France. Vers une grève générale pour faire tomber Macron et lutter contre le capitalisme

Pancarte lors de la manifestation du 21 janvier à Paris : l’utilisation de l’article 49.3 une 11ème fois signifie la révolution.

Depuis le 19 janvier, des millions de travailleurs et travailleuses et de jeunes manifestent et font grève contre la réforme des retraites de Macron. Il faut désormais construire une grève générale, reconductible sur base de votes en assemblées générales sur les lieux de travail, pour en finir avec Macron et toutes les politiques d’austérité. 

Par Philipp Chmel

La réforme des retraites de Macron, la mesure clé et emblématique de son second mandat, ferait passer l’âge de la retraite de 62 à 64 ans, en plus d’autres mesures qui auront un impact négatif sur les travailleuses et travailleurs. Le plan initial prévoyait de passer à 65 ans, mais le gouvernement a finalement abaissé ce chiffre dans l’espoir d’atténuer les protestations attendues et d’essayer d’obtenir le soutien des Républicains pour obtenir une majorité au parlement.

Un démarrage en trombe qui ne s’est pas démenti

Plus de deux millions de personnes ont manifesté à travers le pays lors de la première journée d’action contre la réforme des retraites, organisée par l’intersyndicale – composée des huit plus grands syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU) – quel début historique et prometteur !

Dès le début, les couches les plus combatives de la jeunesse ont montré une détermination plus forte que lors des précédentes mobilisations à rejoindre le mouvement et à lutter aux côtés des syndicats et des travailleurs et travailleuses. La manifestation de 150.000 personnes à Paris le 21 janvier, deux jours après la première mobilisation syndicale, qui avait été planifiée et mobilisée des semaines à l’avance par les organisations étudiantes et de jeunesse ainsi que par la France Insoumise, a tout de suite donné le ton. Dans certains endroits, les syndicats étudiants ont réussi à obtenir des dispenses de cours pour celles et ceux qui veulent manifester ; des manifestations étudiantes sont parties de différents campus pour rejoindre les manifestations syndicales ; et, depuis le 7 février, plusieurs lycées et universités ont été bloqués. Le 11 février, 120.000 jeunes ont participé à la grosse mobilisation nationale dans toute la France et, pour le 9 mars, les organisations étudiantes et de jeunesse ont appelé à la prochaine journée d’action nationale. Certaines universités ont déjà prévu des blocages durant toute la semaine du 6 mars, qui pourraient être renouvelés tout au long du mois par des assemblées générales étudiantes.

L’un des éléments les plus cruciaux dans le développement du mouvement jusqu’à présent, sont les démonstrations impressionnantes du pouvoir et du contrôle de la classe ouvrière sur la production privée à travers les actions « Robin des Bois » : des hôpitaux, des centres sportifs publics, des bibliothèques, des lycées, des crèches, des logements sociaux, … ont été placés sous le régime de « électricité et gaz gratuits ». Quelle illustration puissante de ce à quoi ressemblerait une société dirigée par la classe ouvrière. 

Cela montre clairement que le mouvement est encore plus large que les millions de personnes de la classe travailleuse qui ont pu participer aux mobilisations jusqu’à présent. La colère et le rejet contre la réforme des retraites et le système que Macron et Borne représentent sont dominants dans la société et augmentent : l’opposition globale à la réforme des retraites a augmenté de 6% entre janvier et février, passant de 61% le 18 janvier à 67% le 15 février (sondage publié par CSA). Chez les femmes et les jeunes de moins de 35 ans, l’opposition est encore plus forte, s’élevant actuellement à 71% et 81% respectivement.

Après la première mobilisation nationale intersectorielle du 19 janvier, quatre autres ont suivi : Le 31 janvier, ce sont 2,8 millions de personnes qui ont participé dans tout le pays ; le 7 février, plus de 2 millions ; le 11 février, plus de 2,5 millions ; et le 16 février, 1,3 million ont rejoint les manifestations. La participation globale au mouvement de grève est encore plus élevée, car de nombreuses autres personnes sont restées sur les piquets de grève et n’ont pas rejoint les manifestations. 

La manifestation du samedi 11 février était la 4ème journée de mobilisation de l’intersyndicale et la 1ère organisée pendant un week-end. C’était important pour pouvoir mobiliser les travailleuses et travailleurs aux conditions de travail très précaires et toutes celles et ceux qui ne pouvaient généralement pas participer aussi facilement aux grèves en semaine. Cela renforce également le lien avec les jeunes et la classe ouvrière au sens large. 

Des militants d’ASI sont intervenus à cette manifestation à Paris. L’ambiance y était très combative et il y avait non seulement une colère palpable contre Macron, mais aussi une véritable volonté de le stopper. Le mouvement est clairement prêt à aller plus loin. En même temps, il y a aussi une compréhension de base qu’une série de manifestations de masse en elles-mêmes, sans être connectées les unes aux autres et sans une stratégie d’escalade, ce ne sera pas suffisant. Un cheminot syndiqué de 54 ans a été cité dans Le Monde : « Ces manifestations ne suffiront pas à ralentir le gouvernement ». Il appelle à « un mouvement de masse subversif » avec « trois ou quatre jours de blocage total, et pas seulement des cheminots, des enseignants et des raffineurs. »

Mettre le pays à l’arrêt, mais pas seulement pour une journée

Pour l’instant, le gouvernement et Macron ne reculent pas. Ils espèrent une répétition du mouvement de 2019/début 2020, lorsque la lutte, bien que titanesque, avait souffert de l’absence d’un plan d’action audacieux vers une grève générale reconductible. Le mouvement s’essoufflait après neuf jours de mobilisations intersectorielles qui n’étaient pas connectées de manière assez étroite pour canaliser la colère de manière à pouvoir créer une dynamique continue et ascendante liée à une perspective de victoire. Tout le monde le sait : sans l’arrivée du Covid, la réforme des retraites serait passée en 2020.

En gardant cela à l’esprit, une partie de la classe dirigeante pourrait souhaiter que les faibles taux de participation des troisième et cinquième journées de mobilisation intersectorielle soient le signe d’un pic du mouvement, mais elle ne doit pas se faire d’illusions. Le succès de la quatrième journée de mobilisations a consolidé le mouvement et la plus faible participation de la cinquième journée est très probablement plutôt basée sur le fait qu’il s’agissait d’une journée d’action intermédiaire peu après la grande mobilisation du week-end, pendant les vacances scolaires, et dans la perspective d’une mobilisation extrêmement forte le 7 mars. Globalement, la situation semble différente de celle de 2019/2020 et la dynamique est très prometteuse. Le niveau de cohésion que l’on constate au sein de l’intersyndicale est le plus élevé depuis 2010. Cela ne vient pas volontairement de la direction mais c’est dû à la pression massive de la base. Le fait que la réforme soit considérée comme la réforme anti-ouvrière centrale de Macron-Borne, ainsi que l’impact du mouvement contre la crise du coût de la vie qui s’est développé à l’automne, ont mis une forte pression sur les directions syndicales pour qu’elles aillent plus loin que ce qu’elles avaient initialement prévu. Avec le recul, on peut dire que le mouvement de l’automne dernier comportait un élément de préparation au mouvement contre la réforme des pensions. Beaucoup de celles et ceux qui espéraient gagner davantage à l’époque verront leur chance de mener une véritable bataille maintenant.

Pour le 7 mars, l’intersyndicale a appelé à une nouvelle journée nationale de grèves et d’actions pour  » bloquer la France  » ; 6 personnes sur 10 en France soutiennent cet appel, et parmi les travailleuses et travailleurs et les jeunes le soutien est encore plus élevé avec 72%. Plusieurs syndicats de l’intersyndicale sont allés plus loin et ont appelé à une grève générale, reconductible sur vote des assemblées générales des travailleurs et travailleuses. Parmi eux, l’intersyndicale des transports parisiens RATP (CGT, FO, UNSA, CFE-CGC) et plusieurs fédérations CGT : cheminots ; mines et énergie ; ports et docks ; verres et céramiques ; et industries chimiques, y compris les raffineries pétrolières. Il s’agit d’un premier pas positif, mais il faut aller plus loin. Il faut renforcer la dynamique et la pression de la base pour pousser les autres syndicats qui traînent encore les pieds à se joindre à la mobilisation pour une grève reconductible – ou leur faire payer un sérieux prix politique s’ils ne le font pas. 

La direction de la fédération syndicale CFDT, qui compte le plus grand nombre d’adhérents dans le pays, n’est pas « de gauche ». Elle est clairement opposée à l’idée d’une grève reconductible et espère une sortie du mouvement. Mais la pression exercée par la base ne leur a pas permis de se retirer des mobilisations jusqu’à présent. La séquence des débats à l’Assemblée Nationale en février leur a été utile car elle est favorable à une situation dans laquelle, après une adoption parlementaire de la réforme, elle pourrait dire « nous avons tout essayé, nous nous sommes battus, mais l’Assemblée a décidé et c’est tout ». Et ce scénario serait encore meilleur pour la direction de la CFDT si cela s’accompagne de quelques concessions mineures qu’elle pourrait vendre à ses membres pour adoucir l’accord.

La bataille sera gagnée dans les rues et sur les lieux de travail

Le 7 février, le Financial Times écrivait : « c’est au parlement que réside le véritable risque. […] Une faction rebelle au sein des Républicains a émergé et fait pression pour de nouvelles concessions afin d’atténuer l’impact sur les personnes qui commencent à travailler à un jeune âge. » Bien sûr, s’ils n’appellent pas à des concessions par bienveillance, mais pour paraître plus ‘sympathiques’ et séduire certains électeurs au vu de l’opposition extrêmement forte à la réforme parmi la classe travailleuse. Le gouvernement a besoin du soutien des LR pour éviter d’utiliser l’article 49.3 pour faire passer la réforme par décret, comme ils l’ont déjà fait 10 fois avec le budget 2023 à l’automne et à l’hiver 2022. L’utilisation de cette mesure antidémocratique pour réprimer le mouvement pourrait agir comme le “fouet de contre-révolution”, alimentant davantage les protestations et les grèves. 

Cela souligne à quel point le gouvernement et Macron sont en réalité faibles, ce qui a été révélé à plusieurs reprises au cours des dernières semaines. En janvier, deux jours avant le premier jour de grève, Macron a rencontré 10 rédacteurs en chef de différents médias français lors d’une réunion secrète pour leur transmettre le langage et les arguments à utiliser de leur côté. La révélation la plus claire de la faiblesse du gouvernement dans ce contexte a probablement été l’exposition de leurs mensonges autour de la fausse promesse d’augmenter la pension minimum de 900€ à 1200€. Le groupe Mediapart avait calculé que seules 48 personnes y auraient droit si toutes les conditions d’éligibilité sont prises en compte. Après quelques jours, même les grands médias pro-gouvernementaux ont dû accepter qu’il s’agissait d’un mensonge gouvernemental. Le ministre du travail Dussopt a ensuite essayé de parler de 40.000 bénéficiaires, mais c’était un autre mensonge : il s’agit des personnes qui recevraient une augmentation de 100€ de leur retraite.

L’attention accrue portée au Parlement a été stimulée notamment par une avalanche de plus de 20.000 amendements pour avancer les arguments contre et pour ralentir le processus par le biais des procédures parlementaires, déposés principalement par la NUPES, cette coalition de gauche dirigée par la France Insoumise et comprenant le PS, le PCF et les Verts. Les alliés de la FI ont retiré un grand nombre de leurs amendements, pour tenter d’arriver à un vote sur l’article 7 de la réforme, celui-là même qui prévoit de porter l’âge de départ à la retraite de 62 à 64 ans. Les directions syndicales ont plaidé dans le même sens, y compris le secrétaire général de la CGT Martinez. Mélenchon et la FI s’y sont opposés : « pourquoi se précipiter sur l’article 7 ? Le reste de la loi ne compte-t-il pas ? », comprenant qu’un vote sur cet article emblématique sera de toute façon remporté par Macron, malgré sa très faible majorité.

La très forte volonté de se battre des militants de la CGT (notamment) contraste avec l’attitude générale de la direction du syndicat, qui a un œil sur une éventuelle victoire à l’Assemblée nationale, comptant sur la division dans les rangs de la fragile coalition entre Renaissance (Macron/Borne) et Les Républicains. Mais c’est dans les rues et sur les lieux de travail que la bataille sera gagnée. Mi-février, dans les médias, mais surtout lors d’un meeting à Montpellier, Mélenchon a lancé un long appel à la mobilisation de toutes et tous le 7 mars : « Dès mardi 7 mars, on bloque tout, partout ! ». Il a motivé les militants de la FI à discuter avec leurs collègues, leurs familles et dans leurs quartiers, pour essayer de mobiliser toutes celles et ceux qui les entourent vers le 7 mars, qui s’annonce comme l’une des dates les plus importantes depuis le début du mouvement et le début possible d’une intensification de la lutte.

Malgré les faiblesses réelles présentes dans la direction de la France Insoumise, Mélenchon et son entourage ont, dès le début du second mandat de Macron, stimulé à plusieurs reprises la lutte dans les rues et sur les lieux de travail. Ils ont appelé les syndicats à construire la riposte et ont eux-mêmes organisé des manifestations réunissant plus de 100.000 personnes, comme lors de la  » Marche contre la vie chère et l’inaction climatique  » du 16 octobre 2022. 

Au début du mouvement contre l’inflation et la crise du coût de la vie en automne, la direction de la CGT n’avait pas l’intention de généraliser le mouvement de grève. Au contraire, c’est la colère croissante de la base qui a d’abord déclenché les actions de grève, puis a également poussé les directions syndicales à aller plus loin que ce qu’elles avaient initialement prévu. Et la pression exercée sur les directions syndicales par la France Insoumise a permis d’exprimer la volonté de lutter qui existe au sein de la base. Martinez (secrétaire général de la CGT), quant à lui, ne s’est pas amusé de cette situation. Il a rejeté les appels de Mélenchon et s’est clairement prononcé contre l’attitude constructive de la FI en lui répondant en juin 2022 : « Les mobilisations sociales sont de la responsabilité des syndicats ».

S’il est correct de souligner l’importance de s’opposer à la réforme des retraites dans son ensemble, en mettant en garde contre les tentatives de diviser le mouvement en offrant des concessions, Mélenchon aurait tout de même dû clarifier le point : La bataille ne se gagnera pas dans les través parlementaires, mais dans la rue. David, un postier lillois de 37 ans, le disait clairement : « L’opposition viendra de la rue. C’est nous qui produisons, c’est nous qui décidons. Il n’y a que la grève qui fera avancer les choses ». Une partie de la presse bourgeoise sait très bien ce qui sera le facteur décisif à la fin, comme l’indique un article de Bloomberg : « L’ampleur et la dynamique des manifestations de rue en France se sont souvent avérées déterminantes pour les efforts de réforme des présidents précédents. En 1995, le gouvernement sous Jacques Chirac a abandonné un projet de réforme des retraites après des grèves paralysantes. Des manifestations prolongées menées par des étudiants ont forcé un revirement sur les lois travail en 2006, même après que le parlement ait approuvé les changements. » Ce dernier point est en fait la dernière victoire significative du mouvement ouvrier et de la jeunesse au niveau national.

Une grève générale reconductible ne tombe pas du ciel

Il est urgent d’organiser des assemblées de lutte sur les lieux de travail ouvertes à tous les collègues, syndiqués ou non, et d’organiser des comités similaires dans les lycées, les universités et les quartiers pour construire une grève générale reconductible. 

Les plans de blocage des écoles et des universités durant la première semaine de mars ainsi que l’appel à une grève féministe de toutes et tous le 8 mars sont importants dans ce contexte. La plate-forme « grève féministe » est soutenue par de nombreuses organisations féministes, des syndicats et des groupes et partis politiques, dont #NousToutes, la CGT et le NUPES. Ils appellent à une grève féministe contre les violences sexistes en France et dans le monde, contre la réforme des retraites et pour le droit à l’avortement – « pour gagner l’égalité au travail et dans nos vies, pour garantir notre indépendance économique ». Par ailleurs, une dizaine de syndicats et de collectifs ont appelé à un « Printemps du service public ». Ils prévoient un mouvement d’actions communes en mars et exigent plus d’investissements publics, notamment pour sauver les hôpitaux publics. Tout ceci peut contribuer à une intensification du mouvement en mars. Nous pourrions assister à une situation dans laquelle la CGT et d’autres syndicats seraient poussés par la pression de la base à lancer une grève générale reconductible, entraînant derrière elles des couches plus importantes du mouvement. Dans un tel scénario, la CFDT pourrait être contrainte de changer de cap elle aussi.

Au cours des prochaines semaines, nous devons nous mobiliser à 100% sur nos lieux de travail, dans les écoles, les universités et les quartiers. C’est ainsi que nous pourrons stopper l’ensemble de la réforme des retraites et faire tomber le gouvernement Macron-Borne et ses politiques d’austérité. L’organisation à la base est essentielle pour garantir le maintien du contrôle du mouvement et s’assurer qu’il ne s’essouffle pas. La grève des contrôleurs SNCF pendant les vacances de Noël a montré la voie. Ils ont organisé la grève via la page Facebook « collectif national ASCT » (Agents, service commercial, trains), confrontant la direction du syndicat, qui refusait de se mobiliser pour la grève, se sont engagés sur le terrain et ont ainsi contraint la direction à déposer le préavis de grève. Des actions comme celles-ci évoquent des souvenirs du mouvement des Gilets Jaunes. 

Un autre exemple important de démocratie des travailleurs et travailleuses sont les grèves renouvelables des raffineries de TotalEnergies à l’automne dernier. La poursuite de la grève a été assurée par un vote démocratique quotidien du personnel lui-même. C’est avec ce genre de méthodes que l’on assure l’implication de toutes et tous et donc le succès de la lutte. Malheureusement, le mouvement de grève des raffineries, à quelques petites exceptions près, a été maintenu dans l’isolement (malgré un large soutien passif), ce qui a permis aux autorités d’imposer la réquisition du personnel. Cela ne fait que souligner la nécessité de construire un large mouvement basé sur l’implication maximale de l’ensemble de la classe ouvrière en France et au niveau international. 

La mobilisation du week-end du samedi 11 février et l’attention portée à la mobilisation dans les petites villes ont été de bons premiers pas pour élargir le mouvement. En plus de la mobilisation des travailleurs et travailleuses et des jeunes qui sont impatients de lutter (mais qui n’ont pas pu participer pendant la semaine), il est crucial d’essayer tout ce qui est possible pour convaincre les couches qui jusqu’à présent n’ont pas participé, ne voyant potentiellement pas la possibilité d’une victoire. Politiquement, il serait important de reprendre la question de la crise du coût de la vie et de la lier à la lutte contre la réforme des retraites et contre le régime d’austérité porté par Macron. Pour avoir l’impact le plus fort possible et pour contrer la presse bourgeoise, les délégations de grève pourraient produire des tracts et des journaux de grève ainsi qu’organiser des visites sur les lieux de travail, en particulier à celles et ceux qui n’ont pas encore rejoint les grèves. Des assemblées sectorielles et intersectorielles devraient être organisées dans tout le pays pour renforcer et démocratiser l’intersyndicale par le bas, comme un moyen de prendre et de conserver le contrôle de la base sur le mouvement, ses revendications et ses décisions clés, y compris celles concernant les grèves. De cette manière, de telles assemblées peuvent considérablement renforcer le processus d’apprentissage collectif de la classe ouvrière.

Des mouvements de grève ont lieu dans de nombreux pays. Pourquoi ne pas les coordonner au niveau international ? Fin septembre, la lutte des travailleurs des raffineries a reçu la solidarité de plusieurs syndicats en Europe. D’importantes luttes syndicales se développent dans les pays voisins. En Grande-Bretagne, décembre 2022 a vu le plus grand nombre de jours de travail – 1,5 million – perdus par des grèves depuis juillet 1989. Cela a conduit à l’action de grève coordonnée du mercredi 1er février, la plus grande journée d’action de grève coordonnée depuis 2011. La Belgique connaît également des mouvements de grève dans divers secteurs depuis plusieurs mois, qui ont culminé enune grève générale de 24 heures le 9 novembre dernier. Une approche internationaliste devrait faire partie de chaque lutte. Pourquoi ne pas essayer d’aller vers une journée de grève européenne contre les politiques d’austérité et pour des augmentations de salaires supérieures à l’inflation ? Pour commencer, des délégations de grévistes pourraient être envoyées et invitées en Grande-Bretagne, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Espagne et au Portugal, où des grèves et des mouvements de protestation sont également en cours. D’ailleurs, les discussions autour d’une future réforme des pensions ont également commencé en Belgique.

Pour une société socialiste démocratique

Ce ne sont pas les moyens financiers qui manquent. TotalEnergies vient d’annoncer un bénéfice net de 19 milliards d’euros en 2022, le plus important de son histoire. Les entreprises du CAC 40 ont versé 80,1 milliards d’euros à leurs actionnaires en 2022, alors qu’elles sont aussi celles que l’État cajole le plus avec 157 milliards d’euros d’aides publiques par an. Ces criminels climatiques et ces entreprises rapaces doivent être expropriés et nationalisés sous le contrôle et la gestion des travailleurs et travailleuses. En allant vers la nationalisation des secteurs clés de l’économie (finance, énergie, transport, agriculture, construction, grandes entreprises…), nous pourrions développer une planification rationnelle et démocratique de l’économie qui assure un avenir décent pour tous et toutes dans le respect de notre planète. 

Pour appliquer un tel programme et aller vers un changement fondamental de la société, la classe ouvrière organisée doit jouer le rôle central dans cette lutte et s’imposer comme la classe dirigeante de la société en entraînant derrière elle les mouvements climatiques, féministes et autres mouvements sociaux. Cela permettrait de jeter les bases d’un éventuel renversement du système capitaliste. Les actions « Robin des Bois » sont un pas dans cette direction. Les travailleurs de l’énergie en grève ont pour la première fois mené une action coordonnée à l’échelle nationale pour établir la gratuité du gaz et de l’électricité pour les écoles, les hôpitaux, les logements sociaux, les centres sportifs publics et les associations d’intérêt public. Ils ont également rétabli la distribution aux usagers qui avaient été coupés pour cause de factures impayées et ont proposé un taux réduit allant jusqu’à 60% pour les petits commerçants, qui n’ont reçu aucune aide comparable du gouvernement face à la flambée des prix. Ces actions sont des initiatives prises et coordonnées par les travailleuses et travailleurs de tout le pays sur leur lieu de travail. Les décisions et les actions sont votées démocratiquement par la base. Cela donne une idée de la manière dont la richesse produite par la classe ouvrière pourrait être gérée dans une société socialiste démocratique. De plus, en aidant les petits commerçants, cette couche de la société se tournera probablement davantage vers la classe travailleuse et augmentera considérablement son soutien au mouvement de grève et sa volonté de se joindre à la lutte.

Quelles revendications pour gagner contre Macron et son monde ?

  1. Retour à la retraite à 60 ans
  2. Retraite minimale à 1400€ net 
  3. Salaire minimum à 2000€ net 
  4. Augmentation immédiate de tous les salaires de 10% et retour de l’échelle mobile des salaires.
  5. Nous avons besoin d’un plan d’investissement public massif : dans les secteurs du soin et du lien, pour la prévention des violences sexistes et envers les personnes LGBTQIA+ et pour davantage de refuges, dans l’éducation, les logements sociaux, les transports publics durables, ainsi que dans les mesures de protection du climat.
  6. Exproprier et saisir la richesse des milliardaires et réintroduire l’ISF (impôt sur la fortune).
  7. Nationalisation des secteurs de l’énergie et bancaire sous le contrôle et la gestion démocratique de la classe ouvrière. 
  8. Il est prouvé que la 5ème République est une république qui ne fonctionne que pour les riches ; il faut construire une véritable assemblée constituante révolutionnaire démocratique basée sur des délégués élus des comités de lutte sur les lieux de travail, dans les quartiers, les universités et les écoles comme étape nécessaire vers un gouvernement ouvrier véritablement démocratique qui fonctionne en fonction des besoins de tous et toutes, et non des profits de quelques-uns.
  9. Nous avons besoin d’une économie publique et écologiquement planifiée avec un véritable contrôle démocratique par les travailleurs et travailleuses et de la société dans son ensemble pour créer des millions d’emplois bien payés et durables et construire une nouvelle économie verte.
  10. Vers une société socialiste démocratique basée sur les besoins de la classe travailleuse, des jeunes, des opprimé.e.s et de la planète.

La bataille contre la réforme des retraites commence en France

Image : Allan BARTE. http://www.allanbarte.com/

Travailler jusqu’à la mort ? Hors de question !

Comme annoncé lors de la campagne présidentielle, le gouvernement Macron a lancé sa réforme des retraites. Au programme notamment : passage de l’âge de la retraite de 62 à 64 ans, et nombre d’annuités de 41 à 43. Plus de 70% de la population est opposée à cette réforme qui vise à faire travailler tout le monde plus longtemps.

Par Arno (Liège)

On connaît désormais la rengaine : nous vivons plus longtemps, alors il faudra travailler plus longtemps. Peu importe si, à 64 ans, 29% des 5% de travailleurs les plus pauvres sont déjà morts et ne bénéficieront donc jamais du système de retraite pour lequel ils ont cotisé toute leur vie. Il est également inenvisageable de refinancer ce système avec plus d’argent public, qui manque. En effet, les impôts sur les bénéfices des entreprises sont passés de 33,3% en 2017 à 25% en 2022, soit, une chute du tiers au quart sur le premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Le gouvernement tente de faire passer la pilule de la réforme des retraites avec des mesures prétendument progressistes, comme le passage de la retraite minimum de 900 euros à 1200 euros. Mediapart a calculé que seules 48 personnes pouvaient aujourd’hui répondre aux conditions imposées pour y avoir droit !  

Cette réforme arrive dans un moment où la situation est déjà particulièrement inflammable, avec la flambée des prix qui frappe les travailleurs français, qui ne bénéficient même pas de l’indexation des salaires, excepté pour le SMIC. Alors que de l’argent, il y en a ! D’une part, les entreprises du CAC 40, l’équivalent français du Bel20, ont rendu à leurs actionnaires 80,1 milliards d’euros en 2022, un record ! Ensuite, les 42 milliardaires français se partagent un patrimoine de 544 milliards d’euros (grosso modo l’équivalent de toute la richesse produite en un an en Belgique). Encore un record. Enfin, le plus gros poste de dépenses de l’Etat français, ce sont les aides publiques à destination des entreprises : 157 milliards d’euros par an.   

La meilleure défense, c’est l’attaque

Les 8 principales organisations syndicales du pays (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires) se sont unies dans un front commun, ce qui n’était plus arrivé en France depuis 2010 (quand l’âge de la retraite est passé de 60 à 62 ans sous Sarkozy). Fin 2019 / début 2020, une autre attaque contre les retraites avait donné lieu à une lutte titanesque, mais le manque de plan d’action audacieux vers une grève générale reconductible avait donné lieu à un essoufflement du mouvement. Comme l’a récemment fait remarquer un syndicaliste CGT dans les pages de Libération : « sans le confinement, en 2019, ça n’aurait pas marché ».

Il faut dépasser la simple suite de dates de journées de grèves et de mobilisation vaguement liées entre elles si on veut éviter que le mouvement finisse par s’essouffler sans victoire, ce sur quoi compte le gouvernement. Il est urgent d’organiser des assemblées de lutte sur les lieux de travail ouvertes à tous les collègues, syndiqués ou non, et d’organiser de pareils comités dans les lycées, les universités et les quartiers pour construire la grève générale reconductible. C’est ainsi que l’on pourra repousser toute la réforme des retraites, mais aussi faire chuter le gouvernement Borne et toute la politique d’austérité.

L’organisation à la base est clé pour éviter que la lutte ne soit à un moment trahie du sommet (notamment de la part de la direction de la CFDT). La grève des contrôleurs de la SNCF pendant les fêtes a fait un pas en cette direction, en s’organisant à partir d’une page Facebook « collectif national ASCT » (Agents, service commercial, trains) pour passer à l’action et imposer aux directions syndicales le dépôt du préavis. De même, pendant la grève des raffineries (en septembre et octobre 2022), les ouvriers de Total avaient à nouveau mené une grève reconductible, dont la reconduite était assurée par un vote démocratique. C’est avec ce genre de méthode qu’on assure l’implication de l’ensemble des travailleurs et donc la réussite du combat. La faiblesse de ce mouvement avait alors été son isolement, qui avait permis aux autorités de dégainer la réquisition de personnel. Cela ne fait que souligner la nécessité de construire un mouvement large reposant sur l’implication maximale de l’ensemble de la classe travailleuse.

À nous la rue, les bars, les parcs !

Le 25 novembre marque la Journée internationale contre les violences de genre. Dans le monde entier, on se bat contre la violence, la discrimination et l’oppression dans une nouvelle vague féministe où existe une prise de conscience croissante que le système capitaliste alimente et crée les oppressions. Samedi, nous étions jusqu’à 80.000 personnes dans les rues de Paris lors de la manifestation organisée par le collectif “Nous Toutes” pour lutter contre les attitudes et violences sexistes et misogynes à tous les niveaux – du catcalling, aux agressions sexuelles, victim blaming, féminicides et transphobie à la précarité de toutes les personnes opprimées. Cette journée d’action à travers la France (et le monde) montre le potentiel qu’il existe pour continuer à se mobiliser massivement, construire de réelles luttes dans tous les pays et gagner de réelles victoires.

Par Isaure (Paris)

“Mon corps, mon choix, Pas leurs profits !”, “Derrière le sexisme se cache le capital, La lutte antisexiste est internationale !”, “Y’en a assez assez assez de cette société, Qui nous divise et applique l’austérité !” Ces slogans antisexistes et anticapitalistes ont été scandés par 150-200 manifestant(e)s, principalement femmes et LGBTQIA+, dans le cortège d’Alternative Socialiste Internationale et de ROSA organisé par un contingent de camarades de France et de l’étranger (Pologne, Irlande, Angleterre et Belgique). Nous avons vendu notre journal écrit pour l’occasion avec des articles concernant le féminisme socialiste, l’Iran, la crise climatique, la guerre en Ukraine ainsi que les grèves dans les raffineries en France.

A l’international, que ce soit les récentes attaques contre le droit à l’avortement, contre les personnes transgenres, ou même envers le mouvement #metoo à travers des tribunaux qui culpabilisent publiquement les victimes, la division patriarcale des rôles, la dévalorisation et l’infériorisation des femmes et des personnes genrées sont des moteurs de la violence sexiste. Le système capitaliste est donc indissociable de l’oppression des femmes. C’est pourquoi il est absolument nécessaire d’exiger plus de refuges pour les femmes et personnes LGBTQIA+ ainsi qu’une bonne protection de toutes les personnes concernées par la violence de genre. Mais au-delà de ça, nous dévons combattre les agressions sexistes et sexuelles et appeler à la fin d’une culture et d’une idéologie capitalistes qui oppriment et exploitent et vont à l’encontre de la liberté de nos choix et de nos corps.

C’est pourquoi nous voulons toujours lier notre lutte contre la violence sexiste à la lutte pour l’indépendance économique des femmes par exemple en ayant accès à un logement abordable, disponible rapidement et sans procédures lourdes. Nous revendiquons une société dans laquelle les femmes ne sont pas définies comme des objets sexuels ; dans laquelle l’éducation des enfants, la formation, les soins, le travail domestique et le travail rémunéré sont réglés de manière collective et solidaire ; dans laquelle ce n’est pas le profit, mais la majorité de la société qui décide démocratiquement de ce qui est produit et comment.

Pour cela, il faut construire un mouvement international de tous les travailleurs et de tous les jeunes, indépendamment de leur genre, de leur orientation sexuelle, de leur origine, etc. Comme démontré par l’explosion de masse en Iran, où la lutte des femmes est à la racine de la situation révolutionnaire contre le régime iranien et système capitaliste qui se développe, nous sommes toujours plus forts lorsque nous parvenons à surmonter les divisions ! La lutte contre le sexisme et pour une société libérée nous concerne toutes et tous !

À travers Alternative Socialiste Internationale (ASI) nous nous organisons dans plus de 30 pays pour lutter contre le sexisme, le racisme, l’homophobie, la transphobie, et toute autre forme d’inégalité et d’exploitation. Pour nous, il est essentiel de ne pas se laisser alimenter par des mesures symboliques. Pour nous, la lutte contre l’oppression des femmes est indissociable de la lutte contre le système capitaliste et pour la mise sur pied d’une société socialiste démocratique.

Rejoins-nous!

Tu veux t’attaquer à la racine du problème: un système basé sur les inégalités, où une infime minorité d’ultra-riches s’enrichit sur notre dos: le système capitaliste ?

Participe à la prochaine réunion vendredi 25 novembre à 19h sur la lutte des socialistes féministes contre la violence sexiste et toutes les formes d’oppression en Iran, aux États-Unis, au Brésil, en Pologne et en France. Cette réunion se déroulera via ce lien zoom.

Lien vers notre reportage-photos

La grève s’intensifie en France – Exproprions les capitalistes de l’énergie et les criminels climatiques

18.10.2022 Une intensification de la grève est la réponse de la classe travailleuse au chantage des entreprises et à la menace du gouvernement de forcer les travailleurs des raffineries en grève à reprendre le travail. Le mouvement pour le climat doit faire preuve de solidarité dans l’action contre les entreprises énergétiques qui tuent le climat.

Par Philipp Chmel

En France, les travailleurs syndiqués à la CGT chez TotalEnergies et Exxon Mobil demandent une augmentation de salaire de 10 % – « 7 % pour l’inflation et 3 % au titre de la participation aux bénéfices » – pour faire face à la brutale crise du coût de la vie.

Les deux entreprises enregistrent des bénéfices records. Le bénéfice net de TotalEnergies au deuxième trimestre a plus que doublé, passant de 2,20 milliards de dollars (T2 2021) à 5,7 milliards de dollars (T2 2022), et Exxon Mobil a même annoncé son plus gros bénéfice trimestriel jamais enregistré dans l’histoire de la société. Elle a presque quadruplé son bénéfice net du deuxième trimestre, qui est passé de 4,69 milliards de dollars (T2 2021) à 17,9 milliards de dollars (T2 2022). En fait, exactement le lendemain du début des actions de grève, TotalEnergies a annoncé qu’elle allait verser 2,6 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires, indiquant clairement avec qui elle est prête à partager ses bénéfices – spoiler alert : les travailleurs et travailleuses qui ont créé la richesse par leur travail ne sont pas les heureux gagnants.

Les travailleurs sont en grève depuis plus de deux semaines, utilisant leur pouvoir collectif pour fermer et bloquer six des sept raffineries du pays, les entreprises refusant de répondre aux demandes des travailleurs et travailleuses. La pénurie de carburant qui en résulte a pu être ressentie dans toute la France cette semaine. Près d’une station-service sur trois dans l’ensemble du pays manquait d’au moins un produit mardi 11 octobre, entraînant un rationnement dans certaines régions, notamment les Alpes-Maritime, le Var et le Vaucluse dans le sud. Dans dix régions, des bus scolaires étaient à court de carburant, des files d’attente d’une heure se sont formées dans les stations-service, la police a commencé à contrôler les réservoirs des particuliers avant de les autoriser à faire le plein, et des vidéos circulent montrant des policiers poussant leur voiture après être tombés en panne sèche.

Les voleurs et leurs complices tentent de faire porter le chapeau aux personnes volées

Lorsque les pénuries de carburant ont commencé à se faire sentir, le gouvernement a multiplié les reproches à l’encontre des travailleurs. Le ministre français du budget, Gabriel Attal, a déclaré à la radio France Inter : « Le cœur de ce problème est le blocage des raffineries et des dépôts de carburant par la CGT […]. Cela [a été] un week-end cauchemardesque pour des millions d’automobilistes. » Et le président Macron déclarait : « Le blocage n’est pas une façon de négocier. Les négociations salariales sont légitimes […], mais elles doivent trouver un enjeu pour que, quelque part, nos compatriotes ne soient pas leurs victimes. »

Cette tentative de faire porter le chapeau aux travailleurs et travailleuses qui osent lutter pour une vie meilleure suit la même « logique » perfide que le conte de fées de la spirale “salaires-prix ». Soyons clairs : c’est la chasse à la maximisation des profits qui fait encore grimper l’inflation, et non les travailleurs et travailleuses qui réclament des augmentations de salaire conformes à l’inflation pour pouvoir payer leurs factures d’énergie, leur loyer et mettre de la nourriture sur la table.

Avec leur détermination à exploiter sans relâche les travailleurs pour réaliser des profits, les entreprises du secteur de l’énergie sont également responsables des graves pénuries de carburant.

Ce sont les entreprises qui prennent en otage l’ensemble de la classe travailleuse en France. En rejetant la faute sur les grévistes, elles tentent de diviser la classe ouvrière, de saper son soutien et de briser ainsi les grèves.

Les travailleurs se défendent contre le chantage et la répression de la classe dirigeante

Cependant, il semble que ni le gouvernement français ni les entreprises ne s’attendaient à une telle détermination courageuse à se battre du côté des travailleurs et de la CGT.

Le dimanche 9 octobre, TotalEnergies a annoncé qu’elle serait prête à avancer les négociations salariales de novembre à octobre si les blocages prenaient fin. La CGT a correctement repoussé cette tentative de chantage scandaleuse et un responsable syndical de la raffinerie TotalEnergies de Feyzin a clairement indiqué que « cela ne fait qu’encourager les travailleurs en grève, qui sont plus unis que jamais. »

Lorsque le rationnement du carburant est devenu nécessaire dans certaines régions mardi, le gouvernement a tenté de reprendre le contrôle et a annoncé qu’il forcerait les travailleurs en grève à reprendre le travail par le biais d’ordres de réquisition du personnel. Si les travailleurs notifiés ne se conforment pas à l’ordre, « ils risquent jusqu’à six mois de prison et une amende de 10 000 euros (9 700 dollars) ». Il s’agit d’une attaque en règle contre le droit démocratique de grève des travailleurs. Un délégué CGT chez ExxonMobil disait : « Le gouvernement veut nous obliger à venir travailler, nous allons nous battre contre cela, c’est clairement une atteinte au droit de grève. On nous attaque directement sur notre droit de grève. »

Mercredi, les travailleurs du dépôt Esso (Exxon Mobil) de Gravenchon-Port-Jérôme avaient reçu l’ordre de reprendre le travail. Jeudi, la réquisition du personnel a été étendue au dépôt de stockage de TotalEnergies à Dunkerque, la police étant présente pour faire respecter la politique de casse du gouvernement.

Le syndicat a clairement indiqué qu’il contesterait l’ordre de réquisition devant les tribunaux, une affaire qu’il devrait gagner, comme il l’a fait la dernière fois en 2010. À l’époque, un tribunal avait suspendu les ordres de réquisition du gouvernement du Premier ministre François Fillon pour forcer les travailleurs des raffineries à reprendre le travail.

Mais il ne faut pas faire confiance aux tribunaux, qui font partie de l‘appareil d‘État capitaliste, ni se faire d’illusions. La décision antidémocratique de la Cour suprême des États-Unis d’annuler l’arrêt Roe v Wade a brutalement montré que nous devons créer un équilibre des forces dans les rues et sur les lieux de travail pour gagner. Il est donc correct que, qualifiant les plans du gouvernement de « violents », le syndicat CGT ait « suspendu toutes les négociations en cours avec le gouvernement et les employeurs au niveau national et dans tous les secteurs d’activité – et annoncé des grèves supplémentaires à la raffinerie Total de Donges ».

Nous soutenons également pleinement l’appel de la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME-CGT) à étendre l’action industrielle à l’ensemble du secteur de l’énergie. Selon les représentants de la FNME, cet appel a reçu une réponse solidaire. Des grèves ont été signalées dans un centre de stockage de gaz d’Engie, les travailleurs des centrales nucléaires d’EDF ont repris le mouvement de grève et un message de solidarité a été envoyé aux grévistes de TotalEnergies et d’Exxon.

La riposte est efficace

L’approche combative des travailleurs et travailleuses et de la CGT a montré ses premiers effets jeudi. Pour mettre un terme au jeu des reproches qui se développe entre les ministres et éviter les dégâts, le gouvernement a légèrement modifié son discours. Le ministre français des finances, Bruno Le Maire, a appelé TotalEnergies à augmenter les salaires afin de mettre fin aux grèves. Sur la radio RTL, il a déclaré que l’entreprise avait « tardé » à entamer des discussions avec les syndicats et qu’au vu de ses énormes bénéfices, TotalEnergies avait « la capacité… et donc l’obligation » d’augmenter les salaires, ajoutant que « ce conflit n’est pas la faute du gouvernement ». TotalEnergies a également dû renoncer à sa tentative de chantage. Pour le jeudi soir, ils ont invité les représentants de tous les syndicats à des négociations salariales collectives sans conditions préalables.

Mais les offres salariales présentées étaient encore insuffisantes et le syndicat CGT les a rejetées à juste titre. Ils ont répondu en annonçant le soir même qu’ils allaient généraliser le mouvement de grève en transformant la manifestation des cheminots prévue le 18 octobre en « un mouvement interprofessionnel et national pour les salaires et contre les réquisitions ».

Le vendredi 14 octobre, la grève a été levée dans les deux raffineries du groupe Esso-ExxonMobil. Les syndicats CFDT et CFE-CGC, qui sont majoritaires (56%), ont signé un accord avec TotalEnergies pour une augmentation des salaires. L’augmentation annoncée par l’entreprise est de 7%, mais ce chiffre inclut les primes d’ancienneté et les augmentations individuelles ; il est en réalité de 5%. Sous la pression de la grève, la direction a tenté de donner quelques miettes afin d’amadouer – avec succès – les dirigeants des syndicats les moins combatifs. En acceptant ce mauvais accord, les syndicats CFDT et CFE-CGC ne signent pas seulement une perte de pouvoir d’achat de facto pour leurs membres, ils tournent également le dos à un front uni de la classe ouvrière. Cette mauvaise approche doit être dénoncée.

En revanche, les syndicats CGT, FO, Solidaires et FSU ont appelé à poursuivre la grève sur la base de la revendication d’une augmentation de 10% et à mobiliser les autres secteurs pour une journée de grève nationale interprofessionnelle le mardi 18 octobre. Nous soutenons pleinement cette démarche et appelons à des assemblées unies de travailleurs et travailleuses de différents secteurs pour discuter d’un plan d’action sur la manière de poursuivre le mouvement. Les discussions démocratiques organisées parmi la base sont un outil crucial pour construire un mouvement combatif qui peut résister aux campagnes de peur et de dénigrement des entreprises. Elles constituent également la meilleure assurance contre les trahisons venant du sommet. En fait, la direction de la CGT elle-même n’avait pas l’intention d’évoluer vers un mouvement de grève généralisé. Au contraire, la colère croissante de la base, qui est à l’origine des actions de grève, est également ce qui pousse aujourd’hui les directions syndicales à aller plus loin que ce qu’elles avaient initialement prévu.

Un mouvement qui pourrait servir de base à une lutte d’envergure contre le programme de Macron et l’extrême-droite

Il y a encore quelques semaines, le type de mouvement de grève dynamique qui se développe depuis une ou deux semaines semblait bien loin. En septembre, Macron et son gouvernement ont commencé à parler davantage de l’utilisation du tristement célèbre article 49.3. Celui-ci permet à l’exécutif de faire passer un texte de loi sans vote du Parlement – pour faire passer en force leur impopulaire réforme des retraites. Si c’est le signe d’un gouvernement faible qui a besoin de recourir à des mesures administratives pour faire passer ses attaques, une telle approche arrogante a également été encouragée par la passivité flagrante des directions syndicales.

Deux journées de grèves nationales avaient été appelées pour la fin du mois de septembre par la CGT et Solidaires, mais sans être des échecs complets, elles étaient loin de ce qui serait nécessaire pour mener une bataille pour gagner. Ces journées de grève n’avaient été organisées qu’à contrecœur, en réponse aux appels de Mélenchon et de la France Insoumise qui poussaient pour un mouvement social en septembre. Philippe Martinez de la CGT avait déjà montré en juin son manque de volonté de construire un mouvement généralisé : « Les mobilisations sociales sont de la responsabilité des syndicats », avait-il répondu aux appels de Mélenchon. Celui-ci avait également tenté, sans succès, de mobiliser les forces syndicales pour la « Marche contre la vie chère et l’inaction climatique » du 16 octobre, qui a rassemblé plus de 100 000 personnes à Paris.

Ce n’est pas la première fois que des places fortes syndicales combattives poussent les directions de syndicats dans le sens de la lutte et entraînent d’autres secteurs dans leur sillage. S’il se généralise et s’organise sérieusement, ce mouvement de grève pourrait conduire à des augmentations de salaire significatives pour des millions de personnes en France. Il pourrait également jouer un rôle majeur dans l’organisation de la lutte contre la réforme des retraites de Macron. Un tel mouvement pourrait soulever la revendication nécessaire de la nationalisation de l’ensemble des secteurs énergétique et financier sous le contrôle démocratique des travailleurs et travailleuses et de la société. Ce n’est qu’alors que la classe travailleuse, les jeunes et les opprimés pourront décider démocratiquement de ce qui est produit et de la manière dont c’est distribué. La nationalisation sous contrôle démocratique – différente du transfert de la richesse publique au secteur privé comme l’a fait le gouvernement en « nationalisant » la participation privée restante dans EDF – est également une condition préalable pour éviter la fuite des capitaux, pour garantir que la classe ouvrière ait une vue d’ensemble de tous les flux financiers et que les ressources disponibles et la richesse produite soient investies dans ce qui est socialement nécessaire, comme une énergie verte et abordable.

Ce mouvement offre également une opportunité importante de faire reculer Le Pen, les autres groupes d’extrême droite et leur idéologie. L’action du mouvement ouvrier est le meilleur remède contre les divisions au sein de la classe travailleuse, car elle impose la nécessité de l’unité pour gagner. Elle peut ainsi aider à surmonter les idées racistes ou sexistes parmi notre classe. Il est alors rendu visible que ce sont les patrons et la classe dirigeante là-haut qui sont le problème et que leurs collègues font partie du même camp, face à la même exploitation. En développant un programme et en offrant une direction au mouvement qui montre une voie à suivre et intensifie la lutte, les syndicats de gauche combatifs, Mélenchon et la France Insoumise ainsi que d’autres forces de gauche peuvent montrer une alternative politique pour la classe travailleuse. Faire avancer la lutte contribuera également à démasquer les populistes de droite, car c’est une chose d’utiliser hypocritement certaines théories « sociales » et une autre d’agir en conséquence.

Construire une riposte internationale de masse

Selon les médias, « les syndicats belges et polonais ont manifesté leur soutien aux grèves françaises » et, dans le secteur de l’énergie britannique, les travailleurs du forage offshore prévoient de faire grève à partir du 20 octobre. S’il est coordonné au niveau international, le mouvement de grève qui se développe en France pourrait – avec la campagne « Enough is Enough » et le mouvement de grève en Grande-Bretagne, la dynamique autour de la grève générale en Belgique et les grèves dans d’autres pays – servir de tremplin à une lutte internationale plus large contre la classe dirigeante et son système pourri.

Le mouvement international pour le climat et les jeunes peuvent également jouer un rôle important dans l’élargissement et l’internationalisation de la lutte. La CGT a elle-même ouvert la porte en déclarant en septembre : « Pas de justice sociale sans justice climatique ». C’est le moment de montrer son soutien aux travailleurs en grève en action. Si jusqu’à présent, le groupe « Youth for Climate France » ne s’est pas saisi du sujet, le potentiel est grand.

Le week-end du 8-9 octobre, des activistes climatiques ont bloqué les infrastructures de TotalEnergies en Belgique sous la bannière « Code Rouge/Rood ». Très important : ils ont enregistré un message vidéo pour exprimer leur solidarité avec les travailleurs en grève en France : « A Nantes, les travailleurs sont en grève depuis 11 jours déjà. Leur revendication est claire : « nous voulons la justice sociale ! », plus précisément une augmentation de salaire. Mais au lieu de respecter leurs revendications, Total prévoit de distribuer 15 milliards d’euros aux actionnaires. C’est une insulte pour tous les travailleurs du monde » (link to video). Une autre grande possibilité d’exprimer sa solidarité avec les travailleurs est d’organiser des visites des piquets de grève, par exemple lors de la grève générale en Belgique le 9 novembre.

Lors de la manifestation du 8 octobre, il était clair pour la plupart des militants que la crise climatique et la crise du coût de la vie et de l’énergie ne sont pas seulement liées, mais que nous devons également construire un front uni avec les travailleurs et travailleuses et le mouvement syndical pour lutter contre la cause commune de cette crise multiple, le système capitaliste. La demande de nationalisation de l’ensemble du secteur énergétique sous contrôle démocratique a trouvé un fort soutien. De nombreux militants ont instinctivement compris que cela permettrait à la classe ouvrière d’utiliser les énormes profits pour faire baisser les prix, augmenter les salaires et payer les investissements nécessaires dans les énergies vertes et une transition juste des entreprises de combustibles fossiles. Une telle transition devrait inclure des offres de rescolarisation pour les travailleurs et travailleuses de l’industrie, associées à une garantie d’emploi et à la sécurité que leurs salaires dans les nouveaux secteurs seront au moins au même niveau.

En commençant par la grève interprofessionnelle du 18 octobre, nous devons construire un mouvement capable d’exproprier les capitalistes de l’énergie et les criminels climatiques. Pour un front uni de la classe ouvrière organisée, du mouvement pour le climat, du mouvement féministe et d’autres mouvements sociaux qui peuvent jeter les bases du renversement du système capitaliste et de son remplacement par une société socialiste démocratique organisée pour servir les besoins des populations et de la planète.

Législatives en France, une nouvelle claque historique pour la classe dominante

Bloquons par la lutte les politiques de droite et la croissance de l’extrême droite

Deux mois après les présidentielles et la claque historique qu’ont reçu les instruments politiques de la classe capitaliste, le résultat des élections législatives est à nouveau une déflagration.

Par Stéphane Delcros

Plus de la moitié des potentiels électeurs a tout simplement décidé de ne pas prendre part au vote, sanctionnant de fait la politique telle qu’elle est menée et révélant ne voir aucun espoir dans l’offre de candidats proposée dans les 1ers et/ou 2èmes tours. Et ceux et celles qui ont exprimé un vote ont surtout décidé de ne pas donner une majorité absolue au président Macron et d’élire un nombre historique de députés ‘anti-système’ ou vu comme tels. Parmi eux, l’extrême droite de Le Pen fait une percée fracassante à l’Assemblée.

Face aux taux d’intérêts qui augmentent et aux déficits budgétaires, le second mandat de Macron ne sera certainement pas plus à gauche, surtout si on regarde qui seront ses alliés pour mener ses politiques. C’est une promesse pour davantage d’austérité, alors que notre pouvoir d’achat est déjà au plus bas. Pour y faire face, la seule issue est de construire les luttes – dans la rue, les lieux de travail, les quartiers, les fac’ et les écoles – afin de renverser le rapport de forces entre travail et capital.

Le mouvement ouvrier organisé et la gauche « de rupture » – c’est-à-dire une gauche visant à casser la politique unilatéralement en faveur des riches et des patrons – doivent prendre l’initiative de la lutte contre les promesses antisociales macronistes, pour faire reculer la fausse alternative Le Pen et pour montrer la voie vers un nécessaire changement sociétal.

La classe dominante fait face à une crise politique majeure

Les années Macron continuent à marquer l’Histoire. Après un mandat marqué par l’augmentation historique des inégalités, la brutalité sociale et policière et l’exacerbation des oppressions et discriminations, Macron devient le premier président nouvellement élu à ne pas gagner une majorité absolue de députés (50%+1). Il lui manque plus de 40 députés, ce qui signifie que son gouvernement ne pourra être que fragile, et devra mener sa politique soit par une alliance avec une autre force parlementaire, soit par des alliances sporadiques avec un nombre suffisant de députés extérieurs, pour des majorités de circonstances, sur des textes spécifiques.

Ce résultat électoral est une grosse nouvelle confirmation du fait que les instruments politiques de la bourgeoisie sont minés, et pas seulement en France, après des décennies de politiques d’austérité. C’est aussi la confirmation du fait que Macron avait été extrêmement mal élu en avril : avec un score en augmentation de 4%, certes, mais le camp des partis de gouvernement acquis à la gestion du capitalisme s’était largement rétréci, récoltant même pour la 1ère fois moins de 50% des voix au 1er tour. Tout comme à ces élections d’ailleurs. A nouveau, les 2 partis piliers de la 5ème République réalisent un score historiquement bas : Les Républicains (LR) et PS ne pèsent ensemble que 88 députés – c’est-à-dire moins que le Rassemblement National (RN) de Marine Le Pen.

La droite traditionnelle Les Républicains (LR) perd la moitié de sa représentation et devient seulement la 4ème force à l’Assemblée… Leur relatif ancrage local leur a tout de même permis de sauvegarder 64 députés, sur base de 85% de victoire aux 2èmes tours. LR se retrouve d’ailleurs dans une sorte de position d’arbitres à l’Assemblée, étant le seul parti gouvernemental (outre PS et Les Verts) ayant la possibilité d’apporter une réelle majorité à Macron, via une coalition ou via des soutiens spécifiques. Vu la crise budgétaire et dans une situation de crise économique, LR n’aura probablement pas d’autre choix que de prendre une attitude responsable pour la classe capitaliste, en faveur de politiques d’austérité.

La claque pour Macron et la classe dominante est aussi illustrée par des éliminations de figures du système. Dès le 1er tour : l’ancien Premier Ministre sous Hollande Manuel Valls et l’impopulaire ex-ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer. Au 2ème tour : Christophe Castaner, « l’éborgneur en chef » (le ministre de l’intérieur pendant le mouvement des Gilets Jaunes) et Richard Ferrand, président de l’Assemblée Nationale et président de l’alliance macroniste ‘Ensemble’. De même, 3 ministres du gouvernement d’Elisabeth Borne ont été battus et ont ainsi été contraints de démissionner.

Le 2ème tour a aussi vu l’élimination de l’ex-ministre des sports macroniste Roxana Maracineanu par la candidate France Insoumise (FI) Rachel Keke, femme de ménage et militante CGT, dirigeante de la grève de 22 mois à l’hôtel Ibis de Batignolles, une lutte qui a obtenu une énorme victoire en mai 2021.

Sur base d’une dynamique de campagne, la NUPES fait un très grand score, même si en dessous des attentes

Rachel Keke fait ainsi partie des plus de 70 députés FI, qui n’en comptait que 17 il y a 5 ans. Ils et elles composent environ la moitié de la nouvelle équipe de parlementaires de la NUPES (142 élus), cette coalition initiée par Mélenchon pour éviter que des candidatures de la gauche se marchent sur les pieds, et éventuellement de tenter de mettre sur pieds un futur gouvernement, regroupant le PCF, le PS et Les Verts (EELV) autour de la FI.

Une dynamique de campagne s’est mise en place, motivée par la possibilité d’empêcher Macron d’appliquer sa politique pour 5 années supplémentaires, et notamment l’augmentation de l’âge du départ à la retraite vers 65 ans et 20h de travail forcé pour les bénéficiaires d’allocations. Cette dynamique n’a pas réussi cet objectif d’obtenir une majorité à l’Assemblée, qui était peu réaliste, mais elle a permis de contribuer à empêcher une majorité absolue pour Macron, en faisant jeu égal en nombre de voix avec la coalition macroniste au 1er tour, et en faisant élire bien plus de députés qu’en 2017 pour ces formations, en faisant plus que doubler son nombre de députés.

Une certaine déception est toute de même présente, puisque la plupart des sondages montraient la possibilité de faire élire davantage de députés encore, jusqu’à possiblement 200, soit une grosse cinquantaine de plus.

Mais même si le résultat peut sembler décevant, rappelons-nous la situation en France il y a encore 1 an et même 6 mois d’ici : toute la situation politique ne tournait qu’autour de Macron ou l’extrême droite, et d’une surenchère entre eux concernant la sécurité et l’immigration. Un changement majeur s’est imposé depuis fin février, avec l’arrivée du pouvoir d’achat et des revendications sociales à l’avant-plan, poussés par l’inflation, parallèlement à une vraie dynamique de campagne électorale autour de Mélenchon depuis la présidentielle, et un certain enthousiasme qui s’est créé. On assiste depuis quelques mois à un relatif rééquilibrage du rapport de force dans la société, mais sans lutte généralisée et sans initiative non plus pour stimuler et regrouper les luttes qui éclatent de manière isolée, sur les questions salariales entre autres – donc un rapport de force extrêmement fragile et qui ne permet pas de saisir tout le potentiel pour les idées et revendications de gauche.

C’est la politique de Macron qui a permis l’envoi de 89 députés d’extrême droite à l’Assemblée

La brutalité politique de Macron à l’encontre des travailleurs et des jeunes a été un véritable marchepied pour la croissance du RN. Le pays évolue depuis des années dans un climat pesant de divisions et de violences policières brutales à l’égard des mouvements syndicaux et sociaux en général ainsi qu’à l’égard de la jeunesse, tout particulièrement d’origine immigrée. Le racisme d’État et les stigmatisations permanentes se sont accrus : de la loi sécurité́ globale à la loi sur le séparatisme en passant par la chasse à « l’islamo-gauchisme »… Macron et ses gouvernements n’ont eu de cesse d’alimenter la division et d’accumuler les gages à destination de l’extrême droite.

Si l’entrée fracassante de ce bloc RN à l’Assemblée est une surprise, elle ne l’est que par son ampleur : de 8 députés en 2017, elle passe à 89, avec de grosses victoires dans les circonscriptions plus rurales et les anciens bastions ouvriers du Nord. C’est l’immense champ de désespoir social construit par les politiques néolibérales menées tant par la droite traditionnelle que par la « gauche » gouvernementale depuis les années 80 qui alimente la croissance de Le Pen. Face au pire annoncé par Macron, le RN met en avant un programme faussement social et n’a aucune intention de l’appliquer dans les faits s’il arrive au pouvoir. Dans chaque municipalité dirigée par des élus du RN ou associés, c’est la division, le repli sur soi et la répression qui règnent. Pour combattre l’extrême droite et le racisme, l’unique solution est de lutter contre les racines de la division par une politique offensive de gauche qui rompt avec le système capitaliste.

Le « front républicain », cette idée de « faire barrage à l’extrême droite », semble être révolu. Face aux 2èmes tours, les macronistes ont choisi la diabolisation « de tous les extrêmes ». Il s’agissait bien sûr d’une stratégie consciente, dans le but d’essayer de briser la dynamique et une partie du potentiel de la NUPES.

D’ailleurs, Macron n’exclut pas du tout d’aller chercher des soutiens spécifiques parmi le groupe RN, comme l’exprimait notamment le ministre de la justice Eric Dupond-Moretti au soir du 2e tour, en parlant de possibilités d’accords avec le RN sur des réformes concernant la police et la justice. Marine Le Pen ne semble d’ailleurs pas y être contraire : « j’ai dit au président Macron que le groupe de 89 députés RN est dans l’opposition mais ne veut pas être dans l’obstruction systématique ».

La NUPES : des points forts, mais aussi des faiblesses dangereuses

Beaucoup de militants FI et NUPES tirent aujourd’hui la conclusion que le résultat des législatives est dû au fait que les dirigeants macronistes n’ont pas fait d’appel clair à voter contre le RN. Il est vrai que la très grande majorité de ces électeurs se sont abstenus au 2ème tour en cas de duel NUPES-RN. Mais il s’agit d’une analyse erronée. Bien sûr, il est clair que les macronistes font preuve d’une énorme hypocrisie, eux qui reprochaient à Mélenchon de ne dire que « aucune voix pour Le Pen » sans faire un appel de vote pour Macron… Mais la gauche n’a pas à devoir compter sur un report de voix d’électeurs macronistes pour remporter des victoires. D’autres potentiels électeurs doivent être convaincus, et c’est le cas d’une série d’abstentionnistes qui se sont déplacés au 2ème tour mais pas nécessairement au 1er.

Tant aux présidentielles qu’aux législatives, les campagnes de Mélenchon ont réussi à créer une dynamique permettant d’impliquer des jeunes et des personnes de quartiers plus pauvres, qui ont massivement voté FI et NUPES – en tout cas pour ceux et celles qui ne se sont pas abstenus. Car l’abstention était majoritaire parmi eux et elles, surtout aux législatives. Contrairement à l’élection présidentielle, de larges couches dans les quartiers populaires ne se sont pas senties concernées.

Malgré la dynamique positive, certaines faiblesses de la FI ces dernières années ont été renforcées après les présidentielles. L’une d’entre-elles est clairement la formation de coalitions au niveau municipal qui comprennent également le PS et EELV, sans mener une réelle politique de rupture avec la politique traditionnelle. Cette tendance a évidemment été renforcé dans cette campagne législative, puisque maintenant ces partis sont directement alliés à la FI dans la NUPES.

Ces partis ont mené la politique néolibérale dans le gouvernement Jospin entre 1997 et 2002, avec le PCF, et sous Hollande entre 2012 et 2017. Ils sont partie prenante dans les succès électoraux des Le Pen en 2002 et 2017. On va difficilement battre Macron et le Pen en s’alliant avec ceux qui ont appliqué la politique qui leur a ouvert la voie

Beaucoup se sont détournés de la proposition de voter pour ces partis qui font davantage partie du problème que de la solution : le PS, même purgé de ses éléments les plus à droite, EELV, et même dans une certaine mesure le PCF. Et, dans cette optique, on peut comprendre que certains qui ont douté d’un vote pour un candidat FI, puisque celle-ci s’allie à ces partis qui font davantage partie du problème. Dans le même temps, certains militants des quartiers populaires qui étaient sensées porter la candidature FI ont été écartés, pour laisser la place à des candidatures NUPES d’autres partis.

PS et EELV ont été éduqués à la cogestion du système et en sont profondément infectés. Il serait extrêmement surprenant que ces derniers, dans une situation de crise, soient préparés à prendre les mesures qui s’imposent en choisissant sans la moindre équivoque le camp des travailleuses et travailleurs sur celui des patrons et du marché. Les partisans du capitalisme sauront à qui parler. La NUPES a été formée par des appareils, il faut la pousser plus loin en mobilisant l’enthousiasme qui, heureusement, ne manque pas parmi d’importants segments de la population.

Pour un réel programme de rupture avec le système

Au niveau programmatique, la NUPES portait des revendications en général similaires à celles contenues dans le programme « L’Avenir en commun » de la FI, bien que parfois légèrement remaniées à la baisse. Mais la signature de l’accord NUPES a aussi signifié certains changements en termes d’attitude/rhétorique : les références à la « gauche plurielle » sous Jospin se sont faites plus conciliantes de la part de la FI, sans critiques et même avec des louanges pour la réforme des 35 heures, qui n’avait pourtant pas été appliquée entièrement, et pas complètement dans l’intérêt de la classe travailleuse. De plus, la mesure avait surtout été introduite en échange d’une flexibilisation accrue du marché du travail.

Le programme de la FI et de la NUPES comportent de très bonnes revendications, comme la retraite à 60 ans, l’allocation de 1063 euros par mois pour les étudiants, l’augmentation du SMIC à 1500 euros, le blocage des prix des produits de 1ère nécessité, la planification écologique, l’abrogation de la loi Travail (« El Khomri ») mise en place sous Hollande, le rétablissement de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), 1 milliard d’euros contre les violences faites aux femmes, … Un programme de gauche « de rupture », mais hélas sans l’ambition d’en finir avec le capitalisme. Pour réellement répondre aux besoins de la classe travailleuse et la jeunesse et en même temps défier les intérêts de la classe capitaliste, il est nécessaire de porter des revendications de nationalisation de secteurs-clés de l’économie sous la gestion et le contrôle de la collectivité, à commencer par les secteurs financier et énergétique, pour être capable d’avoir un réel contrôle sur les prix et en même temps financer la planification écologique.

Pas d’autre choix : construire un rapport de force pour changer de société !

Contrairement aux premiers mois du mandat des députés insoumis il y a 5 ans, il y a de la part de la plupart des dirigeants de la FI depuis lors une absence d’appels à organiser une lutte généralisée et de stimulation du mouvement ouvrier organisé à entrer massivement en action pour bloquer les politiques macronistes. Le potentiel est là, chaque semaine, de nombreux conflits sociaux éclatent en faveur d’augmentations de salaire, mais entreprise par entreprise et de façon isolée.

Cette faiblesse a hélas marqué aussi les campagnes électorales en 2022. Contrairement à ce qui était avancé, le vote pour la gauche n’est pas une alternative à la lutte ; vote de gauche et stimulation de la lutte auraient au contraire pu être complémentaires. Cela aurait d’ailleurs pu augmenter le potentiel électoral pour Mélenchon, en mobilisant suffisamment de potentiels abstentionnistes. Cela assurerait de pouvoir utiliser la plateforme parlementaire et la visibilité médiatique comme force d’appui pour les luttes de notre camp, pour riposter contre chaque attaque qu’un gouvernement aux ordres de Macron cherchera à faire passer et pour créer ce rapport de force favorable, sur lequel les travailleuses et travailleurs ainsi que la jeunesse pourront s’appuyer dans chacune de leur lutte. Cela permettrait aussi une vigilance permanente par en bas contre les trahisons inévitables des éléments les moins orientés vers une rupture au sein de la NUPES

Il y a un énorme espace pour la FI pour être le relais et l’initiateur de luttes, après les innombrables luttes (mais non coordonnées) ces dernières années. Il y a d’ailleurs aussi un espace pour que les directions syndicales s’engagent dans la lutte, en lien avec la FI et la NUPES, mais aucune initiative réelle n’est venue depuis le puissant mouvement contre la réforme des retraites fin 2019 – et donc rien ou presque durant la pandémie de covid 19, malgré l’urgence sociale.

Aujourd’hui, l’énorme faiblesse des instruments politiques de la classe capitaliste peut donner confiance aux travailleurs et travailleuses pour entrer en lutte. Cela peut ouvrir des opportunités, notamment concernant les retraites, dont les tentatives de réformes ont toujours entrainé des mouvements de masse à leur encontre. Cela implique la préparation et l’organisation d’une lutte de masses qui portent des revendications sociales et écologiques ambitieuses. Il est urgent que la gauche et le mouvement ouvrier organisé prennent des initiatives en ce sens !

Chili, Colombie, … Quel programme et quelles perspectives pour les gouvernements de gauche

La campagne de Mélenchon vers les présidentielles et l’accord de la NUPES vers les législatives ont remis en avant la discussion sur la possibilité pour la gauche d’arriver au pouvoir. Mais cette discussion n’est pas limitée à la France : ailleurs dans le monde, des victoires électorales récentes ont même permis d’amener des regroupements de forces de gauche au pouvoir. C’est particulièrement le cas en Amérique latine, récemment au Chili et en Colombie, où les manifestations massives de ces dernières années ont permis à de telles coalitions de porter la gauche à la présidence.

Au Chili, Gabriel Boric, de la coalition Approbation Dignité, a été élu en décembre 2021. En Colombie, les élections présidentielles de mai-juin 2022 ont vu la victoire de Gustavo Petro de la coalition Pacte Historique. Ces succès ont soulevé des espoirs pour enfin voir s’appliquer une politique qui rompe avec l’austérité budgétaire, en faveur de la classe travailleuse et de la jeunesse, et dans l’intérêt des droits des femmes et des personnes LGBTQIA+, ainsi que de la lutte contre le dérèglement climatique. Mais il nécessaire de discuter des difficultés auxquels fait et fera face cette gauche au pouvoir au sein du système capitaliste. Au Chili, Boric fait d’ailleurs face à des déceptions et premières critiques concernant sa politique.

La gauche doit s’armer d’un programme offensif capable d’appliquer réellement une politique pro-classe travailleuse. Elle doit aussi préparer les travailleurs et travailleuses à la riposte inévitable qui viendra de la classe dominante dont les intérêts sont mis en danger.

On ne part pas d’une page blanche : l’expérience du passé est très instructive, il faut en tirer les leçons.

  • En 1970, Salvadore Allende était élu président chilien sur base d’un mouvement social massif qui a poussé le gouvernement à prendre des mesures, incluant des nationalisations, qui allaient plus loin que ce que les dirigeants réformistes avaient l’intention de faire. Le capitalisme chilien et l’impérialisme américain y ont répondu avec des ripostes économiques, ainsi qu’avec un coup d’État militaire en 1973 qui a ouvert la voie à la dictature de Pinochet et à des politiques néolibérales brutales.
  • En 1981, François Mitterrand, était élu président français sur base d’un programme de gauche et d’une vague de soutien populaire. Les premières mesures notamment de nationalisations de banques et d’entreprises-clés ont immédiatement été suivies d’une riposte des patrons, notamment sous la forme d’une fuite des capitaux. Sans plan pour y faire face, Mitterrand a ensuite plié et a fait un « tournant de la rigueur » en appliquant des mesures néolibérales.
  • En 2015, Alexis Tsipras devenait Premier ministre d’un gouvernement de gauche en Grèce, après des mois et des mois lors desquels se sont succédé des grèves générales et une montée en puissance du parti de gauche SYRIZA. Une fois au pouvoir, Tsipras a sous-estimé la résistance patronale et des institutions financières internationales à laquelle il serait confronté. Après 6 mois de gouvernement et un référendum refusant davantage d’austérité, Tsipras a capitulé. L’exemple du gouvernement SYRIZA a illustré à quel point le camp du capital est capable de choisir le risque d’un désastre économique plutôt que d’assister à l’essor d’une alternative politique de gauche et à l’application de sa politique.

La gauche ne peut pas juste se dire qu’elle va arriver au pouvoir avec un programme ambitieux et qu’elle arrivera à brider le système capitalistes « car c’est la volonté des urnes ». « Un tigre ne devient jamais végétarien ». Le camp d’en face, basé sur l’infrastructure économique de la société capitaliste, réagira en force avec notamment ses armes économiques de fuite des capitaux, lockout patronaux et menaces de délocalisation. Tenter de ne pas affronter le système et le remplacer par un autre sur base d’un mouvement révolutionnaire, cela mène à des catastrophes. C’est d’ailleurs un élément essentiel de ce qu’il s’est passé au Venezuela.

Un gouvernement de gauche devra inévitablement procéder à la nationalisation du secteur bancaire et financier dans sa totalité et la création d’un organisme public unique de crédit : c’est la seule solution pour assurer un contrôle des capitaux et empêcher les capitalistes de contrôler les investissements. Il faudra aussi nationaliser les autres secteurs-clés de l’économie (énergie, télécoms, sidérurgie, pétrochimie,…) dans leur entièreté, également sans rachat ni indemnité sauf sur base de besoins prouvés, et placés sous le contrôle et la gestion démocratique de la classe travailleuse et de la collectivité. C’est la seule réponse efficace aux contre-attaques et menaces qui viendront de la part de nombreux grands patrons. Il devra sur cette base planifier l’économie et la transition écologique, et aussi imposer des contrôles de capitaux, refuser le remboursement de la dette et imposer un monopole d’État sur le commerce extérieur.

Il faut combiner une telle politique à une lutte d’ampleur pour exiger les moyens. Les richesses existent largement. Mais pouvoir les arracher exige de construire un rapport de force dans la société : mobiliser un contre-pouvoir sociétal par la lutte, avec aussi un appel aux travailleurs et travailleuses des autres pays. C’est ainsi que des mesures socialistes pourront être appliquées et permettront de profiler un nouveau système, une société socialiste démocratique débarrassée de l’avidité capitaliste

Macron, inflation, récession … Pas d’autre choix : construire un rapport de force pour changer de société

24.05.2022 La classe travailleuse et la jeunesse sont placées devant des énormes défis. L’inflation explose, les taux d’intérêt vont augmenter, le déficit budgétaire va gonfler et, pour Macron, tout cela signifie l’austérité, alors que notre pouvoir d’achat s’effondre déjà. Pour y faire face, la seule issue est de construire les luttes – dans la rue, les lieux de travail, les quartiers, les fac’ et les écoles – afin de renverser le rapport de forces entre travail et capital. C’est d’ailleurs également la meilleure manière non seulement d’élire à l’Assemblée Nationale une gauche dite « de rupture » qui représente la résistance de terrain, mais aussi d’établir une vigilance permanente vis-à-vis des forces composant la nouvelle union de la gauche (NUPES).

Par Stéphane Delcros

Après avoir créé la surprise du 1er tour des présidentielles en arrivant 3e, aux portes du second tour, avec un score de 22% des votants, Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise (FI) ont à nouveau surpris. Tout d’abord en boostant la campagne électorale pour tenter de gagner les législatives et faire élire Mélenchon Premier ministre, ensuite en unifiant les principales forces politiques à gauche de Macron au sein de la « Nouvelle union populaire écologique et sociale » (NUPES). Les attaques incessantes de la droite, de l’extrême droite et des médias dominants témoignent de la peur que la dynamique et l’espoir à gauche inspire à la classe dominante. Des points forts mais aussi de dangereuses faiblesses existent concernant cette « gauche de rupture », c’est-à-dire une gauche visant à casser la politique unilatéralement en faveur des riches et des patrons, mais hélas sans l’ambition d’en finir avec le capitalisme.

Dossier France

Les thèmes de gauche dominent les débats

Dans un contexte d’envolée des prix de l’énergie et des produits de première nécessité et de crise du pouvoir d’achat, la présence de la gauche – comportant de forts éléments de rupture avec le système – dans l’attention médiatique permet la présence des thèmes sociaux et écologiques à l’avant-plan des discussions. Et ce, en dépit des tentatives de Macron et Le Pen de détourner l’attention vers les questions ‘identitaires’, pour tenter de briser la dynamique autour de Mélenchon.

Après des mois et des mois durant lesquels l’immigration et le sécuritaire ont dominé l’essentiel de l’actualité médiatique afin d’insérer la division et d’influencer l’issue des élections présidentielles, les thématiques sociales s’étaient finalement imposées à l’agenda à partir de fin février, contre la volonté des médias et partis dominants et sur base de l’augmentation fulgurante des prix. En s’appuyant sur les éléments de gauche de rupture de son programme, Mélenchon avait su convaincre une couche d’abstentionnistes. De son côté, Le Pen avait construit sa campagne en instrumentalisant les inquiétudes sociales pour paraître en rupture avec la politique de Macron.

Macron prétend maintenant avoir compris que son deuxième mandat doit être plus social et écologique. La nomination d’Élisabeth Borne au poste de Première ministre à la mi-mai vise à tenter de s’acheter un semblant d’image féministe, écologique et plus progressiste. Mais personne n’est dupe. Sans en avoir été membre, Borne a accompagné le PS depuis le début des années ‘90, en devenant même conseillère chargée des transports auprès du Premier Ministre Lionel Jospin entre 1997 et 2002 et directrice du cabinet de Ségolène Royal au ministère de l’Écologie en 2014. Elle fait partie de cette vague de membres et proches du PS qui a rejoint le parti de Macron en 2017 et est devenue Ministre des Transports puis Ministre « de la Transition écologique et solidaire ». À travers toutes ses fonctions, Borne a joué un grand rôle dans l’ouverture du rail à la concurrence et dans le gaspillage de temps face à la crise climatique. Elle a refusé de concrétiser une politique ambitieuse de lutte écologique notamment via la gratuité et l’extension des chemins de fer. Nommée Ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion en 2020, elle a fait passer une réforme de l’assurance chômage synonyme de baisse des allocations pour plus d’1 million de chômeurs et chômeuses. Face à la présence des thèmes sociaux dans l’actualité et la dynamique derrière la gauche, il est possible qu’un nouveau gouvernement pro-Macron indexe les bas salaires et les retraites par exemple. Mais, fondamentalement, sa politique continuera à favoriser les riches. Une nouvelle profonde récession lui servira très tôt d’excuse pour balayer de telles mesures limitées.

« Le Pen n’a pas été élue au pouvoir, et maintenant faisons en sorte que Macron n’y reste pas »

C’est avec ce mot d’ordre que la France Insoumise a lancé sa campagne pour imposer un gouvernement de « gauche de rupture » au président Macron en faisant élire une majorité alternative à l’Assemblée Nationale et imposer à Macron un gouvernement Mélenchon. L’idée de ce « troisième tour » électoral a eu le mérite de donner la perspective de la bataille suivante directement après la présidentielle – les législatives – tout en tentant de ne pas se limiter à un travail d’opposition et au contraire de chercher à appliquer des éléments de programme qu’un gouvernement pourrait se permettre de mettre en œuvre.

Cette approche a permis de poursuivre la mobilisation entre deux élections en reposant sur la dynamique de campagne et le résultat des présidentielles. La stratégie est d’essayer d’obtenir une majorité à l’Assemblée Nationale pour le programme défendu par la France Insoumise durant la campagne présidentielle lors des législatives des 12 et 19 juin. La possibilité existerait ainsi d’imposer une cohabitation au président Macron, qui se verrait obligé, contre sa volonté, de laisser ce gouvernement mener une politique de gauche.

Sur base de son score au 1er tour, la France Insoumise a scellé en 13 jours un accord pour une union de la gauche : la NUPES

Parallèlement à cet appel à l’élire Premier ministre, Mélenchon et la FI ont scellé un accord avec les 3 plus grandes formations situées à la droite de la FI et à la gauche de Macron : le Parti communiste français (PCF), Europe Écologie Les Verts (EELV) et le Parti socialiste (PS). L’enjeu principal était d’éviter qu’il y ait une concurrence entre les candidats de ces différentes formations, au 1er comme au second tour. Cela aurait potentiellement pu empêcher beaucoup de candidats FI et alliés d’atteindre le seuil de 12,5% des inscrits nécessaire dans chaque circonscription pour parvenir au 2e tour. Cette union vise à envoyer un maximum de députés à l’Assemblée Nationale, avec la possibilité que l’ensemble de ces députés soient majoritaires et puissent soutenir un gouvernement de gauche qui appliquerait un autre type de politique.

Dans les négociations qui ont mené à cet accord, la FI avait directement mis en avant les revendications programmatiques « non négociables », issues de son programme « l’Avenir En Commun », notamment : la retraite à 60 ans ; l’allocation de 1063 euros par mois pour les jeunes ; l’augmentation du SMIC de 15% (initialement 1400 euros net, maintenant monté à 1500 euros) ; le blocage des prix des produits de 1ère nécessité ; la planification écologique (et la règle verte) ; l’abrogation de la loi Travail (« El Khomri ») mise en place sous Hollande ; le rétablissement de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) ; 1 milliard d’euros contre les violences faites aux femmes ; la 6ème République et le référendum d’initiative citoyenne ; le développement des services publics, refus de leur privatisation et de leur ouverture à la concurrence ; et le rejet des règles européennes incompatibles avec ces propositions.

Il s’agit d’éléments programmatiques de gauche en rupture avec la politique actuelle, mais cependant hélas allégés d’une série de revendications importantes marquant une rupture plus importante, comme la sortie du nucléaire et certains points concrets nécessaires concernant les soins de santé, l’enseignement et les transports notamment. Plusieurs revendications ont aussi été rendues moins claires dans l’accord adopté par l’union de la gauche. Par exemple, le programme de la FI défend « d’assurer la gratuité » des cantines scolaires, tandis que l’accord de la NUPES ne parle que « d’aller vers la gratuité » de celles-ci.

Autre élément adouci par le temps et les négociations avec les autres partis : l’approche concernant l’Union européenne. Mélenchon a heureusement toujours été au-delà de ‘‘l’européanisme de gauche’’ aux ambitions limitées à vouloir petit à petit changer l’UE de l’intérieur. Il est illusoire de vouloir changer cette institution qu’est l’Union Européenne. L’UE est, depuis le début, un instrument non-démocratique aux mains de la classe dominante capitaliste pour défendre ses intérêts. Elle interdit par exemple de baisser la TVA à moins de 5% sur les produits de première nécessité ou encore de constituer des monopoles publics d’Etat sur certains biens ou services. La défense de la propriété privée des moyens de production et de la dictature des marchés est dans son ADN.

En 2017, Mélenchon défendait un « Plan A » (une rupture concertée avec les traités européens qui empêchent de mener une politique sociale et climatique) et un « Plan B » (la sortie de l’UE). Aujourd’hui, le « Plan B » est simplement de ne pas tenir compte des règles européennes incompatibles avec le programme. Pour défendre cette position de désobéissance aux traités, Mélenchon a évoqué les « 2903 cas d’autres pays dans lequel il y a des infractions » et pour lesquelles « personne n’a rien dit », ou encore la « règle d’or » selon laquelle le déficit budgétaire public annuel ne doit pas excéder 3 % du produit intérieur brut (PIB), qui aurait été violée 171 fois, dont 7 fois par l’Allemagne. Mélenchon a lui-même qualifié sa nouvelle approche de « moins agressive ».

Mais si la « désobéissance » à certaines règles européennes (en particulier économiques et budgétaires comme le pacte de stabilité et de croissance, le droit de la concurrence, les orientations néolibérales de la Politique Agricole Commune, etc.) était clairement affirmée dans le communiqué conjoint entre EELV et la FI, les choses sont beaucoup plus floues dans le communiqué commun entre la FI et le PS.

Il faut être clairs : il faut non seulement rompre avec cette Europe du Capital, mais aussi directement défendre la construction d’une autre Europe, une Europe des travailleurs et des opprimés, à l’aide d’un programme socialiste basé sur la mobilisation par en bas pour s’attaquer au pouvoir de la classe dominante. Il est important de s’y préparer en expliquant dès maintenant cette nécessité, même si elle peut temporairement recevoir un écho plus limité.

La FI avait aussi émis une autre condition pour un accord avec les autres partis : qu’un accord devrait (plus ou moins) respecter l’état des forces des différentes formations au 1er tour des présidentielles. L’enjeu étant la répartition des 577 circonscriptions, chaque formation allant recevoir un « monopole » sur chacune d’entre elles pour éviter une concurrence.

La FI a ainsi signé un accord avec EELV (4,6% au 1er tour), le PCF (2,3%) et le PS, celui-ci n’étant pourtant pas invité aux premières négociations mais son énorme débâcle (1,7%) ne lui a pas laissé d’autre choix que s’y inviter. Selon ses propres dires, le NPA (Nouveau Parti anticapitaliste, 0,8%) a quitté les négociations en raison de la présence du PS mais aussi d’un désaccord sur la répartition des circonscriptions. LO (Lutte Ouvrière), de son côté, analyse à tort la période actuelle comme faite « de recul politique et de droitisation de toute la vie politique » et a choisi de rester à l’écart de cette « opération de rafistolage du réformisme ». L’attitude du NPA et de LO, sur laquelle nous reviendrons plus bas, laisse un boulevard aux carriéristes, aux opportunistes et aux éléments droitiers qui vont renforcer toutes les faiblesses de la NUPES.

Tant sur le programme que sur le nombre de circonscriptions, le rapport de force est très favorable à la FI, et les formations sont finalement arrivées à ce partage du « monopole » sur les circonscriptions : 326 pour la FI, 100 pour EELV et alliés, 70 pour le PS et 50 pour le PCF (31 circonscriptions, en Corse et en outre-mer étant hors accord, ou faisant l’objet d’accords ultérieurs). Chaque composante de la NUPES aura la possibilité de former son propre groupe à l’Assemblée Nationale.

Tout cela en reste hélas encore pour l’instant à des négociations conclues au sommet, entre appareils qui, dans le cas du PS et d’EELV, ont été éduqués à la cogestion du système et en sont profondément infectés. Il serait extrêmement surprenant que ces derniers, dans une situation de crise, soient préparés à prendre les mesures qui s’imposent en choisissant sans la moindre équivoque le camp des travailleuses et travailleurs sur celui des patrons et du marché. Les partisans du capitalisme sauront à qui parler. La NUPES a été formée par des appareils, il faut la pousser plus loin en mobilisant l’enthousiasme qui, heureusement, ne manque pas parmi d’importants segments de la population.

La dynamique soulève une vague d’espoir pour l’application d’une politique de rupture avec Macron

Cet accord, signifiant une possibilité (même faible) de gouvernement de « gauche de rupture », a soulevé une vague d’espoir dans le pays, parmi les personnes de gauche, bien sûr, où existe une tendance spontanée à l’unité, mais aussi parmi des couches plus larges de la classe travailleuse et de la jeunesse qui ont été mobilisées dans la dynamique de la campagne de Mélenchon : dans les villes, surtout, y compris dans les quartiers pauvres à forte population d’origine immigrée, ainsi que dans les départements d’Outre-Mer.

Cette vague d’enthousiasme s’appuie sur la possibilité d’empêcher que le programme de Macron s’applique pour 5 années supplémentaires ; d’empêcher la retraite à 65 ans et les 20 heures par semaine de travail forcé pour celles et ceux qui reçoivent des allocations, comme le prévoit Macron. Mélenchon parle d’un « réflexe de rassemblement face à un épisode annoncé de maltraitance sociale aggravée ».

Début mai, 37% des personnes considéraient Mélenchon comme le premier opposant à Macron, contre 33% pour Le Pen. Au 1er tour des présidentielles, il avait de loin rassemblé le plus de suffrages parmi les jeunes de 18-24 ans et 25-34 ans (derrière l’abstention), et cet élan a même tendance à se renforcer vers les législatives : d’après un sondage réalisé début mai, 59% des 18-24 ans (hors abstentions) voteraient pour la NUPES (+9%), contre 13% tant pour Macron et alliés (-6%) que pour le Rassemblement National.

Pour se faire une idée du potentiel qu’a cette union (et en sachant que bien sûr ce ne sera pas une répétition mécanique), dans une projection basée sur les résultats des présidentielles, la NUPES serait 1ère dans 261 circonscriptions et qualifiée au second tour dans 471 ; Macron et ses alliés seraient 1ers dans 155 circonscriptions et qualifiés dans 448 ; et le Rassemblement National serait 1er dans 161 circonscriptions et qualifié dans 296.

Dans les sondages (mi-mai), la NUPES est créditée de 28 à 34% des voix, contre 24 à 27% pour Macron et ses alliés, 19 à 24% pour le Rassemblement National et 9 à 12% pour Les Républicains et alliés. Mais on ne peut en déduire réellement quelque chose en termes de circonscriptions gagnées, puisqu’il s’agit d’un scrutin à 2 tours.

Malgré ces sondages, ainsi qu’un sondage début mai qui montrait que 68% des personnes interrogées sont favorables à une cohabitation, le scénario d’une majorité NUPES n’est pas le plus probable, même si elle n’est pas à exclure, surtout si une dynamique de luttes sur les lieux de travail, dans la rue et dans les quartiers accompagne le processus vers les législatives. C’est plus probablement Macron et ses alliés qui arriveront à gagner le plus de circonscriptions, à la faveur des 2e tours, même s’ils devront peut-être se coaliser avec par exemple des députés Les Républicains (droite traditionnelle) pour obtenir une majorité absolue, ce qui risque d’ailleurs d’approfondir encore davantage la crise interne dans ceux-ci.

L’accord entraine de profondes divisions internes aux autres partis composants la NUPES

Ce rapport de force très favorable à la FI dans la NUPES ainsi que la base programmatique de « gauche de rupture » n’ont pas manqué de susciter des tensions à l’intérieur des autres formations. Dans le PCF, notamment avec ceux et celles qui, selon l’accord, ne peuvent être candidats dans leur circonscription. Dans EELV, tiraillé entre ses différents courants, reflétés par le résultat de la primaire de septembre gagnée par le représentant de l’aile libérale Yannick Jadot avec seulement 51% face à Sandrine Rousseau, qui portait un programme davantage social et écologique.

Mais c’est bien sûr dans le PS que les tensions sont les plus explosives, entre la direction autour du Premier secrétaire Olivier Faure et les éléments les plus à droite et les plus carriéristes (du moins parmi ceux qui n’avaient pas encore quitté le PS ces dernières années), particulièrement dans l’entourage de François Hollande, le président prédécesseur de Macron. Au sein de la direction du PS, l’accord a été approuvé à 57% contre 35% (sur 292 votants). La majorité se veut critique à l’encontre de la politique menée sous Hollande, comme l’exprime Stéphane Troussel, l’un des Secrétaires nationaux : « un quinquennat marqué par le CICE et le pacte de stabilité sans aucune contrepartie en termes d’emplois, de salaires, de conditions de travail, c’est une de nos difficultés. Le débat nauséabond sur la déchéance de la nationalité, c’est une de nos difficultés. La Loi Travail, c’est une de nos difficultés. » La nouvelle période dans laquelle nous sommes entrés sur le plan mondial, qui rompt avec l’ère du néolibéralisme – « l’âge du désordre », où les multiples crises du capitalisme entraînent un processus de polarisation sociale et politique de plus en plus profond – pousse une majorité au PS à devoir être critique sur ses politiques passées.

Sous le mandat de Hollande, ceux qui à l’intérieur du PS s’opposaient à sa politique étaient appelés les « frondeurs » ; aujourd’hui les frondeurs sont devenus les « éléphants » du PS dans l’entourage de Hollande. L’ancien Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, qui appelle à l’autodissolution du parti dans un Congrès de refondation à l’automne, a averti qu’avec une victoire de Mélenchon, « on se retrouvera dans la situation de la Corée du Nord ». Jean-Marc Ayrault et Bernard Cazeneuve, deux anciens Premier ministres sous Hollande s’y sont fortement opposés, le 2e quittant même le parti à la suite de l’accord. Le premier fédéral PS de Bourgogne-Franche-Comté a déclaré : « Ce que veut Mélenchon, c’est que le PS soit le sucre dans le café et qu’il se dissolve ».

Des candidatures dissidentes ont directement été annoncées de la part de frustrés de l’accord, particulièrement du PS. La présidente de la région Occitanie (Sud-Ouest) et ex- secrétaire d’Etat Carole Delga et l’ancien ministre Stéphane Le Foll veulent rassembler toutes les candidatures « frondeuses » du parti, d’ailleurs menacées d’exclusion. Rappelons qu’il y a à peine 10 ans, le PS venait de gagner les élections à tous les échelons, des municipales aux présidentielles…

En réponse au lancement de la NUPES, Macron a créé sa propre union de partis : « Ensemble », qui rassemble son parti Renaissance (ex-LREM) et ses alliés Horizon et MoDem. Il a aussi lancé une campagne pour tenter d’attirer les éléments du PS et des Verts qui rejettent l’accord. L’un des dirigeants de Renaissance, Stanislas Guerini, a ainsi invité les « sociaux-démocrates » déçus par le PS « qui a renié ses convictions pour quelques circonscriptions ».

Certains dissidents vont en effet quitter le parti, d’autres seront exclus, mais beaucoup d’autres vont tout simplement se taire, et attendre d’abord d’avoir une position élue après les législatives, puis un moment plus propice pour essayer de renverser le rapport de force interne.

Car certains candidats dans l’accord de la NUPES ne portent clairement pas cette rupture avec la politique menée ces dernières décennies. C’est notamment le cas de Cécile Untermaier, députée PS sortante de la circonscription de la Bresse, qui avait prévu de rejoindre les rangs de Macron. Ce n’est pas qu’au PS qu’il existe des candidatures de ce type. Parmi les alliés d’EELV, on trouve Les Nouveaux Démocrates (LND), un parti formé par des parlementaires élus dans le camp de Macron en 2017, qui investira notamment le député sortant Aurélien Taché, sous les couleurs de la NUPES. Il n’est pas étonnant qu’il y ait, à juste titre, des candidatures dissidentes issues du mouvement social. C’est notamment le cas de Raphaël Arnault, du mouvement antifasciste Jeune Garde, dans la 2e circonscription de Lyon (probablement la grande ville française où l’extrême droite est la plus active sous toutes ses formes), face à un candidat NUPES issu de Génération Ecologie qui a été député macroniste entre 2017 et 2020.

Un accord et une campagne qui comportent des points forts, mais aussi des faiblesses dangereuses

D’ailleurs, si l’enthousiasme lié à l’espoir est palpable parmi des couches larges en ce moment, il n’est pas partagé par tous et toutes à gauche et dans les quartiers populaires notamment.

Dans la Contre-Matinale du Média TV du 11 mai, la militante Zouina parlait de l’appel « On s’en mêle » qui, dans les quartiers populaires, avait décidé de mener campagne pour Mélenchon. A l’approche des législatives, elle y disait : « On a du mal à digérer les alliances avec le PCF, avec le PS, avec les Verts, avec tous ceux qui ont participé à faire qu’on est là aujourd’hui, à une grande trahison, à un dérapage vers le racisme. C’est difficile à accepter ces alliances, mais elles se font sur base d’un programme et elles se font pour que l’assemblée nationale demain soit investie majoritairement par des députés de gauche ». Elle pointait également le fait que plusieurs militants et militantes des quartiers populaires qui auraient pu être candidats à ces législatives n’ont pas été retenus, notamment parce qu’il a fallu laisser de l’espace aux nouveaux alliés de la FI.

Il est vrai qu’avec cette union, cette campagne s’adresse davantage à des logiques d’appareils de partis et moins à certaines couches qui ont pourtant fait la réussite de la campagne vers les présidentielles. Beaucoup de jeunes et de travailleurs et travailleuses, particulièrement parmi les plus précarisés et opprimés, considèrent à juste titre que le PS, même « purgé » de ses éléments les plus à droite, et de grandes parties d’EELV, voire même au sein du PCF, font partie du problème et donc pas de la solution. Au niveau municipal, les majorités au pouvoir qui comprennent PS, EELV et PCF ne mènent pas une réelle politique de rupture. Et surtout, ils ont mené la politique néolibérale dans les gouvernements Jospin entre 1997 et 2002 et sous Hollande entre 2012 et 2017. Ils sont partie prenante dans les succès électoraux des Le Pen en 2002 et 2017. On va difficilement battre Macron et le Pen en s’alliant avec ceux qui ont appliqué la politique qui leur a ouvert la voie…

Cette campagne comporte pourtant un grand intérêt et réveille un espoir. Elle est basée sur un programme de rupture, même amoindri, et un rapport de force interne à la NUPES très favorable à la « gauche de rupture », avec une (même faible) possibilité d’un gouvernement qui n’ira certes pas assez loin, mais dans la bonne direction. Elle investit en tant que candidats des figures très importante de la lutte, comme Rachel Keke, porte-parole des grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles qui a permis l’an passé, après plus d’un an de lutte, d’obtenir une revalorisation des qualifications et des salaires, la prise en compte des heures supplémentaires et une prime de repas. Mais si des points forts sont clairement présents, la campagne et cette union comportent des faiblesses. Il y a une atténuation du programme de rupture et de ce qu’il représente, et la vigilance face aux dangers internes et externes doit être fortement accentuée, particulièrement par l’organisation de la lutte par en bas contre Macron et son monde.

Quelle attitude de la part de la gauche dite révolutionnaire ?

LO et le NPA auraient pu jouer un rôle à cet égard, mais ces formations (tout particulièrement LO) ont choisi de rester à la marge, comme si les situations idéales tombaient du ciel et que le travail dans la lutte de classe ne démarre pas de la situation telle qu’elle se présente, en repérant les difficultés qui existent, mais sans se cacher derrière et en décelant également comment saisir et pousser le potentiel de l’avant.

Comme dit précédemment, le NPA a finalement claqué la porte des négociations de la NUPES : « au fur et à mesure des discussions avec les autres forces politiques, l’équilibre politique de la coalition s’est modifié progressivement, atténuant le caractère de rupture avec les politiques libérales qui faisait sa force ». Le NPA dénonce l’accord « problématique » avec le PS et de nombreux éléments d’EELV « qui ne représentent pas une rupture avec le libéralisme », et il n’a de fait pas tout à fait tort, même si nous estimons quant à nous que le centre de gravité de la NUPES reste à l’heure actuelle largement favorable à la « gauche de rupture ».

Le NPA indique s’être également retiré des négociations à cause du trop petit nombre de circonscriptions qui lui étaient accordées (5), et le fait que ne leur étaient pas laissée une circonscription de Gironde pour tenter d’y faire élire Philippe Poutou à l’Assemblée Nationale. Un tel renfort aurait été le bienvenu pour la NUPES, c’est vrai. Mais si on peut comprendre la frustration du NPA, il faut de suite ajouter que l’attitude du parti de Besancenot et Poutou cette dernière décennie n’a en rien préparé le terrain pour une entente.

Le PSL/LSP a bien sûr davantage de proximité programmatique avec le candidat Poutou qu’avec le candidat Mélenchon. Mais tout comme en 2012 et 2017, il ne s’agissait pas d’aborder les élections présidentielles sous l’angle d’une candidature ‘pour exister’. Une candidature ne servant qu’à promouvoir un programme et des idées peut avoir un intérêt à certains moments. Mais la question était ici de savoir comment renforcer la lutte des classes et permettre de profiler au mieux la nécessité d’un changement de société.

La candidature de Mélenchon portait un programme de rupture, augmentant la conscience de classe, s’adressant à des couches très larges et tentant de les mobiliser, et qui était en plus capable d’atteindre le second tour de l’élection. Ce programme de rupture à gauche et cette campagne étaient un pas en avant, sur lequel une formation anticapitaliste pouvait s’appuyer pour faire des propositions constructives, participer à la construction du rapport de force sociétal et mettre en avant une alternative socialiste au système capitaliste.

Le NPA, ainsi que LO et le PCF, se sont laissés prendre au piège du pessimisme et ont préféré présenter et maintenir une candidature « pour exister » plutôt que de renforcer la dynamique de la campagne de Mélenchon. Ils portent une très lourde responsabilité dans le faux choix du 2ème tour Macron vs Le Pen laissé aux électeurs. Un appel de vote et un désistement dans la dernière ligne droite de la campagne aurait mobilisé non seulement une partie de leurs électeurs mais aussi davantage d’abstentionnistes. Une nouvelle occasion a été ratée – pourtant l’expérience de 2017 était là – et l’enjeu était maintenant de ne pas rater la suite.

Il était possible d’entrer dans la dynamique de la NUPES, pas seulement pour y apporter un soutien critique, mais aussi pour y stimuler la nécessité de la lutte et la vigilance par en bas. Cela aurait placé le NPA dans une bien meilleure position pour appeler à la création de comités de vigilance de base contre toute possibilité de trahison sur le programme, en faisant appel et en lançant des propositions d’action aux groupes locaux de l’Union Populaire qui avaient mené la campagne de Mélenchon pour la présidentielle par exemple et en cherchant à impliquer des syndicalistes de la base, des activistes du logement, des militants sans-papiers et toutes celles et ceux qui cherchent à en finir avec la politique pour les riches. Une telle dynamique, orientée vers les travailleurs et travailleuses et les jeunes en lutte a le potentiel d’imprimer la pression nécessaire pour maintenir un programme de rupture et pousser vers la sortie les éléments les plus droitiers et carriéristes. Et dans le cas d’une trahison des intérêts des travailleurs et des opprimés, si le NPA avait rejoint la NUPES, il aurait encore été temps de sortir de cet accord et de prendre une autre initiative ambitieuse avec d’autres déçus d’un virage droitier de la NUPES.

La classe dominante est à l’offensive contre Mélenchon et la NUPES – mais ce n’est rien comparé à ce qui arriverait en cas de victoire

Ce n’est pas seulement de l’entourage de Hollande que les attaques contre la NUPES arrivent. Elles sont aussi brutales de la part de la droite et de l’extrême droite, aidés par les médias dominants, et témoignent de la peur de voir gagner une gauche dirigée par la France Insoumise, et potentiellement même former un gouvernement.

Mais les attaques patronales actuelles ne sont rien à côté de ce qui arrivera de sa part en cas de victoire de la NUPES et d’un gouvernement Mélenchon. La politique que voudrait appliquer un tel gouvernement recevra immédiatement en réponse une « grève du capital », un sabotage tout azimut de chaque tentative de mener une politique de « gauche de rupture ». On entendra la droite crier que « Mélenchon veut endetter la France » – et sans la construction d’un rapport de force sociétal pour contrer ses arguments, elle pourrait gagner, notamment en faisant reculer la NUPES. C’est ce qui est arrivé à SYRIZA en 2015 – dans un pays comme la Grèce qui n’est pas du tout du même niveau économique que la France. 6 mois après avoir formé son gouvernement, SYRIZA a dû abdiquer et a été réduite à devoir appliquer une politique favorable aux intérêts de la classe dominante grecque et européenne.

Sans ce rapport de forces, la réponse patronale rendra très difficile l’application concrète du programme de « gauche de rupture » (même limité) de la NUPES si les moyens ne sont pas saisis. Le rétablissement de l’ISF, la mise sur pieds de pôles publics dans certains secteurs-clés de l’économie (à côté d’entreprises privées), ou encore l’attente de retombées favorables suite à une politique de stimulation de la demande : non seulement ces mesures seront difficiles à appliquer, mais en plus elles seront largement insuffisantes pour mener une politique qui réponde réellement aux besoins.

L’exemple de la Grèce et du gouvernement SYRIZA a on ne peut plus clairement illustré que le camp du capital est capable de choisir le risque d’un désastre économique plutôt que d’assister à l’essor d’une alternative politique de gauche. Face à tout cela s’imposent l’arme de la nationalisation sous contrôle des travailleurs des entreprises qui menacent de licenciements collectifs ou de délocalisation de même que celles du contrôle des flux de capitaux et du monopole d’Etat sur le commerce extérieur.

Ce ne seront que de premières étapes vers la nationalisation des secteurs-clés de l’économie, particulièrement le secteur financier et bancaire, mais aussi de l’énergie – ce qui permettra de réellement pouvoir bloquer les prix, mais aussi de financer et concrétiser la nécessaire planification écologique. Et, pour répondre aux attaques de la classe dominante, un contre-pouvoir doit être mobilisé : un appel à la classe travailleuse et la jeunesse ailleurs en Europe : « suivez-nous ! », pour créer un rapport de force sociétal permettant d’appliquer les mesures nécessaires.

Construisons un véritable rapport de force sociétal par la lutte

S’il est bien sûr aussi électoral, le 3e tour doit avant tout être social : créer un rapport de force sociétal conséquent en faveur de la classe travailleuse et la jeunesse. Un tel rapport de forces se crée via la lutte, sur les lieux de travail, dans la rue et dans les quartiers. Il faut plus offensivement se tourner vers le mouvement ouvrier organisé, dont la force n’est plus à démontrer – rappelons-nous des mouvements syndicaux massifs contre la Loi El Khomri en 2016 et contre la réforme des retraites en 2019. Et en même temps, cette union de la gauche ne laisse aujourd’hui plus d’excuse aux directions syndicales pour entrer dans la bataille !

Une lutte de grande ampleur pour accompagner cette campagne vers les législatives, c’est ce qui permettrait de mobiliser suffisamment de potentiels abstentionnistes ; d’assurer la plus grosse victoire possible aux élections. Cela permettrait aussi d’appliquer un programme de « gauche de rupture », si une majorité de députés est là – face à la réaction de la classe dominante ; et, sinon, de pouvoir utiliser la plateforme parlementaire et la visibilité médiatique comme force d’appui pour les luttes de notre camp, pour riposter contre chaque attaque qu’un gouvernement aux ordres de Macron cherchera à faire passer et pour créer ce rapport de force favorable, sur lequel les travailleuses et travailleurs ainsi que la jeunesse pourront s’appuyer dans chacune de leur lutte. Et c’est ça qui est le plus important.

Cela permettrait aussi de créer une vigilance permanente par en bas contre les trahisons inévitables des éléments les moins orientés vers une rupture au sein de la NUPES. Et cela permettrait d’apercevoir le potentiel qu’il y a pour un réel changement de système : l’établissement d’une société socialiste démocratique, qui permette l’application d’un programme social et écologique ambitieux, où les moyens de production sont collectivement planifiés et orientés vers nos besoins et ceux de notre planète.

France : Pour un 3e tour de lutte sociale et écologique

28.04.2022. Le 2e tour des élections présidentielles françaises s’est clôturé par 58,5% pour Macron et 41,5% pour Le Pen. Mais il y a très peu d’enthousiasme derrière la réélection du président. L’abstention a atteint son deuxième score le plus élevé de l’histoire de la 5e République (28% ce à quoi s’ajoutent les votes blancs (4,6%) et nuls (1,6%)) pour un second tour d’élection présidentielle. En en tenant compte, Macron n’a été élu qu’avec 37,9% des inscrits. C’est donc le président le plus mal élu de la Ve République depuis 1969, juste après Pompidou, un an après Mai 68. Quasiment 2 personnes sur 3 n’ont pas voté pour lui. La légitimité du président est même pire encore : 42% des électeurs de Macron ont dit l’avoir fait pour faire barrage à Le Pen ; cela réduit le vote « pro-Macron » à 15,9% de la population…

Par Stéphane Delcros et Nicolas Croes

Le premier quinquennat de Macron avait été fait d’attaques antisociales, de brutalité policière et de précarisation de larges couches de la société tandis que la recherche de boucs émissaires et la logique de diviser-pour-mieux-régner a été utilisée à plein. Les idées de l’extrême droite ont été banalisées au point que celle-ci a pu prétendre s’être adoucie. Cela a ouvert la voie à une nouvelle croissance des idées d’extrême droite. Le constat est clair : Macron n’a nullement constitué un « rempart » contre l’extrême droite, bien au contraire, et son ambition est de poursuivre sur la même lancée. Il prétend maintenant avoir compris que son deuxième mandat doit être plus social et écologique. il va sûrement essayer de s’acheter un semblant d’image progressiste en nommant un(e) premier(ère) ministre disposant d’une très relative crédibilité sociale, féministe et écolo. Il est possible qu’il indexe les bas salaires et les retraites mais, fondamentalement, sa politique continuera à favoriser les riches.

Dès son élection en 2017, Macron avait continué à détruire le code du travail qui avait déjà subi l’offensive de la loi El Khomri (loi Travail) sous Hollande et le PS. Il avait introduit l’individualisation de la négociation collective, avec la volonté affichée d’affaiblir le rôle des syndicats. Dans son programme pour 2022, Macron a affirmé vouloir « poursuivre la modernisation du code du travail engagée avec les ordonnances de 2017 ». Il n’a pas non plus fait mystère durant sa campagne de son projet de faire reculer l’âge de départ à la retraite à 65 ans.

Entre les deux tours, on a pu lire sur le site Mediapart le témoignage de N’Diaye, éboueur, 23 ans, noir et musulman pratiquant, qui déclarait ne pas s’imaginer travailler jusqu’à 65 ans au vu de la pénibilité de son métier. Avec 1600 euros par mois, il disait beaucoup plus craindre l’augmentation des prix que le racisme de Le Pen et estimait qu’elle ferait plus pour le pouvoir d’achat. Ce témoignage résume beaucoup de chose : le profond rejet que suscite la politique antisociale et autoritaire de Macron, mais aussi le danger de l’extrême droite et du Rassemblement national, qui a su instrumentaliser les inquiétudes populaires en menant campagne sur le pouvoir d’achat avec un programme faussement social et en laissant à Zemmour et Pécresse le soin de répandre ouvertement le racisme et la haine de l’autre durant la campagne. Macron n’est pas le meilleur rempart contre l’extrême droite, il est la meilleure garantie pour que l’extrême droite se renforce.

Le résultat de Mélenchon doit servir de tremplin pour son programme vers les législatives

Au 1er tour, le score du candidat de « l’Union populaire » et de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon a largement dépassé les attentes. Cette campagne, basée sur un programme de gauche de rupture et une campagne ambitieuse, a réussi à mobiliser non seulement des électeurs de gauche déçus par le collaborationnisme d’autres partis (Parti Socialiste -PS-, surtout, mais aussi Europe Écologie Les Verts -EELV- et le Parti communiste -PCF-) dans des gouvernements qui ont appliqué un programme de droite, mais aussi des couches de gens qui ne comptaient à la base pas aller voter, particulièrement parmi les jeunes et dans les banlieues pauvres autour des grandes villes.

Avec 22% au 1er tour, il s’en est fallu d’un cheveu pour que le duel final oppose un candidat de la gauche de rupture à celui de la droite autoritaire. Les partis de gauche (PCF, NPA, LO) qui ont préféré présenter et maintenir une candidature « pour exister » plutôt que de renforcer la dynamique de la campagne de Mélenchon portent une très lourde responsabilité dans le faux choix du 2ème tour Macron vs Le Pen laissé aux électeurs.

Beaucoup avancent l’analyse du « vote utile » venu de gauche qui serait venu renforcer le score de Mélenchon en fin de campagne. Mais début mars, plus d’un mois avant le 1er tour, Mélenchon plafonnait à 12% dans les sondages, pendant que les autres candidats de gauche ou dits de gauche ont vu leur score attendu se confirmer dans les urnes ou au maximum très légèrement baisser. En réalité, le score de Mélenchon a bien plus à voir avec le rejet des politiques portées par la plupart des autres et par la volonté de mettre sur pieds un programme social et écologique qui rompt avec la politique en faveur d’une minorité d’ultra-riches. C’est ainsi que, au-delà d’électeurs traditionnels de gauche, des personnes prévoyant de s’abstenir ont été mobilisées par cette candidature, la faisant grimper de 5 points entre les derniers sondages l’avant-veille et le scrutin lui-même. Les électeurs de Mélenchon qui ont le plus subi de plein fouet la politique de Macron – dans les départements et régions d’outre-mer, parmi les ouvriers, parmi les plus pauvres – ont proportionnellement plus voté en faveur de Le Pen au second tour pour faire barrage à Macron, alors que dans les grands villes et parmi la jeunesse, les électeurs de Mélenchon au premier tour ont proportionnellement plus fait barrage à Le Pen.

Cette candidature a puissamment contredit tous ceux qui espéraient que la percée de Mélenchon en 2017 n’était qu’un accident de parcours de même que ceux qui sont entrés dans cette campagne électorale avec désespoir et en étant saisi par le défaitisme. Au soir du premier tour, trois blocs politiques ont émergés : le premier -en très nette diminution-, autour de la droite néolibérale et autoritaire ; le deuxième -en augmentation-, avec l’extrême droite, dont la composante Le Pen a su parler à des couches plus populaires délaissées par le système (particulièrement dans les milieux plus ruraux et les anciens bastions du PCF) ; le troisième -en augmentation et avec une forte marge potentielle de progression-, autour d’une gauche de rupture.

Dès que les résultats du 1er tour ont été connus, Mélenchon a appelé à « ne pas donner une seule voix à Le Pen » tout en soulignant de rester mobilisés dans la perspective des élections législatives des 12 et 19 juin : « compte tenu des positions prises par les deux protagonistes, le second tour empêche les ruptures indispensables, vitales, pour répondre à la triple crise écologique, sociale et démocratique. Aucune des tensions politiques du pays ne sera résolue. Tout au contraire, elles seront probablement aggravées. » Dès que la victoire de Macron a été connue, il a déclaré : « Vous pouvez battre Monsieur Macron et choisir un autre chemin. Le 12 et 19 juin, un autre monde est encore possible si vous élisez une majorité de députés de la nouvelle union populaire qui doit s’élargir. »

La France Insoumise entend unir la gauche pour emporter le « troisième tour » électoral et imposer ainsi une cohabitation à Macron en construisant une majorité alternative de députés aux législatives du 12 juin pour appliquer un autre type de politique. Cette « Union populaire » vise à regrouper organisations politiques, personnalités politiques, syndicales, associatives, culturelles,… autour d’un programme reposant sur des sujets défendus par le programme de Mélenchon, « L’Avenir en Commun ». Parmi ces points de programme non négociables, on trouve : la retraite à 60 ans, l’abrogation de la loi El Khomri et des contre-réformes du code du travail et de l’assurance chômage, l’augmentation du SMIC à 1400 euros net, l’allocation d’autonomie jeunesse et la garantie dignité à hauteur de 1063 euros par mois, le blocage des prix des produits de 1ère nécessité, la planification écologique et la règle verte, la fin de la monarchie présidentielle avec la 6ème République et le référendum d’initiative citoyenne, le développement des services publics, le refus de leur privatisation ou la fin de leur ouverture à la concurrence, l’engagement à consacrer 1 milliard d’euros contre les violences faites aux femmes, une fiscalité plus juste avec notamment le rétablissement de l’ISF et l’abrogation de la flat tax, l’abrogation des lois séparatisme, sécurité globale et du pass sanitaire et la désobéissance avec les règles européennes incompatibles avec ces propositions. « C’est le socle minimal de tout, pas un désaccord n’est possible ».

Des négociations ont directement été ouvertes avec EELV (4,6% au 1er tour), le PCF (2,3%) et le NPA (0,8%). Les discussions semblent bien engagées avec le PCF, bien que celui-ci semble revendiquer davantage de circonscriptions. Du côté d’EELV, les tensions sont vives entre ses différentes composantes, reflétées par la primaire de septembre gagnée par le représentant de l’aile libérale Yannick Jadot avec seulement 51% face à Sandrine Rousseau, qui portait un programme davantage social et écologique.

Le PS n’a pas été invité aux négociations mais son énorme débâcle (1,7%) ne lui a pas laissé d’autre choix qu’au minimum se montrer ouvert et des premières discussions ont commencé. Mais son premier secrétaire Olivier Faure a directement déclaré : « La réforme des retraites que souhaitent les insoumis coûte 72 milliards. Ce que je dis, c’est que cet argent peut aussi être utilisé pour l’éducation ou la transition écologique, je pense qu’on n’a pas besoin de ramener tout le monde à 40 annuités. » Une pirouette qui ne trompe personne et qui illustre les profondes réticences du PS pour une politique sociale. Son prédécesseur, Jean-Christophe Cambadélis, s’est montré encore moins ouvert à la négociation et appelle à l’autodissolution du PS dans un Congrès de refondation à l’automne. L’ancien président François Hollande a quant à lui carrément averti que le PS risquait de « disparaître » en cas d’accord électoral avec La France insoumise. Il défend que le Parti socialiste puisse envisager une autre union avec EELV et le PCF, c’est à dire le « retour » de la « gauche plurielle » qui avait appliqué une politique antisociale sous le gouvernement Jospin et avait subi une humiliante défaite en 2002. En menant à plusieurs reprises des gouvernements qui n’ont pas défendu les intérêts de la classe travailleuse, le PS (tout comme EELV) fait davantage partie du problème que de la solution.

Pour un 3e tour social – créons un rapport de force tant à l’Assemblée Nationale que sur les lieux de travail et dans la rue

Le programme proposé par la France Insoumise ne manque pas de points forts, avec des propositions sociales ambitieuses et une planification écologique pour sortir des énergies carbonées et nucléaires. Mais cela reste un programme réformiste, sans demande de nationalisation sous contrôle et gestion démocratiques des secteurs-clés de l’économie, en se limitant à la création de pôles publics qui devraient être en concurrence avec le marché et soumis à ses diktats. L’aspiration à une 6e République synthétise cette recherche illusoire d’une république sociale en respectant les étroites limites du système capitaliste. C’est là le talon d’Achille des propositions de Mélenchon : en période de crises multiples du capitalisme se renforçant les unes les autres, les défis à affronter exige que le mouvement ouvrier mobilise toutes les forces productives qui existent dans la société pour y faire face. Mieux vaudrait que cela soit ouvertement clarifié afin de commencer dès maintenant à construire les relations de forces dont nous avons besoin, certainement dans les élections législatives, mais aussi et surtout sur les lieux de travail, dans les écoles et les universités ainsi que dans nos quartiers. C’est surtout dans la rue que l’on peut obtenir des victoires, tout en utilisant en tant que force d’appui les plateformes parlementaires et la visibilité médiatique que cela offre.

« Le Pen n’a pas été élue au pouvoir, et maintenant faisons en sorte que Macron n’y reste pas » C’est avec ce mot d’ordre que la France Insoumise a lancé sa campagne pour imposer un gouvernement de gauche de rupture au président Macron en faisant élire Mélenchon 1er ministre. Cette campagne a le mérite de, dès l’entre-deux-tours, donner la perspective de la bataille suivante vers les législatives, ainsi que de tenter de ne pas se limiter à un travail d’opposition et au contraire de tenter d’appliquer les points de programmes qu’un gouvernement pourrait se permettre de mettre en œuvre.

Mais sans véritable rapport de force sociétal en faveur de la classe travailleuse, il sera difficile non seulement de mobiliser suffisamment de potentiels abstentionnistes, mais aussi d’appliquer un tel programme, une fois élus. À l’aide des syndicats, organisations de gauche et associations, il faut construire un rapport de force conséquent dans la rue et sur les lieux de travail pour parvenir à imposer même ces revendications limitées et faire face à la réaction de la classe dominante, qui fera tout pour empêcher une véritable politique de rupture à gauche.

C’est ainsi que le 3e tour social pourra être construit : par la lutte dans la rue, les entreprises et les quartiers contre la politique de Macron qui encourage l’extrême droite en augmentant les inégalités et la précarisation ; qui brutalise les mouvements de protestations, les populations d’origine africaines, d’Outre-Mer et musulmanes et les jeunes ; et qui approfondit le dérèglement climatique.

Une telle lutte de grande ampleur est la meilleure manière pour imposer une présence fracassante de députés de gauche de rupture à l’Assemblée Nationale et pour la politique sociale et écologique que pourra mener l’Union populaire si une majorité alternative peut être atteinte ; ou, du moins, pour riposter contre chaque attaque qu’un gouvernement aux ordres de Macron cherchera à faire passer et pour créer une rapport de force favorable à la classe travailleuse, sur lequel les travailleuses et travailleurs ainsi que la jeunesse pourront s’appuyer dans chacune de leur lutte ces prochains mois

Avec sa position hégémonique à gauche, de grands défis font face à La France Insoumise. Un grand danger est constitué par celles et ceux qui vont maintenant ouvertement lorgner avec opportunisme vers Mélenchon, à l’exemple de Ségolène Royal. En Grèce aussi, quand Syriza avait supplanté le Pasok, nombre de carriéristes sociaux-démocrates avaient frappé aux portes de la formation de gauche et avaient accéléré le processus de transformation de ce Syriza en parti soumis aux marchés. La meilleure manière de repousser ces opportunistes, c’est d’accentuer l’implication de la France Insoumise dans les luttes de la rue et de renforcer considérablement l’organisation démocratique de la FI autour de ses groupes de base. A terme, cela pourrait poser la base de la création d’un véritable outil politique des travailleuses et des travailleurs de même que des opprimés, un parti large de combat, avec une participation démocratique à la base qui détermine l’orientation de cet outil pour réellement réaliser ce qui est objectivement requis pour toute la classe travailleuse : la construction d’une tout autre société, une société socialiste démocratique.

Aucune voix pour Le Pen, mais Macron n’est pas la solution

15.04.2022.

Pour défendre notre pouvoir d’achat, il faut une lutte de masse dans la rue

Dans un contexte de crise du capitalisme, amplifiée par la gestion désastreuse de la pandémie et la guerre impérialiste en Ukraine, le 2e tour de l’élection présidentielle opposera donc Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Simple répétition des élections de 2017 ? En surface uniquement. Entre l’effondrement vertigineux des partis pivots de la 5e République (PS et LR), l’excellent résultat de la gauche de rupture passée à un cheveu du second tour et la manière dont les thématiques sociales se sont imposées contre la volonté des médias et partis dominants, ce 10 avril 2022 fut historique.

Par Nicolas Croes

Diviser pour mieux régner au service des riches

Ce résultat est l’expression de l’échec de la stratégie « Macron barrage contre l’extrême droite ». Le bilan des cinq ans de projet « Start Up Nation » est sans appel : la poursuite enthousiaste de la politique de transfert de richesses de la collectivité vers les ultra-riches par la précarisation des conditions de vie et de travail de la majorité de la population, la casse du service public par la privatisation et les restrictions budgétaires ou encore une politique fiscale symbolisée par la suppression de l’impôt sur la fortune.

Cette politique profondément antisociale a été accompagnée par une terreur policière accrue contre les gilets jaunes et les autres mouvements sociaux. On se souvient par exemple du visage ensanglanté de cette infirmière à la suite d’une journée de manifestation du personnel soignant après le premier confinement. Le cocktail n’aurait pas été complet sans éléments de division, par le biais notamment du racisme d’Etat par le biais notamment du « plan séparatisme » qui visait explicitement les musulmans. Il y eut encore ce débat télévisé consternant de février 2021 entre Gérald Darmanin et Marine Le Pen où le Ministre de l’Intérieur avait accusé la présidente du Rassemblement national de « mollesse » au sujet de l’islam… A cela est venue s’ajouter la gestion brutale et autoritaire de la pandémie. L’agressivité vis-à-vis des non-vaccinés a servi de paravent pour masquer les pénuries du secteur des soins. « J’ai très envie d’emmerder les non-vaccinés. C’est ça la stratégie » avait ainsi publiquement déclaré Macron.

Faute de riposte sociale conséquente, notamment de la part des organisations syndicales, cette division a pu s’installer et se nourrir du cynisme, de la frustration et du manque de perspectives pour de larges couches de la société. Et c’est là-dessus que Macron comptait : parvenir à une situation ou le chantage électoral face à l’extrême droite pouvait arriver au secours de son manque d’assise réelle dans la société. C’est grâce à Macron que Marine Le Pen apparaît plus forte aujourd’hui.

Une France qui s’extrême droitise ?

Parmi les éditorialistes, la question n’est quasiment même plus posée, elle est devenue une affirmation qui se passe d’argumentation. Pourtant, même dans une campagne qui a commencé autour des thèmes favoris de la droite, c’est le pouvoir d’achat qui s’est finalement imposé avec force comme LE sujet majeur. Tout le monde a été obligé de se prononcer sur le sujet.

Ensuite, le grand vainqueur, c’est avant tout l’abstention et le dégoût de toute la politique. Il s’agit du pire taux depuis les élections de 2002 qui avaient vu Jean-Marie Le Pen passer au second tour pour affronter Jacques Chirac (26%, soit 4% de plus qu’en 2017). Le phénomène est tout particulièrement présent parmi la jeunesse, dont les perspectives d’avenir s’assombrissent constamment, ainsi que dans les quartiers populaires, où la présence des autorités publiques n’existe quasiment plus que par la répression d’Etat.

De nombreux témoignages d’abstentionnistes expriment le sentiment que la campagne électorale était sans prise réelle sur la réalité. L’immigration et le sécuritaire ont dominé l’essentiel de la course au détriment des thèmes sociaux et notamment du pouvoir d’achat, malgré tout devenu omniprésent dans la dernière ligne droite. Le pouvoir d’achat était d’ailleurs le thème quasi exclusif de la campagne de Marine Le Pen (autour notamment d’une TVA à 0% sur les produits alimentaires). Celle-ci a laissé à Zemmour le soin de mener une campagne extrêmement raciste et c’est finalement beaucoup plus Valérie Pécresse, la candidate LR, qui a tenté de le suivre sur cette lancée, pour foncer droit dans le mur. Plusieurs figures de proue LR avaient rejoint Macron ou Zemmour durant la campagne, l’électorat a fini par faire de même.

Alors oui, l’extrême droite est en progression. Avec 23%, le Rassemblement National / FN réalise son meilleur score. Avec Zemmour et Dupont Aignan, 32% des votants se sont orientés vers l’extrême droite réactionnaire. Mais il y a également eu 25,5% pour une « gauche de rupture » non gouvernementale (France Insoumise, PCF, LO, NPA) : le meilleur score pour la gauche radicale depuis 1969.

Macron : une victoire en trompe l’œil

Le véritable enseignement de ce premier tour, c’est l’effondrement des partis de gouvernement et de gestion du capitalisme. Ensemble, LREM (le parti de Macron), LR (la droite historique), le PS et EELV (Europe Ecologie Les Verts) réalisent 39%. C’est la première fois que ce groupe de formation passe sous le seuil des 50%. Les 2 partis pivots de la Ve République, la droite officielle (Les Républicains aujourd’hui, 4,8%) et le PS (1,8%) se sont mangés de violentes claques électorales historiques et finissent à moins de 5% des votes exprimés (et donc sans remboursement intégral des frais de campagne).

2017 avait déjà représenté une cuisante défaite pour le PS à la suite du mandat de François Hollande ; mais le candidat de la droite officielle, François Fillon, avait tout de même recueilli 19% des voix. Aujourd’hui, Valérie Pécresse qui, hier encore, affirmait « Ma valeur c’est le travail, pas l’assistanat » s’est vue forcée de faire appel aux dons pour renflouer ses caisses de campagne pour éponger un déficit de 7 millions d’euros… Quant au PS, qui avait remporté toutes les élections de 2008 à 2012, des municipales aux présidentielles, il n’a même pas réussi à convaincre 2% des votants. Il ne reste à ces deux partis que leur ancrage local, mais pour combien de tempes ? Macron, de son côté, a toujours cherché à en avoir un sans jamais y parvenir.

Macron avait déjà bâti sa victoire de 2017 sur les cendres du PS et de LR, ce qui avait permis à la classe dominante de continuer sa politique, même sous un nouveau visage. Ce 10 avril, il a recueilli 4% de plus qu’au premier tour de 2017, un score finalement excessivement faible au vu de l’effondrement du PS et de LR. Le vote en faveur de Macron est un concentré de tout le vote pour l’idéologie dominante. Et c’est peu. La classe dominante s’est prise une claque monumentale.

La surprise Mélenchon

On donnait 8% au candidat insoumis au début de la campagne et encore seulement 14% fin mars. Finalement, Jean Luc Mélenchon n’a manqué le second tour que de peu en recueillant 22% des votes. Dans les derniers moments de campagne, il a su rallier des abstentionnistes (les sondages laissaient présager un taux d’abstention de 30%) et représenter un certain « vote utile » de la gauche. Mais il s’agit tout de même d’un vote en faveur d’une gauche de rupture, ce qui est très significatif. Mélenchon est le premier candidat des jeunes, au point où des commentateurs ont parlé d’une « génération abstention » qui côtoie une « génération Mélenchon ». Ses résultats ont quasiment augmenté partout dans les grandes villes, mais de petits reculs existent dans des petites villes et des régions rurales, précisément là où Marine Le Pen avait concentré sa campagne.

Avec une manifestation suivie d’un meeting qui a réuni 100.000 personnes à Paris ou encore 35.000 à Marseille, Mélenchon a mené une fois de plus une campagne qui n’a été égalée par personne (et de loin) en terme d’affluence et de mobilisation. Ces événements avaient rassemblé encore plus en 2017, mais c’était un reflet de la lutte des classes, cette campagne se situant alors dans le sillage de la puissante mobilisation sociale contre la Loi El Khomri en 2016 qui avait pesé sur la dynamique et le contenu de campagne de Mélenchon.

Comme nous l’avons développé dans notre appel, la candidature de Mélenchon avait le potentiel d’être saisie comme levier pour stimuler la lutte pour un changement de société. Mais plusieurs erreurs ont été commises selon nous. Le slogan principal de campagne – « un autre monde est possible » – était finalement très faible au vu des enjeux et de la colère qui existent aujourd’hui après 5 années de macronisme tout en faisant référence à un mouvement social (l’altermondialisme) dont la force date d’il y a plus de 20 ans. Chercher à souligner les liens avec le mouvement ouvrier organisé et ses revendications auraient été plus judicieux.

Pendant les premiers mois de campagne, alors que l’attention médiatique était tournée vers le racisme et la candidature de Zemmour, Mélenchon a opposé la rhétorique anti-migration à la notion de « créolisation » (exprimant une société où la mixité des cultures et origines permet de créer une plus grande richesse collective). Cette approche est la bienvenue mais elle reste insuffisante, surtout alors que des réponses socio-économiques ne manquaient pas dans le programme de campagne du candidat pour répondre aux inquiétudes sociales que cherche à instrumentaliser l’extrême droite (nous vous invitons à (re)lire notre appel de vote à ce sujet).

Ce programme, bien que ne manquant pas de points forts, reste réformiste, sans demande de nationalisation de secteurs-clés de l’économie, en se limitant à la création de pôles publics qui devraient être en concurrence avec le marché et soumis à ses diktats. L’aspiration à une 6e République synthétise cette recherche illusoire d’une république sociale en respectant les étroites limites du système capitaliste, tout particulièrement en période de crises multiples du capitalisme se renforçant les unes les autres.

D’autre part, un aspect essentiel a manqué durant toute la campagne et manque toujours aujourd’hui : celui de la préparation pour les combats à venir. En cas de victoire de Mélenchon, les marchés et la classe capitalistes n’auraient pas manqué de réagir en organisant la fuite des capitaux et des lockouts patronaux et en faisant tout pour faire plier Mélenchon comme jadis Mitterrand (voir notre article à ce sujet) et Syriza en Grèce plus récemment. Quelle riposte cela aurait-il exigé ? Et avec quelle préparation pour les travailleuses et travailleurs ? Ces éléments cruciaux sont restés sans réponse.

Ces faiblesses, liées au manque de démocratie et de structuration à la base au sein de La France Insoumise, aux positionnements internationaux parfois douteux de Mélenchon et à la participation à des coalitions locales menées par des maires EELV voire PS (ces organisations politiques étant à juste titre considérées comme faisant partie du problème et pas de la solution), ont certainement joué un rôle dans le fait que Mélenchon ne passe pas au 2e tour. Mais cette campagne allait indéniablement dans la bonne direction et a participé au processus de repolitisation de couches larges de la société en popularisant si pas un programme anticapitaliste et socialiste, au moins des éléments de ruptures qui peuvent permettre de faire le lien avec la nécessaire transformation socialiste de la société.

Préparons le 3e tour social

Au vu du peu qu’il a fallu pour que le second tour oppose Macron à un candidat d’une gauche de rupture, on peut comprendre la colère qui s’exprime contre les candidatures du PCF, de LO et du NPA. Au lieu de considérer ce qui était possible pour une campagne de gauche et ce qu’un passage au second tour aurait signifié – et cela aurait été une véritable bombe dans le paysage politique tout en gonflant considérablement la confiance des travailleuses et travailleurs – ces partis se sont laissés prendre au piège du pessimisme et ont mené des campagnes « pour exister ».

Il faut prendre garde à l’arithmétique post-électorale. Beaucoup d’électeurs du PCF (qui réalise le 2e pire score de son histoire) du NPA ou de LO (qui réalisent les pires scores de formations se réclamant du trotskisme depuis 1969) n’auraient pas voté pour Mélenchon. Mais même un appel de vote et un désistement dans la dernière ligne droite de la campagne aurait mobilisé non seulement une partie de leurs électeurs mais aussi davantage d’abstentionnistes. Une nouvelle occasion a été ratée – pourtant l’expérience de 2017 était là – il faut maintenant veiller à ne pas rater la suite.

Ces élections expriment surtout la faillite totale de la 5e république, dont les élections présidentielles avaient été imaginées pour être un facteur de stabilisation politique, mais dont le contrôle échappe à la classe dominante. Après la débâcle de Pécresse, LR entre en crise existentielle et va de plus en plus s’écarteler entre Macron et Le Pen. Pareil pour le PS, et certains vont maintenant ouvertement lorgner avec opportunisme vers Mélenchon, à l’exemple de Ségolène Royal. En Grèce aussi, quand Syriza avait supplanté le Pasok, nombre de carriéristes sociaux-démocrates avaient frappé aux portes de la formation de gauche et avaient accéléré le processus de transformation de ce Syriza en parti soumis aux marchés. La meilleure manière de repousser ces opportunistes, c’est d’accentuer l’implication de la France Insoumise dans les luttes de la rue et de renforcer considérablement l’organisation démocratique de la FI autour de ses groupes de base.

Dans la situation actuelle de crise, de militarisation et de tensions internationales, une chose est certaine : il y aura encore plus d’attaques antisociales et contre des boucs émissaires et plus de répression. Macron a déjà amplement démontré quelle était sa gestion des affaires d’Etat en temps normal et en temps de crise. C’est d’ailleurs pour cela que tant de gens considèrent voter malgré tout pour l’extrême droite de Marine Le Pen, parfois en estimant à tort que le parti s’est adouci concernant son racisme et que son vernis social n’est pas qu’un attrape-voix. Son projet politique reste clairement d’extrême droite et repose sur l’admiration des régimes « forts » dirigés par des autocrates et visant à appliquer une politique sévèrement raciste et antisociale, mais aussi anti-femmes et anti-LGBTQIA+. Macron et Le Pen partagent un même projet – la protection des intérêts capitalistes – mais avec des accents différents.

Sans diminuer l’importance des élections, nous devons nous rpapeler que la politique, c’est bien plus que cela. Toutes les avancées sociales qui ont été obtenues jusqu’ici ont été l’œuvre de la mobilisation de masse dans les entreprises, les écoles et la rue, pas du parlement. C’est là que se construit le véritable rapport de forces. Les deux candidats présents au second tour vont essayer de réduire l’impact de la rue sur la politique, et donc d’accroitre la répression tout en limitant les libertés démocratiques et les droits syndicaux. Non comprenons celles et ceux qui seraient tentés de voter Macron contre Le Pen, mais Macron est au cœur du problème et ne fait pas partie de la solution, même à la marge. C’est précisément la logique du « moindre mal » qui nous a conduits dans cette situation.

Il est notamment temps de faire des grandes assises de la lutte sociale – que nous entendons comme de grandes assemblées ouvertes et démocratiques liées à l’élaboration d’un plan d’action et de revendications – pour préparer le 3e tour social, pour barrer la route à Le Pen et à toutes les politiques réactionnaires dans la rue et préparer la résistance sociale contre la politique du nouveau quinquennat. Mélenchon et la France Insoumise peuvent et doivent jouer un rôle en réunissant toutes les organisations sociales, syndicales et politiques (y compris de la gauche radicale) pour préparer un plan de lutte offensif autour de revendications sociales. C’est aussi la meilleure manière de démasquer les mensonges du Rassemblement national.

Cette lutte permettrait en outre de poser les bases de la création d’un parti de masse des travailleurs et de la jeunesse, une gauche de combat capable d’accueillir et d’intégrer démocratiquement toutes celles et tous qui veulent lutter contre le capitalisme et ses conséquences. Il serait ainsi possible d’avancer vers un tout autre type de société et de système économique : une société débarrassée de l’exploitation et de la loi du profit, une société socialiste démocratique.

Utiliser la candidature de Mélenchon comme levier pour stimuler la lutte pour un changement de société

24.02.2022

Cinq ans de présidence de Macron. 5 années qui semblent avoir été une éternité d’attaques antisociales, de brutalité policière, de division-pour-régner et de précarisation et de manque de perspectives pour de larges couches de la société, ouvrant la voie à une nouvelle augmentation des idées d’extrême droite. 5 années aussi de vagues de mobilisations massives contre les politiques au service de la classe dominante – la grève massive du personnel de l’éducation étant le dernier exemple. La campagne de Mélenchon et la France Insoumise peut servir à stimuler un mouvement de luttes d’ensemble portant des perspectives anticapitalistes ; une victoire de cette candidature serait un tremplin pour amener des changements immédiats et pour progresser vers un changement de société.

Par Stéphane Delcros

5 années Macron qui ont boosté l’extrême droite

Après 5 ans de Macron, la colère qui a fait le score de Marine Le Pen en 2017 est plus forte et répandue aujourd’hui. Les années Macron ont accéléré les inégalités : les 5 familles les plus riches ont doublé leur fortune ; désormais, elles possèdent autant que 40% la plus pauvre de la population. Et cette tendance s’est accélérée durant la pandémie : selon Oxfam, de mars 2020 à octobre 2021, la fortune des milliardaires français a augmenté de 86% ; avec les 236 milliards d’euros supplémentaires engrangés en 19 mois par ces milliardaires, on pourrait quadrupler le budget de l’hôpital public ou distribuer un chèque de 3.500€ à chaque personne en France… Mais pas de cadeau pour la de la population, et même une misère grandissante : 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, 8 millions font appel à l’aide alimentaire, 12 millions sont en situation de précarité énergétique…

Entré comme un kamikaze dans sa présidence, Macron a commencé une politique thatchérienne d’attaques contre des droits syndicaux et une multitude de mesures d’austérité, polarisant au maximum la société dans le but de diviser pour éviter une contestation unifiée ; une politique assortie d’un tournant sécuritaire et autoritaire, et une sérieuse accentuation du racisme d’État, avec une répression brutale, des violences policières contre les mouvements syndicaux et les nombreuses luttes sociales ainsi que contre la jeunesse, et particulièrement d’origine immigrée ; dans un contexte où l’opposition historique ‘de gauche’ venait de passer 5 années au pouvoir – soutenue par la plupart des directions syndicales – et n’était plus considérée comme une alternative crédible.

Tout cela a laissé davantage de possibilités pour que les forces de droite populiste et d’extrême droite gagnent en confiance et que leurs idées gagnent en audience. La montée fulgurante d’Éric Zemmour est une nouvelle illustration de l’échec de la stratégie de 2017 « voter Macron pour faire barrage à l’extrême droite ».

Rien d’étonnant à ce que l’extrême droite et la droite fasse course en tête dans les sondages, avec Macron (LREM) en 1ère position, devant Le Pen (Rassemblement National, ex-FN), Zemmour (Reconquête) et Pécresse (Les Républicains, ex-UMP), cette dernière utilisant aussi une rhétorique islamophobe et anti-immigration.

Mi-février, Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise (FI) est en 5e position, pas loin du quatuor de tête et donc d’un éventuel 2ème tour, avec une longueur d’avance sur tou.te.s les autres candidat.e.s. Il est dans les sondages autour de 11-12%, c’est-à-dire au même niveau qu’il y a 5 ans fin février 2017. Aux élections deux mois plus tard, il était finalement arrivé à près de 20% des voix, aux portes du 2ème tour.

Mélenchon et la France Insoumise

Mélenchon et la FI sont cependant confrontés à une situation différente qu’aux dernières élections présidentielles. Pour la 1ère fois depuis 2007, le Parti Communiste (PCF) a décidé de présenter un candidat et non de soutenir Mélenchon. Mais surtout, la FI n’est plus une nouveauté, et il n’est pas simple de reproduire la dynamique de la campagne de 2017, après un mandat à l’Assemblée Nationale lors duquel la FI a alterné le très bon avec le bon mais aussi le moins bon.

Les premiers mois des députés insoumis ont été exemplaires, utilisant leur position au parlement pour stimuler la lutte sociale contre les premières mesures antisociales et anti-travailleur.euse.s, quelque chose que les directions des principaux syndicats et la gauche traditionnelle refusaient de faire, eux qui n’avaient comme perspective qu’un retour du PS aux commandes, … Ces initiatives avaient même poussé certains syndicats à organiser des journées de grève et d’actions, mais hélas sans beaucoup de suites, malgré le gros potentiel existant pour une lutte généralisée massive. Par la suite, la FI s’est hélas davantage concentrée sur son travail d’opposition parlementaire, avec des propositions de rupture et en continuant à soutenir les luttes, mais en prenant moins d’initiative pour les stimuler et les organiser.

Notre soutien à la démarche de la France Insoumise n’est pas dénué de critiques, loin de là. Mais, comme en 2017, les propositions formulées dans le programme « L’Avenir en commun » vont dans la bonne direction. Ensemble avec la dynamique de la campagne, elles participent à la nécessaire re-conscientisation politique des travailleur.euse.s et de la jeunesse après des années de dégoût, de désillusion et de désespoir. Avec le potentiel d’aller toucher des couches de la société qui se sont détournées de la politique depuis des années.

Ce potentiel est toutefois handicapé par le manque de démocratie interne de la FI ou encore par certains positionnements douteux concernant la politique étrangère et son orientation souverainiste. À l’échelon local, elle apporte un soutien – voire participe – à des alliances avec les Verts, voire même avec le PS, comme dans les grandes villes de Grenoble et Montreuil. Ces organisations politiques ont trempé jusqu’au cou dans les politiques antisociales de ces dernières décennies. Elles font davantage partie du problème que de la solution.

Le programme ‘L’Avenir en commun’

Plusieurs bonnes voire très bonnes revendications figurent dans le programme « L’Avenir en commun », mais il est impossible de l’analyser ici entièrement. Voici certaines des mesures qui y sont proposées :

  • Une réduction collective du temps de travail, c’est-à-dire appliquer strictement les 35h et les 32h dans les métiers pénibles, et ouvrir les négociations pour généraliser les 32h ; l’instauration de la retraite à 60 ans ; le salaire minimum (SMIC) à 1400€ et aucune retraite sous le SMIC.
  • Une garantie d’emploi : toute personne au chômage de longue durée qui souhaite un emploi doit se voir proposer par l’Etat un job qui corresponde à ses qualifications, près de chez lui/elle et à des tâches que le marché refuse d’accomplir et dont nous avons besoin, comme dans les métiers du lien et du soin, liés à la planification écologique.
  • Une allocation mensuelle de 1063€/mois pour les étudiant.e.s, pour être indépendant financièrement de leur famille et se consacrer pleinement aux études, sans devoir travailler parfois dans des conditions misérables ;
  • Une garantie universelle des loyers ; l’interdiction des expulsions locatives sans relogement public ; l’encadrement des loyers et diminution dans les villes ; la construction sur 5 ans d’1 million de logements publics, aux normes écologiques ; arriver à un quota de 30% de logements sociaux dans les villes ; la réquisition des logements vides.
  • Des mesures pour revaloriser les salaires et les statuts et engager du personnel supplémentaire dans la santé et l’éducation, ainsi que la construction d’infrastructure et la mobilisation d’équipement et de matériel dans ces secteurs ; la création d’au moins 210.000 emplois pour les EHPAD ; le remboursement de 100% des frais de soins de santé prescrits ; la gratuité totale de l’école publique tant pour la cantine que pour le matériel.
  • Face au défi climatique, la FI reprend son intelligente idée de « planification écologique », avec notamment un plan de 200 milliards d’euros d’investissements écologiquement et socialement utiles, pour sortir des énergies carbonées et sortir du nucléaire, tout en assurant la reconversion des travailleur.se.s et en engageant massivement dans les secteurs concernés, avec pour objectif 100% d’énergies renouvelables pour 2050 maximum – un plan qui prévoit la renationalisation des entreprises énergétiques EDF et Engie et la création massive d’emplois.
  • La reconstruction du maillage de transports en commun et de services publics, notamment dans les départements ruraux et les quartiers populaires, afin de garantir un accès aux services publics de base à moins de 30 minutes de son lieu d’habitation.
  • Réunir une Assemblée constituante pour passer à la 6ème République ; instauration d’un Référendum d’initiative citoyenne (RIC) et le droit de vote à 16 ans.

Ce ne sont que quelques éléments du programme, auxquels il faut ajouter des mesures spécifiques pour les territoires d’Outre-Mer, un plan concernant les personnes en situation de handicap, un plan de lutte contre les discriminations et les violences racistes, sexistes et LGBTI ; la nationalisation de la SNCF, des autoroutes et des aéroports stratégiques ; la sortie de l’OTAN ; etc., et des mesures de réponse immédiate à l’urgence sociale, avec un blocage des prix des produits de première nécessité, le 1er mètre cube d’eau gratuit, un plan zéro sans-abris, …

Il s’agit d’un programme ambitieux, qui tente d’améliorer le quotidien et le futur des travailleur.euse.s et de la jeunesse, de correspondre aux besoins réels dans la société en restant dans le cadre du système capitaliste, certes, mais avec des éléments de rupture avec le fonctionnement du système. Le PSL/LSP veut y apporter son soutien constructif. Ce programme ne va selon nous pas suffisamment loin, mais la plupart des mesures qu’il contient et la campagne qui l’entoure permettent de tirer des conclusions anticapitalistes et de mener une discussion ouverte sur le type d’alternative sociétale nécessaire.

Pour un plan de nationalisation des secteurs-clés

A la question du financement, la FI répond : « Financer n’est pas un problème. La question qu’il faut se poser d’abord, c’est de quoi nous avons besoin. » Cela dit, le projet de financement repose surtout sur des taxes, contre les plus riches bien sûr : sur les dividendes ; sur les héritages, avec une réquisition de l’héritage au-delà de 12 millions d’euros ; sur les plus hauts revenus, avec le rétablissement et le renforcement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), incluant un volet climatique visant à taxer les gros pollueurs ; rendre l’impôt sur le revenu plus progressif avec un barème à 14 tranches, contre 5 aujourd’hui. Taxer les riches est bien sûr important, mais on connait leur capacité à l’optimisation fiscale, légale ou non. Un tel projet reste insuffisant pour financer un programme qui réponde réellement aux besoins, d’autant que la classe dominante ripostera notamment par la fuite des capitaux.

Le concept de nationalisation est souligné à plusieurs reprises dans le programme de Mélenchon, mais seulement partiellement et avec timidité: il ne s’agit jamais d’un secteur en entier, seulement d’entreprises-clés ou de création de ‘pôles publics’. Nous avons pourtant besoin de la gestion et du contrôle démocratiques des travailleur.euse.s et de la communauté sur la production dans tous les secteurs-clés de l’économie. La nationalisation du secteur financier dans sa totalité et la création d’un organisme public unique de crédit sont la seule solution pour assurer un contrôle des capitaux et empêcher les capitalistes de contrôler les investissements.

Les secteurs-clés (banque, finance, énergie, télécoms, sidérurgie, pétrochimie,…) doivent être nationalisés dans leur entièreté, sans rachat ni indemnité sauf sur base de besoins prouvés, et doivent être placés sous le contrôle et la gestion démocratique des travailleur.euse.s et de la collectivité. C’est la seule réponse efficace aux menaces de délocalisations qui viendront de la part de nombreux grands patrons.

Pour un changement de système, pour une société socialiste démocratique

Le projet de 6ème République visant à abolir le système actuel a le mérite de remettre en cause les institutions qui protègent la domination de la classe capitaliste. Une série de mesures qui y sont attachées dans ce programme s’orientent vers une rupture avec le système, sans toutefois clairement oser pointer du doigt cette nécessité.

Il faut aller plus loin. Pourquoi ne pas appliquer cet excellent projet de planification écologique à l’échelle de l’économie elle-même ? Une planification économique démocratique permettrait d’orienter la production vers ce qui est nécessaire, vers les besoins réels de l’immense majorité de la population et ceux de notre planète.

Il faut discuter et avancer vers un autre type de système économique, vers une société débarrassée de l’exploitation et de la loi du profit : une société socialiste démocratique. C’est la seule capable d’assurer qu’une poignée d’ultra-riches ne décide de tout en fonction de ses intérêts. C’est la seule capable d’assurer l’existence harmonieuse des êtres humains et de leur environnement. Ce manque d’audace concernant l’alternative à opposer, non seulement à ‘l’oligarchie financière’ mais au capitalisme lui-même permet de comprendre d’autres points faibles à nos yeux, tels que le repli sur la ‘nation souveraine’.

Ce programme ne pourra devenir réalité qu’à la condition de créer un rapport de force dans les entreprises et dans la rue autour du mouvement organisé des travailleuses et des travailleurs, car la classe capitaliste ne laissera pas appliquer de telles mesures sans réagir.

Dans cette lutte pour s’approprier les moyens, appliquer un tel programme, et aller vers un changement sociétal, c’est la classe travailleuse qui peut jouer le rôle moteur. Selon nous, cette approche de classe devrait être un socle de la campagne électorale, ensemble avec une approche internationaliste de la lutte.


La pression pour une union de la gauche

Depuis le début de la campagne électorale, une pression permanente est mise sur les candidats de gauche (ou de droite mais vu comme de gauche) pour arriver à une forme d’union de la gauche derrière une seule candidature, stratégie vue comme la seule capable de gagner le scrutin. Première cible de cette campagne menée notamment par les médias dominants, Mélenchon est régulièrement appelé à laisser sa place au profit de quelqu’un de plus consensuel ou de mettre de l’eau dans son vin, alors même qu’il est largement en tête parmi ces différents candidats.

La séquence la plus connue de cette campagne ‘pour l’unité’ est l’organisation d’une « Primaire populaire », qui a été organisée pour servir de tremplin pour la candidature de Christiane Taubira, ex-ministre sous François Hollande, une figure vue comme de gauche mais qui a toujours été de droite.

Cette campagne est en réalité une tentative d’utiliser la tendance spontanée à l’unité qui existe parmi la classe travailleuse et la jeunesse, une idée dévoyée pour surtout tenter de décrédibiliser la candidature de Mélenchon, présenté comme non favorable à l’unité.


Pourquoi pas un vote PCF, ou pour un candidat plus à gauche de Mélenchon ?

Fabien Roussel du PCF aligne une campagne et un programme comportant des points forts, similaires à certains de la FI, et même un point plus fort, comme la nationalisation des banques BNP Paribas, Axa et la Société Générale. Mais sa campagne est aussi marquée par des éléments à la droite de Mélenchon, lorsqu’il parle de contrôler l’immigration, ainsi que sur son programme en général, moquant même le projet d’emploi garanti de la FI (« c’est les kolkhozes »). Surtout, avec sa proposition de mix renouvelable/nucléaire, le PCF a un plan climat très éloigné de la ‘planification écologique’.

À chaque élection il y a une figure de gauche qui est utilisée par les médias et divers ‘spécialistes’ pour mener des attaques de droite contre le/la plus à même de représenter une alternative de gauche en rupture avec le système – et cette fois-ci il s’agit de Roussel contre Mélenchon. Lors de chaque gouvernement dirigé par le PS, le PCF faisait partie de la coalition, menant de concert la politique antisociale. La situation est telle au niveau local qu’il est parfois difficile de distinguer l’un de l’autre si ce n’est par le nom.

Le PSL/LSP a bien sûr davantage de proximité programmatique avec des candidat.e.s comme Anasse Kazib (Révolution Permanente), Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) ou Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste). Mais tout comme en 2012 et 2017, il ne s’agit pas ici d’aborder ces élections sous l’angle d’une candidature ‘pour exister’. Une candidature ne servant qu’à promouvoir un programme et des idées peut avoir un intérêt à certains moments. Mais la question aujourd’hui est de savoir ce qui peut renforcer la lutte des classes et permet le mieux de profiler la nécessité d’un changement sociétal.

Une candidature portant un programme de rupture, augmentant la conscience de classe, s’adressant à des couches très larges et tentant de les mobiliser, et qui est en plus capable d’atteindre le second tour de l’élection existe – c’est celle de Mélenchon. Ce programme de rupture à gauche et cette campagne sont un pas en avant, sur lequel nous pouvons nous appuyer pour faire des propositions constructives et mettre en avant notre alternative sociétale. L’enjeu est aussi de participer à la construction du rapport de force dans la société. Et, pour ce faire, on est mieux placé si on a un second tour Mélenchon vs Macron ou Le Pen ou Zemmour, que si on a droit à Macron vs Le Pen ou Zemmour.

Imaginons si Arthaud et/ou Poutou avaient décidé, en 2017, de retirer leur candidature et d’apporter un soutien critique à celle de Mélenchon, en proclamant : « on va s’engager à 100% dans cette campagne avec notre propre programme, mais d’une manière constructive, pour essayer de mettre ‘l’Avenir en commun’ au second tour, et peut-être même à l’Elysée. Et préparons le 3ème tour révolutionnaire sur les lieux de travail et dans la rue ! » Où en serions-nous, 5 ans plus tard, en 2022 ? Bien mieux placés. La question se pose dans des termes similaires aujourd’hui.

Harcèlements, agressions, féminicides,…Non pas « gérer le problème »,mais totalement l’éradiquer !

20/11/2021. France: 111 femmes tuées en 2020; 67 viols déclarés chaque jour en moyenne; une augmentation de 60% d’appels de victimes de violences sexuelles et sexistes pendant le deuxième confinement; les scandales Daraï et PPDA… Du harcèlement aux féminicides, les violences sexistes sont omniprésentes. La pandémie a exposé ce problème sociétal, ancré dans l’ADN du système capitaliste lui-même, avec des impacts personnels terrifiants.

Particulièrement, le classement sans suite de nombreuses personnalités célèbres françaises accusées de viol — dont Darmanin (ministre de l’Intérieur), qui exempté par la justice est désormais responsable des faire des rapport au gouvernement sur les violences faites aux femmes — est un affront terrible au mouvement #metoo et aux dizaines de milliers de femmes victimes de viols ou de tentatives de viols chaque année. 

Cela s’ajoute aux harcèlements et agressions sexuelles que la majorité des femmes (et disproportionnellement les personnes LGBT et/ou de couleurs) subissent tous les jours; dans la rue, au travail, sur les réseaux sociaux, etc. Tous les aspects de notre culture, ainsi que de nos systèmes judiciaires, gouvernementaux (inc. militaires & policiers) et éducatifs qui perpétuent ces violences sexistes, misogynes, racistes et LGBTphobes, doivent être défiés.

Les défier veut dire en finir avec le capitalisme! Intéressé.e de savoir pourquoi et comment? Lis notre tract pour la manifestation Nous Toutes à Paris aujourd’hui! (images ci-dessous)