aussi ouvrirait encore davantage la voie à l’extrême droite dans les prochaines années. Il n’en fallait d’ailleurs pas beaucoup pour que Marine Le Pen s’en saisisse et parle d’une telle coalition comme étant « le parti unique ».

Les manifestations montrent la voie ! Construisons des comités antifascistes démocratiques

Le soir des élections les 9 et 30 juin, de nombreuses personnes sont descendues dans les rues pour protester contre la montée de l’extrême droite, et pour défendre des politiques en faveur de la classe travailleuse, la jeunesse et les personnes opprimées. 

Les 15 et 16 juin, 650.000 personnes se sont mobilisées dans plus de 180 villes à l’appel des syndicats, des associations et des partis de gauche. Le week-end suivant, des organisations féministes et syndicales ont à nouveau mobilisé. De nombreux blocages de facs, d’assemblées et de grèves ont aussi pris place, depuis le 9 juin.

La volonté de lutte est grande, tant pour battre le RN que pour un autre type de politiques. C’est cette atmosphère qui a mis la pression pour que les partis de gauche fassent alliance en vue des législatives anticipées. 

Mais le vote pour la gauche n’est pas une alternative à la lutte. Des syndicats comme la CGT et Solidaires ont déjà annoncé vouloir organiser la lutte au cas où le RN arrive au pouvoir – ce sera plus que nécessaire. Un gouvernement « d’union nationale », incluant des forces qui ont permis au RN d’être ce qu’il est, ne mènerait pas une politique en notre faveur. Il fera à nouveau le jeu futur de l’extrême droite. Une résistance active sera nécessaire aussi dans ce cas, et en réalité dans tout scénario gouvernemental – y compris un gouvernement de gauche, car la lutte serait nécessaire pour contrer les énormes pressions que la classe dominante exercera pour que la politique menée ne sorte pas trop des plates-bandes. 

Il faut construire un mouvement dans l’esprit de la lutte contre la réforme des retraites, qui combine la force considérable du mouvement ouvrier organisé, grâce à l’arme de la grève reconductible, avec la volonté courageuse et inspirante de lutter en faveur d’un changement fondamental à l’avantage des jeunes et des opprimé⸱es, ce qui peut stimuler la lutte des classes dans son ensemble.

Des comités démocratiques de résistance antifasciste pourraient être créés dans tous les quartiers populaires, les banlieues, les écoles, les universités et les lieux de travail : des comités locaux contre l’extrême droite et toutes les oppressions. De tels comités auraient pu soutenir le vote pour le NFP et se préparer à entrer en résistance contre l’extrême droite (au pouvoir ou non), à corriger les faiblesses du NFP (comme ça a été fait par #NousToutes et le mouvement féministe vis-à-vis de Quatennens et Bayou), et à imposer que les élu.es du NFP agissent effectivement comme des combattants de notre camp. Mais ils permettraient aussi de réagir face à chaque agression de la part de groupes ou d’individus réactionnaires.

Combattre les forces réactionnaires ; répondre réellement aux besoins de la classe travailleuse, la jeunesse et les personnes opprimées ; mais aussi en même temps défier les intérêts de la classe capitaliste. Le programme du NFP comportait des éléments importants, même si moins que ceux de la NUPES, et bien sûr de la FI. Ce type de programme peut servir de point de départ pour la lutte. Mais il est aussi nécessaire de porter des revendications de nationalisation de secteurs-clés de l’économie sous la gestion et le contrôle de la collectivité, à commencer par les secteurs financier et énergétique, pour être capable d’avoir un réel contrôle sur les prix et en même temps financer la planification écologique. Seul un changement de système, vers une société socialiste démocratique permettrait de mener une politique en notre faveur.