Derrière le mythe des “morts pour la France”… Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon

par Nicolas Croes (ASI Belgique, Rédacteur en chef de Lutte Socialiste)

Ce 21 février, quatre-vingts ans jour pour jour après sa mise à mort par les nazis, Missak Manouchian et son épouse Mélinée font leur entrée au Panthéon. L’annonce de cette décision ne tenait rien au hasard, elle eut lieu lors des commémorations de l’Appel du 18 juin, le premier discours prononcé par De Gaulle à la radio de Londres en 1940. Pour l’Elysée, Missak, un militant juif communiste arménien, avait choisi “deux fois la France, par sa volonté de jeune homme arménien épris de Baudelaire et de Victor Hugo, puis par son sang versé pour notre pays.” Ce n’est pas faire honneur à sa mémoire que de continuer à imposer cette idée erronée d’une Résistance toute entière unie dans son patriotisme derrière le képi du général De Gaulle.

Missak et ses camarades sont représentatifs de toute une génération de militants ouvriers juifs de Pologne venus en France à partir des années ’20 et qui a adhéré au stalinisme, persuadée de rejoindre les rangs de la révolution. Leur idéal communiste fut peu à peu mis à rude épreuve par les zigzags de la politique stalinienne ou encore par les procès de Moscou et les grandes purges des années ’30 en URSS.

Tout d’abord regroupés dans la Main d’Oeuvre Etrangère (M.O.E.) du Parti communiste, qui deviendra la Main d’Oeuvre Immigrée (M.O.I.), ils participent au “nettoyage” des milieux juifs, notamment des influences trotskystes. Mais à mesure que le drapeau rouge est échangé pour le tricolore, tout particulièrement autour du gouvernement de Front populaire, ils n’en deviennent pas moins suspects aux yeux de la direction du parti. La “sous-section juive” est dissoute en 1937, alors que bon nombre de ses membres se battent en Espagne contre l’insurrection fasciste de Franco.

Le 23 août 1939 est signé le pacte Hitler-Staline. La nouvelle est effroyable pour les communistes juifs. Comme l’explique René Revol : “Tous ces militants, qui ont chassé les trotskystes, approuvé l’élimination de la vieille garde, combattu en Espagne (…) sont ébranlés par le pacte, isolés de leur parti, étonnés, quand ils la lisent, de voir que l’Humanité [le quotidien du Parti communiste] n’attaque pas Hitler. Ils restent fidèles à leur parti, mais en même temps mettent en place des structures clandestines, d’aide, d’assistance, mais aussi de combat pour, le moment venu, se trouver prêts.”(1)

Les Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI)

En octobre 1940, sous l’Occupation, ils s’étonnent encore de l’absence de consigne de la part du PCF devant l’obligation faite aux Juifs de se faire recenser au commissariat de leur quartier. Peu à peu, ils passent à la clandestinité. Certains prennent part à la puissante grève des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais de 1941.

“Le 22 juin 1941, quand tombe la nouvelle de l’attaque de la Wehrmacht [sur l’Union soviétique], on peut affirmer que les hommes du MOI sont prêts au combat, plus que le PCF, plus que Staline, qui refusa d’abord de croire la nouvelle”, souligne René Révol. Quand le PCF lance l’organisation des Francs-Tireurs et Partisans (FTP) fin 1941 sous la direction de Charles Tillon, la plupart des groupes sont en fait des Francs-Tireurs et Partisans – Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI). Ces groupes d’étrangers réalisent en 1942 et 1943 autour de 80% des actions armées et des sabotages des FTP.

Leur activité a pourtant consciemment été oubliée après-guerre tant par Charles Tillon que par les historiens officiels du PCF. Roger Pannequin, ancien commandant des FTP du Nord, explique les choses ainsi : “C’est véritablement pour des raisons nationalistes étroites que l’on a fait disparaitre les particularités des groupes immigrés. Cela permettait d’ajouter le “F” [français] à FTP pour faire FTPF. Or, il n’y a jamais eu de FTPF. Il faut y insister. Le “F” n’est venu qu’après la Libération, parce qu’il fallait démontrer qu’on était nationalistes bon teint. C’est alors que l’on a fait disparaître les noms de tous les membres qui ont fait les plus gros coups (…). Quand il fallait un communiqué, c’étaient les gars de la MOI qu’on envoyait au casse-pipe (…). C’est pour faire oublier la trahison, la politique de collaboration non avouée, mais réelle, avec les hitlériens que l’on a donné l’ordre de foncer tête baissée en 1942, que l’on a exécuté les missions les plus insensées et avec, en première ligne, les immigrés.”(2)

Staline et la fin de la guerre

La victoire sur le nazisme laisse présager une vague de soulèvements populaires et de révolutions. Pour la bureaucratie soviétique, le risque est grand de voir ses privilèges remis en question. Avec Staline à sa tête, elle préfère se partager le gâteau de la victoire à venir avec les puissances alliées, en passant totalement par-dessus la tête des travailleurs des pays concernés. En gage de bonne volonté envers Churchill et Roosevelt, l’Internationale communiste est d’ailleurs dissoute en 1943(3).

En France, le PCF épouse cette dynamique de collaboration de classes. Il adopte un cours ultranationaliste et cherchera à entrer dans le gouvernement provisoire français mis en place à Alger en 1944. Celles et ceux pour qui la résistance n’avait de sens que comme prémisse de la révolution deviennent des menaces. Ils doivent être écrasés, d’autant plus qu’à côté de militants staliniens se trouvent des combattants aux sensibilités politiques suspectes. Ainsi, au côté de Missak Manouchian se trouvent notamment Arpen Tavitian, un ancien officier de l’Armée rouge au passé trotskyste(4), ou encore quelques anarchistes espagnols.

Peu à peu, tandis que l’essentiel des unités de FTP sont transférées au “maquis”, les survivants des groupes immigrés se retrouvent seuls dans les villes à affronter la répression alors que les ordres les poussent à enchaîner les actions spectaculaires. A l’été 1943, les quatre détachements FTP-MOI dirigés par Manouchian sont les seuls restants à Paris. Les raisons exactes de leur arrestation font toujours débat. Pour Mélinée Manouchian, le Parti communiste a tout simplement livré son mari et ses camarades à la police. Mais il ne fait aucun doute que leur exécution est la conséquence directe de leur lâchage par le parti.

La contradiction politique entre le PCF et ces militants internationalistes est crument illustrée par le slogan «À chacun son boche!” qui figurait comme titre de L’Humanité en août 1944. Alors qu’ils allaient être fusillés, nombre de membres du groupe Manouchian ont quant à eux crié “Vive le parti communiste allemand”. Dans sa dernière lettre, Missak Manouchian expliquait: “Je proclame que je n’ai aucune haine envers le peuple allemand”.

Lui et ses camarades ne sont pas morts “pour la France”. Leur vie était consacrée à la lutte pour le socialisme. Leur engagement sincère s’est retrouvé sacrifié au nom de la défense sordide des intérêts de la bureaucratie stalinienne et c’est aujourd’hui Macron qui veut instrumentaliser leur combat en en limant toute aspérité politique. La meilleure façon de leur rendre hommage, c’est de reprendre et poursuivre leur lutte, jusqu’au jour où, comme ce fut le cas lors de la Commune de Paris en 1871, le drapeau rouge flottera à nouveau sur le Panthéon.

  1. René Revol, “Derrière l’affaire manouchian: le dévoiement d’une génération”, Cahiers Léon Trotsky n°23, septembre 1985.
  2. Maurice Farjus, “L’An prochain, la révolution – Les communistes juifs immigrés dans la tourmente stalinienne 1930-1945”, Editions Mazarine, 1985, cité dans les Cahiers Léon Trotsky n°23
  3. Sans que les partis communistes concernés ne soient consultés!
  4. Guy Van Sinoy, “Arpen Tavitian – De l’Armée Rouge… à l’Affiche Rouge”, Lutte Socialiste n° 247 (décembre 2019-janvier 2020).

Personne n’est libre tant que tout le monde ne l’est pas !

C’est tout le système qui est coupable !

Alors que les ressources viennent à manquer, que les massacres tel qu’à Gaza se poursuivent dans l’inaction du gouvernement et que des mouvements sociaux dénoncent les 1% qui s’enrichissent, le système capitaliste, qui repose notamment sur le patriarcat, s’acharne à polluer notre air et nos luttes. En face, unifions-nous dans une offensive féministe anticapitaliste et socialiste pour lutter contre l’austérité et la répression d’Etat !

Par Laura (Paris)

« Victoire ! » on s’écrie depuis le trocadéro ce lundi 4 mars. Les sourires et les accolades fusent alors que l’IVG est inscrite dans la Constitution de la Vème République. Merci à nous féministes ! Le chef du gouvernement salue dans la foulée une “fierté française” et un “message universel”. Pause. Retour en arrière. « Réarmement démographique » : voilà l’expression employée par Macron le 16 janvier dernier. Comment expliquer la coexistence de ces politiques d’apparence opposées ?

Le combat ne s’arrête pas

Emmanuel Macron n’a pas été frappé d’un éveil féministe un soir à Versailles après avoir lu Annie Ernaux. Le vote de l’IVG est une tentative de récupération politique de la lutte féministe auto-organisée, ici pour le compte de l’Etat. Un Etat qui a d’ailleurs empêché au Parlement européen en décembre dernier l’inclusion du non-consentement dans la définition du viol. Un Etat qui encourage le contrôle et la stérilisation des corps à Mayotte. On célèbre le vote de l’IVG dans la constitution, nous avons cruellement besoin de fêter toute victoire. Mais on garde aussi en tête le contenu et le contexte stratégique de cette procédure, à 4 mois des élections européennes.

C’est bien la liberté et non le droit d’avorter qui est inscrite dans la loi. Garantir le droit à l’IVG aurait tenu l’Etat juridiquement responsable de l’effectivité et de l’accessibilité de l’avortement dans toute la France. En choisissant le terme « liberté », la macronie s’offre une image progressiste tout en limitant les efforts réels et la protection du droit d’avorter en cas de vote d’une restriction à son accès.

D’ailleurs, le sexisme perdure et ses manifestations les plus violentes s’aggravent comme le montre entre autres le rapport de 2023 du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. La conclusion de ces travaux est claire : il faut agir en urgence aux racines du problème. Les violences racistes, sexistes, et queerphobes historiquement ancrées en France augmentent aujourd’hui du fait de l’agenda conservateur et réactionnaire de la macronie.

La droitisation du « sans étiquette »

Macron joue sur tous les plans depuis ses débuts avec son fameux positionnement opportuniste du « ni trop à gauche, ni trop à droite ». Si c’est cet anti-conformisme apparent qui l’a amené au pouvoir, il n’en ressort pas moins dans les faits un bilan de 7 ans (déjà…!) de politiques néolibérales, répressives et réactionnaires à la recherche de boucs émissaires. La stratégie : faire copain-copain avec la droite tradi LR, récolter les votes du RN quand il le faut et se distinguer de ces derniers quand il le faut pour rester au pouvoir. La constitutionnalisation de la liberté de recourir à une IVG pour les femmes n’éclipse pas la baisse des budgets dans l’Hôpital public, la baisse du nombre de centres de santé pratiquant l’IVG, le manque de praticien.nes, les disparités d’accès, l’exclusion des personnes non binaires et hommes trans du texte, ou encore la violence du lobbying anti-IVG (désinformation, harcèlement et saccages de locaux).

Précarisation généralisée

Les attaques envers les acquis des luttes ouvrières ne se comptent plus : report de l’âge de la retraite, encouragement des contrats courts (intérim, CDD, indépendant) et des stages longs, durcissement de l’accès au RSA avec France Travail, dépendance aux lobbies industriels, etc. Les politiques antisociales se succèdent pendant que des milliards partent dans la préparation des Jeux Olympiques de la honte et que l’argent coule à flot vers la classe dirigeante. Pourquoi s’étonner ? 50% des ministres du gouvernement de Macron sont millionnaires!

Les profits se font notamment sur le dos du travail non payé des femmes dans les foyers et sur les lieux de travail, notamment dans les secteurs des soins et du lien, de l’éducation et de la vente, ainsi que dans les service publics – des femmes qui ont en même temps à charge l’éducation et le soin des enfants, ainsi que les tâches ménagères en écrasante majorité. Le sous-financement des services publics (secteur où travaillent majoritairement des femmes) augmente considérablement la double journée de travail des femmes.
Autant de points qui illustrent l’exacerbation de logiques néolibérales entamées depuis les années 1980 dont Macron est l’héritier et le fervent défenseur (un ancien banquier d’affaires chez Rothschild & Cie).

Par ailleurs, le capitalisme n’a aucun intérêt à concéder des droits aux femmes travailleuses, et ne l’a fait que sous pression, parce que ces dernières se sont mobilisées dans la rue. Le capitalisme a tout intérêt à nous faire miroiter de petites avancées quand, dans les faits, le plus gros du problème ne bouge pas.

Répression à tout va

La récente diffusion de discours réactionnaires décomplexés, de la part du gouvernement de Macron et de partis alliés à droite et de l’extrême droite, sont à analyser comme le retour de bâton d’élites qui sentent leur système menacé et qui cherchent à semer la haine et la peur.

Avec l’abaya interdite en septembre 2023, ce sont les femmes musulmanes qui ont été visées, dans un souci de division par le gouvernement, qui ne cesse d’accroître son islamophobie. Ainsi que son sexisme, par exemple en interdisant l’écriture inclusive dans les textes de loi ou encore notamment avec la récente décision de correctionnaliser le viol, qui relègue le viol à un crime “de 2ème division”, un “sous-crime” qui sera jugé de manière encore plus expéditive, avec moins de temps d’écoute des victimes. Aussi, quand le scandale Depardieu éclate enfin, Macron prend la défense de cet agresseur dans un discours banalisant les VSS et crache ainsi au visage de toutes les femmes victimes de violences patriarcales. Voilà pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, soit-disant “grande cause nationale” de la macronie … Le féminisme est ainsi utilisé par les décideurs comme une variable d’ajustement.

Macron condamne ces “radicaux” que nous sommes – tantôt éco-terroristes, wokistes, hystériques – et assure la résolution par la réforme en condamnant les discours révolutionnaires pour justifier la répression des mouvements qui critique son monde.

Le contre-backlash féministe

La rapidité et la puissance avec laquelle les militant.es féministes répliquent aux discours et actions réactionnaires est inédite. Aujourd’hui le discours féministe joue des coudes et se fait sa place dans les médias traditionnels pour dire que non, ça ne va pas “bien se passer”, non, pas alors que des centaines de femmes meurent frappées par des hommes en France chez années.

Le scandale Depardieu Plus récemment la prise de parole de Judith Godrèche contre l’homme réalisateur qui l’a agressée sexuellement et entraînée dans une relation d’emprise alors qu’elle était mineure et Un #metoo dans le cinéma français. Quand Cnews diffuse des chiffres mensongers et assimile l’avortement à un meurtre, c’est des journalistes comme Salomé Saquée sur Instagram, et même Laurence Ferrari, qui travaille au sein de la chaîne, qui respectivement alertent et déplorent ces actes ultra-conservateurs qui visent à contrôler nos corps.

Fort potentiel de lutte

Il devient de plus en plus difficile pour les décideur.euses politiques de convaincre que l’organisation actuelle des sociétés est le meilleur (ou du moins le “moins pire”) que l’on puisse faire collectivement. Les inégalités de revenus, l’instabilité des prix et la précarité accrue des minorités de genre et racisé.es suivent des logiques capitalistes que de multiples réformes ont échoué à endiguer. La critique radicale, en profondeur, à la racine économique des oppressions est majoritairement défendue au sein des mouvements militants féministes. C’est un constat de crise et de lutte que l’on peut faire à l’échelle du monde, à l’heure où éclatent des mouvements de révolte un peu partout sur la planète.

La convergence des luttes

Le féminisme socialiste considère les violences basées sur le sexe, la sexualité, et l’expression de genre dans le cadre de l’oppression et l’exploitation systémique de la classe travailleuse. Misogynie, racisme, LGBTQIA+phobie : toutes ces formes de violence sont perpétuées par le système capitaliste dans un même but : diviser pour mieux régner. C’était Bell Hooks, éminente militante féministe antiraciste qui dénoncait : “le patriarcat capitaliste impérialiste suprémaciste blanc”, un système qui ne peut être compris et combattu qu’avec une analyse de classe comme point de départ. En promouvant la convergence de nos luttes féministes, antiracistes, anti-validistes, anti-LGBTQIA+phobie, écologistes autour de la puissance de changement que représente l’entrée en action de la classe travailleuse, on argumente qu’un changement radical de tout ce système mortifère est nécessaire et urgent.

Nous rejettons la transphobie et les discours de haine émis par le cis-tème contre le “wokisme” et la “théorie du genre”, des concepts employés pour caricaturer et affaiblir le combat contre les discriminations. Ces discours réactionnaires prouvent que les droits inaliénables à l’autodétermination de soi et de son corps sont en péril constant sous le système capitaliste actuel, oppressif par nature. Ils renforcent la confiance des forces de droite dans leur capacité à aller toujours un pas plus loin et à de l’agression verbale à l’agression physique.

Non aux politiques instrumentalisant la lutte contre l’antisémitisme pour justifier leur islamophobie, leur racisme, leur violence de guerre et leur soutien à l’Etat impérialiste israélien ! Rejetons la récupération de nos luttes par les opportunistes de droite et d’extrême droite ! On le voit depuis plusieurs années dans les manifestations contre la précarisation et le sexisme, contre la réforme des retraites, contre le meurtre policier de Nahel, et contre les destructions écologiques : nos droits d’expression et de protestation sont de plus en plus réprimés par le gouvernement et sa police. Notre seul recours est de réaliser nos situations et aspirations communes pour agir collectivement entre travailleurs et travailleuses, en nous organisant dans les syndicats, et en intervenant avec une approche anticapitaliste et révolutionnaire dans les manifs contre l’impérialisme et en soutien aux populations opprimées!

Il est crucial que les organisations de la classe ouvrière refusent le jeu de la droite réactionnaire. Notre unité est notre force et nous devons dénoncer toute tentative de la part du système actuel de stigmatiser et de prendre à part certain.es catégories de populations et individus. Notre positionnement radical anticapitaliste, anticolonial/antiraciste, anti-transphobe et anti-sexiste vise à unir toutes les personnes victimes d’oppression dans la lutte.

Nous devons cultiver une unité dans la lutte contre les oppressions et les exploitations, en veillant à ne jamais laisser personne derrière. En repérant, analysant et dénonçant les graines de la discorde plantées par les réactionnaires pour nous désunir; nous prévenons la division de notre classe. De l’histoire des luttes sociales, on peut tirer ici deux conclusions : 1) la grève féministe est un levier d’action au potentiel révolutionnaire qui demande la participation de toustes dans tous les secteurs pour faire basculer le rapport de force, 2) les syndicats des travailleur.euses doivent impérativement assumer un rôle non pas de modération mais de motivation des luttes 3) la solidarité internationale des féministes, travailleur.euses et personnes opprimées du monde entier doit être davantage renforcée et coordonnée pour faire face aux crises capitalistes qui détruisent notre planète. La coordination féministe de la manifestation du 8 mars 2024 est une illustration de ces convictions, résultat du travail commun de centaines d’organisations féministes.

Pour un féminisme anticapitaliste et socialiste

  1. Retour de la retraite à 60 ans et pension minimale de 1400€ net. Pour un salaire minimum à 2000€ net, l’augmentation immédiate de tous les salaires de 10% et le retour de l’échelle mobile des salaires. Plaçons les secteurs à bas salaires sous contrôle public pour assurer un véritable statut au personnel, avec un bon salaire et de bonnes conditions de travail.
  2. Un emploi garanti et du temps pour vivre : pour une réduction collective du temps de travail, sans diminution des salaires, avec embauches compensatoires et diminution des cadences. Pour l’indépendance économique des femmes et la fin des emplois précaires.
  3. 2 milliards d’euros par an pour lutter contre les violences faites aux femmes et toutes les formes de LGBTQIA+phobie, y compris la transphobie ; pour des campagnes de prévention et la construction de centres de refuges et places d’accueil, accessibles à tou.te.s. Chacun.e doit avoir accès à un logement digne (contre la loi sur le logement Kasbarian-Bergé qui criminalise les locataires et occupantes précaires mises dans l’illégalité en accélérant les mises à la rue) et à pouvoir se déplacer en transport public gratuit, en toute sécurité.
  4. Pour un plan d’investissements publics massifs dans les secteurs du soin et du lien, dans l’éducation, les logements sociaux, les transports publics durables, ainsi que dans les mesures de protection du climat. Les services publics doivent répondre aux besoins ; ils doivent être de qualité, accessibles à tou.te.s, à moins de 30 minutes de son lieu d’habitation.
  5. Contre la double journée de travail des femmes : pour la socialisation des tâches domestiques, notamment via des cantines publiques de qualité, des blanchisseries publiques et un système de garde d’enfants gratuit.
  6. Les femmes ne sont pas des objets. Stop à la marchandisation du corps.
  7. Pour des droits sexuels et reproductifs complets – des ressources suffisantes pour l’éducation sexuelle, la contraception et l’accès à des avortements gratuits et sûrs (avec le maintien et la réouverture de maternités et hôpitaux de proximité), ainsi que la possibilité d’élever des enfants sans vivre dans la pauvreté !
  8. Pour un féminisme socialiste internationaliste et antiraciste ! Il n’existe pas de capitalisme sans sexisme, racisme, homophobie, transphobie, etc. Pour l’unité de chaque personne, travailleuse.eur.s et jeunes, d’origine française ou étrangère, … contre ce système qui ne sert que les intérêts d’une minorité de super-riches. Pour la régularisation des personnes sans papiers et leur accession à un logement décent, un emploi.
  9. Pour la fin des inégalités sociales – ce n’est que si nous possédons l’économie que nous pourrons arrêter l’exploitation. Pour la nationalisation des secteurs de l’énergie et des banques sous le contrôle et la gestion démocratique de la classe ouvrière.
  10. Nous avons besoin d’une économie publique et écologiquement planifiée avec un véritable contrôle démocratique par les travailleuse.eur.s et la société dans son ensemble pour créer des millions d’emplois bien payés et durables et construire une nouvelle économie verte. Pour une société socialiste démocratique basée sur les besoins de la classe travailleuse, des jeunes, des opprimé.e.s et de notre planète.

Palestine-Israël, quelques leçons de l’histoire de l’oppression des masses palestiniennes

Contre l’impasse de l’impérialisme, l’issue de la classe travailleuse

C’est un véritable enfer qui continue de s’abattre sur Gaza. En à peine plus de trois mois, approximativement 1,5% de la population a été tuée, pourcentage similaire à celui des personnes qui ont trouvé la mort en France durant les cinq ans qu’a duré la Seconde guerre mondiale. Parmi les morts, environ 75 % de femmes, enfants et vieillards.

par Nicolas Croes (ASI en Belgique, Rédacteur en chef de Lutte Socialiste)

Après 43 jours passés dans les hôpitaux du nord de la bande de Gaza, Ghassan Abu Sitta, un chirurgien britannico-palestinien spécialisé dans les blessures de guerre, a expliqué que l’intensité de l’offensive israélienne dépasse tout ce qu’il a déjà connu précédemment à Gaza, en Irak, en Syrie, au Yémen ou encore au sud-Liban. « C’est la différence entre une inondation et un tsunami, l’ampleur est complètement différente », a-t-il commenté à l’agence de presse AFP.

Il assure également avoir soigné des brûlures au phosphore blanc, une arme chimique proscrite par le droit international à la blessure très caractéristique puisqu’elle « continue de brûler jusqu’aux parties les plus profondes du corps, jusqu’à atteindre l’os. » L’ONG britannique Save the Children a indiqué qu’en trois mois de bombardement, l’armée israélienne avait tué à Gaza un nombre d’enfants supérieur à celui des enfants tués chaque année depuis 2019 dans toutes les zones de conflit du monde. Le prétexte officiel du gouvernement israélien « d’éradiquer » le Hamas est parfaitement grotesque.

C’est d’autant plus hypocrite que le Hamas a longtemps été favorisé par les autorités israéliennes et le Mossad, les services secrets extérieurs israéliens, dans le but d’affaiblir le Fatah de Yasser Arafat et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Quand, en 1981, le gouvernement égyptien a expulsé des dizaines de militants islamistes égyptiens après l’assassinat du dictateur El-Sadate (tué notamment en raison de son rapprochement avec Israël), Ariel Sharon, ministre de la Défense de l’époque, les a autorisés à s’installer à Gaza. Nombre d’entre eux seront ensuite dirigeants du Hamas et du Djihad islamique.

Peu après, Israël a autorisé (il serait même question d’un soutien matériel) la construction de l’immeuble de l’Association islamique dont les membres allaient régulièrement saccager les bureaux du Croissant rouge palestinien, proche du Parti communiste et de l’OLP. Pour le journaliste Charles Enderlin « La bienveillance israélienne ira jusqu’à juguler l’opposition aux islamistes. Les étudiants qui osent leur porter la contradiction au cours de débats publics se retrouveront derrière les barreaux. »(1) Le soutien aux fondamentalistes islamistes afin de saper celui dont disposent les forces de gauche ou nationalistes figurait en bonne place dans les manuels de la CIA et de ses alliés. En Afghanistan, c’est la même logique qui a poussé les États-Unis à soutenir avec enthousiasme le développement des talibans. Des fondamentalistes religieux aux narcotrafiquants, l’impérialisme a créé de nombreux monstres de Frankenstein à travers le monde.

Dans l’espoir d’obtenir elles-mêmes une part du gâteau, les élites régionales ont accepté l’oppression impérialiste. La Jordanie avait manœuvré pour accaparer la Cisjordnaie, le roi Abdallah payant de sa vie en 1951 sa rivalité avec l’indépendantisme palestinien. Israël a reçu des renseignements cruciaux d’Hassan II du Maroc (avant la guerre des six jours) et d’Hussein de Jordanie (avant la guerre du Kippour). À la suite des accords d’Oslo (1993), la direction de l’OLP a accepté de devenir le sous-traitant de l’occupation israélienne. À l’exception de l’Iran, les régimes de la région ont peu à peu normalisé leurs relations avec l’État israélien tandis que les Nations unies consolidaient l’occupation.

Le droit du peuple palestinien à l’autodétermination n’était réellement à l’ordre du jour que lorsque la lutte de masse l’imposait. Ce fut le cas lors de la grève générale de 1936 et de la première Intifada (1987-93). À chaque fois, les masses se sont organisées à partir de la base et ont pu compter sur une solidarité régionale et internationale croissante.

Plus fondamentalement, il est évidemment impossible d’en finir avec les violences sans en finir avec le régime d’occupation et avec l’oppression des masses palestiniennes. La responsabilité en incombe bien sûr à l’État sioniste d’Israël, mais également aux puissances impérialistes ainsi qu’aux régimes dictatoriaux arabes de la région.

L’autodétermination palestinienne sabotée par les grandes puissances et les élites régionales depuis plus d’un siècle

Avant même la fin de la Première guerre mondiale, la France et le Royaume-Uni se sont entendus, avec l’aval de la Russie tsariste, sur le dépeçage de l’Empire Ottoman et l’extension de leur domination coloniale. En mai 1916 déjà, les accords secrets Sykes-Picot prévoyaient de découper le Proche-Orient en plusieurs zones d’influence ou d’administration directe, contrairement aux promesses d’indépendance faites au porte-parole de la nation arabe, le chérif Hussein.

Si ces accords secrets ont été révélés au grand jour, c’est grâce à la révolution russe de 1917. Le premier décret du pouvoir soviétique, le décret sur la paix, avait proclamé l’opposition à toute diplomatie secrète impérialiste. Pour la première fois, une loi proclamait l’égalité de toutes les nations et leur droit à l’autodétermination. Les actes ont suivi avec l’octroi de l’indépendance à la Finlande, à la Pologne et à d’autres pays précédemment intégrés de force dans l’Empire de Russie.

Les accords Sykes-Picot ont été qualifiés par Lénine de « traité de brigands coloniaux ». Parmi les documents trouvés figurait une carte traversée de traits de crayon à papier : le prélude à la balkanisation impérialiste de toute la région. C’est Trotsky, en sa qualité de Commissaire du Peuple aux Affaires étrangères, qui a publié le traité dans les journaux soviétiques en novembre 1917 avant que la nouvelle ne fasse également grand bruit à l’étranger.

Les États-nations du Moyen-Orient tels que nous les connaissons aujourd’hui furent dessinés en 1920, à la conférence de San Remo, en fonction des intérêts stratégiques et financiers des impérialismes français et britannique. C’est à cette date que la Palestine s’est retrouvée placée sous mandat britannique. Les terribles bains de sang et horreurs qui affectent toujours aujourd’hui les masses de toute la région découlent directement de là. Les premiers coupables sont à chercher à Londres, Paris et Washington.

Pour tenter de garder leur contrôle de ce découpage arbitraire, les peuples, notamment juifs et arabes, ont été montés les uns contre les autres, à l’image de l’Inde où les Hindouistes ont été opposés aux Musulmans. C’est de cette façon que l’impérialisme s’est toujours imposé : diviser pour mieux régner.

La force de la résistance par en bas : la grève générale de 1936

Hélas, sur place, les dirigeants du mouvement ouvrier sont rentrés dans ce jeu désastreux. En mars 1936, le trotskyste américain Félix Morrow écrivait à ce sujet : « En Palestine aussi, une réorientation décisive du prolétariat juif est nécessaire. Dirigés par le Mapai(2), les travailleurs juifs ont poursuivi la fausse politique de chercher à construire une patrie juive sous le capitalisme. Au nom de cette illusion, ils se sont éloignés de plus en plus de leurs alliés naturels, les paysans et les ouvriers arabes. Dans l’unité permanente au sein de l’Agence juive(3), ces soi-disant dirigeants socialistes-sionistes ont pratiqué la collaboration de classe la plus grossière avec la bourgeoisie juive ; ils se sont prosternés devant l’impérialisme britannique ; ils ont brandi des slogans chauvins de travail juif pour les Juifs seulement et d’achat de produits fabriqués par les Juifs seulement ; ils ont réduit les salaires pour faire face à la concurrence arabe au lieu de s’unir avec les Arabes dans des syndicats uniques ; ils ont dressé des piquets de grève là où les Juifs osaient employer de la main-d’œuvre arabe. Ils ont rendu infiniment plus facile la tâche des classes dirigeantes arabes, qui ont transformé le mécontentement de l’ouvrier arabe pour en faire le vecteur d’émeutes antijuives.

« Ce qu’il faut, si les masses juives veulent faire un pas réel vers une Palestine libre, si les masses juives ne veulent pas être massacrées par une attaque arabe généralisée, c’est mettre fin à la collaboration avec l’impérialisme britannique et la bourgeoisie juive, et se tourner vers l’unité avec les masses arabes. La lutte des Arabes et des Juifs contre l’impérialisme britannique est un slogan qui sera combattu non seulement par les sionistes, mais également par les propriétaires terriens et la bourgeoisie arabes. »(4)

Un mois plus tard éclatait la grande grève de 1936, qui dura 6 mois et mobilisa les masses palestiniennes contre la colonisation, mais aussi pour l’arrêt de l’immigration juive. Des soulèvements anticoloniaux se développaient dans toute la région et, en Syrie, une grève générale venait d’arracher au Mandat français des concessions dans le sens de l’accession à l’indépendance. Mais les dirigeants de la société palestinienne désiraient utiliser les masses comme simple moyen de pression sur l’Angleterre pour obtenir des concessions aux classes supérieures arabes. Celles-ci préféraient largement l’éclatement de révoltes armées (comme ce fut le cas en 1921, 1929, 1933 et 1935) qui ne menaçaient pas leur exploitation des masses pauvres.

La grève prit de court les sionistes, les Britanniques et surtout les chefs palestiniens eux-mêmes. Pendant six mois, les masses palestiniennes ont vécu une organisation et un pouvoir propres, détachés de l’État mandataire. Le mouvement de grève s’est apaisé en octobre et, à partir de là, les éléments de lutte armée ont résolument pris le dessus, y compris entre clans arabes eux-mêmes, jusqu’en 1939, quand l’impérialisme britannique a cédé des concessions limitées pour attirer la population arabe dans son camp dans la guerre contre l’Allemagne nazie.

Durant toute cette période, le Parti communiste palestinien suivait les ordres de Moscou où, en raison de l’isolement de la révolution dans la seule Russie économiquement arriérée et détruite, la bureaucratie avait usurpé le pouvoir. Dans les colonies, la politique stalinienne dictait de suivre docilement les dirigeants nationalistes. Chaque politicien arabe était considéré comme un “combattant sérieux contre l’impérialisme britannique” même si certains d’entre eux avaient pris contact avec l’Allemagne nazie. Les pogroms commis contre les Juifs en Palestine étaient analysés comme autant de « poussées révolutionnaires ».

Après la Seconde guerre mondiale, Staline et l’Union soviétique ont opéré un zigzag en soutenant le Plan de partage de la Palestine présenté à l’ONU en novembre 1947, non seulement de façon diplomatique mais aussi via des livraisons d’armes tchécoslovaques ainsi qu’en favorisant l’émigration des Juifs du bloc de l’Est en constitution. La bureaucratie stalinienne estimait alors qu’il s’agissait du plus sûr moyen d’affaiblir la Grande-Bretagne.

L’impérialisme permet la création de l’État d’Israël

L’intensification des persécutions contre les juifs, la montée du fascisme et l’horrible massacre industrialisé de l’Holocauste ont eu un impact considérable sur les consciences et le débat sur l’État d’Israël. Une grande contradiction existait entre la nécessité pratique d’émigrer pour des millions de Juifs et le manque d’options en termes de destination.

Nos prédécesseurs britanniques du Revolutionnary Communist Party (RCP) se sont opposés au projet. Ils expliquaient en août 1946 dans leur journal Socialist Appeal : « cela soulèverait invariablement le violent antagonisme des Arabes en Palestine et dans tout le Moyen-Orient. L’antisémitisme serait simplement transféré de l’Europe vers les pays arabes. (…) Les impérialistes ferment leur porte mais ils veulent à tout prix décider pour les Arabes. »

A titre d’exemple, entre 1940 et 1948, les États-Unis n’ont accueilli en tout et pour tout que 57.000 Juifs européens. Pourtant, en 1947, un sondage mettait en avant que 50% des survivants des camps de concentration désiraient s’y rendre plutôt qu’en Palestine.(5) Le RCP continuait : « La sainte horreur avec laquelle les puissances alliées ont considéré l’extermination des juifs se révèle totalement hypocrite. Si Staline avait représenté les intérêts véritables du socialisme, il aurait affirmé la volonté de l’URSS d’accueillir les réfugiés désirant trouver un abri en Russie, puisqu’il y a pénurie de main d’œuvre. Mais les frontières de l’URSS restent hermétiquement fermées. De même, la Grande-Bretagne et l’Amérique, malgré leurs énormes richesses et leurs ressources, ne sont pas préparées à donner le droit démocratique d’asile à ceux qui le demandent. Ces pays proposent, au contraire, le palliatif de la Palestine. »(6)

En novembre 1947, la Palestine historique ne comptait plus qu’un tiers de Juifs, répartis à l’époque sur 14 % du territoire. Le Plan de partage de l’ONU prévoyait que la population juive reçoive 55 % du territoire. Cette solution signifiait évidemment le déplacement forcé de centaines de milliers de Palestiniens. Ce fut la Nakba, en 1948, la « catastrophe » : 85% des villages palestiniens ont été vidés de leurs habitants. Dans de nombreux cas, même après la reddition du village, les habitants ont été tués par balles. Au total, plus de 700.000 Palestiniens ont été chassés de chez eux. Aujourd’hui encore, des familles vivent dans des camps de réfugiés aux conditions épouvantables. Pour survivre, l’État juif devait être surmilitarisé et devenir un instrument de l’impérialisme. C’est ainsi que le crime de l’antisémitisme a conduit au crime du sionisme, un crime contre le peuple palestinien.

Quelle stratégie pour la libération palestinienne ?

Nos précurseurs se sont opposés à la création de l’État israélien en Palestine il y a 70 ans, prévoyant qu’il n’apporterait pas la sécurité aux Juifs et qu’il serait synonyme de souffrance pour les Palestiniens. À la veille de la Nakba, une série de grèves avait pourtant transcendé les frontières communautaires, culminant dans une puissante grève générale en 1946 à laquelle ont participé 30.000 travailleurs juifs et arabes. Les grévistes criaient des slogans tels que « L’unité des travailleurs juifs et arabes est la voie de la victoire ». Cette démonstration de force avait mis en évidence le potentiel de développement de la lutte des classes au-delà des tensions nationales.

Le Plan de partage, la guerre et la nouvelle situation qu’elle a créée ont radicalement coupé court à cette tendance à la lutte commune, comme le souhaitaient d’ailleurs les dirigeants sionistes et arabes qui estimaient que cela menaçait leurs privilèges et leur autorité.
Au cours des décennies qui ont suivi, une conscience nationale israélienne s’est développée. La grande majorité de la population est désormais née en Israël et il y existe une classe dirigeante disposant de l’une des forces militaires les plus puissantes et les plus lourdement armées du monde. Mais à ses côtés existe également une classe ouvrière israélienne forte de millions de personnes, qui a le pouvoir potentiel de défier et d’éliminer ses exploiteurs capitalistes sionistes.

La stratégie des organisations palestiniennes a beaucoup reposé sur l’implication des régimes arabes de la région. Quand peu de temps après la création du parti nationaliste et laïc Fatah, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) a été lancée en 1964, ce fut à l’initiative de la Ligue Arabe et autour du projet panarabiste du président égyptien Nasser. Les organisations à la gauche du Fatah se sont essentiellement retrouvées à sa remorque sans défendre de politique ou de stratégie basée sur une indépendance de classe. Quand la guerre des six jours éclatera en 1967, Israël attaquant l’Égypte avec l’accord des États-Unis, l’objectif des dirigeants israéliens était d’affaiblir cette unité arabe. Les élites dirigeantes arabes étaient toutefois déjà fortement divisées, l’impérialisme avait manœuvré pour les monter les unes contre les autres au point de ne plus partager qu’une condamnation rhétorique d’Israël.

Peu de temps après, en 1973, la guerre du Kippour a, elle aussi, été perdue par la coalition arabe, l’Égypte reconnaissant même officiellement Israël et s’engageant sur la voie de la collaboration avec Israël. Cela perdure encore aujourd’hui, notamment avec la fermeture de sa frontière avec la bande de Gaza. Ce fut la fin du projet panarabiste. Peu à peu, les régimes autocratiques arabes en sont venus à considérer que leur intérêt propre était lié au statu quo dans lequel Israël poursuit son projet de colonisation tandis que les États arabes ignoraient la cause palestinienne.

Mais la stratégie des “alliés” régionaux est restée, elle se prolonge encore aujourd’hui avec l’alliance entre l’Iran, pourtant chiite, et le Hamas sunnite. Un des objectifs fondamentaux derrière l’attaque du Hamas du 7 octobre était d’ailleurs de bloquer le processus de normalisation entre Israël et les régimes arabes de la région. Parallèlement à cette stratégie, l’OLP s’est lancé dans une campagne d’attentats, d’actes de piraterie et de prise d’otages, tout particulièrement à partir de la fin des années ‘60.

Ce qui a véritablement mis en difficulté le régime israélien, ce fut la première Intifada (1987-1993). Notre camarade irlandais Peter Hadden, dont l’approche sur la question nationale a été forgée sur l’expérience des « Troubles » en Irlande du Nord, commentait ainsi les événements : « les manifestations de masse et les grèves ont ébranlé l’État israélien à un degré que 25 années de terrorisme de l’OLP n’ont pas réussi à atteindre. » (La révolte de la jeunesse palestinienne, février 1988) Mais, à l’image de la grève générale de 1936, il manquait au mouvement de masse de 87-93 un programme et une direction orientés vers un changement de système. Cela a ouvert la voie à la mascarade des Accords d’Oslo en 1993, où le Fatah a repris la main par crainte de voir une direction alternative émerger des comités de bases nés de l’Intifada. C’est ce manque qu’il convient de combler aujourd’hui.

Il est évident que l’action de masse ne va pas venir dans un premier temps de Gaza, noyée sous un déluge de bombes. Mais la résistance internationale a un rôle à jouer. En 1982, durant l’invasion israélienne du Liban pour déloger l’OLP de Beyrouth, qui a notamment conduit au massacre de Sabra et Chatila, les protestations internationales ont mis pression sur le plus proche allié de l’État israélien, les États-Unis, qui ont considéré de stopper la livraison d’armes à Israël.(6) Reagan avait dit au gouvernement israélien que l’opinion était « contre nous ». Le régime israélien n’écoutera pas la colère internationale, mais il est sensible à ce soutien de l’impérialisme étasunien. Cela pourrait redonner un souffle aux masses palestiniennes.

Le socialisme et la résolution des conflits nationaux

Sur une base capitaliste, ni un ni deux États n’offrent une solution à l’oppression nationale. Dans le contexte capitaliste du Moyen-Orient, une « solution à deux États » signifie la création d’un État fantoche néocolonial pour les Palestiniens sans véritable indépendance nationale ni solution des problèmes fondamentaux auxquels sont confrontées les masses palestiniennes. La libération nationale est indissolublement liée à la libération sociale.

La Palestine est minuscule et ne peut exister qu’en tant que partie d’une totalité économique mondiale. L’objectif à viser, c’est la fin du « régime de Sykes-Picot » qui ne servait que les intérêts de l’impérialisme. La lutte de masse de la classe travailleuse et des pauvres doit redessiner toute la région en respectant le droit à l’autodétermination des peuples et les intérêts de chaque communauté (arabes, amazighs, kurdes, juifs,…). C’est pourquoi nous défendons la construction d’une fédération socialiste volontaire du Moyen-Orient reposant sur des structures étatiques démocratiques nées des mobilisations de masse, à partir de comités démocratiques de lutte, pour en finir avec la trahison des aspirations nationales et sociales par des élites autocratiques. Cela devra être lié à la collectivisation des richesses et grands moyens de production de la région afin d’assurer l’épanouissement de chacun et de la société dans son ensemble.

Au sein de celle-ci, nous défendons de lutter pour deux États palestinien et israélien socialiste, avec droit au retour dans des conditions de vie décente pour les millions de réfugiés qui vivent actuellement en dehors de Palestine, ce qui nécessitera l’extension du territoire de Palestine et e démantèlement des colonies en Cisjordanie. Il s’agit d’une étape nécessaire pour garantir la construction de la confiance nécessaire pour aller plus loin dans la collaboration volontaire. Ce n’est qu’à cette condition que la paix dans la région et la prospérité pour tous seront possibles.

NOTES
1) Quand Israël favorisait le Hamas, par Charles Enderlin, Le Monde, 3 février 2006, disponible sur lemonde.fr
2) Parti des travailleurs de la terre d’Israël, disparu en 1968 par sa fusion avec le Parti travailliste israélien.
3) Organisation sioniste créée en 1929 sous le nom d’Agence juive pour la Palestine pour être l’exécutif de l’Organisation sioniste mondiale en Palestine mandataire britannique.
4) Felix Morrow, For a Socialist Policy on Palestine, marxists.org
5) Alain Gresh et Dominique Vidal, Palestine 47 un partage avorté, Editions complexes, Bruxelles 1987.
6) When Push Comes to Shove: Israel flouts U.S. diplomacy with an attack on Beirut, TIME Magazine, 16 août 1982

Capitalisme et agriculture : qui sème la misère récolte la colère

En France, l’année 2024 démarre avec un mouvement d’ampleur des agriculteurices qui couvait depuis plusieurs mois. Passant d’actions symboliques comme de retourner les panneaux indicateurs aux blocages d’autoroutes mais aussi de magasins et de centrales d’achat, iels ont rapidement obtenu l’annonce de quelques mesures à leur avantage de la part du nouveau Premier ministre français Gabriel Attal. Celles-ci sont toutefois bien loin de suffire pour répondre aux problèmes auxquels font face les paysan·nes. La mobilisation se poursuit et fait tache d’huile vers la Belgique.

Par Tiphaine et Jean

L’étincelle de ce mouvement, c’est le retard des aides de la PAC (Politique Agricole Commune) et la hausse des taxes sur les pesticides et la consommation d’eau. Mais il y a surtout la question de la très faible rémunération des agriculteurices, qui est en train d’empirer sous l’effet de multiples facteurs. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le prix du gazole non routier (GNR, le carburant utilisé dans l’agriculture) a flambé, et le budget 2024 (passé à coup de 49.3 au beau milieu d’une nuit…) prévoit l’augmentation de la taxe sur celui-ci. La demande baisse car l’inflation a fait baisser les dépenses alimentaires des ménages (en particulier le bio et la viande). En septembre est apparue en France la maladie hémorragique épizootique (MHE), et les éleveurses doivent supporter les coûts du vaccin. Suite aux intempéries, beaucoup d’agriculteurices ont dû faire des réparations insuffisamment couvertes par les assurances. Et puis encore les sécheresses à répétition… La liste est longue.

A tout cela s’ajoutent la frustration devant la paperasse, les nombreux contrôles, les réglementations parfois contradictoires, la concurrence avec des pays qui ne sont pas soumis aux mêmes normes, l’endettement pour financer le matériel agricole, et la crise climatique qui rend l’avenir incertain, surtout quand on n’a pas les moyens d’opérer les changements nécessaires pour y adapter son exploitation.

Tout cela ne fait qu’empirer le lourd impact de leur travail sur la santé des agriculteurices. Iels vivent en moyenne plus longtemps que le reste de la population, mais vivent moins longtemps en bonne santé. Un lien a été montré entre l’exposition aux pesticides et les troubles cognitifs ou les bronchites chroniques. Le taux de cancers de la prostate et de maladies de Parkinson sont plus élevés en milieu agricole. Le travail physique provoque des troubles musculo-squelettiques. A cela s’ajoutent l’isolement dû à la difficulté de trouver un·e conjoint·e qui accepte de partager ces dures conditions et le lourd tribut sur la santé mentale. Les suicides sont nombreux chez les agriculteurices. 

L’impasse du marché capitaliste

A un bout de la chaîne, les paysan·nes peinent à survivre. A l’autre, les ménages subissent l’augmentation du prix des denrées. Entre les deux, il y a les industriels et les distributeurs qui savent profiter de la crise. D’après un rapport du Sénat français de juillet 2022, « Certains distributeurs appliquent des hausses de prix de vente dans leurs rayons alors même qu’ils n’ont pas signé de hausse de tarif d’achat du produit avec le fournisseur. Ces pratiques seraient facilitées par le fait que les consommateurs s’attendent, de toute façon, à constater une forte inflation dans les rayons ».

Bien entendu, les négociations de prix entre producteurs et industriels ou distributeurs n’ont pas le même effet pour les gros exploitants et pour les petits. Les grandes exploitations (gros céréaliers, élevages intensifs…) bénéficient d’économies d’échelles que n’ont pas les paysan·nes. Par la concurrence, l’agrobusiness fait donc baisser les prix en dessous du taux rémunérateur pour les petits exploitants, qui survivent malgré cela grâce aux aides publiques. Les prix du marché reposent sur le temps de travail socialement nécessaire pour les produits, mais au niveau mondial. Cela ne représente pas les coûts de production d’un petit producteur. Il se voit donc obligé de vendre en dessous de son prix de revient. Ces aides, qui permettent à peine aux agriculteurices de vivre, c’est en fait la différence entre ce que le distributeur paie et la valeur des produits – un vrai cadeau à ces derniers.

Avec les lois Egalim (pour “équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable”), l’État a imposé certaines règles dans les négociations entre industriels, dans le but de protéger le revenu des producteurs. Ces lois sont non seulement vaines, mais également non appliquées. Et d’après le rapport du Sénat cité plus haut, elles ont également l’effet secondaire d’être inflationnistes. Dans le cadre du libre-échange capitaliste, chaque tentative de solution ne fait que déplacer le problème ailleurs…

Mais comme l’explique la Confédération paysanne, “[cette loi] ne garantit pas une couverture des coûts de production agricoles qui inclut une rémunération paysanne digne et équitable… il faut enfin agir à la racine, c’est-à-dire interdire l’achat des produits agricoles en-dessous de leur prix de revient,au lieu d’attendre un hypothétique ruissellement dans des filières alimentaires opaques. Espérer que l’industrie et la grande distribution s’accordent entre elles pour protéger le revenu paysan est une tartufferie ou le signe d’une méconnaissance complète de la réalité.”

L’achat des produits agricoles en-dessous de leur prix de revient est la clé du problème de la rémunération. Mais comment pourrait-ce être “interdit”? En économie capitaliste, obliger plusieurs branches d’industrie à s’écarter de la formation des prix ne pourrait être que temporaire. De plus, celles-ci répercuteraient l’augmentation sur le prix à la consommation, ce qui ferait baisser la demande et serait le prétexte à une nouvelle baisse des prix payés au producteur. Pour imposer des prix rémunérateurs sur le long terme, il faudrait prendre le contrôle de l’agro-industrie et des distributeurs, c’est-à-dire les nationaliser.

Le capitalisme est un système instable qui obéit à ses propres lois basées sur l’anarchie de la production. Dans ce cadre, les dirigeants font des tentatives pour stabiliser les marchés, réguler… Par exemple, les quotas sur le lait, les pommes de terre et les betteraves, que la PAC vient de supprimer, donnaient une certaine stabilité au prix payé au producteur. Mais c’était une forme de planification bureaucratique qui équilibrait les excédents en les revendant à prix cassés. Ce dont nous avons besoin, c’est de sortir de l’anarchie du marché avec une planification démocratique basée sur les besoins réels et à laquelle les agriculteurices prendraient part.

L’agrobusiness tente de garder la tête du mouvement

A la tête du mouvement, il y a la FNSEA, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles. Si la force du mouvement, ce sont les petits agriculteurices qui protestent contre les faibles revenus et les difficultés, la FNSEA représente surtout les intérêts de l’agro-business. Ses prises de positions sont productivistes et anti-écologistes, notamment en faveur de l’agriculture intensive, des pesticides et des grandes-bassines. Ayant une forte influence sur le gouvernement, elle a notamment été derrière la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre. Son président, Arnaud Rousseau, est président du conseil d’administration du groupe agro-industriel Avril, quatrième entreprise agroalimentaire française, chiffre d’affaire 9 milliards d’euros en 2022.

Si la FNSEA est majoritaire chez les agriculteurices, il faut différencier la direction de FNSEA formée d’agro-industriels de ses 212.000 adhérents, dont beaucoup sont de petits exploitant·es. Certains l’ont rejoint pour faire partie du réseau d’agriculteurices et bénéficier des services du syndicat plutôt que par conviction de son programme productiviste et anti-environnemental ou en soutien de ses activités de lobbying. Au niveau départemental, les FDSEA ont une certaine autonomie – le blocage de Paris était à l’initiative de la FDSEA locale, tandis que la FNSEA appelle au calme. Sentent-ils que le mouvement pourrait les déborder? Au sein du mouvement actuel, des voix s’élèvent contre la FNSEA et dénoncent notamment sa proximité avec le gouvernement. Certains, tout en partageant la colère de leurs collègues, se sont abstenus de se joindre au mouvement par rejet de la politique de la FNSEA  – mais cela pourrait changer si la voix des petits exploitants commence à devenir dominante.

Cette direction de la FNSEA s’appuie sur la juste colère des paysan·nes écrasé·es par l’inflation, la concurrence, les taxes… Pour faire passer son idéologie à la fois libérale et protectionniste, productiviste et anti-environementale. Et pendant qu’ils se concentrent sur l’abrogation de normes et ne vont pas plus loin que la revendication du respect des lois Egalim, ils passent sous silence le rôle des industriels, des distributeurs et des banques dans la situation dramatique des paysan·nes.

Pour une agriculture écologique et rémunératrice

Précurseur de l’écologie, Karl Marx avait expliqué comment le capitalisme exploite à la fois la Nature et l’être humain. Le monde paysan se trouve au cœur de cette double exploitation. A présent, la droite et les représentant·es de l’agro-business voudraient que les agriculteurices fassent alliance avec le Capital contre la Nature. Mais c’est évidemment d’une alliance avec la Nature contre le Capital dont l’Humanité a besoin pour sa survie.

Le message que la FNSEA et la droite veulent nous faire passer, c’est qu’il existe une incompatibilité totale entre normes écologiques et amélioration de la condition paysanne. En fait, dans tous les aspects de la crise écologique actuelle, le mot d’ordre du capitalisme est : en faire payer le coût aux travailleurs et aux plus pauvres, continuer à détruire la planète si on peut se le permettre. Cette logique s’applique aussi à l’agriculture. Les normes sont une menace pour les petits exploitants pendant que les grands céréaliers assèchent les sols avec leurs mégabassines et que l’élevage intensif continue à polluer, avec toutes les horreurs que cela comporte pour les animaux. Cette exploitation inconsidérée de la Terre menace le futur de l’agriculture, et en fait, notre survie même en tant qu’espèce.

Mais les paysan·nes n’ont aucun intérêt à épuiser la terre dont ils vivent. Si beaucoup de petits exploitants se joignent à la lutte pour l’utilisation des glyphosates et des néonicotinoïdes, ils sont nombreux à militer à des causes écologiques. Ce sont également eux qui expérimentent des manières de produire alternatives comme la permaculture. Il faudrait résolument encourager tou·tes les agriculteurices à prendre cette direction, avec des aides à la transition vers une agriculture écologique à la hauteur des besoins.

Pour notre survie, c’est ce type d’agriculture qui doit se développer et prendre le dessus. Une série d’organisations écologistes a signé une tribune appelant à l’unité du mouvement écologiste et du mouvement paysan et rappellent que ceux-ci ont convergé dans de nombreuses luttes récentes.

Les grands distributeurs pris pour cible

Suite au mouvement de retournement des panneaux, le 5 décembre, Arnaud Rousseau a annoncé avoir obtenu la hausse des taxes sur les pesticides et l’eau a été annulée. Loin de rentrer chez eux, à partir du 18 janvier, les agriculteurices ont continué en élargissant leurs revendications et en organisant des blocages. Les blocages d’autoroute ont fait la Une des journaux, mais la distribution a également été ciblée.

Dans toute la France, des centrales d’achats et magasins d’Auchan, Carrefour, Leclerc, Aldi…  ont été bloquées, de même qu’une usine de Lactalis. A Carrefour Maubeuge, les agriculteurices se sont emparé·es d’une palette de plaquettes de beurre qu’ils ont distribuées gratuitement aux passants. Ces actions envers les magasins permettent d’engager la discussion entre producteurs et consommateurs au sujet de la question des prix. En 2 ans, le prix des produits alimentaires a augmenté de 21%, et 16% des Français·es disent ne pas manger à leur faim.

En ciblant la distribution, il y a moyen de créer une solidarité concrète entre la paysannerie et la classe ouvrière. La CGT appelle à faire converger les revendications des salarié·es, des travailleuses et des travailleurs agricoles et des agricultrices et agriculteurs. Elle appelle aussi à multiplier les grèves pour gagner des augmentations de salaires. Un appel à la grève dans les secteurs de la distribution et de l’industrie agro alimentaire, en solidarité avec les paysannes et sur la question des salaires et de leurs revendications propres, serait un formidable moyen de créer un rapport de force en menaçant leurs profits. 

Des annonces insuffisantes

Le 26 janvier, Attal a annoncé l’annulation de la hausse de la taxe sur le GNR, 10 mesures de « simplification » des normes, et promis de faire respecter la loi Egalim. C’est loin d’être suffisant. La Confédération paysanne continue à appeler à la mobilisation en demandant « des mesures structurelles » avec des prix minimums rémunérateurs garantis et la régulation des marchés. Pour elle, « le Premier ministre répond à des demandes productivistes et à court terme de la FNSEA qui vont affaiblir les normes et accélérer la mise en concurrence entre paysan·nes. Or la préoccupation première sur le terrain est bien de vivre dignement de son métier. La surcharge administrative doit être allégée sans que cela ne remette en cause les normes protectrices pour notre santé, nos droits sociaux et notre planète. »

Pour toutes celles et ceux qui ont participé aux récentes luttes en France, il est surprenant de voir avec quelle rapidité certaines des leurs revendications ont été accordées. Il est encore plus surprenant de constater l’absence de répression du mouvement. Le fait que la mobilisation soit dirigée par un puissant lobby n’y est pas pour rien, mais il y a aussi le fait que le gouvernement utilise le deux-poids-deux-mesures pour entretenir la division entre les différentes sections de la classe travailleuse.

Au moment même où des militants de Sainte-Soline sont jugés, Darmanin a déclaré : « On ne répond pas à la souffrance en envoyant des CRS » et parle de « coups de sang légitimes ». Assez hypocrite quand on repense aux violences policières auxquelles ont fait face des mouvements de colère toute aussi légitime en 2023. Il argue que les paysan·nes ne s’attaquent pas aux bâtiments publics. En fait, il y a bien eu de destructions, notamment une explosion qui a soufflé les vitres de la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) à Carcassonne – deux tags « CAV » (Comité d’Action Viticole), ont été retrouvés sur place. Quand on pousse à bout des centaines de milliers de personnes, comment ne pas s’attendre à ce genre d’actions ? Et les blocages d’autoroutes et opérations escargots ne sont pas qualifiés de « prises d’otages » comme c’est immanquablement le cas lors des grèves de la SNCF. Pour Darmanin, il ne s’agit pas seulement de montrer sa complaisance pour un mouvement dirigé par la FNSEA, mais aussi de creuser la division entre les agriculteurices et les autres travailleurs en rappelant que ces derniers sont de dangereux vandales.

Ce qui pèse aussi dans l’attitude du gouvernement envers les paysan·nes, c’est que plus de 80% des Français·es soutiennent le mouvement – mais pas pour les mêmes raisons. Pour la droite, les paysan·nes représentent l’opposition aux normes et aux régulation, et une vision idéalisée de l’entreprenariat et de l’indépendance économique – mais cette indépendance est loin de la réalité, puisque les paysan·nes sont soumis aux banques envers lesquelles ils et elles sont endettés et aux distributeurs qui imposent les prix. 

Pour l’extrême-droite, c’est l’occasion d’agiter le protectionnisme; mais si celle-ci est prête à dénoncer la concurrence étrangère, elle passe sous silence celle de l’agrobusiness… Et tout ce qu’elle a à dire sur la question de la faim, c’est que les personnes d’origine étrangères ne devraient pas avoir accès aux restos du cœur ni aux aides sociales. Appauvrir l’aile de la classe travailleuse qui ne plaît pas au RN n’aura jamais pour effet d’améliorer la situation des autres couches. 

Pour la classe travailleuse, les paysan·nes sont des travailleur·euses avec une énorme charge de travail pour des revenus extrêmement faibles, qui loin d’être indépendant·es sont exploité·es par différentes branches du capitalisme. Il est crucial de construire la solidarité entre l’ensemble des travailleur·euses, et que la gauche montre la voie de la sortie du capitalisme pour empêcher l’extrême droite de prendre le volant et de nous emmener droit dans le mur.

Un programme de transition socialiste pour l’agriculture

Cette crise souligne l’impasse de l’agriculture sous le capitalisme. En mode « business as usual » l’agriculture est soumise aux fluctuations et aux spéculations du marché mondialisé, ce qui crée régulièrement des situations de crise alimentaire aiguë, surtout lorsque des gros producteurs comme l’Ukraine voient soudainement leur production s’effondrer.

Dans le contexte du changement climatique et des nouvelles réglementations visant à rendre l’agriculture un peu plus verte (même si on est encore loin de ce qu’il faudrait vraiment faire), la situation devient totalement ingérable. Les agriculteurs se retrouvent face à plusieurs défis simultanés :

  • Des surcoûts liés aux nouvelles règles, et à l’augmentation des prix et des taxes sur certains produits.
  • Des surcoûts liés aux conditions d’exploitation dégradées par le changement climatique, les épidémies etc.
  • Un marché rendu instable par les mêmes causes auxquelles s’additionne l’instabilité géopolitique.
  • Une charge financière écrasante qui les empêche souvent de modifier rapidement leur mode de production.

Bref, ils se retrouvent entre le marteau du changement climatique et l’enclume de la nécessité de lutter contre ce même changement, en plus de toutes les autres calamités infligées par le capitalisme. 

Ces contradictions sont encore muselées par la direction du mouvement (aux mains de l’agro-business) mais vont très rapidement éclater au grand jour et poser la question d’un véritable programme de transition verte pour l’agriculture. Parmi les fédérations agricoles qui  sont mobilisées, la Confédération paysanne est sans aucun doute l’organisation qui a la vision de classe la plus affirmée et qui plaide clairement pour une sortie du libre échange, pour une “Sécurité sociale de l’alimentation” et des mesures pour garantir un revenu décent à chaque paysan. C’est sur ce type de fondements que pourra se construire un mouvement paysan capable d’attaquer frontalement le système mortifère qui appauvrit, les sols, la faune, la flore et  toute la population pour le bonheur de quelques poignées d’actionnaires.

Mais il ne suffira pas de “sortir du libre échange” pour régler tous les problèmes des agriculteurs, il faudra prendre en main les secteurs qui les étouffent en amont et en aval. Le programme socialiste pour l’agriculture passera nécessairement par: 

  • Pour un appel à la grève dans les secteurs de l’industrie agroalimentaire et la grande distribution – Unité des travailleur·euses et des paysan·nes face au capitalisme!
  • Nationalisation de l’agro-industrie et du secteur de la distribution sous contrôle des travailleurs pour permettre une production et une distribution démocratiques des produits alimentaires. Celles-ci débarrassées de la logique capitaliste, la planification permettra par les quotas les prix administrés de garantir à la fois des prix rémunérateurs pour les producteurs et des prix abordables pour les consommateurs
  • Développement des coopératives pour l’achat de matériel agricole en commun avec un soutien technique
  • Annulation de la dette des paysans, nationalisation des banques sous contrôle des travailleurspour accompagner économiquement les paysans dans la transition agroécologique et les défis posés par le changement climatique

Bloquons la Loi immigration et le racisme !

Contre l’oppression, l’exploitation et l’extrême-droite :
– Construisons des comités démocratiques locaux de résistance
– Décidons d’un plan d’action en escalade

En France, les 500 familles les plus riches détenaient 1000 milliards d’euros en 2021. Si on augmentait de 500 euros par mois les 26 millions de salarié.e.s, cela représenterait 13 milliards. Soit à peine 1,3% du magot des ultra riches. Voilà. Le reste, c’est de la diversion. 

La loi sur l’immigration constitue l’attaque la plus raciste en France depuis des décennies. Elle est emblématique d’un virage significatif à droite du régime Macron, également visible dans la défense par Macron de Depardieu soi-disant victime d’une ‘‘chasse à l’homme” (!) ou encore dans la composition du nouveau gouvernement. Cette loi est tout droit sortie du petit manuel “diviser pour mieux régner”. D’un côté il fait interdire le port de l’abaya à l’école suivant une vision rétrograde et sexiste de la laïcité de l’Etat (qui promeut la séparation de la religion et de l’Etat, pas de se mêler de ce que portent les jeunes filles), de l’autre il célèbre la Hanoukka à l’Elysée. 

De cette façon, il attise tant l’islamophobie que l’antisémitisme. Sa croisade islamophobe comporte également la répression de la solidarité avec la Palestine et son assimilation au terrorisme. Haine et discorde sont distillées à la base de la société, pour affaiblir la classe travailleuse et sa résistance, qui n’est forte qu’à hauteur de sa solidarité active. Ce qu’il souhaite, c’est développer la réalité raciste déplorable des “deux France” à nouveau légitimement et puissamment révélée et combattue lors des mobilisations antiracistes de l’été dernier après le meurtre policier raciste de Nahel. 

La loi, raciste et méprisable dès le départ, a été considérablement durcie au cours des 18 derniers mois de débat. Aujourd’hui, Le Pen et l’extrême droite qualifient son vote de “victoire idéologique”. Ce développement s’inscrit dans la tendance croissante à droite de Macron et de ses gouvernements. Pour surmonter leur faiblesse parlementaire, ils misent sur la séduction de la droite et de l’extrême-droite. Pour tenter de se consolider une base sociale, même limitée, ils en reprennent la rhétorique. Leurs politiques, de même que l’impunité de la violence policière, ont renforcé la confiance de l’extrême-droite pour passer à l’action violente. 

Mais il existe aussi une raison structurelle. La classe dirigeante, en France comme ailleurs, voit fondre sa base de soutien. Elle doit recourir à un mélange de politique de “diviser pour mieux régner” et de mesures autoritaires pour dévier la colère et détourner l’attention des multiples contradictions d’un système capitaliste à bout de souffle. 

Les tensions inter-impérialistes croissantes bousculent les certitudes géostratégiques. Les dépenses militaires doivent augmenter. L’inflation entraine des profits records chez les multinationales, agroalimentaires notamment, mais peuvent entrainer des explosions sociales. Pareil avec la crise climatique incontrôlable. Les gouvernements ont moins de marge de manoeuvre dans la compétition pour les profits, les marchés et le pouvoir. Pour que le champagne continue à couler et garantir la rentabilité et la compétitivité, il leur faut intensifier leurs attaques contre la classe travailleuse. La loi immigration est une nouvelle tentative cynique d’exploiter les angoisses et la crainte de l’avenir des gens ordinaires afin de protéger les intérêts de ceux-là même qui conduisent la société droit dans le mur. 

Le racisme n’apportera ni sécurité ni stabilité ni vie décente à qui que ce soit parmi la classe travailleuse et la jeunesse. Tout comme le sexisme ou la queerphobie, il vise avant tout à nous diviser. Et tout ce qui nous divise nous affaiblit ! D’autres offensives antisociales sont en préparation, comme la prochaine loi visant à détruire davantage nos conditions de travail présentes et à venir.

Et après ? Encore des coupes budgétaires. Encore moins de soins de santé. Moins d’énergie bon marché. Moins d’enseignement. Moins de transports publics. Moins de services sociaux. Et toujours plus de souffrance et de difficultés. Ça, c’est le cocktail idéal pour plus d’insécurité et des explosions de violence. Et les boucs émissaires, ce seront les personnes réfugiées et les musulmans. Ça, c’est le projet de Macron et de ses maîtres.

Les difficultés socio-économiques augmentent aussi la violence basée sur le genre et contre les personnes opprimées. Les femmes travailleuses et les personnes non-blanches sont parmi les premières victimes de la hausse de la précarité au sein des foyers et de la société en général. Le sexisme, le racisme et d’autres formes d’oppression font partie de l’ADN du capitalisme et sont utilisés pour maintenir la société de classe. Par exemple, alors que les riches et puissants excusent constamment leurs abus flagrants (Depardieu, Gros Lardon, Darmanin, Zemmour etc.), la droite et l’extrême-droite abusent cyniquement des cas de violence sexiste pour promouvoir leur programme haineux et réactionnaire.

Ceux et celles qui luttent courageusement contre la violence et l’injustice capitaliste et le système qui en est à l’origine sont alors réprimés et attaqués par les forces armées et la justice de classe (Saint-Soline, actions Robin des Bois, solidarité avec la Palestine et militantes féministes contre Depardieu) pour protéger la classe dirigeante et maintenir la société de classe.

Dépasser l’expression de la colère en construisant la riposte

Construisons un front uni de la classe ouvrière, de la jeunesse et des personnes opprimées, enraciné dans tous les quartiers ouvriers, les banlieues, les écoles, les universités et les lieux de travail ! Nous devons construire un mouvement dans l’esprit de la lutte contre la réforme des retraites, un mouvement qui combine la force considérable de la classe ouvrière organisée avec la volonté courageuse et inspirante de lutter pour un changement fondamental de la part de la jeunesse et des personnes opprimées, comme exprimé dans les manifestations antiracistes après le meurtre de Nahel.

Inspirons-nous des luttes des sans-papiers qui ont remporté des victoires initiales grâce à leurs grèves courageuses pour la régularisation et ont organisé une assemblée de plus de 100 personnes le 3 janvier à Paris pour se mobiliser en vue des manifestations des 14 et 21 janvier.

Les syndicats devraient suivre cet exemple et organiser des assemblées générales sur les lieux de travail ; les manifestations des 14 et 21 janvier ne devraient pas être divisées, mais constituer les premières étapes d’un plan d’action allant crescendo pour un mouvement où les personnes opprimées, la jeunesse et la classe ouvrière plus largement luttent côte à côte.

Soulignons d’ailleurs à ce titre que si les organisations syndicales avaient compris le réel enjeu derrière l’attaque raciste de l’interdiction du port de l’abaya à la rentrée pour construire la lutte contre le ministre de l’Education Gabriel Attal, nous ne serions que plus forts aujourd’hui pour lutter contre le même individu devenu Premier ministre.

Ne laissons personne de côté pour que personne ne se trompe de colère ! C’est ce qui doit être à l’ordre du jour du mouvement ouvrier organisé. Les exemples édifiants ne manquent pas : les manifestations spontanées contre la loi en décembre, les 32 départements “de gauche” qui ont déclaré leur refus de mettre en oeuvre la préférence nationale pour l’allocation d’autonomie (APA), les comités antifascistes comme dans les Côtes-d’Armor impliquant LFI, les syndicats, les activistes/ groupes féministes et climatiques, les comités de solidarité avec la Palestine dans les universités et les manifestations contre Depardieu qui ont eu lieu dans plus de 35 villes à travers la France le jeudi 11 janvier.

Imaginons ce qui serait possible si ces luttes se rassemblaient dans des comités de résistance locaux contre l’oppression, l’exploitation et l’extrême droite, en utilisant des manifestations, des actions directes et des grèves. Avec une telle organisation collective, nous pourrions également faire pression sur les 32 départements “de gauche” pour qu’ils s’opposent à la loi dans son intégralité – pour qu’ils se déclarent villes sanctuaires – et lier cela à une lutte pour un plan d’investissement massif dans les services publics.

Nous avons besoin d’un type de système différent : une société socialiste démocratique basée sur la planification démocratique et la propriété publique des secteurs clés de l’économie. De cette façon, les conditions matérielles seraient disponibles pour prendre en compte les besoins et l’épanouissement de chaque personne. C’est nous, la majorité sociale, qui devons décider – et prendre les rênes de la société – et non pas une poignée d’ultra riches et leurs marionnettes politiques qui, pour satisfaire la rapacité des capitalistes, sont coupables du pire pour nous empêcher de nous unir contre eux. Car à partir de ce moment, plus rien ne nous serait impossible. Pour une lutte socialiste révolutionnaire.

Interdiction de l’abaya, violences policières racistes, répression du mouvement pro-Palestinien, LGBTQI+phobie… 

Pour une lutte de masse contre les oppressions et le système capitaliste qui s’en nourrit !

L’année qui vient de s’écouler a encore vu s’accroître la violence d’Etat et la répression. Le mouvement des retraites et celui contre les grandes bassines ont été réprimés violemment.  Le gouvernement a répondu au mouvement de colère répondant à un énième mort de la violence policière par… encore plus de violence policière. La rentrée a été marquée par l’interdiction de l’abaya dans les écoles pour masquer le problème des professeurs manquants. De nombreuses manifestations pro-Palestine ont été honteusement interdites.

Par Tiphaine

Tout cela fait partie de la stratégie choisie par Macron de ne même plus faire semblant de jouer selon les règles de la démocratie capitaliste. L’article 49.3 a été utilisé 13 fois cette année! 

Le mouvement contre les retraites a consolidé le camp des travailleurs.e.s contre la classe capitaliste, et bien qu’il n’ait pas gagné, les effets s’en font encore sentir: beaucoup se sont politisé.e.s au cours de ce mouvement et sont resté.e.s organisé.e.s. Pour casser cette unité, le gouvernement tente de nous diviser avec ses attaques racistes, et en poussant à la polarisation. Si tu critiques les forces de l’ordre; si tu ne soutiens pas l’Etat d’Israël; si ta vision de la laïcité n’est pas celle de la droite; si tu t’opposes à la “loi immigration”; si tu portes une robe longue à l’école – alors tu soutiens les terroristes.  

Le NPA ainsi que Danièle Obono (députée LFI) ont été attaqués en justice pour “apologie du terrorisme” pour leurs positions sur le Hamas. Ces positions différent de la nôtre, et nous sommes pour que l’approche de la question soit discutée au sein de la gauche de manière critique, mais il faut s’opposer fermement à cette répression de l’opposition par l’Etat capitaliste qui constitue un dangereux précédent. 

L’interdiction des manifestations pro-palestiniennes et la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre ont toutes deux été invalidées par le Conseil d’Etat ; mais les attaques anti-démocratiques contre les contestataires se déclinent sous de multiples formes, comme le montrent les actions en justice contre les grévistes. 

Les syndicats doivent passer à l’offensive contre les oppressions!

Ne laisser personne de côté en combattant chaque oppression, cela doit être à l’agenda du mouvement ouvrier organisé. La lutte commune de l’ensemble de la classe travailleuse est un formidable moyen de faire tomber les préjugés et les comportements oppressifs. 

En combattant ensemble, nous nous rendons compte que nos intérêts sont communs, et que pour les défendre, nous ne devons pas laisser la classe capitaliste et le gouvernement qui la sert nous diviser sur base de nos origines, nos croyances, notre genre, ou notre orientation sexuelle.

En dehors des oppressions racistes, sexistes ou LGBTQI+phobes, le discours général oppose également les travailleurs.e.s entre leurs diverses couches: privé ou public, employé ou à son compte, régimes spéciaux, cols bleus et cols blancs, quartiers populaires, classe moyenne, situation régulière ou non, chômeurs, étudiant.e.s, mères ou pères au foyer… Les clichés plus ou moins haineux sont nombreux, et ils ont plusieurs avantages pour la classe dominante.

Ces clichés permettent de blâmer l’une ou l’autre couche pour les défaillances du système capitaliste. Si la qualité des services publics baisse, ce n’est pas à cause des coupes budgétaires, c’est parce que les fonctionnaires sont “fainéants”. Si le niveau scolaire est bas, ce n’est pas parce que l’éducation manque de moyens, c’est que nos profs soixante-huitards sont toujours en grève. Si le pouvoir d’achat est faible, c’est que nous payons pour ceux qui ne travaillent pas. S’il y a du chômage, c’est que les gens ne veulent pas travailler.

Cela vise aussi à remplacer le combat collectif pour une meilleure vie par des solutions individuelles qui n’en sont pas : la mère célibataire sous le seuil de pauvreté aurait dû réfléchir avant d’avoir des enfants; le sans-papiers surexploité n’avait qu’à rester dans son pays; l’employé qui se plaint n’a qu’à devenir auto-entrepreneur au lieu de parler de syndicat. 

Actuellement, la cible des préjugés les plus insultants, ce sont les personnes habitant les quartiers populaires socio-économiquement défavorisés où se concentrent de nombreuses populations aux origines immigrées. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, chaque fait négatif est amplifié, généralisé, à partir du seul point de vue des forces de l’ordre ou de journalistes qui cherchent surtout les vues et les clics. Rares sont les journaux qui prennent la peine de donner la parole aux habitant.e.s des quartiers mêmes.

Lors du mouvement des retraites,  de nombreux travailleurs et travailleuses des-dits quartiers se sont mobilisés. Toutefois leur participation a été affaiblie par plusieurs obstacles. Les violences policières contre les manifestants y sont pour quelque chose, les gens des quartiers ne connaissant que trop bien le phénomène. 

Des Musulmanes portant le voile mentionnent également ne pas avoir participé aux mobilisations de peur d’y être mal accueillies à cause de leur tenue vestimentaire. Ceci est un exemple direct de la façon dont, avec son islamophobie, la classe dominante réussit à affaiblir la classe ouvrière.

Mais le plus grand frein à la mobilisation des quartiers populaires, c’est que le syndicalisme en est généralement absent ; et ce alors que les principaux partis de gauche établis ces dernières décennies ont largement trahi les espoirs de leurs habitant.e.s. Les quartiers ne manquent pas d’associations qui luttent pour différentes causes. Si sur des questions comme la lutte contre le racisme ou le logement, ces organisations peuvent être amenées à lutter ensemble avec des groupes de gauche ou des syndicats, le mouvement ouvrier reste largement vu comme quelque chose d’extérieur. Assez littéralement d’ailleurs, puisque les grandes manifestations syndicales ont lieu en centre-ville.

Pour  aller vers la plus grande unité de la classe ouvrière, pour avoir une chance de gagner contre ce gouvernement de plus en plus dur, il est crucial que les syndicats mobilisent activement dans les quartiers défavorisés. Pour cela, il faut que les syndicats prennent clairement position contre toutes les idées qui nous divisent. Les travailleurs et travailleuses de ces quartiers doivent pouvoir être défendus par les syndicats sur tous les fronts sur lesquels ils sont attaqués, économique mais pas seulement. Et pour que chaque personne puisse prendre dans les syndicats la place qui est la leur, il faut également un travail en interne pour se battre contre  chaque préjugé.

Pendant le mouvement sur les retraites, il eut été possible pour les syndicats  d’organiser une vraie campagne vers  ces quartiers. Des meetings et actions auraient pu y être organisés, ainsi que des bus pour se rendre aux grandes manifestations. Tout cela avec un appel à rejoindre les syndicats et à souder plus largement notre classe sociale. Le refus de la violence policière, en montrant son rôle dans le maintien de l’État capitaliste et la répression de la classe ouvrière, aurait été un point central de cette mobilisation.

Suite au meurtre raciste de Nahel, il est regrettable que les directions des syndicats n’aient pas immédiatement réagi en mobilisant activement pour la marche blanche. La couche de la classe ouvrière politisée et en ordre de bataille pour les retraites était encore toute indignée de la violence contre son mouvement et celui de Sainte-Soline. Elle aurait pu être emmenée dans un appel à manifester sous le mot d’ordre de la solidarité de classe contre les violences policières, qu’elles soient racistes ou politiques.

Le délai de réaction de la plupart des sommets syndicaux et la passivité de leur soutien a laissé le champ libre au discours de la droite. Dans les médias, il était surtout question de fouiller le passé de Nahel et de le diaboliser, en fait pour individualiser l’évènement et faire oublier que la violence de la police est généralisée et quotidienne, la mort de Nahel n’ayant que la particularité d’avoir été filmée. 

C’est dans cette atmosphère insérée par le gouvernement, l’extrême droite et les médias dominants qu’une cagnotte au profit de la famille du policier auteur du tir meurtrier a dépassé le million d’euros. Un policier finalement libéré – c’est bien à une justice de classe que nous avons à faire, au service de la classe capitaliste.

Interdiction de l’abaya une mesure raciste et sexiste

Ayant passé les vacances à se demander quelle serait sa prochaine cible, le gouvernement a rassemblé son courage et arrêté son choix sur les lycéennes de confession musulmane. Qu’elles vivent à la fois le sexisme et l’islamophobie tout en étant mineures ne suffit pas, il faut leur dire comment elles ne doivent pas s’habiller – en l’occurrence cette fois-ci en interdisant les robes longues à l’école.

Malheureusement, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet n’a pas vu la mesure comme ce qu’elle était – une énième attaque contre une partie de  notre classe sociale. Elle a déclaré: “Si c’est considéré comme un signe religieux, évidemment qu’il faut l’interdire”.

Cette loi et la façon dont elle est appliquée sont indéniablement sexistes et racistes. Les vêtements sont jugés religieux non pas pour eux-mêmes, mais selon la personne qui les porte. Une fille peut très bien venir avec une tenue qui en ferait exclure une autre, si elle n’est pas musulmane ou considérée telle. Dans certains lycées, on repère les filles qui portent le voile hors de l’école, puis on juge de l’acceptabilité de leurs vêtements sur cette base.

Une fille s’est entendu dire qu’elle devait s’habiller “à la française”, ce qui est aberrant. Jamais on ne dira cela à une lycéenne qui arbore un style vestimentaire venu des USA ou du Japon. Ce qu’on demande aux jeunes musulmanes, c’est de renoncer à une culture considérée comme néfaste ou inférieure. C’est bel et bien du racisme et non de la laïcité.

Pour ce qui est de l’aspect sexiste, il y a évidemment la question de laisser les femmes porter ce qu’elles veulent. Mais aussi une cynique distorsion des questions d’émancipation des femmes, en retournant celle-ci pour attaquer le droit des femmes à décider pour elles-mêmes. On accuse les femmes qui portent le voile (et maintenant, l’abaya) de soutenir les régimes totalitaires où les femmes sont forcées de le porter – comme si l’interdiction du voile dans les écoles françaises avait le moindre rapport avec la lutte héroïque des iraniennes pour leur liberté. 

Ironiquement, ce faisant, l’Etat français se fait la symétrie du régime iranien, qui accuse les manifestantes d’être manipulées par l’Occident. Le discours hypocrite qui prend la lutte contre le sexisme comme prétexte à son racisme n’aide en rien les femmes musulmanes, ni d’ailleurs celles qui ne le sont pas. L’idée est de faire passer l’oppression des femmes comme un phénomène d’Afrique ou du Moyen-Orient, pour passer sous silence le sexisme systémique de la société française, avec ses féminicides tous les trois jours, et le traitement souvent indigne des plaintes pour violences dans les commissariats et tribunaux.

Pour revenir à l’interdiction de l’abaya, elle a encore une conséquence assez troublante. C’est que des filles ayant objecté que leur tenue n’était pas religieuse, se sont vu répondre par les professeurs que leur vêtement était “trop ample” ou “trop couvrant”. Que dire d’une loi qui mène des adultes en position d’autorité dire à des mineures qu’elles devraient se révéler un peu plus?

Une loi opposée à la neutralité de l’école

Même si nous possédions une définition précise de l’abaya, et que tous (celles qui en portent y-compris) s’accordaient à lui trouver une signification religieuse; est-il évident, comme le dit Sophie Binet, qu’il faille l’interdire au sein des lycées?

Ce n’est que depuis quelques décennies que la laïcité de l’éducation publique est comprise comme une obligation des élèves de cacher leurs croyances ou appartenance religieuse. Quand Jules Ferry a instauré l’école laïque, publique et gratuite en 1881, l’instruction publique pré-existante était dirigée par un Conseil Supérieur de l’Instruction Publique, composé en partie de représentants de différentes religions: quatre archevêques, deux prêtres protestants et un membre du consistoire central israélite, chacuns élus par leurs cultes. La laïcité de la loi Ferry, c’était de débarrasser l’éducation publique de l’influence religieuse, et de remplacer les cours de religion par l’instruction civique. Comme pour l’interdiction des langues régionales à l’école, il s’agissait de rendre la classe ouvrière plus homogène et rassemblée autour du patriotisme français, pour les besoins du patronat et pour préparer une armée plus efficace en vue de la prochaine guerre impérialiste.

Des concessions ont toutefois été faites, en particulier au catholicisme. Les devoirs devant Dieu n’ont disparu de l’instruction civique qu’en 1923 (18 ans après la séparation de l’Eglise et de l’Etat). L’école ferme les jours de fête catholique, et la pause du jeudi était au départ prévue pour que les enfants aillent au catéchisme. Encore de nos jours, les cantines servent du poisson le vendredi, alors qu’il y a un tollé dès que quelqu’un demande des menus hallal.

Le but premier de la laïcité n’était sûrement pas d’élever des générations de libres penseurs. Les programmes d’Histoire étaient de la propagande patriotique qui n’hésitait pas à recourir à des motifs religieux, comme le baptême de Clovis ou l’importance donnée à Jeanne d’Arc.

Quelles que soient ses motivations premières et son historique, la laïcité a l’intérêt de rendre l’école neutre en matière de religion. Aucun culte n’est privilégié ou n’a son mot à dire sur les programmes. Et grâce à cette neutralité, tous les enfants sont (en principe…) accueillis sur un pied d’égalité, quelles que soient leurs croyances, qu’ils en aient ou non. La laïcité d’une institution n’a jamais voulu signifier l’athéisme forcé de ses usagers.

En ce sens, l’interdiction de l’abaya (et du voile avant elle) va en fait à l’encontre de la laïcité. Où est la neutralité si les enseignant.e.s sont invités à deviner qui est musulman sur base du nom et de la couleur de peau? Si on interdit aux musulmanes des tenues vestimentaires qui sont autorisées à d’autres?

Le rôle des syndicats d’enseignant.e.s

Il est clair que cette polémique a été lancée exprès pour détourner l’attention des 3000 professeurs manquants cette année. La veille de la rentrée, deux journalistes de Libération (et probablement d’autres) ont d’ailleurs reçu un SMS du ministère de l’Education pour leur indiquer des lycées qui seraient “ouverts aux médias” pour faire un sujet sur la question de l’abaya ! 

Les organisations syndicales auraient dû s’opposer fermement à cette loi et appeler à ne pas l’appliquer ! Depuis qu’il est au pouvoir, Macron nous a montré le mépris qu’il a des travailleur.euse.s et de leurs organisations, le peu de cas qu’il fait des enseignants et des jeunes. Les syndicats auraient dû reconnaître l’interdiction de l’abaya comme ce qu’elle est, une énième provocation qui prend une partie de la classe ouvrière pour taper sur l’autre.

En attendant passivement de savoir si l’abaya serait considérée comme un signe religieux, puis en acceptant son interdiction, les syndicats du personnel enseignant ont accepté un rôle de relais de la politique raciste de Macron. Et ce au péril de leur vie, comme on l’a vu avec l’attentat d’Arras, car les écoles ne seraient peut-être pas la cible des terroristes si les gouvernements successifs n’en avaient pas fait le terrain de leur lutte idéologique.

La classe politique et les médias sont bien silencieux sur un autre danger qui pèse sur les enseignant.e.s – celui de l’extrême droite. En décembre 2022, une enseignante de Valenciennes a dû annuler une rencontre organisée entre ses classes de prépa et des migrants de Calais à cause de pressions venant de Reconquête et du RN. “J’ai reçu des menaces de viol et de mort par courrier électronique, par courrier, par les réseaux sociaux ou encore par le standard de l’établissement, raconte-t-elle à franceinfo. Quelqu’un a menacé de me dépecer.” 

“J’ai reçu depuis beaucoup de messages de collègues dans toute la France, en particulier des enseignants de SVT, d’histoire et de lettres, qui se retrouvent confrontés à des pressions de groupes qui refusent l’enseignement de la théorie du genre, du fait islamique en cours d’histoire, l’enseignement de la Shoah, des mémoires de l’esclavage, de l’histoire coloniale ou de la décolonisation”, ajoute-t-elle.

L’éducation sexuelle est surtout visée. “Parents Vigilants”, une organisation créée par Eric Zemmour, mène une réelle campagne de désinformation sur le contenu de ces cours, avec des relents homophobes et transphobes. C’est d’autant plus abject que les jeunes LGBTQI+ sont particulièrement touchés par le harcèlement scolaire, ce qui a mené à plusieurs suicides ces dernières années.

L’éducation sexuelle inclusive, et qui ne se limite pas à la question de la reproduction, ainsi qu’une vraie formation pour les enseignant.e.s qui la dispensent, font partie des revendications des syndicats du personnel enseignant. Ils ont signé ensemble un texte alertant contre les agissements de “Parents vigilants” et comptent s’adresser au ministère.

Mais tout cela intéresse peu le ministère de l’éducation. Une campagne d’ampleur contre le harcèlement, des cours d’éducation sexuelle, cela demande des moyens qu’il n’a aucune intention de donner. Et pour dénoncer contre Parents Vigilants, le gouvernement devrait prendre une série de positions sur les droits des personnes LGBTQI+, sur l’Histoire, sur le racisme… qui ne sont pas les siennes et qui lui feraient perdre le soutien électoral qu’il cherche. Ce n’est que sur leurs forces que les syndicats peuvent compter pour repousser cette offensive de Zemmour. 

Pour une lutte de classe contre toutes les oppressions dont le capitalisme se nourrit !

Leur laïcité à géométrie variable n’existe plus lorsqu’il s’agit de défendre sans conditions la théocratie israélienne, ou de faire affaire avec l’Arabie Saoudite. Leur république, c’est celle du 49.3 et de la répression politique. Leur liberté de parole, c’est celle de tenir des propos islamophobes, “d’importuner” les femmes, de faire passer la transphobie et le racisme pour des opinions comme les autres; tandis que la dénonciation des violences sexistes peut vous faire attaquer en diffamation, que de critiquer l’Etat Israélien fait de vous un antisémite. 

Lorsque la classe ouvrière est faiblement organisée, ce sont les idées des capitalistes, leur vision des droits et des libertés, qui dominent. Mais par la lutte et l’organisation, les valeurs propres à notre classe sociale se révèlent: l’entraide, la justice, la dignité des faibles, la solidarité… ce sont là les véritables alternatives à la haine et à la terreur.

SALAIRES, AUSTÉRITÉ, RETRAITES, ÉGALITÉ DE GENRE, RACISME, CLIMAT…

Des comités de lutte anti-Macron pour construire un mouvement offensif

Par Stéphane 

Le 13 octobre 200.000 personnes ont manifesté dans les rues du pays notamment contre l’austérité, pour des augmentations de salaire et l’égalité femmes-hommes. Une rentrée sociale de l’Intersyndicale (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires) à nouveau réunie qui aurait pu être plus ambitieuse, quelques mois à peine après la fin du mouvement historique contre la réforme des retraites qui avait fait trembler la macronie et au-delà. Davantage était faisable au vu des 250.000 qui avaient manifesté fin septembre 2022, alors à l’appel des seuls CGT, FSU et Solidaires ; et surtout au vu de la colère qui gronde sur les lieux de travail en ce moment, particulièrement contre les salaires trop bas. 

Le 16 octobre avait lieu la Conférence sociale voulue par Macron pour tenter de sortir pas en haut du conflit sur les retraites, en présence des organisations patronales, du gouvernement et des syndicats. Les salaires étaient justement à l’agenda des “discussions”, et notamment les nombreuses branches sectorielles qui ne sont pas en conformité concernant les minima salariaux. Les syndicats y ont réclamé des mesures contraignantes pour les patrons, un relèvement des seuils, ainsi que l’extension de l’indexation à tous les salaires (seul le SMIC est indexé). Refusé bien sûr par la macronie, qui invoque le risque de “spirale inflationniste”, alors qu’il est avéré (y compris parmi les économistes et politiciens pro-capitalistes) que c’est au contraire l’augmentation des marges bénéficiaires des grandes entreprises qui ont surtout joué un rôle significatif dans l’inflation – c’est ce qui est appelé la greedflation, la hausse des prix sur base de la cupidité.

Sans surprise, la conférence a donc accouché d’une souris – elle qui était surtout pensée pour ne certainement pas augmenter les salaires. Le secrétaire national de la CFDT Yvan Ricordeau disant même qu’elle est “timide dans ses résultats”, avec notamment seulement “un blâme” prévu pour les entreprises contrevenantes concernant les minima salariaux … Une gifle de plus au mouvement ouvrier, et ce alors que les grévistes de la CGT Mines et Énergie sont attaqués pour les actions “Robins des Bois” menées durant la bataille sur les retraites. L’occasion de cette conférence aurait pu être saisie avec davantage de force pour répondre à l’arrogance du gouvernement et du patronat par la construction d’une sérieuse contre-offensive sur les salaires, en s’appuyant sur les nombreuses grèves en cours.

Les grèves récentes expriment la volonté de lutte

Ces dernières semaines, de nombreux lieux de travail ont vu leurs travailleurs et travailleuses se mettre en grève, surtout pour des augmentations de salaires comme l’entreprise de nettoyage ISS dans l’arsenal de Brest, plusieurs magasins Lidl à Nantes, et Air France. À ceci s’ajoutent voire s’entremêlent des grèves contre des plans de restructuration qui menacent des emplois, ou pour de meilleures conditions de travail, comme : les sociétés de bus Transdev à Coubron (Seine-Saint-Denis) et Chelles (Seine-et-Marne) et Keolis à Montesson (Yvelines), Air Liquide, le Centre Pompidou à Paris ; et contre la surcharge de travail, comme à la chaîne de télévision France 3. Les contrôleurs aériens sont aussi entrés en grève contre la loi anti-grève venant d’être adoptée qui leur impose de se déclarer grévistes 48 heures à l’avance. 

L’absence de victoire contre la réforme des retraites n’a pas fait disparaître la volonté de lutter. C’est la colère qui conduit à la lutte. Mais l’absence de stratégie d’ensemble pour arracher des victoires empêche la plupart des grèves dispersées de ne pas aboutir, ou seulement partiellement. De même pour le mouvement contre la réforme des retraites, dont il faut tirer les leçons et en discuter sur les lieux de travail et dans les assemblées régionales et sectorielles pour être capables de surpasser les faiblesses en vue de la prochaine bataille généralisée.

Quelle stratégie de lutte pour gagner des augmentations de salaire ?

Pendant près de 50 jours durant l’automne 2022, les travailleurs et travailleuses des raffineries du pays ont mené une grève qui a fait trembler tant les géants pétroliers TotalEnergies et ExxonMobil que le gouvernement macroniste. Même s’il n’avait obtenu qu’une augmentation salariale limitée, ce mouvement de grèves commençait à déborder sur d’autres secteurs et portait en lui le potentiel d’une lutte de grande ampleur pour arracher au patronat et à son gouvernement une augmentation salariale pour des millions de personnes. Il a constitué une sorte de répétition générale pour le puissant mouvement contre la réforme des retraites. À aucun moment il n’y a eu de majorité opposée aux grévistes des raffineries parmi la population. Cela démontrait déjà la colère à la base de la société. Toute la classe travailleuse comprend mieux qu’elle partage des intérêts semblables. 

Un mouvement de grève qui se généralise et s’organise sérieusement peut arracher des augmentations de salaire significatives pour des millions de personnes en France. Il peut aider les travailleurs et travailleuses qui luttent déjà sur leur lieu de travail à concrétiser des victoires ; et il peut permettre à beaucoup d’autres d’entrer dans une lutte active pour des augmentations salariales. Un tel mouvement pourrait aussi jouer un rôle majeur dans l’organisation de la contre-offensive contre la réforme des retraites, pour riposter face à toute tentative d’imposer l’austérité, et pour imposer des investissements massifs dans les services publics et dans chaque aspect de nos vies qui fait aujourd’hui face à des pénuries. 

Une véritable grève générale reconductible doit être à l’agenda. Il nous faut un plan d’action syndical qui construise une résistance offensive sur chaque lieu de travail, et qui essaie d’impliquer les populations des quartiers populaires ainsi que les personnes vivant en milieu rural, trop peu sollicitées pour s’engager dans ce type de lutte. C’est aussi comme ça qu’on peut avancer vers une réelle égalité hommes-femmes-hommes, affronter la crise climatique, mais aussi combattre le racisme systémique. 

Le mouvement contre la réforme des retraites peut servir de levier dans la lutte généralisée contre l’austérité et POUR de meilleurs salaires 

Le mouvement sur les retraites a comporté des forces indéniables. Les directions syndicales sont restées unies et n’ont pas baissé les bras, malgré l’adoption et la promulgation de la réforme des retraites. Cette question de l’unité a eu une grande popularité ; et l’existence de l’intersyndicale et le fait qu’elle ait perduré tout au long du mouvement : cela a permis à de larges couches syndicales de s’impliquer pendant des mois. Beaucoup de travailleur.euses se sont mobilisé.es pour la première fois, tout comme beaucoup de jeunes, particulièrement contre l’arrogance antidémocratique de la macronie. Les grèves reconductibles lancées dans certains secteurs à l’avant-garde ont été des éléments cruciaux, faisant face tant à des réquisitions qu’à un large soutien populaire. Parmi elles, le personnel du secteur énergétique s’est illustré avec de très importantes actions “Robin des Bois”, donnant un aperçu de la manière dont la richesse produite par les travailleur.euses pourrait être gérée dans le cadre d’une société fondée sur la gestion et le contrôle de la classe travailleuse. 

En organisant des grèves reconductibles, ces syndicats sectoriels et leur base ont fait pression pour durcir le mouvement, en critiquant l’agenda dicté par les directions syndicales, jugé trop mou, et en le surmontant. Car la stratégie du “saute-mouton”, qui consistait à organiser des manifestations sans lien entre elles, était clairement trop faible. Bien qu’il y ait eu une reconnaissance envers l’Intersyndicale, parce qu’elle a tenu bon, il y a eu aussi une défiance contre les directions syndicales, grandissante. Elles n’ont pas proposé de stratégie capable de gagner, et en particulier n’ont pas essayé d’élargir la protestation en impliquant des couches plus larges dans une lutte active. 

L’importance de s’organiser à la base : Des comités de lutte anti-Macron, partout ! 

Les organisations syndicales ont encore trop souvent l’attitude de se concentrer sur leurs “bastions”, mais si ceux ci peuvent et doivent jouer le rôle moteur, il est absolument crucial de chercher à entraîner dans leur sillage les secteurs et les couches moins mobilisées, et tout particulièrement la jeunesse. 

Un plan d’actions allant progressivement vers la construction d’une grève générale aurait pu être mis sur pied. Durant le mouvement, nous avions proposé de construire des comités de lutte et de grève anti-Macron partout, sur les lieux de travail, dans les écoles et facs, dans les quartiers populaires. Des comités larges, ouverts à tous et toutes, qui permettent de construire la lutte à la base, démocratiquement, en impliquant tout le monde activement dans sa préparation et son organisation. C’est comme ça qu’une véritable grève générale aurait pu être réussie – Macron aurait été bien en peine d’y résister. 

Le mouvement contre la réforme des retraites n’a certes pas obtenu une victoire, mais la classe travailleuse est aujourd’hui plus forte qu’au début du mouvement. Le rapport de force créé est aujourd’hui plus favorable à notre classe qu’auparavant : il est maintenant plus difficile pour les directions syndicales de prendre les batailles suivantes à la légère ; et il est très difficile pour Macron et ses gouvernements de faire passer leurs projets antisociaux suivants. Le potentiel de lutte va rester explosif, avec une avant-garde renforcée numériquement et qualitativement, au côté de couches larges de travailleurs et travailleuses enrichies par ce combat historique et qui ont repris confiance dans la force de la lutte collective. 

Un programme offensif pour changer de système 

Il est important d’armer la lutte d’un programme offensif, à commencer par la revendication nécessaire de la nationalisation des secteurs énergétique et financier sous le contrôle démocratique des travailleurs et travailleuses et de la société. Ce n’est qu’alors que la classe travailleuse, les jeunes et les opprimé.e.s pourront décider démocratiquement de ce qui est produit et comment. 

La nationalisation sous contrôle démocratique – différente du transfert de richesse du public au privé comme l’a fait le gouvernement en « nationalisant » la participation privée restante dans EDF – est également une condition préalable pour éviter la fuite des capitaux, pour garantir que la classe ouvrière ait une vue d’ensemble de tous les flux financiers et que les ressources disponibles et la richesse produite soient investies dans ce qui est socialement nécessaire, comme une énergie verte et abordable. 

Pour une société socialiste démocratique 

Une planification écologique est urgente ; elle doit s’inscrire dans une planification économique démocratique générale de la société : orienter la production vers ce qui est nécessaire, vers les besoins réels de l’immense majorité de la population et ceux de notre planète. 

Il faut discuter et avancer vers un autre type de système économique, vers une société débarrassée de l’exploitation et de la loi du profit : une société socialiste démocratique. C’est la seule capable d’assurer qu’une poignée d’ultra-riches ne décide de tout en fonction de ses intérêts. C’est la seule capable d’assurer l’existence harmonieuse des êtres humains et de leur environnement. 

Dans cette lutte pour s’approprier les moyens, appliquer un tel programme, et aller vers un changement sociétal, c’est la classe ouvrière organisée qui peut jouer le rôle moteur et entraîner avec elle en front uni le mouvement pour le climat, le mouvement féministe et d’autres mouvements sociaux. Les bases du renversement du système capitaliste seraient ainsi posées.

On ne reculera pas !

Violences de genre, violences sociales : On n’en veut pas, on les combat !

Sexisme, racisme, LGBTQIA+phobie, validisme… : seul un changement profond de système, loin du capitalisme et du patriarcat, peut y remédier. Luttons contre les oppressions et construisons l’unité de toutes les personnes opprimées et exploitées : c’est le seul chemin vers  une société juste, égalitaire et viable pour notre planète.

Par Laura (Paris)

Tout comme le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme et les autres formes de discrimination, l’oppression sexiste et LGBTQIA+phobe est un moyen pour le capitalisme d’affaiblir celles et ceux qui crient haut et fort à l’injustice. Selon un rapport de l’ILGA (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association), 2022 a été l’année la plus violente pour les personnes queer en douze ans en Europe. Un rapport sur les féminicides publié par ONU Femmes souligne qu’en 2021, plus de cinq femmes avaient été tuées chaque heure à travers le monde par un membre de sa propre famille ou par son (ex-)partenaire. Nous occupons la rue ce 25 novembre pour dénoncer les violences faites aux femmes et aux personnes LGBTQIA+ !

Alors que les pénurie s’intensifient et que la crise économique arrive, les femmes et les personnes LGBTQIA+ sont les premières à subir les conséquences de la précarisation. Notre indépendance financière est systématiquement attaquée. Les services publics et sociaux subissent des coupes budgétaires drastiques. S’extraire d’une situation de violence est encore plus difficile – c’est parfois un choix entre la peste et le choléra.

L’augmentation de la libération de la parole des femmes surtout depuis la vague #MeToo est d’une très grande importance. Mais cela ne permet pas de compenser la culture de violence envers les femmes qui existe dans la société, notamment sur base de l’industrie pornographique qui, pour faire du profit, présente les femmes comme des objets, est extrêmement violente envers elles et entraîne en soi une augmentation de la violence envers les femmes dans la société. Ainsi, 20% des jeunes pensent qu’une femme aime être forcée.

Par ailleurs, sur internet des personnalités populaires tels que Papacito, alimentent la fachosphère française. Sa chaîne YouTube a été fermée l’an dernier suite à ses nombreuses vidéos violentes et haineuses. Sur l’une d’elles, il tire sur un mannequin grimé en « gauchiste » (en électeur de la France Insoumise), avant de le poignarder dans le ventre. Sans surprise, il tient un discours misogyne, autour duquel gravitent de nombreux incels, des hommes prônant le suprémacisme masculin et la violence envers les femmes.

Organisons-nous pour lutter contre la riposte réactionnaire !

La récente diffusion de discours réactionnaires décomplexés, de la part du gouvernement de Macron et de partis alliés à droite et de  l’extrême droite, sont à analyser comme le retour de bâton d’élites qui sentent leur système menacé. 

Il est crucial que les mouvements et les organisations politiques refusent le jeu de la droite réactionnaire. Notre unité est notre force et nous devons dénoncer toute tentative de la part du système actuel de stigmatiser et de prendre à part certain.es catégories de populations et individus. 

Avec l’abaya, ce sont les femmes musulmanes qui ont été visées, dans un souci de division par le gouvernement, qui ne cesse d’accroître son islamophobie ainsi que son sexisme, notamment avec la récente décision de correctionnaliser le viol, qui relègue le viol à un crime “de 2ème division”, un “sous-crime” qui sera jugé de manière encore plus expéditive, avec moins de temps d’écoute des victimes. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles, soit-disant “grande cause nationale” de la macronie … 

Avec l’interdiction de l’usage de l’écriture inclusive, les macronistes ont décidé d’attaquer le mouvement féministe, tout en essayant à nouveau de dévier l’attention. C’est l’expression du fait que, pour Macron et son monde, le “féminisme” est une variable d’ajustement – lui qui disait vouloir stimuler une écriture plus inclusive au début de son premier mandat. Tout ceci participe au tournant à droite que Macron imprime pour son deuxième mandat, notamment parce qu’il n’a plus la majorité absolue à l’Assemblée nationale et qu’il a besoin de l’aide des Républicains pour pouvoir mener sa politique.

Nous ne laisserons personne derrière ! Nous rejettons la transphobie et les discours patriarcaux et de haine émis par le cis-tème contre le “wokisme” et la “théorie du genre”, des concepts fourre-tout créés pour caricaturer et affaiblir le combat contre les discriminations. Ces discours réactionnaires prouvent que les droits inaliénables à l’autodétermination de soi et de son corps sont en péril constant sous le système capitaliste actuel, oppressif par nature. Ils renforcent la confiance des forces de droite dans leur capacité à aller toujours un pas plus loin et à de l’agression verbale à l’agression physique.

Non aux politiques instrumentalisant la lutte contre l’antisémitisme pour justifier leur islamophobie, leur racisme, et leur soutien à l’Etat impérialiste israelien ! Rejetons la récupération de nos luttes par les opportunistes de droite et d’extrême droite  ! On le voit depuis plusieurs années dans les manifestations contre la précarisation et le sexisme, contre la réforme des retraites, contre le meurtre policier de Nahel, et contre les destructions écologiques : nos droits d’expression et de protestation sont de plus en plus réprimés par le gouvernement et sa police. Notre seul recours est d’agir collectivement entre travailleurs et travailleuses, en nous organisant dans les syndicats, et en intervenant avec une approche anticapitaliste et révolutionnaire dans les manifs contre l’impérialisme et en soutien aux populations opprimées! Pour faire basculer le rapport de pouvoir du côté de la majorité, toutes nos forces doivent travailler ensemble contre les oppressions, en ne laissant personne derrière !

Le Féminisme ‘Girl Boss’, une illusion de liberté sous le système capitaliste 

La libération de la parole avec le mouvement #metoo ainsi que la vague internationale de mobilisations féministes dans des pays capitalistes avancés  (Espagne, France, Etats-Unis) ont brisé le mythe d’une égalité obtenue sur le terrain grâce à celle acquise dans la loi. Les violences sexistes bénéficient au capitalisme et doivent nécessairement être remises en question dans une critique anti-capitaliste. Le sexisme persiste, immiscé jusque dans les racines du système capitaliste, qui a besoin de l’exploitation des femmes travailleuses pour maintenir son profit. Le capitalisme et son élite profitent du  travail non payé des femmes dans les foyers et sur les lieux de travail,  notamment dans les secteurs des  soins et du lien, de l’éducation et de la vente, ainsi que dans les service publics – des femmes qui ont en même temps à charge l’éducation et le soin des enfants, ainsi que les tâches ménagères en écrasante majorité. Un sous-financement des services publics (secteur où travaillent majoritairement des femmes) augmente considérablement la double journée de travail des femmes.

Par ailleurs, le capitalisme n’a aucun intérêt à concéder des droits économiques aux femmes travailleuses, et ne l’a fait que sous pression, parce que ces dernières se sont mobilisées dans la rue. Le capitalisme a tout intérêt à nous faire miroiter de petites avancées quand, dans les faits, le plus gros du problème ne bouge pas. La promotion de modèles féminins dans l’entreprenariat et dans la politique d’Etat ne se fait qu’à condition qu’elles ne questionnent pas l’ordre établi et n’est accepté que dans une logique productiviste et élitiste. Nous ne nous arrêterons pas aux miettes de liberté qu’on daigne nous lancer. Les femmes et les minorités de genre ont un rôle crucial à jouer pour arracher les libertés économiques et autres, dans un mouvement d’ensemble de la classe travailleuse. 

La convergence des luttes, c’est quoi ?

Le féminisme socialiste considère les violences basées sur le sexe, la sexualité, et l’expression de genre dans le cadre de l’oppression et l’exploitation systèmique de la classe travailleuse. Misogynie, racisme, LGBTQIA+phobie : toutes ces formes de violence sont perpétuées par le système capitaliste dans un même but : celui de diviser pour mieux régner. 

C’était Bell Hooks, éminente militante féministe antiraciste qui dénoncait : “le patriarcat capitaliste impérialiste suprémaciste blanc”, un système qui ne peut être compris et combattu qu’avec une analyse de classe comme point de départ. En promouvant la convergence des luttes, on argumente aussi qu’un changement de système est nécessaire.

La riposte féministe socialiste révolutionnaire

Ce système est coupable à tous égards, nous devons nous battre pour une société complètement différente. La violence sexiste est l’expression d’un système profondément violent. 

– Les violences sexistes et LGBTQIA+phobes doivent être condamnées sans équivoque. Stop à la culpabilisation des victimes !

– Stop à la marchandisation de nos corps, nous ne sommes pas des objets ! Pour l’utilisation des espaces publicitaires à des fins sociales (prévention, culture,…) et non commerciales !

– Pour ne plus laisser quelqu’un en détresse sans soutien : un plan d’investissement public d’aide aux victimes établi sur base des besoins!

– Pour ne plus laisser une victime de violence domestique sans possibilité de relogement : suffisamment de refuges d’urgence et de logements sociaux !

– Pour un investissement dans les soins de santé, dans les services publics et sociaux, et plus de logements abordables pour aider à sortir de situations violentes !

– Pour un investissement public massif dans l’enseignement, pour des classes plus petites, avec une éducation sexuelle inclusive et une éducation au consentement ! 

– Pour la reconnaissance administrative des identités trans, intersexe, et non binaire ainsi que la prise en charge des frais médicaux d’affirmation du genre !

– Pour ne plus être considéré.e.s comme des citoyen.ne.s de seconde zone et pour notre indépendance financière : des emplois décents, la réduction collective du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches compensatoires ainsi qu’une augmentation généralisée des salaire !

– Allons chercher l’argent là où il est pour financer ce plan d’investissements : dans les poches des capitalistes ! On ne contrôle pas ce qu’on ne possède pas : nationalisation des secteurs-clés de l’économie sous contrôle et gestion démocratiques de la classe travailleuse !

– Pour davantage d’inclusivité des espaces publics, des services publics, ainsi que de l’écriture!

– Les luttes syndicales sont des luttes féministes ! Pour une intégration des luttes contre les oppressions dans les syndicats !

– Pour la solidarité entre personnes sexisées, queers, trans, racisées, neuroatypiques, non-valides, travailleuses, avec ou sans emploi, avec ou sans papier, immigrées, précaires, étudiantes, jeunes et âgées !

– Pour une société qui permet les moyens de s’aimer et de s’accomplir en tant qu’individu ; Pour une société socialiste démocratique contre la barbarie capitaliste et une économie démocratiquement planifiée au service des besoins humains et écologiques ; Pour une lutte féminisme socialiste révolutionnaire !

Les femmes, premières victimes des conflits 

Les populations opprimées, comme les femmes, sont celles qui subissent le plus les conséquences de la guerre. La répression sanglante par l’impérialisme militaire de l’Etat d’Israël a causé la mort de 11 470 personnes dans la bande de Gaza, dont 4 707 enfants et plus de 3 155 femmes (source : UNICEF 20.11.2023). Les mouvements féministes socialistes doivent soutenir les peuples opprimés et qui luttent pour leur émancipation dans le monde.

Si l’on observe une détermination à maintenir les femmes dans des rôles précaires, et dans un climat sexiste et méprisant, c’est bien parce que les femmes ont un rôle puissant à jouer, qu’elles n’ont cessé de démontrer. 

Dans le monde entier et à travers l’histoire, les femmes ont été au premier plan des luttes sociales. Durant la Première Intifada, entre 1987 et 1993, les femmes ont joué un rôle crucial dans l’organisation de la lutte contre la colonisation en Palestine. Les femmes travailleuses palestiniennes ont créé des comités pour décider des stratégies politiques de lutte dans la clandestinité : distribution secrète de tracts pour la grève générale, mise sur pied d’écoles auto-gérées, gestion du ravitaillement palestinien pour boycotter les produits alimentaires d’Israel, marches avec des femmes israeliennes, etc… 

Cette lutte, organisée démocratiquement et basée sur des soulèvements populaires de solidarité et des actions de désobéissance civile, doit servir d’exemple et de rappel du type de lutte que nous devons promouvoir : une lutte démocratique, de solidarité entre les opprimé.es et les exploité.es au delà des frontières, et une lutte féministe socialiste révolutionnaire sans concession.

Massacre à Gaza : Travailleur.e.s et jeunes en action contre les livraisons d’armes à Israël

Manifestation du syndicat italien USB au port de Gênes. Photo : USB

Dans de nombreux pays, les travailleur.e.s et les jeunes ont mené des actions contre les livraisons d’armes à Israël et contre le massacre de Gaza. Ces actions nécessaires et urgentes doivent être généralisées et intensifiées. Elles répondaient notamment à l’appel lancé par les syndicats palestiniens le 16 octobre pour « mettre fin à toute complicité et arrêter d’armer Israël ».

Leur déclaration contient cinq points concrets adressés aux syndicats et aux travailleur.e.s au niveau international :

  • Refuser de fabriquer des armes destinées à Israël.
  • Refuser de transporter des armes vers Israël.
  • D’adopter des motions à cet effet au sein de leur syndicat.
  • De prendre des mesures contre les entreprises complices qui participent à la mise en œuvre du siège brutal et illégal d’Israël, en particulier si elles ont des contrats avec votre institution.
  • Faire pression sur les gouvernements pour qu’ils cessent tout commerce militaire avec Israël et, dans le cas des États-Unis, qu’ils cessent de le financer.

Par Philipp Chmel

Le 31 octobre, le front commun des syndicats belges du transport (CNE, UBT, Setca et CSC-Transcom) a déclaré dans un communiqué commun que leurs membres refuseraient de manipuler des armes destinées à l’État israélien pour être utilisées dans son assaut contre Gaza, qui présente déjà des caractéristiques génocidaires.

Depuis, des dockers et des syndicats de Catalogne et de Gênes (Italie) se sont également mobilisés contre les livraisons d’armes à Israël, tout comme des travailleur.e.s et des jeunes d’autres pays. Les dockers affilié.e.s aux syndicats italiens USB (Unione Sindacale di Base) et SI Cobas (Sindacato Intercategoriale Cobas) soutiennent le boycott des transferts d’armes dans les ports italiens, en particulier la compagnie maritime israélienne ZIM, un important transporteur d’armements.

En Australie, des centaines de syndicalistes et de manifestant.e.s ont forcé un navire israélien ZIM à reprogrammer ses arrivées au port de Melbourne et à Port Botany à Sydney grâce à l’occupation des ports. Aux États-Unis, des centaines de manifestant.e.s se sont rassemblé.e.s à Oakland et à Tacoma pour bloquer les navires militaires à destination d’Israël. A Saint Louis, des jeunes ont bloqué les entrées d’une usine Boeing et à Toronto, au Canada, plus de 100 travailleur.e.s et activistes ont bloqué l’entrée du fabricant d’armes INKAS, qui se vante dans la presse d’avoir « fourni au gouvernement d’Israël plus d’unités de commandement et de contrôle que n’importe quel autre fournisseur dans l’histoire ». De l’autre côté de l’Atlantique, en Grande-Bretagne, des travailleur.e.s et des militant.e.s ont bloqué une usine d’armement de BAE Systems dans le Kent, ainsi que plusieurs sites d’Elbit Systems et de ses filiales, dont les usines du Kent et de Shenstone. Elbit Systems est l’un des plus grands fabricants d’armes israéliens et produit 85 % de l’équipement militaire terrestre d’Israël ainsi que ses drones de surveillance et de combat.

En Afrique du Sud, des membres et des sympathisant.e.s du WASP (Workers and socialist party, section sud-africaine d’ASI) ont participé, le vendredi 10 novembre, à une manifestation devant le siège de Paramount Group. Cette société a des liens avec Elbit Systems et des bureaux à Tel Aviv.

Par ailleurs, des travailleur.e.s ont également manifesté en solidarité avec leurs collègues massacrés à Gaza par le régime d’extrême droite israélien. Les travailleur.e.s des médias palestiniens, dont le Syndicat des journalistes palestiniens, ont manifesté le mardi 7 novembre à Ramallah pour condamner l’assassinat de leurs collègues. Aux États-Unis, « des travailleur.e.s des médias ont mené une marche jusqu’au New York Times et ont ensuite occupé l’entrée du bâtiment du journal pendant plus d’une heure » pour s’opposer à la partialité des reportages du NYT. Des travailleur.e.s du secteur de la santé de plusieurs pays ont également organisé des manifestations dans le cadre de l’indignation internationale suscitée par le bombardement dévastateur de l’hôpital Al Ahli Arab, le 17 octobre dernier.

Action directe, grèves et des millions de personnes dans les rues : Organisons un mouvement de grève de masse à l’échelle internationale

À l’instar du All India Central Council of Trade Unions ou du Doro-Chiba japonais (National Railway Motive Power Union of Chiba), de nombreux syndicats et fédérations syndicales dans de nombreux pays ont publié des déclarations de solidarité avec le peuple palestinien et appelé à l’arrêt immédiat du massacre à Gaza. Certains sont allés plus loin et ont rejoint ou appelé à des manifestations, comme les confédérations syndicales françaises CGT et Solidaires. Il s’agit là de mesures importantes qui peuvent également contribuer à faire reculer les forces de droite qui attisent l’islamophobie et les gouvernements qui tentent de réprimer ou d’affaiblir le mouvement.

L’ancienne ministre britannique de l’intérieur, Suella Braverman, a émis des propos répugnants, pour lesquels elle a été licenciée. Elle a qualifié les manifestations contre le massacre de Gaza de « marches de la haine » et de « gangs pro-palestiniens ». Malheureusement, il ne s’agit là que de la version la plus extrême de tentatives plus répandues visant à saper la légitimité des manifestations de solidarité et à insinuer qu’elles soutiennent le terrorisme. Le gouvernement britannique a tenté en vain d’interdire la marche pro-palestinienne de samedi dernier, tandis que la France et l’Allemagne ont interdit les manifestations de solidarité au début du mouvement. Ils ont dû changer de position depuis lors, compte tenu de la pression croissante exercée par la base de la société, qui a également conduit la vice-première ministre belge Petra De Sutter (GROEN, le gouvernement compte actuellement 7 vice Premier-ministres) à réclamer des sanctions contre Israël. En Égypte, le régime d’Al-Sisi a été contraint d’autoriser les premières manifestations nationales depuis dix ans sur l’emblématique Place Tahrir. Lorsque les manifestants se sont retrouvés sur cette place du Caire symbole de la révolution de 2011, les slogans sont rapidement devenus anti-régime. Au cri « Où sont les armées arabes ? » répondait celui de « Les voilà, les sionistes », en référence à la police anti-émeute égyptienne.

Cela souligne que ce ne sont pas seulement les froids calculs géopolitiques des gouvernements capitalistes, mais la lutte de classe vivante qui décide en fin de compte du cours de l’histoire. Actuellement, des millions de travailleur.e.s et d’opprimés à travers le monde font clairement savoir qu’ils ne laisseront pas la classe dirigeante s’en tirer à bon compte avec ses actions meurtrières. Les déclarations et mobilisations syndicales doivent servir de tremplin pour élargir et intensifier les actions de grève et de blocage menées jusqu’à présent par une poignée de syndicats.

Les travailleur.e.s et les jeunes du monde entier ont un rôle actif à jouer. Parallèlement aux manifestations de masse qui se multiplient, les actions directes, les débrayages étudiants (en Espagne, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis) et les comités de solidarité (dans plusieurs universités françaises) peuvent organiser l’appel à l’action de l’ensemble du mouvement ouvrier et contribuer à faire pression sur les directions syndicales pour qu’elles organisent des actions de grève significatives contre le massacre à Gaza.

Nous devons construire un mouvement de masse qui repose sur des grèves de masse coordonnées et des comités de lutte démocratique, dans l’esprit de la première Intifada (1987-1993), de la Grève de la dignité de palestinienne de 2021 et du mouvement révolutionnaire féministe en Iran l’année dernière. Un changement fondamental ne peut être obtenu que par la lutte des masses, tant au niveau international que dans la région.

Pour parvenir à la victoire et résister non seulement à la répression mais aussi aux tentatives de faire dérailler la lutte (la première Intifada a par exemple effrayé les puissances impérialistes au point qu’elles ont conclu les accords d’Oslo en 1993 afin de trahir la lutte), l’histoire a largement démontré que les mouvements de masse ont besoin d’une direction démocratiquement élue ainsi que d’un programme clair pour le changement.

Un tel mouvement préparerait également le terrain pour lutter contre la militarisation croissante et toutes les formes d’impérialisme et de guerre. Les manifestations et les grèves contre les livraisons d’armes devraient être renforcées et étendues aux luttes contre le complexe militaro-industriel dans son ensemble. Des centaines de milliards sont dépensés en armements par des gouvernements capitalistes qui tentent de faire payer à la classe ouvrière leurs machines de guerre en réduisant parallèlement les budgets de l’enseignement, des services sociaux et des soins de santé. Alors que les fabricants d’armes engrangent des milliards, cela signifie la mort et la destruction pour la classe ouvrière et les opprimés de Gaza et du monde entier.

Cette industrie doit être nationalisée et placée sous le contrôle démocratique des travailleurs afin d’arrêter définitivement la production et la livraison d’armes à Israël et de discuter et décider démocratiquement de la manière dont les compétences et les machines pourraient être utilisées à la faveur d’une production socialement utile. Les puissantes luttes pour la reconversion des industries d’armement menées dans les années 1970 chez Lucas Aerospace en Grande-Bretagne et dans les années 1980 dans plus de 40 entreprises d’Allemagne de l’Ouest peuvent servir d’inspiration à cet égard.

La tâche immédiate des travailleur.e.s, des jeunes et des personnes opprimées au niveau international consiste à généraliser et à intensifier le mouvement pour mettre fin au massacre de Gaza et combattre l’occupation. Les comités démocratiques dans les écoles, les universités, les lieux de travail et les quartiers seront essentiels pour attirer de nouvelles couches dans la lutte et discuter du programme nécessaire, de la stratégie qui en découle et des actions à mener dans cette perspective.

Sur cette base, nous pouvons également développer le combat contre nos propres gouvernements pour qu’ils cessent de financer la guerre et mettent fin à tout soutien qu’il soit militaire ou financier au régime israélien, ainsi que pour qu’ils mettent fin à la militarisation. Les milliards de dollars doivent être investis dans les services publics.

Nous nous faisons l’écho de l’appel de nos camarades qui mènent la lutte dans la région sur le terrain « pour arrêter la guerre, renverser le régime d’occupation et de siège et mettre fin à l’oppression nationale des masses palestiniennes, dans le cadre de la construction d’une lutte pour un avenir d’égalité, de bien-être et de paix véritable pour tous les travailleur.e.s, les pauvres et les jeunes, de toutes les communautés nationales, dans le cadre de la transformation socialiste nécessaire dans la région. »

La première Intifada (1987-1993) : une lutte des masses contre l’occupation israélienne

Dans la nuit du 8 au 9 décembre 1987 un transporteur de chars israélien percutait un taxi qui attendait dans une file pour entrer à Gaza. Parmi les quatre morts, trois résidents d’un camp de réfugiés qui, comme 100.000 autres Palestiniens, étaient forcés d’effectuer le trajet quotidiennement pour aller bosser dans des emplois de misère en Israël. Le lendemain, un jeune manifestant fut abattu par les forces israéliennes. Le soulèvement allait faire tache d’huile.

Par Christian (ASI-Belgique)

Après les épurations ethniques de 1947 et 1967, l’occupation n’avait rien d’autre à offrir qu’exploitation, répression (200.000 Palestiniens étaient passés par les prisons israéliennes au cours des 20 années précédentes) et expansion inéluctable des colonies. Après des années de luttes intenses, la population avait appris à compter sur elle-même plutôt que sur des événements extérieurs ou sur l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) en exil. La stratégie de cette dernière consistait à gagner le soutien de régimes arabes afin notamment de lancer des offensives armées contre Israël (comme lors de la guerre des Six Jours en 1967 et de la guerre du Kippour en 1973). Elle était arrivée dans l’impasse.

L’extrême jeunesse de la population palestinienne a joué un rôle d’accélérateur pour le mouvement : plus des deux tiers de celle-ci avaient moins de 24 ans. Cette jeunesse n’avait rien à perdre et ressentait moins le poids des défaites passées. La répression israélienne fut un autre accélérateur. Au cours de la première année seulement de l’Intifada, elle causa plus de 300 morts.

Le rôle crucial de l’auto-organisation

Si le soulèvement tout d’abord spontané a su à ce point persister dans la durée, ce fut grâce à la création de structures de pouvoir populaire. Un comité de coordination fut mis en place et, dès janvier 1988, des comités de lutte ont vu le jour. Ces comités étaient souvent le prolongement des organisations de bénévoles créées pour pallier diverses pénuries découlant de la colonisation. Ces comités constituaient un pôle d’attraction pour des gens souvent de gauche, des syndicalistes et des étudiants. Des comités de femmes ont non seulement organisé leur implication dans le soulèvement, mais ont aussi assuré qu’elles puissent jouer un rôle dans la direction de la lutte.

Même si l’efficacité des comités populaires pouvait varier selon les domaines, il s’agissait d’importants symboles d’autogestion. Leur activité fut essentielle dans le ravitaillement des camps de réfugiés souvent placés en véritable état de siège. Sans surprise, l’État d’Israël a durement réprimé ces comités populaires. Quiconque y appartenait risquait 10 ans de prison.

Les méthodes de lutte de masse et de grèves, voire d’émeutes, étaient au cœur du mouvement. L’image emblématique de l’époque reste celle de jeunes lanceurs des pierres affrontant les gaz lacrymogènes et les balles en caoutchouc ou réelles. Les comités insistaient sur la nécessité de garder les armes à feu hors des manifestations. L’État d’Israël fut ainsi incapable de déployer ses armes les plus modernes et destructrices. Le mouvement ouvrier joua un rôle considérable. Le 22 décembre 1987, une grève générale des travailleurs palestiniens en Israël a entraîné des centaines de milliers d’Arabes israéliens.

Yasser Arafat a utilisé l’autorité de l’OLP pour s’assurer la tête de la lutte. Mais, durant longtemps, ce sont la rue et les comités populaires qui ont imposé leur agenda politique aux « dirigeants ». C’est ainsi que le roi de Jordanie abandonna ses prétentions territoriales sur la Cisjordanie et que l’OLP déclara la création d’un État palestinien en novembre 1988.

L’OLP reprend la main… et trahit la lutte

Cette rébellion de masse eut un impact non négligeable sur la société israélienne. Une partie croissante de la population vint à comprendre que l’occupation n’était pas une option viable. Les Israéliens étaient inspirés à soutenir les Palestiniens dans leur lutte. Plusieurs milliers de femmes palestiniennes et israéliennes ont par exemple manifesté ensemble en franchissant la frontière entre Jérusalem-Ouest et Jérusalem-Est. Dans l’armée israélienne, 1.500 soldats ont refusé de servir dans les Territoires occupés.

Malgré son impact majeur, l’Intifada ne pouvait vaincre l’État israélien à elle seule seule. Un rapport de force international plus favorable était nécessaire. Si le mouvement palestinien avait pu s’allier à d’autres mouvements de la classe ouvrière à travers le Moyen-Orient pour renverser les régimes corrompus et dictatoriaux de la région, en affrontant ainsi également l’impérialisme et le capitalisme, la situation aurait été bien différente.

Inexorablement isolé, le mouvement de contestation a connu un certain épuisement. À la répression s’ajoutait aussi l’impact économique pour les populations palestiniennes en raison des fermetures de commerces et des grèves. Avec le temps, les actes de désespoir et de terrorisme individuel ont pris plus de place.

La direction de l’OLP a alors saisi l’occasion de reprendre la main. Réfugiée à Tunis, elle courait le risque d’être évincée par une nouvelle direction issue de l’auto-organisation des masses. Yasser Arafat a donc mené des négociations secrètes avec Israël qui ont abouti à la signature de l’accord d’Oslo en septembre 1993, prévoyant une autonomie limitée sur quelques parcelles de territoires occupés. Il a utilisé son immense autorité pour convaincre la direction intérieure de mettre fin au mouvement. Les comités populaires ont été remplacés par les fonctionnaires et la police : l’Autorité palestinienne était née. Dans les faits, elle devint la gérante du régime d’occupation tandis que le régime israélien multipliait les faits accomplis dans les territoires.