Pour une lutte de masse contre les oppressions et le système capitaliste qui s’en nourrit !
L’année qui vient de s’écouler a encore vu s’accroître la violence d’Etat et la répression. Le mouvement des retraites et celui contre les grandes bassines ont été réprimés violemment. Le gouvernement a répondu au mouvement de colère répondant à un énième mort de la violence policière par… encore plus de violence policière. La rentrée a été marquée par l’interdiction de l’abaya dans les écoles pour masquer le problème des professeurs manquants. De nombreuses manifestations pro-Palestine ont été honteusement interdites.
Par Tiphaine
Tout cela fait partie de la stratégie choisie par Macron de ne même plus faire semblant de jouer selon les règles de la démocratie capitaliste. L’article 49.3 a été utilisé 13 fois cette année!
Le mouvement contre les retraites a consolidé le camp des travailleurs.e.s contre la classe capitaliste, et bien qu’il n’ait pas gagné, les effets s’en font encore sentir: beaucoup se sont politisé.e.s au cours de ce mouvement et sont resté.e.s organisé.e.s. Pour casser cette unité, le gouvernement tente de nous diviser avec ses attaques racistes, et en poussant à la polarisation. Si tu critiques les forces de l’ordre; si tu ne soutiens pas l’Etat d’Israël; si ta vision de la laïcité n’est pas celle de la droite; si tu t’opposes à la “loi immigration”; si tu portes une robe longue à l’école – alors tu soutiens les terroristes.
Le NPA ainsi que Danièle Obono (députée LFI) ont été attaqués en justice pour “apologie du terrorisme” pour leurs positions sur le Hamas. Ces positions différent de la nôtre, et nous sommes pour que l’approche de la question soit discutée au sein de la gauche de manière critique, mais il faut s’opposer fermement à cette répression de l’opposition par l’Etat capitaliste qui constitue un dangereux précédent.
L’interdiction des manifestations pro-palestiniennes et la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre ont toutes deux été invalidées par le Conseil d’Etat ; mais les attaques anti-démocratiques contre les contestataires se déclinent sous de multiples formes, comme le montrent les actions en justice contre les grévistes.
Les syndicats doivent passer à l’offensive contre les oppressions!
Ne laisser personne de côté en combattant chaque oppression, cela doit être à l’agenda du mouvement ouvrier organisé. La lutte commune de l’ensemble de la classe travailleuse est un formidable moyen de faire tomber les préjugés et les comportements oppressifs.
En combattant ensemble, nous nous rendons compte que nos intérêts sont communs, et que pour les défendre, nous ne devons pas laisser la classe capitaliste et le gouvernement qui la sert nous diviser sur base de nos origines, nos croyances, notre genre, ou notre orientation sexuelle.
En dehors des oppressions racistes, sexistes ou LGBTQI+phobes, le discours général oppose également les travailleurs.e.s entre leurs diverses couches: privé ou public, employé ou à son compte, régimes spéciaux, cols bleus et cols blancs, quartiers populaires, classe moyenne, situation régulière ou non, chômeurs, étudiant.e.s, mères ou pères au foyer… Les clichés plus ou moins haineux sont nombreux, et ils ont plusieurs avantages pour la classe dominante.
Ces clichés permettent de blâmer l’une ou l’autre couche pour les défaillances du système capitaliste. Si la qualité des services publics baisse, ce n’est pas à cause des coupes budgétaires, c’est parce que les fonctionnaires sont “fainéants”. Si le niveau scolaire est bas, ce n’est pas parce que l’éducation manque de moyens, c’est que nos profs soixante-huitards sont toujours en grève. Si le pouvoir d’achat est faible, c’est que nous payons pour ceux qui ne travaillent pas. S’il y a du chômage, c’est que les gens ne veulent pas travailler.
Cela vise aussi à remplacer le combat collectif pour une meilleure vie par des solutions individuelles qui n’en sont pas : la mère célibataire sous le seuil de pauvreté aurait dû réfléchir avant d’avoir des enfants; le sans-papiers surexploité n’avait qu’à rester dans son pays; l’employé qui se plaint n’a qu’à devenir auto-entrepreneur au lieu de parler de syndicat.
Actuellement, la cible des préjugés les plus insultants, ce sont les personnes habitant les quartiers populaires socio-économiquement défavorisés où se concentrent de nombreuses populations aux origines immigrées. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, chaque fait négatif est amplifié, généralisé, à partir du seul point de vue des forces de l’ordre ou de journalistes qui cherchent surtout les vues et les clics. Rares sont les journaux qui prennent la peine de donner la parole aux habitant.e.s des quartiers mêmes.
Lors du mouvement des retraites, de nombreux travailleurs et travailleuses des-dits quartiers se sont mobilisés. Toutefois leur participation a été affaiblie par plusieurs obstacles. Les violences policières contre les manifestants y sont pour quelque chose, les gens des quartiers ne connaissant que trop bien le phénomène.
Des Musulmanes portant le voile mentionnent également ne pas avoir participé aux mobilisations de peur d’y être mal accueillies à cause de leur tenue vestimentaire. Ceci est un exemple direct de la façon dont, avec son islamophobie, la classe dominante réussit à affaiblir la classe ouvrière.
Mais le plus grand frein à la mobilisation des quartiers populaires, c’est que le syndicalisme en est généralement absent ; et ce alors que les principaux partis de gauche établis ces dernières décennies ont largement trahi les espoirs de leurs habitant.e.s. Les quartiers ne manquent pas d’associations qui luttent pour différentes causes. Si sur des questions comme la lutte contre le racisme ou le logement, ces organisations peuvent être amenées à lutter ensemble avec des groupes de gauche ou des syndicats, le mouvement ouvrier reste largement vu comme quelque chose d’extérieur. Assez littéralement d’ailleurs, puisque les grandes manifestations syndicales ont lieu en centre-ville.
Pour aller vers la plus grande unité de la classe ouvrière, pour avoir une chance de gagner contre ce gouvernement de plus en plus dur, il est crucial que les syndicats mobilisent activement dans les quartiers défavorisés. Pour cela, il faut que les syndicats prennent clairement position contre toutes les idées qui nous divisent. Les travailleurs et travailleuses de ces quartiers doivent pouvoir être défendus par les syndicats sur tous les fronts sur lesquels ils sont attaqués, économique mais pas seulement. Et pour que chaque personne puisse prendre dans les syndicats la place qui est la leur, il faut également un travail en interne pour se battre contre chaque préjugé.
Pendant le mouvement sur les retraites, il eut été possible pour les syndicats d’organiser une vraie campagne vers ces quartiers. Des meetings et actions auraient pu y être organisés, ainsi que des bus pour se rendre aux grandes manifestations. Tout cela avec un appel à rejoindre les syndicats et à souder plus largement notre classe sociale. Le refus de la violence policière, en montrant son rôle dans le maintien de l’État capitaliste et la répression de la classe ouvrière, aurait été un point central de cette mobilisation.
Suite au meurtre raciste de Nahel, il est regrettable que les directions des syndicats n’aient pas immédiatement réagi en mobilisant activement pour la marche blanche. La couche de la classe ouvrière politisée et en ordre de bataille pour les retraites était encore toute indignée de la violence contre son mouvement et celui de Sainte-Soline. Elle aurait pu être emmenée dans un appel à manifester sous le mot d’ordre de la solidarité de classe contre les violences policières, qu’elles soient racistes ou politiques.
Le délai de réaction de la plupart des sommets syndicaux et la passivité de leur soutien a laissé le champ libre au discours de la droite. Dans les médias, il était surtout question de fouiller le passé de Nahel et de le diaboliser, en fait pour individualiser l’évènement et faire oublier que la violence de la police est généralisée et quotidienne, la mort de Nahel n’ayant que la particularité d’avoir été filmée.
C’est dans cette atmosphère insérée par le gouvernement, l’extrême droite et les médias dominants qu’une cagnotte au profit de la famille du policier auteur du tir meurtrier a dépassé le million d’euros. Un policier finalement libéré – c’est bien à une justice de classe que nous avons à faire, au service de la classe capitaliste.
Interdiction de l’abaya une mesure raciste et sexiste
Ayant passé les vacances à se demander quelle serait sa prochaine cible, le gouvernement a rassemblé son courage et arrêté son choix sur les lycéennes de confession musulmane. Qu’elles vivent à la fois le sexisme et l’islamophobie tout en étant mineures ne suffit pas, il faut leur dire comment elles ne doivent pas s’habiller – en l’occurrence cette fois-ci en interdisant les robes longues à l’école.
Malheureusement, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet n’a pas vu la mesure comme ce qu’elle était – une énième attaque contre une partie de notre classe sociale. Elle a déclaré: “Si c’est considéré comme un signe religieux, évidemment qu’il faut l’interdire”.
Cette loi et la façon dont elle est appliquée sont indéniablement sexistes et racistes. Les vêtements sont jugés religieux non pas pour eux-mêmes, mais selon la personne qui les porte. Une fille peut très bien venir avec une tenue qui en ferait exclure une autre, si elle n’est pas musulmane ou considérée telle. Dans certains lycées, on repère les filles qui portent le voile hors de l’école, puis on juge de l’acceptabilité de leurs vêtements sur cette base.
Une fille s’est entendu dire qu’elle devait s’habiller “à la française”, ce qui est aberrant. Jamais on ne dira cela à une lycéenne qui arbore un style vestimentaire venu des USA ou du Japon. Ce qu’on demande aux jeunes musulmanes, c’est de renoncer à une culture considérée comme néfaste ou inférieure. C’est bel et bien du racisme et non de la laïcité.
Pour ce qui est de l’aspect sexiste, il y a évidemment la question de laisser les femmes porter ce qu’elles veulent. Mais aussi une cynique distorsion des questions d’émancipation des femmes, en retournant celle-ci pour attaquer le droit des femmes à décider pour elles-mêmes. On accuse les femmes qui portent le voile (et maintenant, l’abaya) de soutenir les régimes totalitaires où les femmes sont forcées de le porter – comme si l’interdiction du voile dans les écoles françaises avait le moindre rapport avec la lutte héroïque des iraniennes pour leur liberté.
Ironiquement, ce faisant, l’Etat français se fait la symétrie du régime iranien, qui accuse les manifestantes d’être manipulées par l’Occident. Le discours hypocrite qui prend la lutte contre le sexisme comme prétexte à son racisme n’aide en rien les femmes musulmanes, ni d’ailleurs celles qui ne le sont pas. L’idée est de faire passer l’oppression des femmes comme un phénomène d’Afrique ou du Moyen-Orient, pour passer sous silence le sexisme systémique de la société française, avec ses féminicides tous les trois jours, et le traitement souvent indigne des plaintes pour violences dans les commissariats et tribunaux.
Pour revenir à l’interdiction de l’abaya, elle a encore une conséquence assez troublante. C’est que des filles ayant objecté que leur tenue n’était pas religieuse, se sont vu répondre par les professeurs que leur vêtement était “trop ample” ou “trop couvrant”. Que dire d’une loi qui mène des adultes en position d’autorité dire à des mineures qu’elles devraient se révéler un peu plus?
Une loi opposée à la neutralité de l’école
Même si nous possédions une définition précise de l’abaya, et que tous (celles qui en portent y-compris) s’accordaient à lui trouver une signification religieuse; est-il évident, comme le dit Sophie Binet, qu’il faille l’interdire au sein des lycées?
Ce n’est que depuis quelques décennies que la laïcité de l’éducation publique est comprise comme une obligation des élèves de cacher leurs croyances ou appartenance religieuse. Quand Jules Ferry a instauré l’école laïque, publique et gratuite en 1881, l’instruction publique pré-existante était dirigée par un Conseil Supérieur de l’Instruction Publique, composé en partie de représentants de différentes religions: quatre archevêques, deux prêtres protestants et un membre du consistoire central israélite, chacuns élus par leurs cultes. La laïcité de la loi Ferry, c’était de débarrasser l’éducation publique de l’influence religieuse, et de remplacer les cours de religion par l’instruction civique. Comme pour l’interdiction des langues régionales à l’école, il s’agissait de rendre la classe ouvrière plus homogène et rassemblée autour du patriotisme français, pour les besoins du patronat et pour préparer une armée plus efficace en vue de la prochaine guerre impérialiste.
Des concessions ont toutefois été faites, en particulier au catholicisme. Les devoirs devant Dieu n’ont disparu de l’instruction civique qu’en 1923 (18 ans après la séparation de l’Eglise et de l’Etat). L’école ferme les jours de fête catholique, et la pause du jeudi était au départ prévue pour que les enfants aillent au catéchisme. Encore de nos jours, les cantines servent du poisson le vendredi, alors qu’il y a un tollé dès que quelqu’un demande des menus hallal.
Le but premier de la laïcité n’était sûrement pas d’élever des générations de libres penseurs. Les programmes d’Histoire étaient de la propagande patriotique qui n’hésitait pas à recourir à des motifs religieux, comme le baptême de Clovis ou l’importance donnée à Jeanne d’Arc.
Quelles que soient ses motivations premières et son historique, la laïcité a l’intérêt de rendre l’école neutre en matière de religion. Aucun culte n’est privilégié ou n’a son mot à dire sur les programmes. Et grâce à cette neutralité, tous les enfants sont (en principe…) accueillis sur un pied d’égalité, quelles que soient leurs croyances, qu’ils en aient ou non. La laïcité d’une institution n’a jamais voulu signifier l’athéisme forcé de ses usagers.
En ce sens, l’interdiction de l’abaya (et du voile avant elle) va en fait à l’encontre de la laïcité. Où est la neutralité si les enseignant.e.s sont invités à deviner qui est musulman sur base du nom et de la couleur de peau? Si on interdit aux musulmanes des tenues vestimentaires qui sont autorisées à d’autres?
Le rôle des syndicats d’enseignant.e.s
Il est clair que cette polémique a été lancée exprès pour détourner l’attention des 3000 professeurs manquants cette année. La veille de la rentrée, deux journalistes de Libération (et probablement d’autres) ont d’ailleurs reçu un SMS du ministère de l’Education pour leur indiquer des lycées qui seraient “ouverts aux médias” pour faire un sujet sur la question de l’abaya !
Les organisations syndicales auraient dû s’opposer fermement à cette loi et appeler à ne pas l’appliquer ! Depuis qu’il est au pouvoir, Macron nous a montré le mépris qu’il a des travailleur.euse.s et de leurs organisations, le peu de cas qu’il fait des enseignants et des jeunes. Les syndicats auraient dû reconnaître l’interdiction de l’abaya comme ce qu’elle est, une énième provocation qui prend une partie de la classe ouvrière pour taper sur l’autre.
En attendant passivement de savoir si l’abaya serait considérée comme un signe religieux, puis en acceptant son interdiction, les syndicats du personnel enseignant ont accepté un rôle de relais de la politique raciste de Macron. Et ce au péril de leur vie, comme on l’a vu avec l’attentat d’Arras, car les écoles ne seraient peut-être pas la cible des terroristes si les gouvernements successifs n’en avaient pas fait le terrain de leur lutte idéologique.
La classe politique et les médias sont bien silencieux sur un autre danger qui pèse sur les enseignant.e.s – celui de l’extrême droite. En décembre 2022, une enseignante de Valenciennes a dû annuler une rencontre organisée entre ses classes de prépa et des migrants de Calais à cause de pressions venant de Reconquête et du RN. “J’ai reçu des menaces de viol et de mort par courrier électronique, par courrier, par les réseaux sociaux ou encore par le standard de l’établissement, raconte-t-elle à franceinfo. Quelqu’un a menacé de me dépecer.”
“J’ai reçu depuis beaucoup de messages de collègues dans toute la France, en particulier des enseignants de SVT, d’histoire et de lettres, qui se retrouvent confrontés à des pressions de groupes qui refusent l’enseignement de la théorie du genre, du fait islamique en cours d’histoire, l’enseignement de la Shoah, des mémoires de l’esclavage, de l’histoire coloniale ou de la décolonisation”, ajoute-t-elle.
L’éducation sexuelle est surtout visée. “Parents Vigilants”, une organisation créée par Eric Zemmour, mène une réelle campagne de désinformation sur le contenu de ces cours, avec des relents homophobes et transphobes. C’est d’autant plus abject que les jeunes LGBTQI+ sont particulièrement touchés par le harcèlement scolaire, ce qui a mené à plusieurs suicides ces dernières années.
L’éducation sexuelle inclusive, et qui ne se limite pas à la question de la reproduction, ainsi qu’une vraie formation pour les enseignant.e.s qui la dispensent, font partie des revendications des syndicats du personnel enseignant. Ils ont signé ensemble un texte alertant contre les agissements de “Parents vigilants” et comptent s’adresser au ministère.
Mais tout cela intéresse peu le ministère de l’éducation. Une campagne d’ampleur contre le harcèlement, des cours d’éducation sexuelle, cela demande des moyens qu’il n’a aucune intention de donner. Et pour dénoncer contre Parents Vigilants, le gouvernement devrait prendre une série de positions sur les droits des personnes LGBTQI+, sur l’Histoire, sur le racisme… qui ne sont pas les siennes et qui lui feraient perdre le soutien électoral qu’il cherche. Ce n’est que sur leurs forces que les syndicats peuvent compter pour repousser cette offensive de Zemmour.
Pour une lutte de classe contre toutes les oppressions dont le capitalisme se nourrit !
Leur laïcité à géométrie variable n’existe plus lorsqu’il s’agit de défendre sans conditions la théocratie israélienne, ou de faire affaire avec l’Arabie Saoudite. Leur république, c’est celle du 49.3 et de la répression politique. Leur liberté de parole, c’est celle de tenir des propos islamophobes, “d’importuner” les femmes, de faire passer la transphobie et le racisme pour des opinions comme les autres; tandis que la dénonciation des violences sexistes peut vous faire attaquer en diffamation, que de critiquer l’Etat Israélien fait de vous un antisémite.
Lorsque la classe ouvrière est faiblement organisée, ce sont les idées des capitalistes, leur vision des droits et des libertés, qui dominent. Mais par la lutte et l’organisation, les valeurs propres à notre classe sociale se révèlent: l’entraide, la justice, la dignité des faibles, la solidarité… ce sont là les véritables alternatives à la haine et à la terreur.