Par Eddie Mc Cabe, Socialist Party (ASI Irlande), 2019
Sans la force de travail des salariés, les capitalistes ne peuvent pas faire de bénéfices. Le système ne peut tout simplement pas fonctionner.
De toutes les choses qu’un capitaliste peut acheter pour construire son entreprise, seule la force de travail ajoute de la valeur, c’est-à-dire qu’elle permet à l’entreprise de produire quelque chose qui vaut plus que le coût initial des composants entrés dans la composition du produit fini. Le temps, la réflexion et l’énergie consacrés par les travailleurs au processus de production – dont les efforts ne sont que partiellement compensés par le patron qui conserve la production – constituent la source ultime du profit (ou de la plus-value) dans une économie capitaliste. En d’autres termes, tous les profits proviennent du travail non rémunéré des travailleurs. Et bien entendu, la recherche du profit est le cœur battant du capitalisme.(1)
Cette découverte révolutionnaire de Karl Marx a ouvert la voie à une explication complète du fonctionnement du système capitaliste, en identifiant l’exploitation, et donc l’injustice, au cœur de ce système. Elle sous-tend la compréhension socialiste des économies et des sociétés du monde d’aujourd’hui ; les contradictions et les antagonismes dans les relations sociales ainsi que l’instabilité et le conflit inhérents à la division fondamentale du monde entre ceux qui possèdent le capital et exploitent les autres d’une part, et ceux qui ne possèdent rien ou presque et sont exploités d’autre part. A savoir ; les capitalistes et les travailleurs.
Travailleurs et capitalistes
Les travailleurs sont ceux qui ne possèdent ni les locaux, ni les équipements, ni les matériaux, ni l’argent pour acquérir tout cela, tout ce qui est nécessaire pour s’engager dans la production ou l’échange. En bref, pour gagner sa vie sur le marché. Les travailleurs ne peuvent échanger que leur capacité de travail (la force de travail). Les capitalistes, par contre, disposent de tous les éléments susmentionnés, mais pour les utiliser de manière suffisamment efficace afin de réaliser un profit, ils ont besoin que d’autres personnes travaillent et les utilisent. Ils offrent donc aux travailleurs des salaires qui (a) leur permettent de subsister et (b) permettent au capitaliste de tirer profit de tout ce qui est produit une fois cette subsistance payée. Plus le salaire est bas et plus le nombre d’heures travaillées pour ce salaire est élevé, plus le capitaliste exploite le travailleur, c’est-à-dire plus il gagne d’argent aux dépens du travailleur.
Il est vrai que l’employeur et l’employé concluent librement cet accord et que des siècles d’idéologie ont donné l’impression qu’il s’agissait d’un accord équitable pour les deux parties.
D’un certain point de vue, en se concentrant sur les individus, cela peut sembler raisonnable. Le travailleur et le capitaliste sont tous deux payés à la fin de la journée. Le problème est qu’ils sont tous deux payés pour le travail qu’un seul d’entre eux effectue. Cette réalité devient plus évidente dès lors qu’on examine les choses non pas du point de vue des individus, mais ce celui des classes. Lorsque le scénario ci-dessus est généralisé à l’ensemble de l’économie, nous trouvons deux classes principales :
• une classe majoritaire de travailleurs qui effectuent pratiquement tout le travail et créent toutes les richesses, mais possèdent très peu ;
• une classe minoritaire qui effectue très peu de travail et ne crée aucune richesse, mais les possède pratiquement toutes.
La concurrence sur le marché et leur besoin insatiable de faire plus de profits obligent les capitalistes à développer leurs entreprises en intensifiant l’exploitation et en rassemblant un plus grand nombre de salariés – de plus en plus inquiets – qui, pour défendre et étendre leurs droits et leurs conditions, sont également obligés de s’organiser ensemble, collectivement. Ce désir instinctif du capitaliste et du travailleur de pousser le taux d’exploitation dans des directions opposées crée une tension constante dans la société capitaliste. Cela (avec toutes ses manifestations sociales sous forme d’idées, d’organisations et d’institutions contradictoires) est ce qu’on appelle la lutte des classes. L’existence même de cette lutte est niée par les idéologues de droite. Mais la lutte des classes, avec ses hauts et ses bas, ses oscillations et ses revirements au fil du temps, influence en dernière analyse de manière absolument décisive tous les changements sociaux et historiques.
Reconnaissant cette friction enracinée (qui s’intensifie considérablement en période de crise) et leur rôle central dans la production (qui confère un pouvoir potentiel énorme aux travailleurs), Marx a identifié la classe ouvrière comme étant la clé de la remise en question du pouvoir des exploiteurs et, plus encore, de l’établissement d’une société où la richesse produite collectivement serait utilisée au bénéfice de la collectivité.
Retour de bâton et confusion
Pour les marxistes, cette analyse reste valable dans ses grandes lignes. Elle a résisté non seulement à l’épreuve du temps et aux innombrables défis lancés par des théoriciens économiques et politiques de tous horizons, mais elle a été réaffirmée par l’histoire du mouvement ouvrier au cours du siècle et demi qui s’est écoulé depuis que Marx a élaboré ces idées. Les idéologues conservateurs ont toujours contesté la validité du marxisme, en craignant avant tout les conclusions révolutionnaires qui en découlent. Mais avec le temps, face à l’incapacité du mouvement socialiste à atteindre ses objectifs, même ceux qui critiquent le système capitaliste et reconnaissent que ses problèmes sont profonds et insolubles en sont venus à douter de la possibilité d’un changement révolutionnaire et tout particulièrement de la capacité révolutionnaire de la classe ouvrière.
L’affaiblissement des organisations traditionnelles de la classe ouvrière (les syndicats et les partis sociauxdémocrates), tant sur le plan numérique qu’idéologique, à la suite de l’effondrement du stalinisme (1989- 91) et de la montée en puissance du néo-libéralisme, a laissé un vide politique majeur. Au cours des années qui ont suivi, les dirigeants de ces organisations, dans presque tous les pays, se sont totalement accommodés du système. Au-delà des actes, ils ont même abandonné le soutien en parole à une alternative au capitalisme. En conséquence, le mouvement ouvrier organisé, qui était autrefois un point de référence clair pour des millions de travailleurs et de jeunes, est aujourd’hui considéré comme un simple auxiliaire des luttes sociales, et non comme sa base et sa direction.
L’establishment capitaliste a senti cette faiblesse et a lancé une offensive contre toutes les idées du socialisme. Son objectif était de dissimuler l’existence d’un clivage de classe, mais surtout de nier l’existence d’une classe potentiellement puissante, capable d’agir en toute indépendance dans l’intérêt de tous ceux qui luttent contre le système. L’impact de cette offensive est réel. Elle a conduit à beaucoup de déception, de frustration et de confusion parmi la masse des travailleurs et des jeunes au cours des dernières décennies. Cependant, la crise actuelle du système capitaliste, dont on ne voit pas la fin, sape elle-même la guerre idéologique contre le marxisme, car la lutte des classes (toujours présente) s’intensifie à nouveau.
Alors que nous célébrons les 200 ans de la naissance de Karl Marx (en 2018, NDT), revoir ses idées sur la lutte des classes et la révolution nous aidera à mieux nous engager dans la lutte.
Oppresseurs et opprimés
Le Manifeste du parti communiste s’ouvre sur la déclaration suivante : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours, c’est l’histoire de la lutte des classes. » Engels précisera plus tard qu’il s’agissait de toute « l’histoire écrite », puisque pendant la plus large partie de l’existence humaine, les sociétés humaines reposaient, par nécessité, sur la coopération et l’égalité. Les conditions primitives et l’éthique égalitaire ont empêché l’accumulation de richesses et de biens privés et le développement d’une hiérarchie significative au sein des groupes sociaux.
La révolution qui a mis fin à ce mode de vie de « communiste primitif », la révolution néolithique, a eu lieu avec la domestication des animaux et le début de l’agriculture il y a environ 10.000 ans (les plus vieux fossiles du genre homo remontent à 2,8 millions d’années, avec l’Homo habilis, tandis que les plus récentes datations situent les plus anciens Homo sapiens à il y a environ 300.000 ans, NDT).
La révolution néolithique a permis pour la première fois de disposer d’un excédent de production permanent. Et c’est à partir de là – au cours de centaines ou de milliers d’années – que sont progressivement apparues les divisions en classes sociales, entre ceux qui possédaient l’excédent (qui sont devenus les riches) et ceux qui ne le possédaient pas (qui sont devenus les pauvres). D’autres caractéristiques nouvelles de la société de classes – plus complexe, technologiquement et culturellement plus avancée – sont apparues : les guerres pour la terre et les ressources ; l’esclavage pour l’exploitation ; l’État et ses corps armés pour protéger la propriété ; la famille patriarcale pour transmettre les privilèges aux générations suivantes ; et les soulèvements populaires des classes inférieures, y compris, parfois, les mouvements révolutionnaires (la première grève connue dans l’histoire de l’humanité remonte quant à elle à la fin de l’Égypte antique, en 2100 av. J.-C., NDT).(2)
La division de la société en classes a fait de l’inégalité et de l’injustice des phénomènes systémiques, alors qu’elles n’étaient auparavant qu’irrégulières. Des segments de la société se sont vus refuser les fruits de leur travail collectif par d’autres segments, qui ont développé des institutions et des justifications idéologiques ou religieuses pour maintenir leur position de force. Ces minorités d’élite constituaient les classes dirigeantes des sociétés précapitalistes(NDLR) : les empereurs, les rois, les sultans, les papes, les tsars, ainsi que leurs relations et leurs « nobles » partisans. Sous ces ordres suprêmes, dans les sociétés et les économies sur lesquelles ils régnaient, une lutte des classes était en mouvement constant. « Une lutte ininterrompue, tantôt cachée, tantôt ouverte », selon les termes de Marx et Engels, entre « l’homme libre et l’esclave, le patricien et le plébéien, le seigneur et le serf, le maître de corporation et le compagnon, en un mot, l’oppresseur et l’opprimé » (3).
Marx n’a pas été le premier à constater la division et la lutte des classes dans les sociétés humaines. Mais ce qu’il a découvert, c’est la relation entre la lutte des classes et « les phases historiques particulières du développement de la production » (4), ce qui est essentiel pour comprendre comment et pourquoi les révolutions se produisent.
La vision matérialiste de l’histoire
Pour Marx, l’étude de l’histoire humaine et de son développement, tout comme l’étude de l’histoire naturelle, devrait commencer par la question de savoir comment les êtres humains vivent et se reproduisent – comment ils mangent, boivent et dorment ; restent au chaud, au sec et en sécurité quel que soit l’environnement dans lequel ils se trouvent. Ces besoins fondamentaux doivent être satisfaits avant toute autre activité créatrice, comme l’art, la science ou la philosophie.
Le point de départ de l’analyse d’une société est donc la manière dont elle organise la production de ce dont elle a besoin pour exister (le « mode de production »), puis, si elle peut produire plus que ce dont elle a besoin pour exister, la manière dont ces ressources supplémentaires (et les moyens de les produire, les « forces productives ») sont utilisées. Ou, dans la société de classes, par qui elles sont possédées et contrôlées et de qui elles sont appropriées (les « relations de production »).
Passant en revue l’histoire des sociétés divisées en classes sociales, Marx a noté que si la tendance générale au progrès de la civilisation était claire, il ne s’agissait pas d’un processus simple, continu et inébranlable, mais qu’il comportait des régressions et des stagnations ainsi que des progrès (dans le sens d’avancées vers une société qui, en théorie, pourrait produire suffisamment pour subvenir aux besoins de tous), et que le développement de la capacité de production de la société était le moteur fondamental de ce progrès.
Il a identifié trois modes de production principaux (avec diverses ramifications hybrides également courantes) qui sont les suivants :
• Le premier, le mode antique, dans lequel les « maîtres » possédaient littéralement des esclaves exploités dans des économies essentiellement agricoles où le commerce était également présent, le type de sociétés qui existaient dans la Grèce et la Rome antiques, par exemple ;
• Deuxièmement, le mode féodal, un système économique plus avancé et plus répandu basé sur l’agriculture, dans lequel les principales relations se situaient entre les seigneurs qui possédaient des terres travaillées par des serfs qui travaillaient également à leur propre compte, le mode de production dans la majeure partie de l’Europe jusqu’au 18e siècle ;
• Et troisièmement, le mode bourgeois ou capitaliste, où l’industrie et le commerce sont dominants et où les principales classes en conflit sont les capitalistes et les travailleurs salariés.
Chaque mode de production a ses classes exploitées et ses classes dirigeantes. Et chaque mode a contribué, à sa manière et pour une période déterminée, à l’évolution des forces productives. Les classes dirigeantes, en établissant la suprématie et l’expansion de leur système pour leurs propres intérêts égoïstes, ont également supervisé une rupture avec les anciens modes de fonctionnement. En ce sens, elles ont joué un rôle historiquement progressiste. Mais à certains moments, lorsque les conditions adéquates étaient réunies, de nouvelles percées technologiques et scientifiques ont été réalisées, ouvrant la voie à de nouveaux modes d’organisation de la production plus efficaces – mais qui étaient inévitablement limités par les rapports de classe existants, spécialement adaptés à une structure économique et sociale particulière (aujourd’hui dépassée). À ce stade, le caractère progressiste de la classe dirigeante n’existe plus.
Marx a exprimé les choses en ces termes : « À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est que l’expression juridique, avec les rapports de propriété au sein desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports en deviennent des entraves. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. » (5)
Il est intéressant de noter comment cela s’applique au monde capitaliste dans lequel nous vivons aujourd’hui. Prenons un seul exemple, celui de l’agriculture, où les forces productives produisent en réalité 50 % de plus que ce qui serait nécessaire pour nourrir tous les habitants de la planète(6), et pourtant, 815 millions de personnes ont souffert de la faim et de la malnutrition en 2016.(7) La raison en revient aux relations de production en vigueur sous le capitalisme, qui signifient que les profits des capitalistes, et non les besoins de la majorité de la société, sont tout ce qui compte. En ce sens, elles constituent clairement un obstacle à tant de potentialités. Seule une économie socialiste, planifiée démocratiquement, pourrait exploiter la capacité de production et le potentiel existant pour subvenir aux besoins de tous.
Certes, le début d’une « époque de révolution sociale » ne se conclut pas nécessairement par une transition révolutionnaire d’un mode de production à un autre. Il faut qu’il existe une classe sociale montante capable de faire évoluer la situation et de défier la classe au pouvoir, et même dans ce cas, « la ruine commune des classes en conflit » est toujours possible. Par conséquent, une interprétation mécanique de l’accent mis par Marx sur la production en tant que force motrice de l’histoire est unilatérale et erronée. Comme il l’a écrit ailleurs, « l’histoire ne fait rien, elle « ne possède pas d’immenses richesses », elle « ne livre pas de batailles ». C’est l’homme, l’homme réel, vivant, qui fait tout cela, qui possède et qui combat ». L’issue d’une époque de révolution sociale dépend donc de la lutte des classes.
Le rôle de la bourgeoisie
La conception matérialiste de l’histoire de Marx a démontré que rien n’est fixe, ordonné ou inévitable. Des empires, des dynasties et des systèmes sociaux entiers qui semblaient à un moment donné tout-puissants et éternels ont en fait disparu. Pour citer Héraclite, l’un des philosophes préférés de Marx, le changement est la seule constante de l’histoire. Marx tenait à faire comprendre les implications de ce constat pour le système social qui prédominait à son époque, le capitalisme. À cette fin, il s’est orienté vers la classe émergente des travailleurs salariés, qu’il considérait comme la seule « classe réellement révolutionnaire » parmi toutes les classes qui se trouvent face à face avec la bourgeoisie.(8)
Qu’est-ce qui l’a conduit à ce point de vue ? Pour reprendre les termes de son ami Engels, Marx était « avant tout un révolutionnaire ». Ce qui a fait de lui un révolutionnaire, dès son plus jeune âge, c’est un dégoût instinctif pour toutes les injustices du monde, et comme il était du genre studieux (!), il a naturellement mis son esprit curieux au travail pour essayer de comprendre ce monde. Il a rapidement trouvé la racine de l’inégalité au cœur de la société divisée en classes sociales et dans son incarnation moderne, la société “bourgeoise”, qui, au cours de son règne relativement court, s’est révélée tout autant incroyablement dynamique que brutale. Cependant, Marx et Engels, au cours de leurs recherches communes, ont réalisé que ce dynamisme était à la fois la principale force et la principale faiblesse du capitalisme.
Ils ont écrit : « Les conditions bourgeoises de production et d’échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d’échange, ressemblent au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées. (…) la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d’industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l’existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. » (Manifeste du parti communiste)
L’agressivité et l’indiscipline du capitalisme sont le produit de contradictions internes aiguës, qui se traduisent également par des crises économiques périodiques. Mais contrairement aux crises du passé qui étaient dues à la pénurie, ces crises de la concurrence résultent d’une production trop importante et trop rapide, de sorte que le marché est submergé, que les bénéfices diminuent et que les investissements se tarissent. Les effets familiers de la rareté se font alors sentir : les déchets humains et matériels s’accumulent, tandis que le marché tente de s’ajuster.
Comme l’explique le Manifeste du parti communiste : « Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises ? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus à fond les anciens. A quoi cela aboutit-il ? A préparer des crises plus générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prévenir.»
Et c’est là que le bât blesse : « Les armes dont la bourgeoisie s’est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd’hui contre la bourgeoisie elle-même. Mais la bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires. À mesure que grandit la bourgeoisie, c’est-à-dire le capital, se développe aussi le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent qu’à la condition de trouver du travail et qui n’en trouvent que si leur travail accroît le capital. » (9)
Le prolétariat de Marx existe-t-il encore ?
Marx et Engels ont affirmé que « ce que la bourgeoisie produit donc, avant tout, ce sont ses propres fossoyeurs. » (10)
Avant d’examiner les caractéristiques particulières de la classe ouvrière qui font qu’il en est ainsi, il convient d’aborder brièvement une hypothèse trop courante concernant Marx et sa vision de la classe ouvrière et de la lutte. Cette hypothèse développe que la classe ouvrière que Marx connaissait, dans les usines de Manchester et de Londres au milieu du 19e siècle, n’existe plus et ne ressemble en rien à la classe ouvrière de Manchester et de Londres aujourd’hui, par exemple. Par conséquent, ses théories sur le rôle que la classe ouvrière jouerait ou pourrait jouer, qu’elles aient été valables par le passé ou non, sont en tout cas dépassées aujourd’hui et ne seraient pas applicables au monde moderne.
Il est évidemment indéniable que le capitalisme a connu de nombreux changements au cours des 150 années qui se sont écoulées depuis que Marx a écrit Le Capital. Naturellement, la classe ouvrière a fait de même, que ce soit au niveau de sa taille, de sa localisation ou de sa composition. Ces changements sont réels, tangibles et, dans certains cas, significatifs, et doivent absolument être assimilés par les marxistes sérieux d’aujourd’hui.
Mais il faut aussi dire que si Marx avait vécu ces 150 dernières années, il est peu probable qu’il aurait été terriblement surpris que de tels changements se produisent. Sa théorie concernant la classe ouvrière prévoyait justement que la taille de cette dernière, sa localisation et sa composition évoluent continuellement.
Il a notamment écrit : « Tous les mouvements historiques précédents étaient des mouvements de minorités, ou dans l’intérêt de minorités. Le mouvement prolétarien est le mouvement indépendant et conscient de l’immense majorité, dans l’intérêt de l’immense majorité »(11), à une époque où la classe ouvrière ne représentait qu’environ 2 à 3 % de la population mondiale ! La plus grande partie du prolétariat d’Angleterre à l’époque où il vivait n’était pas constituée d’ouvriers industriels, mais de domestiques, essentiellement des femmes. Son approche de la classe ouvrière reposait sur des considérations beaucoup plus générales que sur les conditions et expériences spécifiques d’un secteur particulier de travailleurs.
Il est également vrai que les conditions dickensiennes auxquelles étaient confrontés les travailleurs à l’époque de Marx sont encore très présentes dans certaines régions. Par exemple, l’exploitation du travail des enfants par les entreprises reste endémique, touchant 168 millions d’enfants en 2012, que ce soit dans les ateliers clandestins du Bangladesh, où ils travaillent 11 heures par jour pour l’industrie de l’habillement, qui représente 22 milliards de dollars, ou au Pérou, pour l’industrie minière aurifère, qui représente 3 milliards de dollars.(12) Les conditions victoriennes sont monnaie courante même dans les entreprises de haute technologie comme Amazon, où le personnel travaille 55 heures par semaine et est parfois contraint de s’installer dans les entrepôts parce qu’il n’y a pas assez de temps entre les heures de travail pour rentrer chez soi.(13)
Le précariat : une nouvelle classe ?
La précarité est l’une des caractéristiques de la main-d’œuvre d’aujourd’hui qui a été soulignée par beaucoup comme une rupture avec la classe ouvrière « classique ». L’économiste Guy Standing est probablement le principal défenseur du nouveau « précariat ». Il va jusqu’à insister sur le fait que le travailleur moderne mal payé, précaire et constamment entre deux boulots fait partie d’une nouvelle classe, ou d’une « nouvelle classe en devenir », avec « des relations de production, des relations de distribution et des relations avec l’État distinctes » et, par conséquent, des intérêts distincts de ceux des travailleurs ayant un emploi stable et bien rémunéré.
Il précise : « Le précariat ne fait pas partie de la « classe ouvrière » ou du « prolétariat ». Ces derniers termes suggèrent une société composée principalement de travailleurs occupant des emplois à long terme, stables, à horaires fixes, avec des voies d’avancement établies, soumis à l’affiliation syndicale et aux conventions collectives de travail, avec des contrats de travail que leurs pères et leurs mères auraient compris, face à des patrons locaux dont les noms et les caractéristiques leur étaient familiers ».(14)
Le point de vue de Standing sur le prolétariat est donc en contradiction avec le point de vue marxiste, puisqu’il a, de manière quelque peu arbitraire, restreint la définition du prolétariat pour exclure la majorité de ceux qui vendent leur force de travail pour gagner leur vie. Il semble que sa définition soit influencée par une vision traditionnelle et culturelle de la classe ouvrière telle qu’elle était dans les années 50 et 60 dans le monde industriel avancé, et non pas telle qu’elle était avant ou telle qu’elle est en réalité aujourd’hui. Les lieux de travail sûrs et syndiqués prévalaient à l’époque, mais il ne s’agissait que d’un instantané dans le temps et, même à cette époque, il existait d’innombrables travailleurs précaires. En effet, les avantages et les droits dont jouissaient ces travailleurs, et dont beaucoup jouissent encore, ont été obtenus par la lutte de l’équivalent du « précariat » des années 1920, 1930 et 1940, et ils ont été défendus par les travailleurs organisés depuis lors.
La précarité a toujours existé pour les travailleurs sous le capitalisme. D’abord parce que les contradictions du système produisent des crises périodiques qui peuvent mettre en péril même les emplois “stables”, et ensuite en raison de l’existence d’une armée de réserve de main-d’œuvre sous la forme de chômeurs et de personnes sous-employées. Les difficultés rencontrées par les chômeurs s’opposent au “privilège” de ceux qui ont un emploi. Ces derniers, affirme-t-on, ne seraient pas avisés de risquer leur sort alors qu’ils peuvent, le cas échéant, être remplacés.
Les conditions négatives décrites par Standing, à savoir « la précarisation, l’informalisation, le travail intérimaire, le travail à temps partiel, le faux travail indépendant et le nouveau phénomène de masse du marché de travail saturé » sont très réelles pour de nombreux travailleurs, en particulier les jeunes et les migrants. La précarité accrue que connaissent les travailleurs aujourd’hui est le résultat direct des politiques néolibérales mises en œuvre par les gouvernements de droite dans le monde entier, ainsi que de la déficience flagrante de l’organisation syndicale.
Le fait de souligner ces questions et de se concentrer sur la situation particulière du « précariat » n’est pas un problème en soi. Il y a beaucoup à faire pour s’attaquer à la tâche de l’organisation de ces travailleurs. Cependant, là où cela devient un problème, c’est lorsqu’une fausse division est créée entre des sections de travailleurs qui ont, indépendamment de leurs différences, des intérêts communs, mieux résumés dans le vieux slogan du mouvement ouvrier, « s’en prendre à l’un d’entre nous, c’est s’en prendre à nous tous ». L’affirmation de Standing selon laquelle le « vieux prolétariat » n’est plus capable d’être révolutionnaire parce qu’il a été acheté par les « pensions » et les « droits du travail » – qui sont en fait attaqués par les mêmes forces néolibérales – est tout simplement fausse.
Les travailleurs d’aujourd’hui dans le monde
La vérité est que la définition marxiste de la classe ouvrière, telle que décrite au début, qui inclut tous ceux qui vendent leur force de travail pour vivre et qui produisent de la plus-value, englobe la majorité de la main-d’œuvre active de la planète, que l’Organisation internationale du travail (OIT) estime aujourd’hui à 3,4 milliards de personnes. Au sein des trois grands secteurs de l’économie (services, industrie, agriculture), cette catégorie se répartit comme suit :
• 75 millions sont des employeurs : des grands et (surtout) des petits capitalistes qui représentent environ 1 % de la population mondiale, même si, bien entendu, seule une fraction d’entre eux détient la richesse et le pouvoir réels
• 1500 millions de personnes sont classées dans la catégorie des travailleurs vulnérables : des « travailleurs à leur propre compte » ou des travailleurs indépendants qui n’emploient pas d’autres personnes. Cette catégorie comprend également 400 millions de travailleurs non rémunérés liés à « l’entreprise familiale » constituée par ces travailleurs indépendants. Ce groupe considérable représente la majeure partie des pauvres dans le monde.
• 1800 millions sont des travailleurs qui perçoivent un salaire : 200 millions d’entre eux sont actuellement au chômage, beaucoup d’autres sont sous-employés ou travaillent à temps partiel. Certains perçoivent des salaires exorbitants et ne s’associent pas au reste, mais cette immense masse peut être considérée comme le noyau des travailleurs du monde.(15)
Cependant, la classe ouvrière dans son ensemble comprend également les travailleurs retraités, les travailleurs handicapés, les travailleurs indépendants fictifs (et d’autres formes de travail indépendant) et tous ceux qui dépendent également de ces salaires – parents au foyer, personnes s’occupant des enfants, jeunes, etc. En tant que classe qui existe en soi, simplement comme matière première pour l’exploitation (non consciente de sa place dans le système ou de son pouvoir potentiel si elle est organisée), elle est en fait plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’a jamais été et elle continue de croître. L’urbanisation et l’industrialisation, en particulier dans les pays en développement au cours des 30 dernières années environ, ont vu la taille de la classe ouvrière augmenter de plus d’un tiers.
La croissance rapide de la population urbaine mondiale en est la preuve. Depuis 1950, elle a plus que quintuplé, passant de 746 millions à 3900 millions d’habitants, ce qui représente aujourd’hui 53 % de la population totale.(16)
Caractère révolutionnaire de la classe ouvrière
La taille réelle ou relative de la classe ouvrière aujourd’hui est un élément important dont les marxistes doivent être conscients. Le fait de constituer une majorité, ou même simplement d’être très nombreuse, n’est pas ce qui donne à la classe ouvrière son caractère révolutionnaire (encore une chose que Marx et Engels ont identifiée alors que la classe ouvrière était encore éclipsée par une paysannerie beaucoup plus nombreuse). Mais ce que la taille et la croissance continue de la classe ouvrière illustrent aujourd’hui, c’est la position de plus en plus puissante qu’elle occupe dans la dynamique du développement du système capitaliste, une position à laquelle aucune autre force sociale ne peut se comparer et qui est essentielle pour briser le système et construire quelque chose de nouveau.
Marx a expliqué que le capitalisme, de par sa nature même, crée d’abord la classe ouvrière, puis la rend révolutionnaire. Quelles sont donc les caractéristiques particulières qui confèrent à la classe ouvrière son potentiel révolutionnaire ? Sans ordre particulier, elles peuvent être résumées comme suit :
1) Le capitalisme concentre les travailleurs dans de grandes villes autour des lieux de travail où se déroule l’exploitation de la plus-value. L’organisation et la lutte collective contre cette exploitation sont également concentrées d’une manière qui n’est pas possible pour les paysans qui sont attachés à des parcelles de terre disséminées dans la campagne. Plus généralement, les communautés de la classe ouvrière comprennent qu’elles ne peuvent résister qu’en se liant à leurs voisins qui sont dans la même situation. Ces processus produisent une conscience de classe collective, bien au-delà de ce que la plupart des esclaves ou des serfs atomisés ne pourraient jamais avoir.
2) Le modèle économique capitaliste inculque aux travailleurs un sens de la discipline, de la coopération et de l’organisation, de deux manières. Tout d’abord, un certain degré de discipline et de travail en équipe est exigé des travailleurs par la direction, qui est chargée d’extraire le plus de travail possible dans le cadre de la journée de travail. Deuxièmement, afin d’atténuer les pires excès de ce même enrégimentement et l’impact négatif des crises économiques récurrentes, les travailleurs ont toujours instinctivement créé leurs propres organisations – syndicats puis partis politiques indépendants – afin de sauvegarder et de défendre leurs droits économiques et politiques
3) Les progrès réalisés par le système capitaliste en matière de science et de technologie font de la production et de l’échange des domaines plus complexes, exigeant de la masse des producteurs et des distributeurs qu’ils atteignent un niveau plus élevé de compétences de base (lecture, écriture et calcul) et de connaissances pour que la société puisse fonctionner. En outre, les travailleurs ont lutté pour le droit à l’éducation à un niveau plus élevé, pour eux-mêmes et leurs familles.
4) Le marché mondial repose sur une division mondiale du travail qui relie tous les travailleurs. La plupart des marchandises que nous utilisons dans notre vie quotidienne sont le fruit du travail non pas d’un, mais de nombreux travailleurs, utilisant des compétences diverses et provenant de régions du monde complètement différentes. La lutte de la classe ouvrière est mondiale.
5) La libération de la classe ouvrière – c’est-à-dire l’aboutissement de sa lutte politique et économique – ne peut se faire qu’en mettant fin à l’exploitation de son travail dans le cadre du capitalisme. Comme l’a dit Engels : « L’esclave se libère lorsque, de tous les rapports de propriété privée, il n’abolit que le rapport d’esclavage et devient ainsi prolétaire ; le prolétaire ne peut se libérer qu’en abolissant la propriété privée en général. » (17)
6) La classe ouvrière est la seule force sociale ayant le pouvoir de contester la domination de la classe capitaliste. Aucune autre classe, groupe ou groupe démographique n’a le poids, la cohésion ou l’organisation nécessaires pour s’attaquer à la puissance des capitalistes et à leur appareil idéologique et physique (y compris l’État avec ses agences de renseignement, sa police et ses armées).
Il convient ici de souligner que les éléments ci-dessus ne confèrent à la classe ouvrière qu’un potentiel révolutionnaire. Il va sans dire que la classe ouvrière est loin d’être dans un état révolutionnaire à tout moment. Le capitalisme a également construit ses défenses pour repousser toute menace à sa domination. À la base, il y a l’appareil d’État lui-même (les corps armés des gens, que nous venons de mentionner), mais sa défense plus sophistiquée est l’emprise idéologique qu’il maintient à travers la morale, la culture et les pratiques sociales dominantes qui acceptent la légitimité de son pouvoir (sans parler de son contrôle sur les médias de masse, l’éducation, etc.) Comme l’a dit un jour Léon Trotsky, « celui qui possède le produit excédentaire est maître de la situation – il possède la richesse, l’État, les clés de l’église, des tribunaux, des sciences et des arts ».(18) Il attise et exploite consciemment les divisions entre les travailleurs et les peuples opprimés, afin d’affaiblir ses opposants naturels.
Tout cela produit des inégalités dans la conscience – les humeurs, les attitudes et la conscience – de la classe ouvrière, ce qui nuit à son unité, à sa confiance et à son pouvoir révolutionnaire.
Bien entendu, la classe ouvrière n’est pas non plus une masse homogène. Depuis son apparition, il y a toujours eu différentes couches de la classe ouvrière, la plus évidente étant celle des travailleurs qualifiés et celle des travailleurs non qualifiés. Son évolution implique l’absorption de sections de la classe moyenne d’une part et des pauvres urbains et ruraux d’autre part. Son caractère de masse signifie qu’elle est animée par de multiples genres, nationalités, religions, ethnies et orientations sexuelles ; tout cela conduit naturellement à de nombreuses nuances d’opinions politiques, d’identité, etc., qui découlent des oppressions multiformes subies par les différentes sections (et pour lesquelles la lutte contre leur oppression est souvent la première arène de lutte et d’opposition au système). Mais cette classe ouvrière diverse, vivante et colorée est organiquement unie par une exploitation commune par un ennemi commun, qu’elle ne peut défier que par l’unité et la solidarité dans une lutte commune.
Si elle y parvient, dans de bonnes conditions et avec l’organisation et la direction nécessaires, alors elle peut faire une révolution – dont l’expérience même est la clé de la transformation socialiste de la société.
Marx et Engels ont écrit : « Cette révolution est donc nécessaire non seulement parce que la classe dominante ne peut être renversée d’aucune autre manière, mais aussi parce que la classe qui la renverse ne peut réussir que dans une révolution à se débarrasser de toute la boue des âges et à devenir apte à fonder la société à nouveau. » (19)
La lutte à venir
En vérité, la validité de la théorie de Marx sur la lutte des classes a été confirmée par l’histoire du mouvement ouvrier. Sous le capitalisme, la lutte des classes s’est intensifiée. Le XXe siècle a connu bien plus de mouvements révolutionnaires que n’importe quel autre, y compris la première révolution socialiste réussie en Russie en 1917 (une révolution qui a été trahie par la suite, mais qui a tout de même eu lieu). Le XXIe siècle a déjà connu une crise profonde du système capitaliste et a vu son lot d’importantes mobilisations de masse de travailleurs, de pauvres et de jeunes dans le monde entier. Ces mouvements ressemblent à bien des égards à ceux du passé, mais ils sont aussi totalement nouveaux, ce qui pose de nouveaux défis aux marxistes.
Aujourd’hui, nous assistons à des actions de grève importantes et militantes de la part des enseignants aux États-Unis et des professeurs en Grande-Bretagne, reflétant un processus généralisé de “prolétarisation” dans lequel des professions qui étaient autrefois considérées comme étant d’une certaine manière privilégiées ont été réduites à néant par les assauts néolibéraux sur les conditions et forcées de s’organiser. Les grèves d’enseignants auraient été inouïes à l’époque de Marx, tout comme la « grève féministe » de cinq millions de travailleuses et travailleurs en Espagne lors de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes en 2018, qui a suivi l’exemple des femmes polonaises défendant le droit à l’avortement en 2016. Ces exemples, et bien d’autres semblables dans le monde entier, montrent que les méthodes et les traditions d’organisation et de lutte de la classe ouvrière se redévelopperont, sous de nouvelles formes et à un niveau plus élevé, à mesure que les membres de la classe ouvrière se heurteront au même système inégalitaire, violent et oppressif que celui qui les a poussés à lutter en premier lieu.
Rien n’est plus sûr que les événements les plus importants (et les plus éprouvants) de l’histoire de la lutte des classes sont devant nous, et non derrière. Mais il convient de rappeler que l’objectif du mouvement socialiste pour Marx et Engels était de s’engager dans la lutte des classes aux côtés et dans le cadre du prolétariat, qu’ils cherchaient à rendre « conscient des conditions de son émancipation » – pour mettre enfin un terme à la lutte des classes en balayant « les conditions d’existence des antagonismes de classes et des classes en général… [et] à la place de l’ancienne société bourgeoise… nous aurons une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » (20). C’est ce monde socialiste que les travailleurs doivent conquérir.
Notes
1. Pour une Claire exposition de cette théorie, voir Karl Marx, 1865, Valeur, prix, profit.
2. Voir Friedrich Engels, 1884, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat.
3. Marx & Engels, 1848, Manifeste du parti communiste
4. Marx à J. Weydemeyer à New York, 1852
5. Karl Marx, 1859, Contribution à la critique de l’économie politique, préface
6. Eric Holt Gimenez, 18 December 2014, “We Already Grow Enough Food For 10 Billion People”, Huffpost
7. United Nations, 2017 – The State of Food Security and Nutrition in the World (SOFI) Report
8. Marx & Engels, 1848
9. Ibid
10. Ibid
11. Ibid
12. Ashley Tseng, 26 June 2014, “Child Labour: A Global Scourge”, http://www.wsws.org
13. Monika Janas, January 2018, “Understanding Wealth Inequality”, The Socialist, n°113
14. Guy Standing, 2011, The Precariat: The New Dangerous Class, Bloomsbury Academic, p.6
15. International Labour Organisation, Global Employment Trends 2014: supporting data sets, http://www.ilo.org
16. United Nations, World Urbanization Prospects: The 2014 Revision
17. Engels, 1847, Principes du Communisme
18. Léon Trotsky, 1939, Le Marxisme à notre époque
19. Marx & Engels, 1846, L’idéologie allemande
20. Marx & Engels, 1848
NDLR. 1 Les sociétés de classes ne sont pas la seule ou la plus ancienne forme de société caractérisée par l’inégalité. Les premiers monarques sont issus d’une couche de simples agriculteurs-prêtres qui, progressivement, grâce à l’excédent agricole existant, ont pu s’affranchir de la production alimentaire. Il s’agit des premiers États du monde, sous le règne tyrannique de prêtres-rois, assistés d’une caste de prêtres, de fonctionnaires et de militaires. Les grands princes des premiers empires mondiaux : les rois sumériens, akkadiens et assyriens, les pharaons égyptiens, les rois et, plus tard, les empereurs chinois, les princes incas, les maharadjahs indiens, les princes d’Angkor, etc. ont atteint leur puissance et leur richesse à partir de ce stade initial très modeste. Par essence, c’est une structure de castes, et non de classes, qui dominait ici. Il n’y avait pas de véritable propriété privée des moyens de production, leur mode de production ne présentait guère de contradictions structurelles, à l’exception des ressources naturelles, mais en conséquence, ils ne pouvaient pas non plus développer la production. Les sociétés esclavagistes, elles, le pouvaient.